mercredi 12 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2201205 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SCP SHBK AVOCATS SEGARD BRIOUT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 février 2022 et le 9 novembre 2022, Mme H D épouse F, M. G K et M. C F, représentés par Me Lecompte, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) à titre principal, de condamner le centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Lille à leur verser la somme totale de 130 000 euros en réparation du préjudice qu'ils estiment avoir subi en raison de la prise en charge de Frédéric F dans cet établissement au mois d'août 2006 ;
2°) de mettre à la charge du CHRU de Lille une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) à titre subsidiaire, d'ordonner une nouvelle expertise médicale sur pièces.
Ils soutiennent que :
- il résulte des deux rapports d'expertise que la prise en charge de Frédéric F aux urgences du CHRU de Lille n'a pas été conforme aux règles de l'art, en raison d'une attente excessive dans ce service, de l'absence de prise en compte de sa douleur, de la situation de rétention urinaire dans laquelle il a été placé et de l'absence d'information donnée au patient et à son épouse ;
- une nouvelle mesure d'expertise pourrait s'avérer nécessaire dans la mesure où l'évaluation des préjudices diffère aux termes des deux rapports d'expertise déjà effectués ;
- les préjudices subis par Frédéric F avant son décès s'élèvent à un montant global de 130 000 euros, se décomposant comme suit :
* 50 000 euros au titre des souffrances endurées ;
* 30 000 euros au titre du préjudice esthétique ;
* 30 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;
* 20 000 euros au titre du préjudice sexuel.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 mai 2022 et le 6 décembre 2022, le centre hospitalier régional universitaire de Lille, représenté par Me Segard, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'y a eu aucun retard de diagnostic ni de retard de prise en charge chirurgicale, en raison d'un doute sur le diagnostic de tumeur intramédullaire qui ne pouvait être levé avant la réalisation d'un bilan complet ;
- l'accord de transfert vers le service de neurochirurgie n'impliquait pas une arrivée directe dans ce service ;
- le délai de six heures au service des urgences du CHRU de Lille a permis un examen clinique, une prise des constantes et une demande d'avis, de sorte qu'il n'était pas déraisonnable ;
- le patient bénéficiait à sa sortie du centre hospitalier de Cambrai d'un anti-inflammatoire stéroïdien puissant et rapide et aucune plainte douloureuse n'a été constatée aux urgences ;
- aucun manquement à l'obligation d'information ne saurait lui être reproché compte tenu notamment du contexte d'urgence, du bilan en cours face au doute sur la nature de la lésion intramédullaire, la gravité de la situation ayant déjà été évoquée par les médecins du centre hospitalier de Cambrai avec le patient ;
- compte tenu de la gravité de son état de santé, Frédéric F n'avait aucune possibilité de se soustraire aux investigations effectuées, ni à l'intervention d'exérèse subséquente.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, qui n'ont pas produit de mémoire.
Vu :
- l'ordonnance n°1709960 du 29 janvier 2018, par laquelle le juge des référés a ordonné une expertise à la demande de Frédéric F ;
- le rapport d'expertise établi par le docteur I J et déposé au greffe du tribunal le 17 février 2020 ;
- l'ordonnance n°1709960 du 28 février 2020 par laquelle les frais et honoraires de l'expertise ont été liquidés et taxés à la somme de 700 euros ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fougères,
- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique,
- et les observations de Me Bavay, substituant Me Segard, représentant le CHRU de Lille.
Considérant ce qui suit :
1. Frédéric F, né le 23 décembre 1976, a ressenti des douleurs dorsales au cours du mois de juillet 2006. Un traitement symptomatique lui a été prescrit par son médecin traitant. Le 15 août 2006, Frédéric F s'est rendu au service des urgences du centre hospitalier de Cambrai en raison de douleurs lombaires accompagnées de troubles de la sensibilité dans le membre inférieur. Un traitement anti-inflammatoire et antalgique lui a été prescrit. Cependant, dès le lendemain, il a de nouveau consulté le service des urgences de ce centre hospitalier à la suite d'un déficit du membre inférieur gauche, avec des douleurs importantes et une hypoesthésie remontant jusqu'en D10. Après réalisation notamment d'une imagerie par résonance magnétique montrant une grosse moelle avec lésion intramédullaire en cocarde en regard de D7-D8 et accord avec les neurochirurgiens, il a été transféré au centre hospitalier régional universitaire de Lille et a été admis au service des urgences de cet établissement à 15h10. A 21h10, le patient a été transféré au sein du service de neurologie en vue d'un bilan plus complet et d'une éventuelle prise en charge chirurgicale. Le 17 août 2006, une aggravation du déficit moteur est constatée. Le 18 août 2006, une nouvelle imagerie par résonance magnétique est réalisée et, en raison d'une nouvelle aggravation du déficit moteur, se manifestant par une paraplégie complète, une intervention chirurgicale est décidée, laquelle a permis l'exérèse d'une tumeur intramédullaire, correspondant à un astrocytome de grade III. Le 1er septembre 2006, Frédéric F est transféré au centre de rééducation de l'Espoir, alors qu'il présente une paraplégie complète de niveau D7 et des troubles sphinctériens. Il bénéficie d'une radiothérapie en avril 2007 au centre Oscar Lambret. Il quitte le centre de l'Espoir le 8 octobre 2007 pour regagner son domicile, sans toutefois avoir récupéré sur le plan neurologique, conservant une paraplégie complète. Du fait d'une nouvelle évolution de la lésion, une chimiothérapie par Temodal lui est prescrite de septembre 2011 à juin 2012. En 2015, une nouvelle évolution de la tumeur est constatée et du Temodal est de nouveau prescrit. En 2017, il est relevé que l'évolution de la tumeur se poursuit, de sorte qu'un protocole de chimiothérapie est réalisé. Frédéric F est décédé le 28 février 2018 des conséquences de l'évolution de sa tumeur intramédullaire.
2. La commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI), saisie le 14 octobre 2014 par Frédéric F à fin d'indemnisation de ses préjudices, a ordonné le 9 février 2015 une expertise, confiée au professeur A B, neurochirurgien, lequel a rendu son rapport le 11 mai 2015. Par un avis du 7 juillet 2015, cette commission a estimé que la réparation des préjudices subis par Frédéric F incombait à l'assureur du CHRU de Lille à hauteur d'une perte de chance de 15 % d'éviter une récidive avant trois années. Par ordonnance du 29 janvier 2018, le juge des référés du tribunal a ordonné à la demande de Frédéric F une expertise, confiée au docteur I J, neurochirurgien. L'expert a déposé son rapport le 17 février 2020. Par un courrier recommandé du 2 août 2021, reçu le 5 août 2021, Mme H D épouse F et ses deux enfants ont vainement sollicité, par l'intermédiaire de leur conseil, la prise en charge par le CHRU de Lille des préjudices subis par leur mari et père. Par la présente requête, les requérants demandent au tribunal de condamner le CHRU de Lille à les indemniser des préjudices qu'ils estiment que Frédéric F a subi du fait de sa prise en charge dans cet établissement.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la prise en charge au service des urgences du CHRU de Lille :
3. Aux termes de l'article L. 1110-5 du code de la santé publique, dans sa rédaction applicable à la cause : " Toute personne a, compte tenu de son état de santé et de l'urgence des interventions que celui-ci requiert, le droit de recevoir les soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l'efficacité est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire au regard des connaissances médicales avérées. Les actes de prévention, d'investigation ou de soins ne doivent pas, en l'état des connaissances médicales, lui faire courir de risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté. / () / Toute personne a le droit de recevoir des soins visant à soulager sa douleur. Celle-ci doit être en toute circonstance prévenue, évaluée, prise en compte et traitée. / () ". En outre, aux termes du I de l'article L. 1142-1 de ce code, dans sa rédaction applicable à la cause : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / () ".
4. En premier lieu, si Frédéric F a été transféré du service des urgences du centre hospitalier de Cambrai, où il avait été admis le 16 août 2006, au CHRU de Lille après accord avec les neurochirurgiens de ce second établissement, dès lors que l'arrivée de ce patient a été envisagée le jour même seulement, dans un contexte d'urgence, la circonstance qu'il n'ait pas été directement admis au service de neurologie du CHRU de Lille, pour regrettable le fait qu'il ait dû patienter sur un brancard dans un box, n'est pas constitutive d'un défaut d'organisation ou de fonctionnement de cet établissement.
5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport du docteur J, que la lésion intramédullaire constatée lors de l'IRM réalisé au centre hospitalier de Cambrai et les symptômes que présentait Frédéric F pouvaient avoir, conformément aux données acquises de la science à l'époque des faits litigieux, pour cause une pathologie inflammatoire, éventuellement infectieuse, auquel cas, une intervention chirurgicale était contre-indiquée pour ne pas risquer une paraplégie définitive, une tumeur gliale ou une tumeur intramédullaire, cette dernière étant habituellement d'évolution lente. Dès lors, la circonstance qu'une intervention chirurgicale n'ait été réalisée que le 18 août 2006, alors qu'un bilan complet était en cours, après l'apparition ce même jour d'une paraplégie complète, n'est pas fautive. Par ailleurs, alors que le temps passé par Frédéric F au service des urgences du CHRU de Lille, de 15h10 à 21 heures, a permis de réaliser les formalités administratives d'admission dans ce nouvel établissement, d'actualiser les constantes de l'intéressé, de réaliser un nouvel examen clinique par un interne de neurochirurgie et de soumettre le dossier auprès du professeur E, neurochirurgien sénior, il ne résulte pas de l'instruction que le temps passé par Frédéric F aux urgences du CHRU de Lille ait retardé la réalisation d'un bilan complet, lequel n'était manifestement pas achevé au moment de l'intervention du vendredi 18 août 2006, une ponction lombaire ayant été réalisée ce jour-là, avec consigne donnée d'envisager une biopsie chirurgicale le lundi suivant en l'absence de diagnostic, tandis que le diagnostic d'astrocytome anaplasique n'a en définitive été posé qu'à la suite de cette intervention du 18 août 2006. Dans ces conditions, la durée passée par Frédéric F aux urgences du CHRU de Lille ne peut être regardée comme étant à l'origine d'un retard de prise en charge ou d'un retard de diagnostic.
6. En troisième lieu, les requérants soutiennent que la douleur de Frédéric F n'a pas été prise en compte au cours de son admission au service des urgences du CHRU de Lille, avant 20 heures. Par les pièces qu'il produit, cet établissement hospitalier, qui se borne à affirmer que le patient avait bénéficié d'un anti-inflammatoire stéroïdien à sa sortie du centre hospitalier de Cambrai et qu'il n'a pas fait état de plainte douloureuse pendant son temps de présence au sein de son service des urgences, ne justifie pas, comme le relève le rapport du docteur J, avoir évalué, et le cas échéant traité de façon diligente, la douleur de Frédéric F à la suite de son admission au CHRU de Lille comme le requiert l'article L. 1110-5 du code de la santé publique. Dès lors, cet établissement doit être regardé comme ayant commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
7. En dernier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du docteur J, que, pendant son passage aux urgences du CHRU de Lille, Frédéric F a été placé en rétention urinaire, ce que ne conteste pas le CHRU de Lille, et n'a été sondé que très tardivement après avoir perdu spontanément ses urines. Cette faute est de nature à engager la responsabilité de cet établissement hospitalier.
En ce qui concerne l'obligation d'information avant l'intervention du 18 août 2006 :
8. D'une part, aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique, dans sa rédaction applicable au litige : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. Lorsque, postérieurement à l'exécution des investigations, traitements ou actions de prévention, des risques nouveaux sont identifiés, la personne concernée doit en être informée, sauf en cas d'impossibilité de la retrouver. / Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. / Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel. / () / En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé dans les conditions prévues au présent article. Cette preuve peut être apportée par tout moyen. "
9. Il résulte de ces dispositions que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question.
10. D'autre part, le sixième alinéa de l'article L. 1110-4 du code de la santé publique, dans sa rédaction applicable à la cause, dispose : " En cas de diagnostic ou de pronostic grave, le secret médical ne s'oppose pas à ce que la famille, les proches de la personne malade ou la personne de confiance définie à l'article L. 1111-6 reçoivent les informations nécessaires destinées à leur permettre d'apporter un soutien direct à celle-ci, sauf opposition de sa part. Seul un médecin est habilité à délivrer, ou à faire délivrer sous sa responsabilité, ces informations. " Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 4127-35 du code de la santé publique, dans sa rédaction applicable au litige : " Un pronostic fatal ne doit être révélé qu'avec circonspection, mais les proches doivent en être prévenus, sauf exception ou si le malade a préalablement interdit cette révélation ou désigné les tiers auxquels elle doit être faite. "
11. Dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que le pronostic vital de Frédéric F était engagé à la date des faits litigieux, les praticiens du CHRU de Lille n'étaient pas tenus d'informer son épouse de son état de santé. Par ailleurs, il résulte de l'instruction qu'un bilan était en cours de réalisation en vue de déterminer la nature de la lésion intramédullaire constatée par imagerie par résonance magnétique, de sorte qu'aucun diagnostic précis n'avait été posé avant l'intervention chirurgicale, décidée dans l'urgence après l'apparition d'une paraplégie complète. Une tumeur, sous forme d'un astrocytome de grade III, ne sera identifiée qu'à l'occasion de cette exérèse. Il s'ensuit que l'équipe médicale du CHRU de Lille n'était pas en mesure de délivrer une information précise à Frédéric F sur les causes des symptômes qu'il présentait avant l'intervention chirurgicale du 18 août 2006. Enfin, si le rapport d'expertise du docteur J relève que " l'information délivrée auprès du patient et son épouse n'est pas tracée durant la période pré-opératoire " (page 12 du rapport), il résulte de l'instruction que l'opération chirurgicale du 18 août 2006 n'a pas entraîné de dégradation de l'état de santé de Frédéric F et a permis l'exérèse d'une tumeur maligne, de sorte que le défaut d'information sur les risques de l'opération n'a entraîné aucune incidence pour le patient, aucun de ces risques ne s'étant réalisé. Dans ces circonstances, les préjudices allégués par les requérants ne sont pas en relation avec le défaut d'information invoqué.
En ce qui concerne l'indemnisation des préjudices :
12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner une nouvelle expertise compte tenu du caractère suffisamment détaillé de l'expertise ordonnée par le juge des référés de ce tribunal, que les requérants sont seulement fondés à se prévaloir des fautes liées au défaut d'évaluation et de prise en compte de la douleur de Frédéric F avant 20 heures, alors que son admission est intervenue à 15h10, et au fait qu'il ait été placé en rétention urinaire, avec mise en place très tardive d'une sonde urinaire. Ces fautes sont à l'origine de souffrances physiques et morales évaluées à 2 sur une échelle de 0 à 7 par l'expert judiciaire. Il n'y a pas lieu de retenir l'évaluation réalisée par l'expert désigné par la CCI, qui retenait une période de préjudice plus étendue, estimant qu'il existait un retard de prise en charge du fait du passage aux urgences, ce qui ne résulte pas de l'instruction, comme il a été dit précédemment au point 5. Compte tenu de ces éléments, et de la période de six heures au cours de laquelle ces souffrances ont été endurées, et par référence au barème de l'ONIAM, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 1 500 euros.
13. Ainsi qu'il a été dit aux points 1 et 5, la paraplégie complète présentée par Frédéric F est survenue avant l'intervention chirurgicale réalisée le 18 août 2006 et il ne résulte pas de l'instruction que cette paraplégie aurait pu être évitée si l'intéressé n'avait pas passé six heures aux urgences du CHRU de Lille, des prélèvements venant d'être transmis au laboratoire le jour de l'intervention, avec des résultats attendus d'ici le lundi suivant. Dès lors, le préjudice esthétique temporaire, le préjudice d'agrément et le préjudice sexuel invoqués par les requérants, liés à l'état de paraplégie de leur mari et père, ne sont pas en relation avec les fautes retenues aux points 6 et 7. Leurs conclusions présentées à ce titre doivent donc être rejetées.
14. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont seulement fondés à solliciter la condamnation du CHRU de Lille à leur verser une somme de 1 500 euros au titre des souffrances endurées par Frédéric F le temps de sa présence aux urgences de cet établissement.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne les dépens :
15. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge saisi au fond du litige de statuer, au besoin d'office, sur la charge des frais de l'expertise ordonnée par la juridiction administrative.
16. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre les frais de l'expertise liquidés et taxés à la somme de 700 euros par une ordonnance du 28 février 2020 du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Lille, à la charge définitive du CHRU de Lille.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des consorts F, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le centre hospitalier régional universitaire de Lille demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du centre hospitalier régional universitaire de Lille une somme totale de 1 200 euros au titre des frais exposés par les consorts F et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier régional universitaire de Lille est condamné à verser aux ayants droits de Frédéric F la somme de 1 500 euros.
Article 2 : Les frais de l'expertise liquidés et taxés à la somme de 700 euros sont mis à la charge définitive du centre hospitalier régional universitaire de Lille.
Article 3 : Le centre hospitalier régional universitaire de Lille versera à Mme H F, à M. G K et à M. C F la somme totale de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Madame H D épouse F, M. G K, à M. C F, à la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut, au centre hospitalier régional universitaire de Lille et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Copie en sera adressée au docteur I J, expert.
Délibéré après l'audience du 22 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.
Le rapporteur,
signé
V. Fougères
Le président,
signé
J.-M. Riou La greffière,
signé
J. Vandewyngaerde
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026