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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2201490

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2201490

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2201490
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDESCAMPS-D'HOUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 28 février 2022, 10 octobre 2022 à 10 h 51 et à 16 h 52 et 3 novembre 2022, ce dernier non communiqué, M. A B C, représenté par Me Descamps-D'Hour, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier de Tourcoing à lui verser, au titre de l'indemnité de fin de contrat, la somme de 10 113,98 euros, assortie des intérêts au taux légal " à compter de la date de la première demande d'indemnisation " ainsi que de la capitalisation des intérêts ;

2°) de condamner le centre hospitalier de Tourcoing à lui verser, au titre de l'indemnité compensatrice de congés payés, la somme de 1 011,39 euros ou à défaut la somme de

981, 04 euros ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Tourcoing la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la relation de travail à l'issue de son contrat de praticien contractuel n'ayant pas été poursuivie dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, il a droit à une indemnité de fin de contrat d'un montant de 10 113,98 euros, pour la période du 21 décembre 2017 au 5 janvier 2019, conformément aux dispositions de l'article L. 1243-8 du code du travail ;

- le défaut de versement de l'indemnité de précarité est constitutif d'une faute contractuelle de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier de Tourcoing ;

- l'indemnité de fin de contrat doit être calculée en prenant en compte le cumul des salaires perçus pour la période du 21 décembre 2017 au 5 janvier 2019, soit la somme de

101 139,79 euros ;

- il a droit à une indemnité compensatrice de congés payés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 septembre 2022 et 21 octobre 2022, le centre hospitalier de Tourcoing, représenté par Me Brazier conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à la limitation au montant de 435 euros de la somme à verser au requérant au titre de l'indemnité de fin de contrat ;

3°) à titre infiniment subsidiaire, à la limitation au montant de 9 810 euros de la somme à verser au requérant au titre de l'indemnité de fin de contrat ;

4°) à ce que soit mis à la charge de M. B C la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle a été introduite plus de deux mois après la naissance de la décision implicite de rejet de la demande indemnitaire préalable adressée le

2 janvier 2020 au centre hospitalier ;

- le refus de verser l'indemnité de fin de contrat est justifié en ce que M. B C a refusé une proposition de contrat à durée déterminée de six mois et il ne pouvait lui être proposé de suite la conclusion d'un contrat à durée indéterminée tant que le requérant n'avait pas réussi au concours de national de praticien hospitalier ;

- seule la rémunération versée au titre du dernier contrat, couvrant la période du

28 décembre 2018 au 5 janvier 2019, doit être prise en compte pour le calcul de l'indemnité de fin de contrat ;

- contrairement à ce qu'indique le requérant, la rémunération qu'il a perçue pour l'ensemble des contrats s'élève à 98 104,69 euros.

Les parties ont été informées, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant au versement de l'indemnité compensatrice de congés payés, dans la mesure où l'indemnisation de ce chef de préjudice n'a pas été sollicitée dans le délai de recours de deux mois à compter de la date de la décision implicite de rejet de la demande indemnitaire préalable et où il ne s'agit pas d'un préjudice né, aggravé ou révélé dans toute son ampleur postérieurement à cette décision implicite de rejet".

Un mémoire en réponse au moyen relevé d'office, enregistré le 30 août 2024, a été présenté pour M. B C.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Célino,

- les conclusions de Mme Courtois, rapporteure publique,

- et les observations de Me Descamps-D'Hour, représentant M. B C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C a été recruté par le centre hospitalier de Tourcoing, pour une durée de six mois, en qualité de praticien contractuel à temps plein à compter du 21 décembre 2017. Ce contrat à durée déterminée a été renouvelé par avenants successifs jusqu'au 5 janvier 2019. Par un courrier du 17 décembre 2018, M. B C a informé le centre hospitalier de Tourcoing de son intention de ne pas renouveler son contrat. M. B C demande au tribunal, d'une part, de condamner le centre hospitalier de Tourcoing à lui verser la somme de 10 113,98 euros au titre de l'indemnité de fin de contrat et, d'autre part, la somme de 1 011,39 euros ou à titre subsidiaire la somme de 981,04 euros au titre de l'indemnité compensatrice de congés payés.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne l'indemnité de fin de contrat :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ". Aux termes de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : "Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet". L'article R. 421-5 du même code prévoit que : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ". L'article L. 112-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que ne sont applicables aux relations entre l'administration et ses agents ni les dispositions de l'article L. 112-3 de ce code, aux termes desquelles : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception ", ni celles de son article L. 112-6 qui dispose que : " les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis () ". Enfin, l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration prévoit que le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet dans les relations entre les autorités administratives et leurs agents.

3. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions qu'en cas de naissance d'une décision implicite de rejet du fait du silence gardé par l'administration pendant la période de deux mois suivant la réception d'une demande, le délai de deux mois pour se pourvoir contre une telle décision implicite court dès sa naissance à l'encontre d'un agent public, alors même que l'administration n'a pas accusé réception de la demande de cet agent.

4. Par un courrier du 2 janvier 2020, dont l'existence n'est pas contestée par le centre hospitalier de Tourcoing, M. B C a demandé à cet établissement de lui verser l'indemnité de fin de contrat qui lui était due en application des articles R. 6152-418 du code de la santé publique et L. 1243-8 du code du travail. Dans ces conditions, ce courrier présente le caractère d'une demande préalable indemnitaire.

5. Il résulte de l'instruction qu'en l'absence de réponse du centre hospitalier de Tourcoing, une décision implicite de rejet de cette demande est intervenue le 2 mars 2020, laquelle ne pouvait être contestée par application des règles rappelées aux point 2 et 3 précités, que jusqu'au 3 mai 2020. La demande relative à l'indemnité de fin de contrat, présentée par le biais de la requête de M. B C, n'a été enregistrée au greffe du Tribunal que le 28 février 2022, soit après l'expiration du délai de recours. La fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier de Tourcoing, tirée de la tardiveté de cette demande, doit, dès lors, être accueillie.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de M. B C tendant au versement de l'indemnité de fin de contrat doivent être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne l'indemnité compensatrice de congés payés :

7. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur, quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question. Par suite, la victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'étaient pas mentionnés dans sa réclamation. En revanche, si une fois expiré ce délai de deux mois, la victime saisit le juge d'une demande indemnitaire portant sur la réparation de dommages causés par le même fait générateur, cette demande est tardive et, par suite, irrecevable. Il en va ainsi alors même que ce recours indemnitaire indiquerait pour la première fois les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages, ou invoquerait d'autres chefs de préjudice, ou aurait été précédé d'une nouvelle décision administrative de rejet à la suite d'une nouvelle réclamation portant sur les conséquences de ce même fait générateur. Il n'est fait exception à cette règle que dans le cas où la victime demande réparation de dommages qui, tout en étant causés par le même fait générateur, sont nés, ou se sont aggravés, ou ont été révélés dans toute leur ampleur postérieurement à la décision administrative ayant rejeté sa réclamation. Dans ce cas, qu'il s'agisse de dommages relevant de chefs de préjudice figurant déjà dans cette réclamation ou de dommages relevant de chefs de préjudice nouveaux, la victime peut saisir l'administration d'une nouvelle réclamation portant sur ces nouveaux éléments et, en cas de refus, introduire un recours indemnitaire dans les deux mois suivant la notification de ce refus. Dans ce même cas, la victime peut également, si le juge administratif est déjà saisi par elle du litige indemnitaire né du refus opposé à sa réclamation, ne pas saisir l'administration d'une nouvelle réclamation et invoquer directement l'existence de ces dommages devant le juge administratif saisi du litige en premier ressort afin que, sous réserve le cas échéant des règles qui gouvernent la recevabilité des demandes fondées sur une cause juridique nouvelle, il y statue par la même décision. La victime peut faire de même devant le juge d'appel, dans la limite toutefois du montant total de l'indemnité chiffrée en première instance, augmentée le cas échéant de l'indemnité demandée au titre des dommages qui sont nés, ou se sont aggravés, ou ont été révélés dans toute leur ampleur postérieurement au jugement de première instance.

8. Il résulte de l'instruction que, par son mémoire enregistré le 10 octobre 2022, M. B C a sollicité pour la première fois la condamnation du centre hospitalier de Tourcoing à lui verser une somme au titre de l'indemnité compensatrice de congés payés. Il est constant que cette demande n'a pas été introduite dans le délai de recours de deux mois à compter de la date de la décision implicite de rejet de sa demande indemnitaire préalable et qu'il ne s'agit pas d'un préjudice né, aggravé ou révélé dans toute son ampleur postérieurement à cette décision implicite de rejet.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de M. B C tendant au versement de l'indemnité compensatrice de congés payés doivent être rejetées comme irrecevables.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B C doit être rejetée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le centre hospitalier de Tourcoing, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, verse une somme à M. B C au titre desdites dispositions.

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B C le versement au centre hospitalier de Tourcoing de la somme qu'il demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier de Tourcoing présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B C et au centre hospitalier de Tourcoing.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Riou, président,

- Mme Jaur, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. CélinoLe président,

Signé

J.-M. Riou

La greffière,

Signé

D. Wisniewski

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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