lundi 9 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2200747 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | DEREGNAUCOURT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 février 2022 et le 14 mars 2024, M. A D, Mme C D et la Mutuelle Assurance Instituteur de France (MAIF) demandent au tribunal :
1°) de condamner Lille Métropole Habitat à verser la somme de 43 174,06 euros à B et la somme de 46 000 euros à M. et Mme D en réparation des préjudices subis du fait d'un ouvrage public ;
2°) de mettre à la charge de Lille Métropole Habitat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.
Ils soutiennent que :
- la prescription n'est pas acquise ;
- l'inaction de Lille Métropole Habitat face au développement de la mérule dans l'immeuble lui appartenant est à l'origine d'une partie des dommages subis ; la somme de 43 174,06 euros, correspondant aux travaux de reprise préconisés par l'expert judiciaire, doit être versée à B, subrogée dans les droits de M. et Mme D ; ces derniers ont subi un préjudice de jouissance pendant deux ans à compter d'août 2013, qui peut être évalué à 18 000 euros, ainsi qu'un préjudice moral du fait des désordres, des conditions dans lesquelles ils étaient logés et de la longueur de la procédure judiciaire ; ce préjudice peut être évalué à 18 000 euros ;
- les travaux réalisés par la LMH en décembre 2014 ont occasionné des salissures en façade, une entrée d'eau dans la cave et une dégradation des cheneaux ; ils ont subi depuis plusieurs inondations endommageant notamment un congélateur ; le préjudice
constitué par les travaux de reprise, le préjudice de jouissance et le préjudice moral peuvent être évalués globalement à la somme de 10 000 euros.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 11 avril 2022 et 4 avril 2024, l'office public de l'habitat Lille Métropole Habitat conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que les sommes allouées soient ramenées à de plus justes proportions et à ce que soient mis à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.
Il fait valoir que :
- la créance liée aux désordres survenus entre décembre 2014 pour les uns et février, mars 2016 pour les autres est prescrite, dès lors qu'aucun acte interruptif de prescription n'est intervenu ; les requérants n'établissent pas avoir présenté une demande amiable en 2018 et l'assignation devant le juge judiciaire ne concernait que l'indemnisation due à la présence de la mérule ;
- les conditions d'engagement de sa responsabilité du fait d'un ouvrage public ne sont pas réunies ; l'ouvrage n'est devenu public, du fait de son acquisition par LMH, que le 5 août 2010, et les dommages subis proviennent du défaut d'entretien de l'immeuble par l'ancien propriétaire ; le lien de causalité est donc absent ; LMH a réalisé sans tarder les mesures conservatoires nécessaires pour faire cesser les infiltrations avant d'entreprendre des travaux de réhabilitation ;
- à supposer que la prescription ne soit pas retenue pour les dommages apparus à compter de 2014, les préjudices subis ne présentent pas de caractère grave et spécial, et il n'est pas établi que l'humidité présente dans la cave soit en lien avec les travaux qu'il a fait réaliser ; les sommes demandées ne sont en outre pas justifiées ;
- à titre subsidiaire, la somme allouée au titre des travaux de reprise ne saurait excéder 38 852,44 euros, somme retenue par l'expert ;
- le préjudice de jouissance ne peut correspondre qu'à la période des travaux, à compter de la date de pose des étaix à la date de remise des clés ainsi que l'a retenu l'expert ;
- le préjudice moral des époux D n'est dû qu'à la saisine d'une juridiction incompétente et à la longueur de la procédure judiciaire ; aucun élément ne permet d'établir la réalité des troubles dans leurs conditions d'existence.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cotte,
- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique,
- et les observations de Me Leulliet, représentant Lille métropole Habitat.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme D sont, depuis 1971, propriétaires occupants d'un immeuble à usage d'habitation situé 2 bis, rue Caumartin à Lille. Au début des années 2000, ils ont subi un important dégât des eaux en provenance de l'immeuble voisin appartenant à la société IAR
Transactions. Par jugement du 24 mars 2004, le tribunal de grande instance de Lille a condamné cette société à effectuer des travaux de réparation préconisés par un expert amiable, et un protocole d'accord a été conclu entre les deux parties le 22 décembre 2004 afin de régler le litige. Constatant l'apparition de nouvelles infiltrations en 2008, les époux D ont obtenu du juge des référés du tribunal de grande instance de Lille que soit désigné un expert judiciaire. Lille métropole habitat, devenu propriétaire de l'immeuble voisin le 5 août 2010, a procédé aux réparations nécessaires pour supprimer l'origine du dommage, ainsi que pour traiter l'immeuble lui appartenant contre un champignon lignivore de type mérule qui s'y était développé. A la suite de la découverte du même champignon dans l'immeuble de M. et Mme D, ces derniers ont saisi le juge des référés du tribunal de grande instance de Lille qui a diligenté, par ordonnance du 18 décembre 2012, une nouvelle expertise. Le rapport d'expertise établi le 22 janvier 2015 a conclu à l'existence de désordres dus au fond appartenant à Lille métropole Habitat. M. et Mme D ainsi que leur assureur, B, ont adressé une réclamation préalable à l'office public de l'habitat le 3 novembre 2021, reçue le 8 novembre suivant. Par courrier du 10 janvier 2022, Lille métropole Habitat a rejeté leur demande. Par la présente requête, M. et Mme D et B demandent la condamnation de Lille Métropole Habitat à leur verser respectivement les indemnités de 46 000 euros et de 43 174,06 euros en réparation des préjudices subis.
Sur la prescription :
2. Aux termes de l'article 2224 du code civil, applicable aux établissements publics non dotés d'un comptable public : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer. " Il résulte de ces dispositions que la prescription qu'elles instituent court à compter de la manifestation du dommage, c'est-à-dire de la date à laquelle la victime a une connaissance suffisamment certaine de l'étendue du dommage, quand bien même le responsable de celui-ci ne serait à cette date pas encore déterminé.
3. M. et Mme D demandent réparation des dommages subis du fait des travaux entrepris, entre novembre 2014 et mars 2016, par LMH sur l'immeuble voisin, qui ont occasionné des projections sur leur façade, des entrées d'eau dans la cave et des dommages sur les chéneaux. Ceux-ci ont été constatés par deux constats d'huissier du 27 novembre 2014 pour les premiers désordres en façade et du 17 décembre 2014 pour les inondations, et en mars 2016 pour les dernières projections. Ni la désignation d'un expert qui a remis son rapport le 22 janvier 2015, ni l'assignation de LMH devant le juge judiciaire afin d'obtenir réparation le 18 octobre 2016, n'ont suspendu ou interrompu le cours de la prescription, dès lors que ces actions ne portaient pas sur de tels dommages. Si les requérants évoquent une demande amiable en 2018, ils n'en établissent pas l'existence ainsi que le fait valoir LMH. Par conséquent, à la date à laquelle LMH a reçu leur demande indemnitaire, le 8 novembre 2021, leur créance était prescrite depuis mars 2021 au plus tard, et LMH est fondée à opposer la prescription à leur demande tendant à obtenir le versement d'une somme de 10 000 euros correspondant aux travaux de reprise et à la réparation de leur préjudice de jouissance et de leur préjudice moral, consécutifs aux travaux sur l'immeuble voisin.
Sur la responsabilité :
4. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.
5. Il résulte de l'instruction que LMH a acquis de la société IAR Transactions un immeuble à usage de commerce et d'habitation en très mauvais état, situé au 2 rue Caumartin à Lille, le 5 août 2010. De ce fait, l'immeuble a acquis le caractère d'ouvrage public dont LMH avait la garde. Lors de sa réhabilitation, il a été constaté la présence d'un champignon lignivore qui a donné lieu à un devis pour son traitement le 16 mars 2011. Le même champignon a également été retrouvé dans l'immeuble de M. et Mme D, conduisant à l'établissement d'un devis le 6 février 2012. Il ressort du rapport d'expertise judiciaire établi le 22 janvier 2015 que la présence de ce champignon est due à la persistance de l'humidité à l'intérieur de l'immeuble, que ce soit dans les murs ou dans les planchers en bois de l'étage, en raison d'un défaut d'étanchéité de la toiture de l'immeuble acquis par LMH. Par suite, les requérants sont fondés à engager la responsabilité de LMH sans que ce dernier puisse utilement soutenir que les désordres proviennent du défaut d'entretien de l'ancien propriétaire, que les infiltrations seraient apparues dès 2008 ou qu'il a entrepris des travaux de réhabilitation peu de temps après l'acquisition de son bien.
Sur l'indemnisation :
6. En premier lieu, il ressort du relevé de compte produit par les requérants que B a déboursé la somme totale de 43 173,46 euros afin de procéder au traitement de la mérule et de réaliser les travaux de réhabilitation. Si l'expert judiciaire avait retenu un montant de 38 852,44 euros, il s'agissait d'une estimation, de laquelle le coût réel n'est pas très éloigné.
7. En deuxième lieu, M. et Mme D ont nécessairement subi un préjudice de jouissance de leur bien, correspondant à la période de réalisation des travaux, et non, comme ils le demandent, de la date de l'assignation en référé à la fin des travaux. Durant cette période courant du 22 juin au 2 août 2015, ils ont dû exposer des dépenses pour loger à l'hôtel et vider leur maison. Il sera fait une juste appréciation de ces dépenses, au vu des factures produites, à la somme de 3 300 euros.
8. En dernier lieu, M. et Mme D ont subi un préjudice du fait de l'anxiété générée par les désordres et la durée nécessaire pour leur résolution. Il en sera fait une juste appréciation en leur allouant la somme de 4 000 euros.
9. Il résulte de ce qui précède que LMH doit être condamnée à verser d'une part à B la somme de 43 173,46 euros et d'autre part à M. et Mme D la somme de 7 300 euros.
Sur les frais liés au litige :
10. D'une part, la présente instance n'a donné lieu à aucun dépens, l'expertise du 12 janvier 2015 ayant été ordonnée par le juge judiciaire.
11. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants la somme demandée par LMH au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de LMH la somme de 1 500 euros à verser solidairement aux requérants au même titre.
D É C I D E :
Article 1er : LMH est condamné à verser à B la somme de 43 173,46 euros et à M. et Mme D la somme de 7 300 euros.
Article 2 : LMH versera solidairement à M. et Mme D et à B la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, Mme C D et la Mutuelle Assurance Instituteur de France (MAIF) et à Lille Métropole Habitat.
Délibéré après l'audience du 18 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cotte, président,
M. Fougères, premier conseiller,
M. Goujon, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2024.
Le président-rapporteur,
signé
O. Cotte
L'assesseur le plus ancien,
signé
V. FougèresLa greffière,
signé
C. Lejeune
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026