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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2201894

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2201894

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2201894
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDEWAELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 mars 2022, M. D E, représenté par Me Dewaele, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2021 par lequel le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français sous trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à ce préfet de lui délivrer un titre de séjour temporaire ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation de la part dudit conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- il n'est pas établi que l'arrêté a été pris par une autorité habilitée ;

- il est insuffisamment motivé ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'une carte de résidence :

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de droit par défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne les décisions portant octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours et fixant le pays de destination :

- elles sont illégales du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

M. E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 janvier 2022.

Par ordonnance du 8 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 8 juillet 2022 à 23h59.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen du 19 juin 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de M. Even, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. D E, ressortissant algérien né le 24 août 1985 à Dellys (Algérie), déclare être entré en France le 26 juin 2014, alors qu'il était en possession d'un visa court séjour valable du 12 juin au 14 juillet 2014 délivré par les autorités consulaires maltaises à Alger. Le 10 août 2021, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Par un arrêté du 25 novembre 2021, le préfet du Nord lui en a refusé la délivrance, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. E demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, par un arrêté du 7 octobre 2021, publié le même jour au recueil n°232 des actes administratifs de l'Etat dans le département et mentionné dans les visas de l'arrêté litigieux, le préfet du Nord a donné délégation à M. B F, sous-préfet de Dunkerque, à l'effet de signer, notamment, les décisions telles que celles en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et ne peut qu'être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait relatives à la situation de l'intéressé, énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, notamment son entrée sur le territoire français sous couvert d'un visa court séjour en cours de validité délivré par les autorités consulaires maltaises. Par suite, sans qu'ait d'incidence l'absence de mention de la durée de la communauté de vie avec sa compagne, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence :

4. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " (.) / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; / () ". Par ailleurs, en vertu de l'article 9 de ce même accord : " () / les ressortissants algériens venant en France pour un séjour inférieur à trois mois doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa délivré par les autorités françaises / () ". Il résulte de ces stipulations que la délivrance d'un certificat de résidence d'un an à un ressortissant algérien en qualité de conjoint d'un ressortissant français est subordonnée à la preuve d'une entrée régulière sur le territoire français.

5. D'autre part, aux termes de l'article 22 de la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 : " 1 - Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des Parties contractantes sont tenus de se déclarer, dans les conditions fixées par chaque Partie contractante, aux autorités compétentes de la Partie contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent. () / () ". La souscription de la déclaration prévue par ces stipulations et dont l'obligation figure à l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est une condition de la régularité de l'entrée en France de l'étranger soumis à l'obligation de visa et en provenance directe d'un Etat partie à cette convention qui l'a admis à entrer ou à séjourner sur son territoire.

6. En l'espèce, il n'est pas contesté que M. E n'a pas souscrit la déclaration prévue par l'article 22 de la convention signée à Schengen le 19 juin 1990. Dès lors, il ne peut être regardé comme étant régulièrement entré sur le territoire français. Au surplus, il n'est pas marié à sa compagne, condition également prévue par les stipulations citées au point 4. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait sollicité un titre de séjour au motif de ses liens personnels et familiaux en France. Par suite, le préfet n'était pas tenu d'examiner la demande de titre de séjour sur le fondement des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et il ne l'a d'ailleurs pas fait. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut qu'être écarté comme étant inopérant.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. E, entré en France le 26 juin 2014 selon ses déclarations, soutient avoir rencontré Mme C, ressortissante française, au cours de l'année 2018. Toutefois, à supposer même établie, par la seule production de trois factures et de deux attestations, l'existence d'une communauté de vie depuis l'année 2019, celle-ci était pour le moins récente à la date de la décision litigieuse, de même que la conclusion d'un pacte civil de solidarité le 15 mai 2021. Par ailleurs, il n'apporte aucun élément de nature à établir l'intensité alléguée des liens qu'il aurait noué avec la fille de sa compagne. Enfin, il ne se prévaut d'aucune intégration professionnelle ou sociale sur le territoire français et ne soutient ni même n'allègue y avoir développé un réseau amical d'une particulière intensité. Dans ces conditions, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait isolé en cas de retour dans son pays d'origine où résident ses parents ainsi que ses frères et sœurs, M. E n'est pas fondé à soutenir que le préfet a, en prenant la décision litigieuse, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point précédent, le moyen tiré de l'existence d'une erreur manifeste commise par le préfet dans l'appréciation des conséquences de la décision litigieuse sur la situation personnelle du requérant doit également être écarté.

11. En cinquième et dernier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de la décision contestée que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la demande de M. E. L'absence de mention de la durée de la communauté de vie du couple ne suffit pas à établir l'existence d'une telle erreur de droit. Par suite, le moyen ainsi soulevé doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour doit être écarté.

14. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 9, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français qu'il conteste.

En ce qui concerne les décisions portant octroi d'un délai de départ volontaire de 30 jours et fixation du pays de destination :

16. Il résulte de ce qui précède que le moyen soulevé au soutien des conclusions tendant à l'annulation de la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours, ainsi que de celle fixant le pays de renvoi et tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination doivent être rejetées.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il conteste.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

19. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

La rapporteure,

signé

C. A

Le président,

signé

X. FABRE

La greffière,

signé

A. HAUTCOEUR

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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