mercredi 15 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2200637 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | PELLETIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 janvier 2022 et 13 novembre 2023, Mme F I, agissant tant en son nom personnel qu'en sa qualité de représentante légale de ses filles E D et A D, représentée par Me Pelletier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à lui verser la somme de 7 133,32 euros, ainsi que les intérêts au taux légal " à compter de la délivrance de la mise en demeure " et la capitalisation de ces intérêts, en réparation, au titre de la solidarité nationale, des préjudices qu'elle estime que M. B D a subis résultant de sa prise en charge par le centre hospitalier régional universitaire de Lille ;
2°) de condamner l'ONIAM à lui verser la somme de 257 485,84 euros, ainsi que les intérêts au taux légal " à compter de la délivrance de la mise en demeure " et la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices qu'elle a personnellement subis résultant de la prise en charge de son défunt concubin par l'établissement de santé précité ;
3°) de condamner l'ONIAM à lui verser la somme de 70 583,41 euros, ainsi que les intérêts au taux légal " à compter de la délivrance de la mise en demeure " et la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices que sa fille, E D, a personnellement subis résultant de la prise en charge de son défunt père par l'établissement de santé précité ;
4°) de condamner l'ONIAM à lui verser la somme de 70 583,41 euros, ainsi que les intérêts au taux légal " à compter de la délivrance de la mise en demeure " et la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices que sa fille, A D, a personnellement subis résultant de la prise en charge de son défunt père par l'établissement de santé précité ;
5°) de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 4 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative " ainsi que les entiers dépens ".
Elle soutient que :
- son concubin et le père de ses filles est décédé en raison de la survenue d'une infection nosocomiale au cours de sa prise en charge par le centre hospitalier régional universitaire de Lille ;
- les préjudices qui en ont résulté, pour la victime directe, pour elle-même et pour ses filles doivent être intégralement réparés par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale ;
- l'état antérieur de M. D ne peut atténuer l'indemnisation des préjudices résultant de l'infection nosocomiale dont celui-ci a été victime et aucun taux de perte de chance ne doit être retenu ;
- il en est résulté des préjudices extrapatrimoniaux pour la victime directe qui se décomposent comme suit :
* déficit fonctionnel temporaire : 133,32 euros ;
* souffrances endurées : 4 000 euros ;
* préjudice esthétique temporaire : 1 000 euros ;
* préjudice d'angoisse de mort imminente : 2 000 euros ;
* - ainsi que des préjudices patrimoniaux pour les victimes indirectes qui se décomposent comme suit :
* frais funéraires : 3 146,10 euros ;
* frais de reprographie : 47,40 euros ;
* frais de médecin conseil : 870 euros ;
* frais de déplacement : 219,37 euros ;
* frais médicaux : " à réserver " ;
* préjudice économique de Mme I : 180 504,18 euros ;
* préjudice économique de la jeune E D et de la jeune A D : 30 583,41 euros chacune ;
* perte de gains professionnels futurs de Mme I : 7 698,79 euros ;
- et des préjudices extrapatrimoniaux pour les victimes indirectes qui se décomposent comme suit :
* préjudice d'affection de Mme I : 30 000 euros ;
* préjudice d'affection de ses filles : 30 000 euros chacune ;
* préjudice d'accompagnement de Mme I : 10 000 euros ;
* préjudice d'accompagnement de ses filles : 10 000 euros chacune ;
* " surcroît d'activité " de Mme I : 25 000 euros.
Par des mémoires enregistrés les 14 avril 2023, 27 juin 2023, 8 novembre 2023, et 29 novembre 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par Me Welsch, conclut, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à la réduction des prétentions indemnitaires à la somme globale de 2 060 euros s'agissant des préjudices subis par la victime directe, à la somme de 9 750 euros au titre du préjudice d'affection subi par Mme I et chacune de ses filles et à la somme de 60,70 euros au titre des frais de déplacement, ainsi que, à titre subsidiaire, aux sommes de 1 739,40 euros et de 455 euros s'agissant, respectivement, des frais funéraires et des frais de médecin conseil ;
2°) rejeter le surplus des conclusions de la requête.
Il soutient que :
- l'infection nosocomiale ne peut être à l'origine que d'une perte de chance de survie qui peut être évaluée à 65% ;
- l'indemnisation du déficit fonctionnel temporaire doit être limitée à la somme de 60 euros, après application du taux de perte de chance de 65% ;
- le montant des souffrances endurées doit être ramené à la somme de 2 000 euros, après application du taux de perte de chance de 65% ;
- aucune indemnisation ne peut être accordée au titre du préjudice de mort imminente ;
- en l'absence de circonstance particulières, le préjudice esthétique temporaire doit être rejeté ;
- le préjudice correspondant aux dépenses de suivi psychologique doit être rejeté ;
- les frais funéraires exposés ne peuvent donner lieu à remboursement eu égard à leur prise en charge éventuelle par une société d'assurance ou un organisme mutualiste ou de sécurité sociale ou, à titre subsidiaire, doivent être limités à la somme de 1 739,40 euros après application du taux de perte de chance de survie de 65% ;
- il en est de même des frais de médecin conseil dont le montant, à titre subsidiaire, doit être limité à la somme de 455 euros ;
- l'indemnisation des frais de reprographie, sans lien avec le décès, doit être rejetée ;
- le montant des frais de déplacement doit être réduit à la somme de 60,70 euros ;
- les frais de transport pour se rendre en Algérie ne peuvent donner lieu à indemnisation ;
- à défaut de produire les avis d'imposition des trois années précédant le décès, de ceux postérieurs à celui-ci, des justificatifs des sommes perçues par Apicil Prévoyance et de démontrer le lien entre le syndrome dépressif allégué de Mme I et le décès de son compagnon, aucune indemnisation ne peut être accordée au titre du préjudice économique du foyer ;
- la perte de gains futurs de Mme I n'est pas justifiée ;
- le montant du préjudice d'affection subi par la compagne et les filles du défunt doit être ramené à la somme de 9 750 euros chacune, après application du taux de 65% ;
- le préjudice d'accompagnement invoqué et celui de surcroît d'activité n'étant pas justifiés, leur indemnisation doit être rejetée.
Un mémoire, présenté par l'ONIAM, a été enregistré le 19 avril 2024.
Vu :
- l'ordonnance n° 1908985 du 13 décembre 2019, par laquelle le juge des référés a ordonné une expertise à la demande de Mme I et a désigné la docteure C G, en qualité d'experte ;
- le rapport d'expertise établi par la docteure G et déposé au greffe du tribunal le 11 août 2020 ;
- l'ordonnance n°1908985 du 17 août 2020 par laquelle les frais et honoraires de l'expertise confiée à la docteure G ont été liquidés et taxés à la somme de 800 euros qui comprend le montant de l'allocation provisionnelle accordée par ordonnance du 6 janvier 2020 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lançon,
- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D a été régulièrement hospitalisé depuis 2014 en raison d'épisodes thrombo-emboliques veineux et artériels, de syndrome coronarien aigu, d'infarctus et de pneumothorax. Le 6 novembre 2017, lui était diagnostiquée une maladie de Behçet vasculaire ou un syndrome des antiphospholipides à l'origine des embolies pulmonaires, infarctus et thromboses. Le 28 avril 2018, M. D a été pris en charge en urgence en alerte thrombolyse au CHRU de Lille à la suite de troubles visuels. Il a été hospitalisé en neurologie à compter du 28 avril 2018, pris en charge pour trois accidents vasculaires cérébraux (AVC) en lien avec un thrombus du ventricule gauche avec mise sous traitement anticoagulant, corticothérapie, doubles antiagrégants plaquettaires et immunosuppresseur. Il a subi, le 25 mai 2018, une thrombectomie mécanique au niveau cérébral. Une ischémie subaigüe avec thrombose de l'artère poplitée et des artères jambières à droite était révélée le 28 mai 2018, et M. D a subi, le lendemain, une revascularisation artérielle par une sonde de Fogarty, permettant de retrouver un thrombus frais, avec complication survenait en raison d'une ischémie subaigüe du membre inférieur droit. Son dossier a été discuté en réunion pluridisciplinaire au CHRU de Lille, le 30 mai 2018 et deux hypothèses ont été alors retenues : un syndrome des antiphospholipides catastrophique à anticorps non connus eu égard à la consommation de plaquettes, ou une maladie de Behçet bien que les critères diagnostiques ne soient pas tous présents. Il a été décidé de ne pas faire de geste de thrombectomie cardiaque devant l'inefficacité antérieure de ce geste sur le thrombus et le risque opératoire. Le traitement par antiagrégants plaquettaires (AAP), héparine, corticoïdes per os et immuno-suppression a été maintenu. M. D fut ensuite hospitalisé pour la prise en charge d'un thrombus intraventriculaire gauche, des thromboses des veines des membres inférieurs, une thrombose artérielle à droite, une occlusion complète distale de l'artère splénique et une thrombopénie, au service de réanimation du CHRU de Lille à compter du 30 mai 2018, en unité de surveillance continue à compter du 13 juin 2018, en service de réanimation à compter du 3 juillet 2018, en unité de surveillance continue à compter du 20 juillet 2018, puis en médecine interne à compter du 2 août 2018. L'administration d'une double anti-agrégation plaquettaire, d'une anticoagulation curative par seringue d'héparine, de corticoïdes per os et d'immuno-suppresseur a été poursuivie. Il reçut également des échanges plasmatiques. En réunion de concertation pluridisciplinaire de médecine interne du 1er août 2018, l'hypothèse principale était un syndrome catastrophique des anticorps antiphospholipides (CAPS) " séronégatif " devant la probable thrombopénie de consommation et l'efficacité des échanges plasmatiques sur la thrombopénie. Après un nouvel épisode de thrombose veineuse fémorale profonde occlusive lors de la pose du cathéter veineux de dialyse fémoral avec un œdème du membre inférieur droit, la pose d'un cathéter de dialyse jugulaire interne gauche le 26 octobre 2018, M. D a retrouvé son domicile le 6 novembre 2018 avec un traitement médicamenteux, la prescription d'échanges plasmatiques et la programmation d'hospitalisations de jour pour examens. Il fut de nouveau admis au service des urgences du CHRU de Lille, le 7 novembre 2018, hospitalisé en chirurgie cardio-vasculaire avec une ischémie aigüe des membres inférieurs en raison de thromboses des artères fémorales droite et gauche. Furent alors réalisées une thrombectomie bilatérale des artères fémorales droite et gauche associée à une aponévrotomie de décharge à la jambe droite avec abord chirurgical des deux triangles de Scarpa. Le 9 novembre 2018, l'échodoppler des membres inférieurs montrait une bonne perméabilité de l'axe ilio-fémoral mais avec persistance d'une thrombose sur la fémorale superficielle droite. Le 12 novembre 2018, il ressortait de l'échographie cardiaque une diminution du thrombus intraventriculaire gauche mesuré à 36 x 22 mm pouvant expliquer l'épisode d'ischémie aiguë. M. D bénéficia d'une transfusion de deux culots globulaires en raison de saignements à bas bruit sur les aponévrotomies. Le patient était hospitalisé en médecine interne à compter du 15 novembre 2018 pour la surveillance d'un syndrome des antiphospholipides. Le 29 novembre 2018, était noté un retard de cicatrisation sur la cicatrice d'aponévrotomie externe à droite. Le 30 novembre 2018, les cicatrices d'aponévrotomie présentaient un aspect inflammatoire, des signes de désunion associés à des douleurs, un œdème sous-cutané et une augmentation de la CRP à 22 mg/1. Le scanner des membres inférieurs montrait une collection hématique à droite, sans indication chirurgicale de drainage, après avis des chirurgiens vasculaires, en l'absence d'argument franc clinique ou radiologique en faveur d'une infection du site opératoire. L'infiltration inflammatoire de la jambe droite était majorée le 1er décembre 2018. M. D était cependant apyrétique et ne présentait pas d'écoulement purulent de la loge d'aponévrotomie. Le 2 décembre 2018, les plaquettes étaient mesurées à 239 x 109 /L. Le 3 décembre 2018, la CRP était à 8 mg/1. Les hémocultures du 3 décembre 2018, le prélèvement anal et l'examen bactériologique des urines du 4 décembre 2018 revenaient négatifs. Il était conclu à une bactériurie sans leucocyturie significative avec une possible contamination à Enterococcus faecalis. L'examen du 6 décembre 2018 par le chirurgien vasculaire concluait à une bonne évolution opératoire sans indication d'une antibiothérapie. La CRP mesurée le même jour était à 4 mg/1. M. D présentait un pied droit toujours froid. Le 7 décembre 2018, était noté un pic hyperthermique à 39°C. Le patient était alors traité par antibiothérapie probabiliste ainsi qu'une oxygénothérapie. M. D était transféré au service d'unité d'accueil et de déchoquage du CHRU de Lille pour un choc septique à point de départ cutané suspecté. M. D présentait une dégradation hémodynamique avec hypotension et hyperthermie à 39°C, des douleurs à la cicatrice d'aponévrotomie à la jambe droite mais sans collection sous cutanée ni crépitation sous-cutanée, ainsi qu'un hématome diffus de la jambe droite. L'hémodynamique redevenait stable sous traitement par Noradrenaline. Le 8 décembre 2018, la CRP était de 54 mg/l puis de 81, les leucocytes à 27 000/m 3 et la procalcitonine à 4,13 ng par millilitre. Les résultats des hémocultures du 8 décembre 2018, et de celles prélevées le même jour au cathéter de dialyse et à celui de la veine jugulaire droite, revenaient positifs à staphylocoque doré. La présence du germe à staphylococcus aureus était confirmée par les hémocultures réalisées les jours suivants. Une antibiothérapie était administrée. Dans la matinée du 10 décembre 2018, l'état de M. D se dégradait brutalement. Il décèdera à 11h20. Il était conclu à un choc septique probablement d'origine endovasculaire.
2. Mme I a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Lille d'une requête, enregistrée le 18 octobre 2019, afin que soit ordonnée une expertise judiciaire portant sur la prise en charge et les soins qui ont été prodigués à M. D par le centre hospitalier régional universitaire de Lille. Par une ordonnance n° 1908985 du 13 décembre 2019, le juge des référés a ordonné une expertise et a désigné la docteure C G, en qualité d'experte. Celle-ci a remis son rapport, enregistré le 11 août 2020. Estimant que le décès de son concubin était imputable à la survenance d'une infection nosocomiale lors de sa prise en charge par le centre hospitalier régional universitaire de Lille, relevant du régime de la solidarité nationale, Mme I, agissant tant en son nom propre qu'en sa qualité de représentante légale de ses filles, E et A D, a adressé, le 28 décembre 2021, une demande indemnitaire préalable à l'ONIAM, restée sans réponse. Par la présente requête, Mme I, demande au tribunal de condamner l'ONIAM à lui verser la somme de 7 133,32 euros en réparation des préjudices qu'a subis M. D, la somme de 257 485,84 euros en réparation des préjudices qu'elle a personnellement subis et la somme de 70 583,41 euros en réparation des préjudices que chacune de ses filles, E et A D, ont subis, résultant de la prise en charge de leur défunt concubin et père par le CHRU de Lille, au titre de la solidarité nationale.
Sur le principe de l'indemnisation au titre de la solidarité nationale :
3. Aux termes des dispositions de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. () / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. / II. () / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'incapacité permanente supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret. ". Aux termes de l'article L. 1142-1-1 du même code : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : / 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales ; / () ".
4. D'une part, doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial au sens du 1° de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge. Il n'y a pas lieu de tenir compte de ce que la cause directe de cette infection a le caractère d'un accident médical non fautif ou a un lien avec une pathologie préexistante.
5. D'autre part, les dispositions du 1° de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique (CSP) instituent un régime spécifique de prise en charge par la solidarité nationale des dommages résultant des infections nosocomiales les plus graves qui a vocation à réparer l'ensemble de ces dommages, qu'ils aient été subis par les patients victimes de telles infections ou par leurs proches.
6. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'experte désignée par le juge des référés, que M. D, alors hospitalisé au service de chirurgie cardio-vasculaire du CHRU de Lille pour une thrombose multirécidivante, et ayant subi, le 7 novembre 2018, une trombectomie bilatérale des artères fémorales droite et gauche associée à une aponévrotomie de décharge de la jambe droite avec abord chirurgical des deux triangles Scarpa, a présenté, le 7 décembre 2018, une hyperthermie mesurée à 39°C, des douleurs à la cicatrice d'aponévrotomie et un hématome diffus de la jambe droite. Transféré au service d'unité d'accueil et de déchoquage de l'établissement de santé précité pour un choc septique, les hémocultures réalisées le 8 décembre 2018 revenaient positifs à staphylocoque doré. La présence du germe staphylococcus aureus était confirmée par les hémocultures réalisées les jours suivants. Un cathéter veineux central en jugulaire interne droit et un cathéter artériel radial droit étaient posés avec administration d'une antibiothérapie de Tazocilline et Daptomycine. Le germe à staphylocoque doré était retrouvé sur les prélèvements réalisés sur le cathéter de dialyse tunnelisé, le cathéter veineux central et artériel et dans les hémocultures périphériques. Dans la matinée du 10 décembre 2018, l'état de M. D se dégradait brutalement. Il présentait un bref passage en tachycardie ventriculaire puis un arrêt cardio-respiratoire sur une asystolie réfractaire aux manœuvres de réanimation poursuivies pendant 30 minutes. Il décèdera à 11h20.
7. Ainsi, M. D a été victime d'une infection au germe staphylococcus aureus, survenue au cours ou au décours de sa prise en charge hospitalière, à l'origine d'un choc septique ayant entraîné son décès. Par suite, le caractère nosocomial de l'infection n'étant au demeurant pas contesté par l'ONIAM, conformément aux dispositions de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique citées précédemment, l'ONIAM est tenu d'indemniser, au titre de la solidarité nationale, les préjudices résultant de l'infection contractée par M. D.
Sur l'étendue de la réparation :
8. Dans le cas où une infection nosocomiale a compromis les chances d'un patient d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de cette infection et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter la survenue de ce dommage, la réparation qui incombe à l'hôpital devant alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
9. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'experte désignée par le juge des référés, que M. D souffrait d'un syndrome catastrophique des anticorps antiphospholipides (CAPS), dernière hypothèse posée par l'équipe pluridisciplinaire du CHRU de Lille réunie le 1er août 2018, se manifestant par un tableau thrombotique multirécidivant veineux et artériel avec des phénomènes d'ischémie coronaire et un thrombus du ventricule gauche avec séquelles d'infarctus pour lequel il a été hospitalisé à compter du 28 avril 2018. Il subissait ainsi une thrombectomie fémorale le 7 novembre 2018. L'experte estimait que la survenue de l'infection nosocomiale avait été favorisée par le traitement par anticoagulant et immunosuppresseur du patient, les nombreuses hospitalisations et interventions chirurgicales en lien avec des thromboses et qu'elle " n'aurait probablement pas entraîné le décès dans un autre contexte ". En outre, il résulte de l'instruction que le taux de mortalité à court terme de la pathologie dont souffrait M. D est de 30%. Aussi, eu égard à l'ensemble de ces éléments, l'infection nosocomiale doit être regardée comme ayant causé une perte de chance de survie de 65%. Par suite, l'ONIAM est tenu d'indemniser, dans cette proportion, les préjudices résultant directement de cette infection.
Sur l'évaluation des préjudices :
En ce qui concerne les préjudices subis par la victime directe :
10. En application de l'article 724 du code civil, le droit à réparation d'un dommage est transmis aux héritiers même si la victime décède avant d'avoir introduit une action en réparation. Chaque héritier a dès lors qualité, le cas échéant sans le concours des autres indivisaires, pour exercer l'action indemnitaire tendant à obtenir, au bénéfice de la succession, la réparation du préjudice subi.
11. En premier lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que M. D a présenté un déficit fonctionnel temporaire total du 7 décembre 2018 au 10 décembre 2018, imputable intégralement, selon le rapport, à l'infection nosocomiale.
12. Dès lors, en retenant un taux journalier d'indemnisation de 15 euros, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par M. D au titre du déficit fonctionnel temporaire en l'évaluant à la somme de 60 euros (4 x 15), qui sera mise à la charge de l'ONIAM.
13. En deuxième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que M. D ait eu conscience de l'imminence de sa mort le 10 décembre 2018, date à laquelle le risque de décès est survenu par l'aggravation soudaine de son état de santé, notamment par la survenue de troubles du rythme cardiaque ayant nécessité des manœuvres de réanimation. L'angoisse de mort imminente n'étant pas un poste de préjudice distinct des souffrances endurées, il sera fait une juste appréciation des souffrances endurées évaluées à 4 sur une échelle de 7 par l'experte, et selon le barème de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à la somme de 8 281 euros dont 5 382,65 euros (8 281 x 0,65) seront mis à la charge de l'ONIAM après application du taux de perte de chance défini au point 8.
14. En troisième lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique temporaire de M. D à la somme de 500 euros, intégralement imputable à l'infection nosocomiale qui a entraîné la pose de cathéters et sondes pour l'administration de l'antibiothérapie et évalué à 3 sur une échelle de 7 par l'experte. Cette somme sera donc mise à la charge de l'ONIAM.
En ce qui concerne les préjudices subis par les victimes indirectes :
S'agissant des préjudices patrimoniaux :
Quant aux frais divers :
15. En premier lieu, pour les obsèques de son défunt compagnon, Mme I justifie, sur pièces, avoir exposé la somme de 2 761,10 euros, le coût d'un aller-retour entre la France et l'Algérie, lieu de son inhumation, ne ressortant que de la mention manuscrite d'une somme de 385 euros qui aurait été payée par chèque aux Pompes funèbres musulmanes de France. Dès lors, il sera fait une juste appréciation des frais d'obsèques engagés en les évaluant à la somme totale de 3 146,10 euros (2 761,10 + 385) dont 2 044,97 euros (3 146,10 x 0,65) sont imputables à l'infection nosocomiale, après application du taux de perte de chance précédemment défini. Toutefois, la requérante produit une attestation de paiement, par Apicil Prévoyance, de frais d'obsèques d'un montant total de 3 311 euros. Par suite, Mme I n'est pas fondée à demander le versement d'une somme au titre du remboursement des frais funéraires qu'elle a exposés.
16. En deuxième lieu, la requérante produit le justificatif de paiement de la somme de 47,40 euros pour la reprographie du dossier médical du défunt. Ces frais, qui résultent entièrement du dommage subi par M. I, seront mis à la charge de l'ONIAM dans leur intégralité.
17. En troisième lieu, la requérante, qui produit la facture du Dr H, a droit à ce que la somme de 870 euros dont il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait été prise en charge par une assurance de protection juridique et correspondant aux honoraires de médecin conseil lui soit remboursée, ces frais ayant été utiles à la solution du litige. La somme précitée sera donc intégralement mise à la charge de l'ONIAM.
18. En quatrième lieu, Mme I soutient avoir exposé des frais de déplacement pour se rendre quotidiennement au CHRU de Lille entre le 7 décembre 2018 et le 10 décembre 2018, soit quatre allers-retours d'une distance totale de 116 km, depuis Villeneuve-d'Ascq jusqu'à Lille. Compte tenu du barème fiscal kilométrique pour un véhicule de 5 cv et moins en 2018 soit 0,543 euro par kilomètre, le montant des frais de déplacement exposés par Mme I est de 62,99 euros (116 x 0,543). Par suite, après application du taux de perte de chance précité, la somme de 40,94 euros (62,99 x 0,65) sera mise à la charge de l'ONIAM au titre des frais de déplacement exposés par la requérante.
19. En cinquième lieu, si Mme I entend réserver l'évaluation des frais médicaux, il résulte de l'instruction, en particulier des écritures de la requérante, qu'il n'est resté à la charge de Mme I aucune somme au titre des frais médicaux. Par suite, Mme I, en tant qu'ayant droit, n'est pas fondée à demander le remboursement d'une somme au titre de ce poste de préjudice.
Quant au préjudice économique du foyer :
20. Le préjudice économique subi, du fait du décès d'un patient, par les ayants droit appartenant au foyer de celui-ci, est constitué par la perte des revenus de la victime qui étaient consacrés à l'entretien de chacun d'eux, en tenant compte, d'une part et si la demande en est faite, de l'évolution générale des salaires et de leurs augmentations liées à l'ancienneté et aux chances de promotion de la victime jusqu'à l'âge auquel elle aurait été admise à la retraite puis, le cas échéant, du montant attendu des revenus issus de la pension de retraite, d'autre part, du montant, évalué à la date du décès, de leurs propres revenus éventuels, à moins que l'exercice de l'activité professionnelle dont ils proviennent ne soit la conséquence de cet événement, et, enfin, des prestations à caractère indemnitaire susceptibles d'avoir été perçues par les membres survivants du foyer en compensation du préjudice économique qu'ils subissent.
S'agissant de la période courant de la date du décès à la date supposée d'admission à la retraite de M. D :
21. D'une part, il résulte de l'instruction que M. D, né le 6 septembre 1960, était susceptible de percevoir une pension de retraite à taux plein à compter du 6 septembre 2022, date supposée de son admission à la retraite, à l'âge de 62 ans.
22. D'autre part, il résulte de l'instruction, en particulier de l'avis d'imposition de M. D sur ses revenus perçus en 2018 et du bulletin de salaire du mois de novembre 2018 de Mme I, dernier mois complet avant le décès de son concubin, que les revenus qui doivent être pris en compte pour apprécier le préjudice économique du foyer s'élevaient, avant le décès de M. D, respectivement aux sommes de 17 985 et 24 128,88 euros, soit la somme totale de 42 113,88 euros (17 985 + 24 128,88). Il convient ensuite de déduire de ces revenus la part des dépenses personnelles de la victime, dont il sera fait une juste appréciation en la fixant à 20 %, compte tenu de la composition du foyer qui comportait deux enfants mineures. Le revenu disponible avant décès des membres survivants du foyer s'élevait ainsi à la somme de 33 691,10 euros (42 113,88 x 0,8). Pour déterminer le montant du préjudice annuel de la famille, il y a lieu d'en déduire le montant des revenus actuels de Mme I évalués à la somme de 22 722,63 euros et correspondant à la moyenne de ses revenus perçus du 10 décembre 2018 au 6 septembre 2022, soit 3,742 années. Ainsi, la perte brute annuelle de revenus du foyer s'élève à la somme de 10 968,47 euros (33 691,10 - 22 722,63).
23. En conséquence, compte tenu du coefficient de capitalisation publié à la Gazette du Palais 2022 (taux de 0%), soit la rente temporaire pour un homme âgé de 58 ans pour la perception d'arrérages échus jusqu'à l'âge de 62 ans, soit 4 années, proratisé à 3,662 pour la période concernée (3,915 / 4 x 3,742), la perte patrimoniale capitalisée sera, pour la période courant de la date du décès de M. D au 6 septembre 2022, de 40 166,54 euros (10 968,47 x 3,662).
S'agissant de la période courant de la date supposée d'admission à la retraite du défunt à la date du présent jugement :
24. Pour évaluer le préjudice économique au titre de la période postérieure à la retraite supposée de la victime et jusqu'à la date du présent jugement, il y a lieu, tout d'abord, d'évaluer les revenus du défunt à la somme de 13 488,75 euros après réfaction de ses revenus à hauteur de 75% afin de tenir compte de la perte de revenus après la date de son admission à la retraite (17 985 x 0,75), et ceux de Mme I à la somme de 24 128,88 euros ainsi qu'il a été dit précédemment. Compte tenu de la part des dépenses personnelles de la victime, telles qu'évaluées au point 22, le revenu annuel disponible des membres survivants du foyer pour la période en cause s'élève à la somme de 30 094,10 euros ((13 488,75 + 24 128,88) x 0,8). Pour déterminer le montant du préjudice annuel de la famille, il y a lieu d'en déduire le montant des revenus qu'a perçus Mme I entre la date d'admission à la retraite de son concubin et la date du jugement, en procédant à l'extrapolation des sommes perçues en 2022 pour le calcul des revenus perçus en 2023 et 2024. Le montant total de ces revenus doit être ainsi évalué à la somme de 43 203,52 euros (8 122,54 + 25 558 + 9 522,98) soit un montant moyen annuel de 25 558 euros. Ainsi, pour la période considérée, la perte brute annuelle de revenus du foyer s'élève à la somme de 4 536,10 euros (30 094,10 - 25 558).
25. En conséquence, compte tenu du coefficient de capitalisation publié à la Gazette du Palais 2022 (taux de 0%), soit la rente temporaire pour un homme âgé de 62 à 63 ans, entre la date d'admission à la retraite et la date du jugement, soit 1,690 an, proratisé à 1,671 (0,989 x 1,690), la perte patrimoniale capitalisée sera pour la période en cause de 7 579,82 euros (4 536,10 x 1,671).
S'agissant de la période postérieure au présent jugement :
26. Pour évaluer le préjudice économique au titre de la période postérieure au jugement, il y a lieu de se baser sur le taux de rente viager pour un homme qui aurait été âgé de 63 ans au 22 mai 2024, soit 20,452, mentionné dans le barème de capitalisation de la Gazette du Palais 2022. Il y a lieu d'évaluer à la somme de 92 772,32 euros (4 536,10 x 20,452) le montant du préjudice économique subi par les proches de M. D au titre de la période postérieure à la date du jugement.
S'agissant de la répartition de l'indemnité entre les membres du foyer :
27. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 23, 25 et 26 que la perte de revenus totale du foyer composée des arrérages jusqu'au présent jugement et du capital pour l'avenir, doit être évaluée à la somme de 140 518,68 euros (40 166,54 + 7 579,82 + 92 772,32).
28. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que le foyer de M. D a perçu un montant de 54 991,20 euros au titre du capital décès versé par Apicil Prévoyance, indemnisant le préjudice économique résultant du décès. Cette somme doit être déduite du montant défini au point précédent afin d'évaluer le préjudice économique du foyer à la somme de 85 527,48 euros (140 518,68 - 54 991,20) dont 55 592,86 euros (85 527,48 x 0,65) seront mis à la charge de l'ONIAM, après application du taux de perte de chance défini au point 9.
29. En troisième lieu, eu égard à la part de consommation dans la famille des revenus du foyer de chaque enfant, évaluée à 20%, le préjudice économique de E et de A doit être fixé à la somme de 11 118,57 euros chacune (55 592,86 x 20%). Le préjudice économique subi par Mme I du fait du décès de son concubin doit être évalué à la somme de 33 355,72 euros (55 592,86 - 11 118,57 x 2). Ces sommes seront mises à la charge de l'ONIAM.
S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux :
30. En premier lieu, aux termes de la nomenclature dite Dintilhac, qui ne prévoit pas de poste dénommé " troubles dans les conditions d'existence " pour les préjudices subis par les proches d'une victime directe décédée, le préjudice d'accompagnement est décrit de la manière suivante ; " Il s'agit ici de réparer un préjudice moral, dont sont victimes les proches de la victime directe pendant la maladie traumatique de celle-ci jusqu'à son décès. Il a pour objet d'indemniser les bouleversements que le décès de la victime directe entraîne sur le mode de vie de ses proches au quotidien. Il vise à compenser les troubles dans les conditions d'existence d'un proche, qui partageait habituellement une communauté de vie effective et affective avec la personne décédée à la suite du dommage ".
31. D'une part, il sera fait une juste appréciation des troubles que le décès de M. D a apporté aux conditions d'existence de Mme I dont elle se prévaut au titre d'un " surcroît d'activité ", eu égard au fait qu'elle doit assurer seule les tâches ménagères et l'éducation de ses deux enfants, âgées de huit ans à la date du décès, en l'évaluant à la somme de 7 500 euros, après application du taux de perte de chance de 65%. D'autre part, il résulte de l'instruction, en particulier de l'attestation de la psychologue clinicienne en charge du suivi de Mme I, que cette dernière était présente auprès de son conjoint pendant sa prise en charge au CHRU de Lille. Eu égard à la période comprise entre le 7 décembre 2018 et le 10 décembre 2018, correspondant à la survenance des complications de l'infection nosocomiale sur l'état de santé du patient, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'accompagnement de Mme I, en lien direct avec l'infection nosocomiale, en l'évaluant à la somme de 2 500 euros, qui sera intégralement mise à la charge de l'ONIAM. Ses filles n'ayant pas pu se rendre aux côtés de leur père durant la période précitée, l'indemnisation du préjudice d'accompagnement invoqué à leur profit doit être rejetée.
32. En deuxième lieu, s'il résulte de l'instruction que Mme I, qui se prévaut de " perte de gains professionnels futurs ", a fait l'objet d'un suivi psychologique consécutif au décès de son compagnon et qu'après avoir été mise en arrêt de travail, elle a été placée en mi-temps thérapeutique à compter du 1er octobre 2019 au 15 mars 2020 puis à compter du 11 juillet 2020 au 31 décembre 2020, la requérante n'établit pas par la production d'un certificat médical daté du 24 juin 2020 rédigé en des termes généraux relatifs à son suivi psychologique consécutif au décès de M. D, que ses interruptions de travail et la réduction de son temps de travail présentent un lien direct avec ce décès. En tout état de cause, la perte de revenus subie par la concubine du défunt, consécutive au décès de celui-ci, a été prise en compte dans l'évaluation du préjudice économique fixée au point 29. Par suite, Mme I n'est pas fondée à demander l'indemnisation d'une perte de gains professionnels futurs.
Quant au préjudice d'affection :
33. Il résulte de l'instruction que Mme I et ses filles ont subi un préjudice d'affection en raison du décès de leur compagnon et père, justifié, notamment, par un suivi psychologique à compter du mois de juillet 2018 qui s'est poursuivi postérieurement au décès de M. D. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'allouer à Mme I, concubine de la victime, la somme de 13 000 euros après application du taux de perte de chance défini au point 9. Il sera fait une juste appréciation de l'indemnité mise à la charge de l'ONIAM au titre du préjudice de E D et A D, en la fixant à la somme de 9 750 euros chacune après application du taux de perte de chance précité.
34. Il résulte de tout ce qui précède que l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales doit être condamné à verser à Mme I, en son nom personnel, en sa qualité d'ayant-droit de M. D et en sa qualité de représentante légale de E D et A D, une somme globale de 104 993,85 euros (60 + 5 382,65 + 500 + 47,40 + 870 + 40,94 + 55 592,86 + 10 000 + 13 000 + 9 750 + 9 750).
En ce qui concerne les intérêts et leur capitalisation :
35. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité. En outre, aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ".
36. Mme I demande que les sommes qui lui sont allouées soient assorties des intérêts au taux légal à compter de sa demande d'indemnisation préalable, et de leur capitalisation. La requérante a droit à ce que la somme de 104 993,85 euros soit assortie des intérêts à compter du 28 décembre 2022, date de réception par l'ONIAM de sa demande indemnitaire préalable. Ces intérêts donneront lieu à capitalisation à compter du 28 décembre 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne les dépens :
37. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. /L'Etat peut être condamné aux dépens ".
38. En premier lieu, en applications des dispositions précitées, il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 800 euros au titre des frais d'expertise, liquidés et taxés à cette somme par l'ordonnance, visée ci-dessus du juge des référés du 17 août 2020.
39. En second lieu, Mme I sollicite le remboursement des frais de déplacement qu'elle a engagés pour les besoins de l'expertise judiciaire, soit un aller-retour depuis Villeneuve-d'Ascq jusqu'à Amiens, soit 234 km. Compte tenu du barème fiscal kilométrique pour un véhicule de 5 cv et moins en 2018 soit 0,543 euro par kilomètre, le montant des frais de déplacement exposés par Mme I pour les besoins de l'expertise est de 127,06 euros (234 x 0,543). Cette somme sera mise intégralement à la charge de l'ONIAM.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
40. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est condamné à verser à Mme I, en son nom personnel, en sa qualité d'ayant-droit de M. D et en sa qualité de représentante légale de E D et A Andelli, une somme globale de 104 993,85 euros, assortie des intérêts à compter du 28 décembre 2022. Les intérêts échus à la date du 28 décembre 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : Les frais et honoraires, liquidés et taxés à la somme de 800 euros, sont mis à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Article 3 : Les frais de déplacement de Mme I, d'un montant de 127,06 euros, sont mis à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Article 4 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales versera à Mme I la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme F I et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Copie pour information sera adressée au docteure G, experte et au centre hospitalier régional universitaire de Lille.
Délibéré après l'audience du 24 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.
La rapporteure,
signé
L.-J. Lançon
Le président,
signé
J.-M. Riou
La greffière,
signé
J. Vandewyngaerde
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026