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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2200556

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2200556

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2200556
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCLEMENT D'ARMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 janvier 2022, M. A C, représenté par Me Clément, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2022 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au même préfet, à titre principal, de lui délivrer le titre sollicité dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de le munir d'autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ont été signées par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

-elle est entachée d'un vice de procédure, la date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile n'étant pas établie ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

-elle est dépourvue de base légale, du fait de l'illégalité du refus de titre ;

-elle est entachée d'un vice de procédure, le principe du contradictoire ayant été méconnu ;

-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

-elle est dépourvue de base légale, du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2022, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2022.

Vu la décision par laquelle le magistrat désigné par le président du tribunal a décidé de renvoyer à une formation collégiale le dossier de la requête de M. C.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant iranien né le 21 janvier 1973 à Téhéran (Iran), est entré en France le 24 octobre 2014, selon ses déclarations. Il a présenté une demande d'asile le 21 février 2020. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande par une décision du 31 mars 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 12 novembre 2021. Par un arrêté du 11 janvier 2022, le préfet du Pas-de-Calais a rejeté la demande de délivrance d'une carte de résidence en qualité de réfugié de M. C et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Dans la présente instance, M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. Il ressort des pièces du dossier que M. F D, signataire de l'arrêté attaqué, disposait d'une délégation à cet effet par arrêté du préfet du Pas-de-Calais en date du 22 avril 2021, publié le même jour au recueil spécial des actes administratifs de l'Etat dans le département. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque donc en fait et doit être écarté.

Sur la légalité du refus de titre de séjour :

3. Aux termes des dispositions du second alinéa de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes des dispositions de l'article R. 532-37 du même code : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. ".

4. Il ressort de la fiche TelemOfpra produite par le préfet que la décision de la CNDA a été notifiée à M. C le 17 novembre 2021. Il résulte des dispositions précitées de l'article R. 532-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que cette date, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que le requérant n'apporte pas, est celle à compter de laquelle son droit de se maintenir sur le territoire français a pris fin. Le moyen tiré du vice de procédure doit dès lors être écarté.

5. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation du refus de titre de séjour.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, faute d'illégalité entachant le refus de titre de séjour, le moyen tiré du défaut de base légale de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

7. En deuxième lieu, le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de titre de séjour. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.

8. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.

9. L'obligation de quitter le territoire français édictée à l'encontre de M. C est, ainsi qu'il l'a été dit, concomitante du refus de délivrance d'un titre de séjour en qualité de réfugié, refus qui est lui-même la conséquence du rejet de la demande de l'intéressé par la CNDA. M. C a ainsi bénéficié du droit d'être entendu garanti par le droit de l'Union européenne. Au demeurant, il n'indique pas quels éléments supplémentaires de nature à changer le sens de la décision il aurait souhaité faire valoir. Le moyen tiré du vice de procédure doit, dès lors, être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. Si M. C soutient avoir noué des liens intenses sur le territoire français, il n'apporte aucun élément de nature à corroborer cette assertion. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit dès lors être écarté.

12. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article de la même convention : " 1. Nul ne peut être tenu en esclavage ni en servitude. / 2. Nul ne peut être astreint à accomplir un travail forcé ou obligatoire. () ".

13. Si M. C soutient avoir fui l'Iran parce qu'il y aurait été tenu en esclavage, il n'apporte que peu d'éléments circonstanciés à l'appui de cette affirmation. Par ailleurs, ces déclarations nouvelles apparaissent tout à fait contradictoires avec ses déclarations devant l'OFPRA, où il avait uniquement fait état de craintes liées à son athéisme. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

15. Faute d'illégalité entachant l'obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Pas-de-Calais.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bauzerand, président,

M. Even, premier conseiller,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

Le rapporteur,

signé

P. B

Le président,

signé

Ch. BAUZERANDLa greffière,

signé

M. E

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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