jeudi 9 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2201241 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP SEBAN ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 21 février 2022, 25 septembre 2023 et 22 novembre 2023, la société civile immobilière (SCI) Forestgump, représentée par Me Lanckriet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 septembre 2020 par laquelle l'Agence nationale pour l'amélioration de l'habitat (ANAH) a retiré et ordonné le reversement de 51 512 euros sur la subvention accordée le 4 mars 2015 de l'aide au titre des travaux d'amélioration de l'habitat en vue d'une mise en location pour un immeuble situé 95 rue de la paix à Caudry, ensemble les décisions de rejet de ses recours gracieux et hiérarchique formés respectivement le
14 octobre 2020 et le 10 mars 2021 ;
2°) d'enjoindre à l'ANAH de lui verser la somme de 21 644 euros correspondant au solde de la subvention accordée ;
3°) de mettre à la charge de l'ANAH une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- son recours n'est pas tardif ;
- l'ANAH ne justifie pas de la compétence de l'auteure de l'acte ;
- la décision du 3 septembre 2020 méconnait les dispositions du 3° de l'article 21 de l'arrêté du 1er août 2014 portant approbation du règlement général de l'Agence nationale de l'habitat, dans sa version applicable à la date de la décision contestée, dès lors que la commission locale d'amélioration de l'habitat (CLAH) n'a pas été saisie pour avis ;
- elle est entachée d'inexactitude matérielle des faits et d'une erreur de droit dans l'application de l'article R. 321-21 du code de la construction et de l'habitation.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 2 août et le 26 octobre 2023, l'Agence nationale de l'habitat, représentée par la SELAS Seban et associés, conclut au rejet de la requête et au versement de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- le moyen tenant à l'absence de consultation préalable de la commission locale d'amélioration de l'habitat est inopérant ;
- les autres moyens de la requête sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des relations entre le public et l'administration
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Huchette-Deransy ;
- et les conclusions de M. Borget, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par une convention de travaux signée le 26 septembre 2014, l'Agence nationale de l'habitat (ANAH) a octroyé à la société civile immobilière (SCI) Forestgump une subvention d'un montant de 72 146 euros pour les travaux effectués dans quatre appartements sis 95 rue de la paix à Caudry. Par une décision du 3 septembre 2020, la directrice générale de l'ANAH a retiré la subvention et demandé le reversement d'une somme de 51 512 euros correspondant à l'acompte versé. La SCI a présenté un recours gracieux le 14 octobre 2020 et un recours hiérarchique le
10 mars 2021. Par la présente requête, la SCI demande au tribunal l'annulation de cette décision et des rejets implicites de ses recours administratifs.
Sur la fin de non-recevoir opposée par l'ANAH :
2. D'une part, aux termes du I de l'article L. 321-1 du code de la construction et de l'habitation : " L'Agence nationale de l'habitat a pour mission () de promouvoir le développement et la qualité du parc existant de logements privés (). A cet effet, elle encourage et facilite l'exécution de travaux de réparation, d'assainissement, d'amélioration et d'adaptation des immeubles d'habitation () ". Aux termes du IV du même article : " Un décret en Conseil d'Etat précise les conditions d'application du présent article. Il détermine les modalités de gestion et de fonctionnement de l'Agence nationale de l'habitat () ainsi que les utilisations de ses ressources ". L'article R. 321-21 du code de la construction et de l'habitation, pris sur le fondement des dispositions citées ci-dessus, dispose que : " Le retrait de l'aide versée par l'agence est prononcé et le reversement des sommes perçues exigé s'il s'avère que celle-ci a été obtenue à la suite de fausses déclarations ou de manœuvres frauduleuses. Le retrait et le reversement total ou partiel peuvent également être prononcés en cas de non-respect des prescriptions de la présente section ou des conventions conclues en application des articles L. 321-4 et L. 321-8, ou de toute autre convention liée au bénéfice des aides de l'agence, selon les modalités fixées par le règlement général de l'agence ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 110-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sont considérées comme des demandes au sens du présent code les demandes et les réclamations, y compris les recours gracieux ou hiérarchiques, adressées à l'administration ". Aux termes de l'article L. 112-3 du même code : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception () / Les modalités d'application du présent article sont fixées par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article L. 112-6 de ce code : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation / Le défaut de délivrance d'un accusé de réception n'emporte pas l'inopposabilité des délais de recours à l'encontre de l'auteur de la demande lorsqu'une décision expresse lui a été régulièrement notifiée avant l'expiration du délai au terme duquel est susceptible de naître une décision implicite. ". Aux termes de l'article R. 112-5 dudit code : " L'accusé de réception prévu par l'article L. 112-3 comporte les mentions suivantes : / 1° La date de réception de la demande et la date à laquelle, à défaut d'une décision expresse, celle-ci sera réputée acceptée ou rejetée () Il indique si la demande est susceptible de donner lieu à une décision implicite de rejet ou à une décision implicite d'acceptation. Dans le premier cas, l'accusé de réception mentionne les délais et les voies de recours à l'encontre de la décision () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet ". Enfin, aux termes de l'article
R. 421-5 de ce code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
4. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.
5. Les règles énoncées au point précédent relatives au délai raisonnable au-delà duquel le destinataire d'une décision ne peut exercer de recours juridictionnel sont également applicables à la contestation d'une décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur une demande présentée devant elle, lorsqu'il est établi que le demandeur a eu connaissance de la décision. Ce principe s'applique également au rejet implicite d'un recours gracieux.
La preuve d'une telle connaissance ne saurait résulter du seul écoulement du temps depuis la présentation du recours. Elle peut en revanche résulter de ce qu'il est établi, soit que l'intéressé a été clairement informé des conditions de naissance d'un refus implicite de son recours gracieux, soit que la décision prise sur ce recours a par la suite été expressément mentionnée au cours de ses échanges avec l'administration. S'il n'a pas été informé des voies et délais dans les conditions prévues par les textes cités au point 2, l'auteur du recours gracieux, dispose, pour saisir le juge, d'un délai raisonnable qui court, dans la première hypothèse, de la date de naissance de la décision implicite et, dans la seconde, de la date de l'événement établissant qu'il a eu connaissance de cette décision.
6. Il ressort des pièces du dossier, que la SCI Forestgump a formé, le 14 octobre 2020, contre la décision du 3 septembre 2020 prononçant le retrait de la subvention dont elle bénéficiait, un recours gracieux, qui a interrompu le délai de recours contentieux. Ce recours gracieux, reçu par l'ANAH le 26 octobre 2020, n'a pas fait l'objet d'un accusé de réception comportant les mentions rappelées au point 3 ci-dessus, et informant donc la SCI Forestgump des conditions de naissance d'une décision implicite. Si la SCI requérante soutient avoir été destinataire d'une décision expresse en date du 20 janvier 2021, portant rejet de son recours gracieux, elle ne produit pas cette décision et l'ANAH conteste avoir expressément rejeté ce recours le 20 janvier 2021, de sorte que cette décision ne peut être tenue pour établie. Dans ces conditions, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que le délai de recours contre la décision rejetant le recours gracieux et de la décision visée par ce recours gracieux ne pouvait courir qu'à compter du 26 décembre 2020.
Par suite, la requête présentée par la SCI Forestgump le 21 février 2022, a été formée plus d'un an après le 26 décembre 2020, date à laquelle, compte tenu du recours gracieux qu'elle avait formé, la société est réputée avoir eu connaissance de la décision rejetant son recours gracieux.
En outre, si la SCI Forestgump a présenté un second recours administratif formé le 10 mars 2021 par la voie d'un recours hiérarchique, en tout état de cause, le délai de recours contentieux ne peut être prorogé que par un seul recours administratif. Il suit de là, que la requête est tardive et qu'il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée en défense par l'ANAH.
7. Il résulte de ce qui précède que la requête de la SCI Forestgump doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'ANAH, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SCI Forestgump demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCI Forestgump une somme de 1 500 euros à verser à l'ANAH au titre de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI Forestgump est rejetée.
Article 2 : La SCI Forestgump versera une somme de 1 500 euros à l'Agence nationale de l'habitat au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Forestgump et à l'Agence nationale de l'habitat.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Féménia, présidente,
- Mme Bonhomme, première conseillère,
- Mme Huchette-Deransy, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2025.
La rapporteure,
Signé
J. Huchette-Deransy
La présidente,
Signé
J. Féménia Le greffier,
Signé
M. A
La République mande et ordonne à la ministre de transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2201241
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026