Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2201382

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2201382
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formationjuge unique (6)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 24 février 2022, le 15 mars 2022 et le 17 janvier 2024, M. B C demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 décembre 2021 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord a confirmé, sur son recours administratif préalable obligatoire, l'indu de prime d'activité (IM3001) d'un montant de 898,68 euros portant sur la période du 1er octobre 2017 au 31 décembre 2018, notifié le 20 juin 2019 ;

2°) de lui accorder la remise gracieuse de cette dette.

Il soutient que :

- l'indu n'est pas fondé dès lors qu'il a habité chez ses parents d'août 2012 à juillet 2018, la déclaration selon laquelle il serait en concubinage depuis le 20 août 2012 est une erreur, par confusion avec la date de la rencontre ;

- ses ressources sont insuffisantes pour lui permettre le remboursement du trop-perçu.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2022, le directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- jusqu'en décembre 2018, l'allocataire s'est toujours déclaré célibataire mais il a déclaré, en mars 2019, vivre en concubinage depuis août 2012 ; cette déclaration, près de sept ans après, présente un caractère frauduleux, de sorte que l'indu est fondé et ne peut faire l'objet d'une remise.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Riou, président, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Riou, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a été informé, par courrier du 20 juin 2019 du directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord d'un trop-perçu de son allocation de prime d'activité (IM3 001) d'un montant de 898,68 euros pour la période du 1er octobre 2017 au 31 décembre 2018. Le directeur de la caisse, par courrier du 4 janvier 2021, pris sur le recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale auprès de la commission de recours amiable réunie le 16 décembre 2021, a confirmé cet indu. Par sa requête, M. C doit être regardé comme demandant la remise totale de l'indu mais aussi, au regard des moyens qu'il soulève, comme demandant l'annulation, comme infondé, de cet indu.

Sur le bien-fondé de l'indu :

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu.

3. Aux termes de l'article L. 842-3 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1° () ". Aux termes de l'article R. 842-3 de ce code : " Le foyer mentionné au 1° de l'article L. 842-3 est composé : / 1° Du bénéficiaire ; / 2° De son conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité ; et / 3° Des enfants et personnes à charge remplissant les deux conditions suivantes : / a) Ouvrir droit aux prestations familiales ou avoir moins de vingt-cinq ans et être à la charge effective et permanente du bénéficiaire ou de son conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité à condition, en cas d'arrivée au foyer après le dix-septième anniversaire, d'avoir avec le bénéficiaire ou son conjoint, son concubin ou son partenaire lié par un pacte civil de solidarité un lien de parenté jusqu'au quatrième degré inclus ; / b) Ne pas bénéficier ou avoir bénéficié, au cours de l'année civile de droit, de la prime d'activité en tant que bénéficiaire ou conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité d'un bénéficiaire. ".

4. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.

5. Le trop-perçu résulte de la prise en compte d'une situation de vie maritale de l'allocataire, à partir du 20 août 2012. Si la caisse soutient que cette date a été déclarée par M. C dans une nouvelle demande de prime d'activité, qu'il percevait depuis avril 2016, il résulte de l'instruction, c'est-à-dire des deux pièces jointes au mémoire en défense dans lesquelles cette déclaration aurait été faite, que cette déclaration a été faite uniquement par Mme A, dans sa demande de prime d'activité du 13 mars 2019, cette demande mentionnant expressément la perception par son concubin, M. C, de la prime d'activité au titre du trimestre précédant la demande, soit de décembre 2018 à février 2019.

6. Pour la période du 1er octobre 2017 au 30 juin 2018, l'indu ne résulte d'aucune autre information détenue par la caisse. M. C fait valoir, sans que cela soit contesté, qu'il demeurait alors à Lewarde, qui était l'adresse connue de la caisse d'allocations familiales, pour cette période, et qu'il était alors célibataire, ce qui ressort des avis d'imposition pour les revenus perçus en 2016 (impôt sur le revenu mis en recouvrement le 31 juillet 2017) et en 2017 (mise en recouvrement le 31 juillet 2018). L'existence d'une situation de vie maritale, qui ne résulte que de la déclaration de la concubine du requérant, ne peut être tenue pour établie par la caisse pour la période du 1er octobre 2017 au 30 juin 2018.

7. En revanche, il résulte des écritures mêmes du requérant qu'il a changé de domicile en " juillet 2018 ", plus précisément le 1er juillet selon sa déclaration de changement de situation auprès de la caisse d'allocations familiales du 13 décembre 2018. A cette date, Mme A emménageait à la même adresse, située à Vitry-en-Artois. Si, à cette date, la situation de vie maritale n'était pas déclarée, elle l'a été dans la demande faite le 13 mars 2019 et doit être regardée comme établie, par la caisse, à la date du 1er juillet 2018, de sorte que la caisse était fondée à récupérer l'indu résultant du défaut de prise en compte d'une situation de concubinage pour la période du 1er juillet au 31 décembre 2018.

8. M. C est donc seulement fondé à soutenir que c'est à tort que la caisse a procédé à la récupération d'un indu pour la période du 1er octobre 2017 au 30 juin 2018. M. C doit être déchargé de cet indu en ce qui concerne cette période. En revanche, l'état de l'instruction ne permet pas de déterminer le montant de la part de l'indu à décharger. Il y a lieu, en conséquence, de renvoyer M. C devant la caisse d'allocations familiales du Nord pour le calcul définitif de l'indu relatif à la période du 1er octobre 2017 au 31 décembre 2018 compte tenu de la décharge partielle prononcée par le présent jugement.

Sur la demande de remise :

9. Compte tenu de la décharge partielle prononcée au point 6, la demande de remise gracieuse de l'indu de prime d'activité est privée d'objet pour la part de cet indu correspondant à la période du 1er octobre 2017 au 30 juin 2018.

10. Pour le surplus, la requête n'est pas accompagnée d'une décision prise sur une demande de remise ni du justificatif du dépôt d'une telle demande. M. C a, par suite, été invité, par un courrier en date du 25 février 2022 dont il a accusé réception le 2 mars 2022, à régulariser sa requête dans un délai d'un mois en retournant la décision prise sur une demande de remise ou le justificatif du dépôt d'une telle demande. Ce courrier comportait également la mention suivant laquelle la requête pourra être rejetée comme irrecevable pour défaut ou insuffisance de motivation si la régularisation n'est pas effectuée dans le délai imparti. Si M. C a adressé au tribunal la décision, précitée, prise sur son recours auprès de la commission de recours amiable, cette décision ne se prononce pas sur une demande de remise. M. C n'a ainsi pas régularisé sa requête dans le délai imparti. Le surplus des conclusions à fin de remise doit être rejeté comme irrecevable.

D E C I D E :

Article 1 : M. C est déchargé de l'indu de prime d'activité (IM3001) en ce qui concerne la période du 1er octobre 2017 au 30 juin 2018.

Article 2 : M. C est renvoyé devant la caisse d'allocations familiales pour le calcul de l'indu, conformément aux motifs du présent jugement.

Article 3 : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de remise en ce qui concerne la période du 1er octobre 2017 au 30 juin 2018.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Copie pour information sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J-M. RiouLa greffière,

signé

I.Baudry

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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N°220138