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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2200695

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2200695

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2200695
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème chambre
Avocat requérantVAN DEN SCHRIECK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 janvier 2022, M. C B et Mme A B, représentés par Me Van Den Schrieck, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers et des prélèvements sociaux y afférents auxquels ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'administration n'était pas fondée à écarter la comptabilité comme non probante, ni à procéder à la reconstitution du chiffre d'affaires de l'EURL Pizza Saint B ;

- l'administration n'était pas fondée à remettre en cause la déductibilité des sommes correspondant à la redevance et à l'indemnité transactionnelle versées à M. B au titre de l'exploitation de son droit à l'image, qui ne correspondent pas à un revenu occulte, et à imposer ces sommes dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers ;

- l'administration n'était pas fondée à remettre en cause la déductibilité d'une partie des dépenses correspondant à des frais de déplacements, justifiés par les conditions d'exploitation des différents établissements de la société ;

- la méthode d'évaluation des frais kilométriques exposés par M. B a été admise par les services fiscaux à l'occasion d'un contrôle antérieur, son acceptation tacite constituant une prise de position formelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 juin 2022, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 2 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jouanneau,

- les conclusions de Mme Dang, rapporteure publique,

- et les observations de Me Van Den Schrieck, représentant M. et Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. L'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Pizza Saint B, dont le siège social est situé à Bondues (59) et qui a pour gérant et associé unique M. C B, exerce une activité de restauration. La société a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016, ce contrôle ayant abouti à l'exclusion de certaines dépenses déductibles du résultat imposable. Par un jugement du 5 juin 2018, le tribunal de commerce de Lille a prononcé la liquidation judiciaire de l'EURL Pizza Saint B. M. et Mme B se sont vu notifier une proposition de rectification datée du 21 décembre 2018 tirant les conséquences des rehaussements des bénéfices de la société sur les revenus réputés distribués de l'intéressé au titre des années 2015 et 2016, des prélèvements sociaux correspondants et infligeant des pénalités. Ces impositions supplémentaires dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers ont fait l'objet de deux avis de mise en recouvrement du 28 avril 2021. Le 26 mai 2021, M. et Mme B ont formé une réclamation, rejetée par une décision du 29 novembre 2021. M. et Mme B demandent au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquels ils ont été assujettis dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers au titre des années 2015 et 2016, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 38 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " 1. () le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises () / 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés () ". Aux termes de l'article 39 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature () ". En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des créances de tiers, amortissements, provisions et charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. En ce qui concerne les charges, le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

3. D'autre part, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices () ". Aux termes de l'article 111 du même code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () / c. Les rémunérations et avantages occultes () ".

4. Il résulte de l'instruction, notamment de la proposition de rectification du 21 décembre 2018 et de la lettre du 29 novembre 2021 rejetant la réclamation de M. et Mme B, que le service vérificateur a taxé entre les mains de ceux-ci, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement des dispositions précitées du c. de l'article 111 du code général des impôts, des sommes dont il avait remis en cause la déduction au titre des charges des résultats imposables à l'impôt sur les sociétés des exercices clos en 2015 et en 2016 de la société EURL Pizza Saint B. Les sommes taxées à l'impôt sur le revenu entre les mains de M. et Mme B dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers ne résultent pas d'une reconstitution extra-comptable des résultats de la société EURL Pizza Saint B. Par suite, et alors même que le service vérificateur a considéré, lors de la vérification de comptabilité de cette société, que la comptabilité qui lui avait été présentée était entachée de graves irrégularités, M. et Mme B ne sauraient utilement soutenir, pour contester les impositions mises à leur charge et correspondant aux rectifications opérées dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, que la comptabilité de la société EURL Pizza Saint B était probante.

5. En deuxième lieu, Il résulte de l'instruction que M. B, qui a effectué un passage dans l'émission de télé-réalité " Koh Lanta " en 2008 et 2010, a perçu en 2016, dans le cadre d'un protocole transactionnel daté du 11 juin de la même année, une indemnité transactionnelle de 60 000 euros et une redevance d'exploitation des attributs de sa personnalité de 20 000 euros, en se prévalant de l'impact de sa notoriété sur l'affluence des clients de l'EURL Pizza Saint B et, par voie de conséquence, son chiffre d'affaires. Le service vérificateur a estimé que la charge ainsi imposée à l'entreprise n'était justifiée ni dans son principe ni dans son montant, M. B n'ayant pas établi la réalité de l'impact de son image sur les affaires de la société ni les modalités de calcul de sa rémunération en contrepartie des retombées positives de sa notoriété sur le chiffre d'affaires qu'elle réalise. Par ailleurs, le service vérificateur, qui a relevé l'existence potentielle d'un conflit d'intérêts entre l'EURL Pizza Saint B et son associé unique lequel, en sa qualité de gérant, est seul habilité à prendre les décisions de gestion de l'entreprise, a estimé que le protocole transactionnel était constitutif d'un acte anormal de gestion. M. B n'apporte dans la présente instance aucun élément de nature à contredire cette analyse et à démontrer que les dépenses en cause ont été exposées dans l'intérêt de la société EURL Pizza Saint B. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration a pu regarder le versement de l'indemnité transactionnelle et de la redevance d'exploitation des attributs de la personnalité de M. B comme constituant un acte anormal de gestion et qu'elle a regardé ces sommes comme constitutives d'un avantage occulte imposable entre ses mains eu égard à sa qualité de gérant et d'associé unique de la société.

6. En troisième lieu, l'administration fiscale a remis en cause la déduction d'une partie des frais relatifs aux déplacements effectués par M. B entre les différents établissements de l'EURL Pizza Saint B avec les trois véhicules immatriculés à son nom, dont deux d'entre eux seraient à usage exclusivement professionnel. Elle a considéré que M. B ne détermine pas de façon précise ses déplacements, celui-ci se bornant à relever l'évolution du kilométrage de ses véhicules reportés sur des factures d'entretien et des rapports de sinistres, ce qui ne permet pas d'après elle de justifier de la distance parcourue retenue de 76 000 kilomètres au titre de 2015 et de 52 640 kilomètres au titre de 2016. Par ailleurs, l'évaluation faite par M. B de ses déplacements professionnels ne permet pas, selon le service vérificateur, de mettre en évidence l'impact de la réduction du nombre de sites exploités par la société suite à la mise en location gérance des restaurants situés à Aulnoye-Aymeries et à Avesnes-sur-Helpe et à la cession du fonds de commerce du restaurant situé à Landrecies, opérations intervenues respectivement en février, avril et juin 2015. Faute d'avoir reçu communication de pièces suffisamment probantes et cohérentes justifiant du calcul des indemnités kilométriques, le service vérificateur a procédé lui-même à la détermination de la distance parcourue pour le calcul des indemnités kilométriques.

7. Il résulte de l'instruction que les requérants, qui contestent l'évaluation des frais kilométriques de M. B effectuée par l'administration fiscale, n'apportent pas de justificatifs précis de nature à mettre en évidence le caractère professionnel des déplacements qu'elle n'a pas admis en charges. Par conséquent, l'administration fiscale était fondée, sans méconnaître les règles régissant la dévolution de la charge de la preuve, à considérer les avantages correspondants comme constituant des distributions au sens des dispositions du c. de l'article 111 du code général des impôts et à les imposer entre les mains de M. B en sa qualité de gérant et associé unique de l'EURL Pizza Saint B.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable au litige : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. / Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Sont également opposables à l'administration, dans les mêmes conditions, les instructions ou circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités fiscales ". Aux termes de l'article L. 80 B du même code : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : / 1° Lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal ; elle se prononce dans un délai de trois mois lorsqu'elle est saisie d'une demande écrite, précise et complète par un redevable de bonne foi () ".

9. L'absence de remise en cause, à l'issue d'un contrôle antérieur, de la déduction des frais kilométriques que M. B avait déclarés, ne constitue pas une prise de position formelle, opposable à l'administration fiscale sur le fondement des dispositions des articles L. 80 A et L. 80 B du livre des procédures fiscales.

10. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, des prélèvements sociaux y afférents ainsi que des pénalités correspondantes mises à leur charge au titre des années 2015 et 2016.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante à la présente instance, une somme au titre des frais exposés par M. et Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Mme A B et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Paganel, président,

Mme Barre, conseillère,

M. Jouanneau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

Le rapporteur,Le président,SignéSignéS. JOUANNEAUM. PAGANELLa greffière,SignéD. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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