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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2201801

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2201801

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2201801
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de M. A, qui contestait la remise en cause de la réduction d'impôt sur le revenu prévue à l'article 199 undecies B du code général des impôts pour des investissements réalisés en 2016 via la société Odeon 55. Le tribunal a jugé que le bénéfice de cette réduction est subordonné au respect par la société réalisant l'investissement de ses obligations fiscales et sociales à la date de réalisation de l'investissement. En l'espèce, la société Odeon 55 n'était pas à jour de ses obligations déclaratives de TVA au moment de l'investissement, ce qui justifie le refus de la réduction d'impôt, indépendamment de la bonne foi du contribuable ou de l'absence de préjudice pour l'administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 mars 2022 et 27 mai 2022,

M. B A demande :

1°) la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2016, et des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le respect des obligations fiscales, condition d'octroi de la réduction d'impôt prévue par l'article 199 undecies B du code général des impôts, pèse sur les sociétés exploitantes et non sur la société qui réalise l'investissement, de sorte que le service ne pouvait remettre en cause la réduction d'impôt au titre de l'année 2016 liée aux investissements réalisés par la société Odeon 55 au motif que celle-ci n'était pas à jour de ses obligations fiscales ;

- le service ne pouvait remettre en cause la réduction d'impôt au motif que la société Odeon 55 n'était pas à jour de son obligation de dépôt de la déclaration de taxe sur la valeur ajoutée relative au troisième trimestre de l'année 2015, la société, qui n'a été immatriculée que le 19 novembre 2015, ne pouvait être tenue de déposer une telle déclaration ;

- le service ne pouvait remettre en cause la réduction d'impôt au motif que la société Odeon 55 n'était pas à jour de son obligation de dépôt de la déclaration de taxe sur la valeur ajoutée relative au quatrième trimestre de l'année 2015 puisque, si cette déclaration a été déposée tardivement, cela n'a causé aucun préjudice à l'administration, aucune taxe sur la valeur ajoutée n'ayant été exigible ;

- le 11 juillet 2016, date de sa souscription au capital de la société Odeon 55, laquelle constitue le fait générateur de la réduction d'impôt, la condition de respect de ses obligations fiscales par la société Odeon 55 était satisfaite ; en outre, l'administration doit prendre en considération l'ensemble des diligences qu'il a accomplies de bonne foi pour s'assurer du respect, par la société Odeon 55, de ses obligations ;

- au mois d'août 2016, date du début de l'exploitation effective des investissements par les entreprises, laquelle constitue le fait générateur de la réduction d'impôt, la condition de respect de ses obligations fiscales par la société Odeon 55 était satisfaite.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2022, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Riou, vice-président,

- et les conclusions de Mme Courtois, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, associé de la société en nom collectif Odeon 55, a imputé sur le montant de son impôt sur le revenu de l'année 2016, sur le fondement des dispositions de l'article 199 undecies B du code général des impôts, une réduction d'impôt du fait d'investissements réalisés dans des départements d'outre-mer. Cette réduction d'impôt ayant été remise en cause par l'administration fiscale, M. A a été assujetti à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2016. Il demande au tribunal la décharge de ces impositions, ainsi que des pénalités correspondantes.

2. D'une part, aux termes de l'article 199 undecies B du code général des impôts, dans sa version applicable à l'année d'imposition en litige : " I.- Les contribuables domiciliés en France au sens de l'article 4 B peuvent bénéficier d'une réduction d'impôt sur le revenu à raison des investissements productifs neufs qu'ils réalisent dans les départements d'outre-mer (), dans le cadre d'une entreprise exerçant une activité agricole ou une activité industrielle, commerciale ou artisanale relevant de l'article 34. () / () / La réduction d'impôt prévue au premier alinéa est pratiquée au titre de l'année au cours de laquelle l'investissement est mis en service. () / () / La réduction d'impôt prévue au présent I s'applique aux investissements productifs mis à la disposition d'une entreprise dans le cadre d'un contrat de location si les conditions mentionnées aux quinzième à dix-huitième alinéas du I de l'article 217 undecies sont remplies et si 66 % de la réduction d'impôt sont rétrocédés à l'entreprise locataire sous forme de diminution du loyer et du prix de cession du bien à l'exploitant. () L'octroi de la réduction d'impôt prévue au premier alinéa est subordonné au respect par les entreprises réalisant l'investissement et, le cas échéant, les entreprises exploitantes de leurs obligations fiscales et sociales et de l'obligation de dépôt de leurs comptes annuels () à la date de réalisation de l'investissement. Sont considérés comme à jour de leurs obligations fiscales et sociales les employeurs qui, d'une part, ont souscrit et respectent un plan d'apurement des cotisations restant dues et, d'autre part, acquittent les cotisations en cours à leur date normale d'exigibilité. () ". Aux termes de l'article 95 Q de l'annexe II au code général des impôts : " La réduction d'impôt prévue au I de l'article 199 undecies B du code général des impôts est pratiquée au titre de l'année au cours de laquelle l'immobilisation est créée par l'entreprise ou lui est livrée ou est mise à sa disposition dans le cadre d'un contrat de crédit-bail () ".

3. Il résulte de ces dispositions que, d'une part, le bénéfice de la réduction d'impôt qu'elles prévoient en faveur des investissements productifs neufs réalisés dans un département d'outre-mer est subordonné au respect, par l'entreprise réalisant l'investissement et, le cas échéant, par l'entreprise exploitante, à la date de réalisation de l'investissement, de ses obligations fiscales et sociales et de l'obligation de dépôt de ses comptes annuels, et, d'autre part, le fait générateur de la réduction d'impôt prévue à l'article 199 undecies B est la date de la création de l'immobilisation au titre de laquelle l'investissement productif a été réalisé ou de sa livraison effective dans le département d'outre-mer. Dans ce dernier cas, la date à retenir est celle à laquelle l'entreprise, disposant matériellement de l'investissement productif, peut commencer son exploitation effective et, dès lors, en retirer des revenus.

4. D'autre part, aux termes de l'article 256 A du code général des impôts, dans sa version applicable à l'année d'imposition en litige : " Sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques mentionnées au cinquième alinéa, quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention. / () / Les activités économiques visées au premier alinéa se définissent comme toutes les activités de producteur, de commerçant ou de prestataire de services, y compris les activités extractives, agricoles et celles des professions libérales ou assimilées. Est notamment considérée comme activité économique une opération comportant l'exploitation d'un bien meuble corporel ou incorporel en vue d'en retirer des recettes ayant un caractère de permanence. ". Aux termes de l'article 283 de ce code : " 1. La taxe sur la valeur ajoutée doit être acquittée par les personnes qui réalisent les opérations imposables, sous réserve des cas visés aux articles 275 à 277 A où le versement de la taxe peut être suspendu. (). ". Aux termes de l'article 287 de ce code, dans sa version applicable à l'année d'imposition en litige : " 1. Tout redevable de la taxe sur la valeur ajoutée est tenu de remettre au service des impôts dont il dépend et dans le délai fixé par arrêté une déclaration conforme au modèle prescrit par l'administration. () Lorsque la taxe exigible annuellement est inférieure à 4 000 €, ils sont admis à déposer leurs déclarations par trimestre civil. ". Aux termes de l'article 39 de l'annexe IV au code général des impôts, dans sa version applicable à l'année d'imposition en litige : " 1. 1° La date limite à laquelle les redevables sont tenus de remettre ou d'envoyer au service des impôts la déclaration ou le paiement mentionnés aux 1 et 3 de l'article 287 du code général des impôts est fixé comme suit : () / c. Pour les taxes dues au titre du mois par les redevables placés sous le régime simplifié de l'agriculture, ou, selon le cas, au titre du mois ou du trimestre par les redevables placés sous le régime de la déclaration et dont le lieu d'imposition est situé dans les autres départements : () / Sociétés, selon la forme juridique : / Toutes sociétés autres que les sociétés anonymes : au plus tard le 21 du mois suivant ; (). ".

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 24 avril 2019 adressée à M. A, que, pour remettre en cause la réduction d'impôt au titre de l'année 2016 liée aux investissements consistant en un camion donné en location à la société Recyclage de l'Ouest et en un appareil délivrant des soins d'endermologie donné en location à l'entreprise individuelle Etienne Chantal Sylvie, le service s'est fondé sur la circonstance qu'aux 25 mars et 18 avril 2016, dates de livraison des investissements productifs, la société bailleresse n'était pas à jour de ses obligations fiscales, s'étant abstenue de souscrire ses déclarations de taxe sur la valeur ajoutée des troisième et quatrième trimestres 2015 avant les 21 octobre 2015 et 21 janvier 2016. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 du présent jugement que le respect de la condition, prévue par les dispositions précitées du vingt-sixième alinéa du I de l'article 199 undecies B du code général des impôts, en ce qui concerne le respect des obligations fiscales et sociales, pèse, lorsque ces entreprises sont différentes, à la fois sur les entreprises qui réalisent l'investissement, et sur les entreprises exploitantes. Il en résulte que l'octroi de la réduction d'impôt prévue par l'article 199 undecies B du code général des impôts précité est conditionné au respect, par la société Odeon 55, de ses obligations fiscales et sociales, d'où il suit que le moyen n'est pas fondé.

6. En deuxième lieu, il appartient au juge de l'impôt de constater, au terme de l'instruction dont le litige qui lui est soumis a fait l'objet, si un contribuable remplit ou non les conditions lui permettant de se prévaloir de l'avantage fiscal institué par l'article

199 undecies B du code général des impôts.

7. Il n'est pas contesté que, par des publications dans deux journaux d'annonces légales, à la publication de sa création et à l'annonce de son immatriculation, la société

Odeon 55 a indiqué avoir commencé son activité respectivement le 27 avril 2015 et le

25 septembre 2015, soit au plus tard au cours du troisième trimestre de l'année 2015. Ni l'absence d'immatriculation, ni la circonstance que le premier exercice ait été clôturé le

31 décembre 2016, qui n'a d'incidence que sur l'obligation de dépôt des comptes annuels de la société, ne sont de nature à différer la date limite des déclarations de taxe sur la valeur ajoutée. Par suite, alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que la société n'aurait pas commencé son activité au troisième trimestre de l'année 2015, le moyen tiré de l'absence d'immatriculation et de la clôture différée de l'exercice ouvert en 2015 doit être écarté comme inopérant.

8. En troisième lieu, la circonstance que la déclaration de taxe sur la valeur ajoutée au titre du quatrième trimestre de l'année 2015 mentionnait qu'aucune taxe sur la valeur ajoutée n'était due ne dispensait pas la société assujettie de respect la date limite de dépôt de sa déclaration, réalisée le 26 juillet 2016, pour une date limite au 21 janvier 2016. Le respect des obligations fiscales, qui comprend les obligations déclaratives, ne se bornant pas à l'obligation de paiement de l'impôt, le moyen tiré de l'absence de préjudice financier pour le Trésor est inopérant.

9. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment des attestations des 6 et 10 juin 2019 émises par les entreprises exploitantes, que les investissements, qui consistent en un camion et un appareil technologique délivrant des soins d'endermologie, ont été mis en exploitation au mois d'août 2016, en raison, pour le premier, d'un contrat de marché public prenant effet à cette date, et, pour le second, de l'information préalable des fournisseurs pour l'utilisation de l'appareil et d'une mise aux normes du local. Il ressort également des pièces du dossier que les investissements ont été livrés les 25 mars et 18 avril 2016. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le fait générateur de la réduction d'impôt est la date à laquelle l'entreprise, disposant matériellement de l'investissement productif, peut commencer son exploitation effective et, dès lors, en retirer des revenus. Les circonstances ayant conduit à une mise en service des investissements au mois d'août étant étrangères aux investissements eux-mêmes, l'exploitation effective doit être regardée comme étant possible dès leur livraison, les 25 mars et 18 avril 2016. Il en résulte que c'est à ces dates que doit être appréciée la condition tenant au respect de ses obligations fiscales et sociales par la société Odeon 55. Ainsi, à la date de réalisation des investissements, la société Odeon 55 ne respectait pas ses obligations fiscales.

10. En dernier lieu, compte tenu des dates du fait générateur de la réduction d'impôt prévue à l'article 199 undecies B devant être fixé, pour chacun des investissements en cause, au 25 mars et 18 avril 2016, ainsi qu'il a été dit, M. A n'est pas fondé à soutenir que le respect des obligations déclaratives en matière fiscale des entreprises doit s'apprécier au 11 juillet 2016, date à laquelle il a réalisé sa souscription au capital de la société Odeon 55. En tout état de cause, il apparaît qu'au 11 juillet 2016, date de souscription au capital de la société Odeon 55, cette dernière n'était pas à jour de ses obligations fiscales, la déclaration de taxe sur la valeur ajoutée pour le quatrième trimestre de l'année 2015 n'ayant été souscrite que le 26 juillet 2016. Par suite, et sans qu'y fasse obstacle la circonstance qu'il ait accompli de bonne foi des diligences tendant à s'assurer que la société était à jour de ses obligations fiscales à la date de sa souscription à son capital, M. A n'est pas fondé à soutenir que le service ne pouvait pas remettre en cause la réduction d'impôt sur le revenu dont il a entendu bénéficier au titre de l'année 2016 à raison des investissements réalisés par la société Odeon 55.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu qui ont été mises à sa charge au titre de l'année 2016, ainsi que des pénalités correspondantes. Par suite, ses conclusions à fin de décharge doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'il a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Riou, président,

- Mme Jaur, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

A. JaurLe président-rapporteur,

Signé

J.-M. Riou

La greffière,

Signé

D. Wisniewski

La République mande et ordonne au ministre de ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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