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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2201123

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2201123

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2201123
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBOCHNAKIAN - LARRIEU-SANS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 février et 27 avril 2022, M. C A, représenté par Me Bochnakian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2022 par lequel le préfet du Pas-de-Calais lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la destination du pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à ce préfet de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision méconnaît les stipulations du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2022, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Par ordonnance du 8 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 8 juillet 2022 à 23 h 59.

Des pièces, enregistrées le 8 septembre 2022, ont été produites pour M. A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Bochnakian, représentant M. A.

Une note en délibéré, enregistrée le 20 septembre 2022, a été produite pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant algérien né le 31 octobre 2000 à Tizi Ouzou (Algérie), déclare être entré sur le territoire français le 7 septembre 2016, alors âgé de 15 ans, sous couvert d'un visa valable du 4 mai 2015 au 3 mai 2018. Le 5 février 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Par un arrêté du 19 janvier 2022, le préfet du Pas-de-Calais lui en a refusé la délivrance, l'a obligé à quitter le territoire français sous trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; / ()". Si ce texte ne subordonne pas la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " à la condition que l'étranger ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il ne prive pas l'administration française du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser l'admission au séjour en se fondant sur des motifs tenant à l'ordre public.

3. Il ressort des pièces du dossier, et n'est au demeurant pas contesté, que M. A, est entré régulièrement sur le territoire français et qu'il a épousé en France le 22 août 2020 une ressortissante française, laquelle a conservé sa nationalité. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que, par un jugement du tribunal correctionnel du 26 novembre 2021, il a été condamné à une peine de quatre mois d'emprisonnement assortie d'un sursis probatoire de 18 mois, avec obligation d'exercer une activité professionnelle ou de suivre un enseignement et obligation de soins, outre une peine complémentaire d'interdiction de port ou de détention d'une arme soumise à autorisation pendant un an, pour avoir, le 12 juin précédent, volontairement commis des violences ayant entrainé une incapacité de travail inférieure à huit jours sur la personne de sa conjointe et avoir porté, sans motif légitime, une ou plusieurs armes blanches ou incapacitantes de catégorie D. Compte tenu du caractère particulièrement récent des faits, de leur nature et de leur gravité, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en considérant que M. A constitue une menace réelle et actuelle à l'ordre public, malgré le caractère isolé de ces faits. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France alors qu'il était encore mineur et qu'il a été pris en charge par son frère ainé, qui résidait encore en France à la date de la décision, à l'instar de leur sœur. Toutefois, l'intéressé ne soutient ni même n'allègue qu'il serait isolé en cas de retour dans son pays d'origine. Par ailleurs, s'il se prévaut de la présence en France de sa conjointe, leur mariage ainsi que leur vie commune étaient pour le moins récents à la date de la décision contestée. En outre, ainsi qu'il a été dit au point précédent, M. A doit être regardé comme constituant une menace actuelle à l'ordre public. Par suite, en dépit de son intégration professionnelle et à supposer même qu'il ait, ainsi qu'il le soutient, respecté assidument les obligations qui lui sont imposées dans le cadre de son suivi judiciaire, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet du Pas-de-Calais dans l'appréciation de sa situation personnelle doivent, par suite, être écartés.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il conteste.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Pas-de-Calais.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

La rapporteure,

signé

C. B

Le président,

signé

X. FABRE

La greffière,

signé

A. HAUTCOEUR

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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