jeudi 7 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2202051 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL COUBRIS, COURTOIS & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 mars 2022 et le 15 septembre 2023, Mme A F épouse C, M. L F, M. D F et Mme E F, représentés par Me Coubris, demandent au tribunal :
1°) de mettre à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) une somme totale de 1 339 380,93 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 22 juillet 2014, date de réception du recours amiable formé devant la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI), en réparation des préjudices subis par Philippe F, leur père, à la suite de sa prise en charge dans le centre hospitalier de Valenciennes en avril 2013 ;
2°) de mettre à la charge de l'ONIAM une somme totale de 27 548,30 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 22 juillet 2014, en réparation des préjudices que Mme C estime avoir personnellement subis en raison de la prise en charge de son défunt père par l'établissement de santé précité ;
3°) de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 25 000 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 22 juillet 2014, en réparation du préjudice que M. L F estime avoir personnellement subi en raison de la prise en charge de son père par l'établissement de santé précité ;
4°) de mettre à la charge de l'ONIAM une somme totale de 31 234,75 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 22 juillet 2014, en réparation des préjudices que M. D F estime avoir personnellement subis en raison de la prise en charge de son père par l'établissement de santé précité ;
5°) de mettre à la charge de l'ONIAM une somme totale de 34 834,75 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 22 juillet 2014, en réparation des préjudices que Mme E F estime avoir personnellement subis en raison de la prise en charge de son père par l'établissement de santé précité ;
6°) de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'épidurite infectieuse apparue au cours de l'hospitalisation au centre hospitalier de Valenciennes à compter du 5 avril 2013 présente un caractère nosocomial ;
- l'état antérieur de Philippe F ne saurait faire obstacle à la réparation intégrale du dommage résultant de l'infection nosocomiale précitée ;
- les préjudices de Philippe F s'élèvent à un montant global de 1 339 380,93 euros, se décomposant comme suit :
* 6 778,98 euros au titre des dépenses de santé, comprenant les frais d'hospitalisation, restées à la charge du défunt ;
* 84,93 euros au titre des frais divers, liés aux frais de reprographie du dossier médical ;
* 6 358,41 euros au titre des dépenses de santé futures restées à la charge du défunt ;
* 1 112,50 euros au titre des frais de logement adapté ;
* 786 966,11 euros au titre de l'assistance par tierce personne sept jours sur sept ;
* 28 080 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
* 60 000 euros au titre des souffrances endurées ;
* 50 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;
* 180 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
* 80 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;
* 60 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;
* 40 000 euros au titre du préjudice sexuel ;
* 40 000 euros au titre du préjudice d'établissement ;
- Mme C a exposé des frais de reprographie à hauteur de 16,80 euros et s'est acquittée des frais funéraires pour un montant de 2 531,50 euros ;
- Mme E F et M. D F ont subi un préjudice économique évalué respectivement à 9 834,75 euros et 6 234,75 euros ;
- chacun des quatre enfants subit un préjudice d'affection évalué à 25 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Welsch, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à ce qu'une nouvelle expertise soit ordonnée avant dire droit.
Il soutient que :
- les conditions d'indemnisation au titre de la solidarité nationale ne sont pas réunies ;
- le rapport d'expertise réalisé par la CCI ne lui est pas opposable.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de Carcassonne, qui n'a pas produit de mémoire.
Vu :
- l'ordonnance n° 18DA02178 rendue le 20 mars 2020 par le président de la cour administrative d'appel de Douai ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le décret n° 2003-462 du 21 mai 2003 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fougères,
- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique,
- et les observations de Me Grillet substituant Me Coubris, représentant les concorts F.
Considérant ce qui suit :
1. En parallèle d'un suivi médical pour un psoriasis notamment, Philippe F, né le 5 novembre 1962, a bénéficié d'un suivi orthopédique en raison d'une ostéonécrose de la hanche, pour laquelle une indication chirurgicale lui a été proposée. Le 13 décembre 2012, il a bénéficié d'une arthroplastie totale de la hanche gauche au centre hospitalier de Valenciennes. Les suites opératoires ont cependant été marquées par une hyperthermie et une pneumopathie, pour lesquels un traitement antibiotique a été prescrit. Une cicatrice de désunion partielle a été constatée le 9 janvier 2013. Des prélèvements microbiologiques ont été réalisés et sont revenus positifs au staphylocoque doré méti-sensible et à corynebacterium striatum. Un nettoyage superficiel a été effectué et un traitement antibiotique prescrit, permettant une cicatrisation définitive au mois de février 2013. Le 13 avril 2013, Philippe F s'est plaint d'une douleur dorsale. Au cours de la nuit du 18 au 19 avril 2013, il a présenté une hyperthermie, une paraplégie, une dyspnée avec hypoxie, une hypocapnie et un grand syndrome inflammatoire. Une imagerie par résonnance magnétique (IRM), réalisée le 19 avril 2013, a retrouvé une épidurite au niveau des vertèbres T5-T6 d'allure infectieuse chez ce patient immunodéprimé. En raison de son état respiratoire, Philippe F a été transféré en service de réanimation, où ont été constatés à son arrivée une paraplégie flasque avec un niveau sensitif T5T6, sans irritation pyramidale, et un syndrome inflammatoire avec hyperleucocytose. Un traitement antibiotique lui a été prescrit et l'évolution a été marquée sur le plan neurologique par une atrophie du cordon médullaire avec organisation d'une collection épidurale en regard du corps vertébral de la vertèbre T6. Au cours de cette hospitalisation en réanimation, Philippe F a présenté plusieurs épisodes de pneumonie et septicémie. Il a quitté le centre hospitalier de Valenciennes le 10 septembre 2013 et a séjourné dans trois établissements hospitaliers ou centres de convalescence avant de regagner le 4 novembre 2015 son domicile. Il a conservé une paraplégie de type AIS A T6 compliquée d'escarres, avec une incontinence sphinctérienne.
2. Philippe F a saisi le 22 juillet 2014 la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI), laquelle a ordonné une expertise et désigné le professeur Q I, spécialisé en maladies infectieuses, et le professeur H, spécialiste en médecine physique et de réadaptation, neuro-réadaptation, pour y procéder. Ceux-ci ont déposé leur rapport le 19 juillet 2017. Par un avis du 8 novembre 2017, la CCI a estimé que la réparation des préjudices incombait à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) au titre de la solidarité nationale à hauteur de 50 %, une fois pris en compte les facteurs de vulnérabilité de l'intéressé, et notamment son état immunodéprimé. Une proposition d'indemnisation transactionnelle a été refusée par Philippe F, qui a saisi le juge des référés de ce tribunal en vue d'obtenir une provision. Philippe F a contesté l'ordonnance du 18 octobre 2018 rejetant sa requête. Il est toutefois décédé le 24 février 2020 des suites d'un sevrage respiratoire impossible dans un contexte de choc septique avec défaillance multiviscérale, en post-opératoire d'une colostomie de décharge. Par une ordonnance n° 18DA02178 du 20 mars 2020, le président de la cour administrative d'appel de Douai a accordé à Philippe F une somme de 115 200 euros à titre provisionnel. Par courrier recommandé du 9 mars 2022, ses enfants ont sollicité de l'ONIAM l'indemnisation des préjudices subis tant par leur père que par eux-mêmes. Par la présente requête, les consorts F demandent au tribunal l'indemnisation par l'ONIAM des préjudices qu'ils estiment avoir subis, tant en leur nom personnel qu'en qualité d'ayants droit de Philippe F.
Sur la régularité de l'expertise diligentée par la CCI :
3. Le respect du caractère contradictoire de la procédure d'expertise implique que les parties soient mises à même de discuter devant l'expert des éléments de nature à exercer une influence sur la réponse aux questions posées par la juridiction saisie du litige. Lorsqu'une expertise est entachée d'une méconnaissance de ce principe ou lorsqu'elle a été ordonnée dans le cadre d'un litige distinct, ses éléments peuvent néanmoins, s'ils sont soumis au débat contradictoire en cours d'instance, être régulièrement pris en compte par le juge, soit lorsqu'ils ont le caractère d'éléments de pur fait non contestés par les parties, soit à titre d'éléments d'information dès lors qu'ils sont corroborés par d'autres éléments du dossier.
4. Il résulte de l'instruction que l'expertise confiée aux professeurs I et H, dans le cadre de la procédure mise en œuvre par la commission de conciliation et d'indemnisation, qui avait été saisie par Philippe F, n'a pas été menée en présence de l'ONIAM et ne présente donc pas un caractère contradictoire à son égard. De ce seul fait, cette expertise, qui a été soumise au contradictoire dans le cadre de la présente instance, ne peut donc être prise en considération à l'égard de l'ONIAM que s'agissant des éléments de pur fait non contestés par les parties, ou à titre d'éléments d'information dans l'hypothèse où ils sont corroborés par d'autres éléments du dossier.
Sur la mise en œuvre de la solidarité nationale :
5. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. / () ". En vertu de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales () "
6. Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.
7. En premier lieu, Philippe F, souffrant d'un psoriasis sévère, a été hospitalisé à compter du 5 avril 2013 au centre hospitalier de Valenciennes en service de dermatologie, pour recevoir une cure de Remicade, un médicament immunosuppresseur. Il ne résulte pas de l'instruction, au regard des pièces médicales versées aux débats, qu'il aurait été porteur, lors de son admission, d'une infection, dès lors notamment que le traitement par antibiotiques et le lavage de la plaie consécutif à l'intervention du 13 décembre 2012 relative à la pose d'une prothèse de hanche avait permis une bonne cicatrisation, accompagnée de la disparition des symptômes liée à l'infection contractée lors de ce séjour hospitalier. Il est cependant constant que, dans la nuit du 18 au 19 avril 2013, Philippe F a présenté de la fièvre, accompagnée notamment d'une paraplégie, d'une hypoxie et d'une hypocapnie, la protéine C-réactive (CRP) révélant un syndrome inflammatoire. L'imagerie par résonnance magnétique, réalisée le 19 avril 2013 et dont le compte-rendu est versé aux débats, a mis en évidence, comme il a été dit au point 1, une épidurite au niveau des vertèbres T5-T6, d'allure infectieuse, et les hémocultures réalisées sont revenues positives au germe staphylocoque doré méti-sensible. Par ailleurs, au cours de cette hospitalisation, Philippe F a contracté à plusieurs reprises des pneumonies.
8. Il résulte de ce qui précède que les infections présentées par Philippe F, à compter du 18 avril 2013, au cours de son hospitalisation au centre hospitalier de Valenciennes doivent, dès lors qu'il n'est pas établi qu'elles auraient une origine autre que la prise en charge, être regardées comme présentant un caractère nosocomial, sans qu'importe la circonstance que le psoriasis de la victime ait pu favoriser l'apparition de ces infections.
9. En second lieu, il résulte de l'instruction que cette infection a entraîné une paraplégie complète à partir de la vertèbre T6, que Philippe F a conservée jusqu'à son décès, de sorte que le taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique présenté par le défunt à la suite de l'épidurite infectieuse contractée au centre hospitalier de Valenciennes est nécessairement supérieur à 25 %. Il s'ensuit que la condition de gravité imposée par l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique est remplie. Les requérants sont donc fondés à solliciter l'indemnisation du dommage au titre de la solidarité nationale, sans qu'il y ait lieu d'ordonner une nouvelle expertise, compte tenu des nombreuses pièces médicales versées aux débats.
Sur l'étendue de la réparation :
10. Dans le cas où une infection nosocomiale a compromis les chances d'un patient d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de cette infection et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter la survenue de ce dommage, la réparation qui incombe à l'hôpital devant alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
11. D'une part, il ne résulte pas de l'instruction que Philippe F présentait, du fait de ses antécédents, au moment de sa prise en charge par le centre hospitalier de Valenciennes à compter du 5 avril 2013, notamment un état immunodéprimé, un risque de présenter une paraplégie, de sorte qu'en l'absence d'infection nosocomiale, sa prise en charge aurait permis d'éviter la paraplégie survenue.
12. D'autre part, il résulte de l'instruction, et notamment du courrier du 17 février 2020 du centre hospitalier de Narbonne versé aux débats, que Philippe F a été hospitalisé à compter du 10 février 2020 pour une infection urinaire récidivante sur sonde JJ indiquée pour une cause lithiasique et que l'escarre, résultant de la paraplégie du patient, a " probablement " constitué une porte d'entrée infectieuse. En tout état de cause, il résulte de ce courrier que la paraplégie que Philippe F présentait a perturbé la sensibilité et les signes cliniques, alors qu'il souffrait d'une distension colique. Du fait de cette paraplégie consécutive à l'infection nosocomiale en litige, son état de santé s'est ainsi détérioré et a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé, de sorte que l'épirudirite infectieuse contractée en avril 2013 a directement contribué au décès et a entraîné une perte de chance d'éviter le dommage, dont il sera fait une juste appréciation en la fixant à 50 %.
Sur l'évaluation des préjudices :
En ce qui concerne les préjudices de la victime directe :
13. Le droit à la réparation d'un dommage, quelle que soit sa nature, s'ouvre à la date à laquelle se produit le fait qui en est directement la cause. Si la victime du dommage décède avant d'avoir elle-même introduit une action en réparation, son droit, entré dans son patrimoine avant son décès, est transmis à ses héritiers.
14. Il résulte de l'instruction que les hospitalisations successives de Philippe F, consécutives à la prise en charge le 5 avril 2013 par le centre hospitalier de Valenciennes, se sont terminées le 4 novembre 2015, date à laquelle le patient a pu rejoindre son logement. Ses séquelles n'ont pas évolué notablement ensuite, les autres prises en charge faisant suite à une chute à domicile ou à des problèmes urologiques de calculs biliaires. Il s'ensuit que la date de consolidation de l'état de santé de Philippe F doit être fixée au 4 novembre 2015.
S'agissant des préjudices patrimoniaux de Philippe F :
15. En premier lieu, d'une part, les requérants justifient que, du fait de la paraplégie consécutive à l'infection nosocomiale, Philippe F a dû faire l'acquisition d'un fauteuil roulant, pour un montant de 3 526,35 euros, déduction faite du remboursement de l'assurance-maladie, ainsi que l'achat d'une assise modulaire avec dossier Matrix Elite, fixation, coussin et deux housses pour un montant de 286,53 euros resté à sa charge après déduction de la participation de l'assurance maladie (facture n°57072 Médical Ladouce du 17 décembre 2014), soit un total de 3 812,88 euros. Il n'est cependant pas établi que la seconde page de la facture n°57072 Médical Ladouce du 17 décembre 2014, d'un montant de 1 125 euros, se rapportant également à l'achat d'un dossier Matrix Elite et d'un coussin, corresponde à une dépense distincte de la précédente et nécessaire, de sorte qu'il n'y a pas lieu de prévoir sa prise en charge par l'ONIAM. D'autre part, les requérants justifient, par la production d'avis de sommes à payer émis par le centre hospitalier de Saint-Amand-les-Eaux, que les sommes de 918 euros et de 342 euros sont restées à la charge de leur père au titre de son hospitalisation dans cet établissement, notamment en raison du forfait hospitalier, soit un total de 1 260 euros (918 + 342). En outre, ils justifient qu'une somme de 581,10 euros a été exposée au titre du séjour de Philippe F au centre Bouffard-Vercelli, lié aux faits en litige. Il s'ensuit qu'une somme totale de 5 653,98 euros (3 526,35 + 286,53 + 1 260 + 581,10) sera mise à la charge de l'ONIAM au titre des dépenses de santé actuelles.
16. En deuxième lieu, les requérants sont fondés à solliciter la somme de 84,93 euros exposée pour réaliser une copie du dossier médical détenu par le centre hospitalier de Saint-Amand-les-Eaux, somme qui sera mise à la charge de l'ONIAM.
17. En troisième lieu, les requérants établissent, au regard des factures versées aux débats de la société FSK et de la société Wicky Médical, qu'en raison des problèmes d'incontinence liés à la paraplégie causée par l'infection nosocomiale, Philippe F a dû renouveler régulièrement l'achat d'alèses et de gants de toilette entre le 3 janvier 2016 et le 8 février 2020 pour un montant total de 807,80 euros resté à sa charge. Les conséquences de cette infection l'ont contraint à faire l'acquisition d'une chaise de douche avec roue et d'un coussin pour un montant de 560,38 euros (facture du 10 juin 2016 de Médical Ladouce), d'un soulève-malade avec planche de transfert pour un montant de 332 euros resté à sa charge (facture du 5 décembre 2016 de Médical Ladouce), d'une table de lit un plat pour un montant de 66 euros (facture du 21 janvier 2016) et d'un fauteuil roulant électrique avec ses accessoires pour un montant de 8 387,89 euros après prise en charge partielle par l'assurance-maladie (facture du 20 août 2016), de sorte qu'après déduction de la prestation de compensation du handicap versée à hauteur de 3 960 euros au titre de l'acquisition du fauteuil roulant électrique, les requérants sont fondés à solliciter de l'ONIAM le remboursement de ces dépenses pour un montant total de 6 194,07 euros (807,80 + 560,38 + 8 387,89 + 332 + 66 - 3960). Il est par ailleurs justifié que Philippe F a exposé des frais de pédicure le 8 août 2019 à hauteur de 33 euros, dépense résultant de sa paraplégie. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction que l'achat d'un oreiller et d'un traversin imperméable, dépenses mentionnées dans la facture du 21 janvier 2016, seraient en lien avec l'infection nosocomiale en litige, ces dépenses résultant de la vie courante. Par ailleurs, il ne résulte pas davantage de l'instruction que la facture du 13 décembre 2019 concernant l'achat de bandages et celle du 25 août 2019 portant sur l'achat de deux lots de huit paquets de lingettes seraient en lien avec l'infection nosocomiale en litige, alors que Philippe F présentait d'autres pathologies. Les requérants ne sont donc pas fondés à en solliciter le remboursement. Au total, une somme de 6 227,07 € (6 194,07 + 33) sera mise à la charge de l'ONIAM au titre des dépenses de santé après consolidation.
18. En quatrième lieu, il résulte des certificats médicaux du docteur P B du 2 octobre 2013 et du docteur J G du 7 août 2014 que l'état de santé de Philippe F, par suite de la paraplégie complète résultant de l'infection nosocomiale, nécessite un logement adapté. Il résulte du devis établi le 26 mai 2015 que les frais d'adaptation du logement du défunt, en particulier des toilettes, de la salle de bain et de sa cuisine, ont été évalués à 3 655 euros. Il est justifié qu'une somme de 2 577,50 euros a été accordée au titre de la prestation de compensation du handicap pour ces aménagements. Les requérants sont donc fondés, dans la mesure où cette dépense n'est pas sérieusement contestée, à solliciter le remboursement par l'ONIAM de la somme de 1 077,50 euros restée à la charge de Philippe F. En revanche, s'il est demandé le remboursement d'une somme de 35 euros au titre de frais de téléassistance exposés en 2018-2019, il ne résulte pas de l'instruction que la dégradation de l'état de santé qui, selon les requérants, aurait justifié cette dépense, serait en lien direct avec l'infection nosocomiale contractée au centre hospitalier de Valenciennes en avril 2013, de sorte qu'ils ne sont pas fondés à solliciter le remboursement de cette somme.
19. En dernier lieu, lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel nécessitant de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
20. Il résulte de l'instruction, et notamment du bilan fonctionnel figurant dans le courrier de sortie du centre Bouffard-Vercelli, daté du 19 novembre 2015, établi par le docteur M O, que Philippe F, à la suite de l'épidurite nosocomiale qu'il avait contractée, était autonome pour l'alimentation, la toilette et l'habillage du haut, mais avait en revanche besoin d'une aide partielle pour la toilette et l'habillage du bas et se trouvait totalement dépendant pour les transferts. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'acquisition, à partir de décembre 2014, d'un fauteuil roulant, puis en août 2016, d'un fauteuil roulant électrique ont permis d'améliorer l'autonomie de Philippe F pour les déplacements. Si les requérants sollicitent que soit retenu un besoin d'aide spécialisée à hauteur de 7 heures par jour, outre un besoin d'aide non spécialisée à hauteur de 17 heures par jour, il ne résulte pas de l'instruction, compte tenu de ce qui précède, que Philippe F avait besoin d'une aide permanente. Au contraire, l'état de santé de celui-ci lui a permis de vivre dans un appartement indépendant et il ne résulte pas de l'instruction, en l'absence en particulier de factures versées aux débats et au vu de la nature de l'aide dont il avait besoin, que l'état de santé de Philippe F aurait nécessité une aide spécialisée. Il sera fait une juste appréciation des besoins d'assistance par tierce personne de Philippe F, compte tenu notamment de l'évaluation à hauteur de sept heures par jour en moyenne retenue par le département de l'Aude, en retenant une aide non spécialisée de 7 heures par jour, sept jours sur sept. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours, ainsi que sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche, fixé à 15 euros pour une aide active non spécialisée. Les requérants ne sont toutefois pas fondés à demander l'indemnisation de ce chef de préjudice pour les périodes d'hospitalisation de Philippe F, au cours desquelles les besoins d'assistance par tierce personne de ce dernier ont été couverts par le personnel hospitalier. Ainsi, de la période comportant 1 559 jours allant de la date de consolidation, le 4 novembre 2015, au 9 février 2020, veille de la dernière hospitalisation de Philippe F, doivent être déduites les périodes d'hospitalisation suivantes : du 13 au 17 décembre 2015, soit cinq jours, du 8 au 11 juillet 2016, soit quatre jours, les 21 et 22 juillet 2016 et les 26 et 27 juillet 2016, soit quatre jours, les 15 et 16 mai 2018, soit deux jours, du 21 novembre 2019 au 11 décembre 2019, soit 21 jours, du 6 au 10 janvier 2020, soit cinq jours et du 28 au 30 janvier 2020, soit trois jours, soit un total de 44 jours (5+4+4+2+21+5+3). Par suite, l'indemnisation due au titre de l'assistance par une tierce personne temporaire correspond à une période de 1 515 jours et peut être évaluée à la somme de 179 558,63 euros ((412/365) x 1515 x 7 x 15). De cette somme, il convient de déduire le montant de l'aide perçue par Philippe F du département de l'Aude, à hauteur de 3 075,12 euros pour les mois de novembre et décembre 2015 (1 537,56 euros par mois), de 83 238,98 euros pour la période allant de janvier 2016 au mois d'octobre 2017 inclus (3 783,59 euros par mois), de 53 815,50 euros de novembre 2017 à janvier 2020 (3 587,70 euros par mois), et de 1 113,42 euros du 1er au 9 février 2020, soit un total de 141 243,02 euros. Il s'ensuit que la somme de 38 315,61 euros (179 558,63 - 141 243,02) sera mise à la charge de l'ONIAM.
S'agissant des préjudices extra-patrimoniaux de Philippe F :
21. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les premières manifestations de l'infection nosocomiale litigieuse ont été constatées le 13 avril 2013, date à laquelle Philippe F s'est plaint de douleurs dorsales. Il est resté hospitalisé jusqu'au 4 novembre 2015, date de consolidation, de sorte que les requérants sont fondés à solliciter l'indemnisation du préjudice de leur père pour la période comportant 935 jours allant du 13 avril 2013 au 3 novembre 2015. En se basant sur un taux journalier d'indemnisation de 15 euros, il sera fait, par suite, une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire subi durant ces périodes d'hospitalisation en l'évaluant à une somme de 14 025 euros (935 x 15), somme qui sera mise à la charge de l'ONIAM.
22. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment de la chronologie des faits précédemment décrite, que Philippe F a enduré des souffrances tant physiques, notamment dorsales à compter du 13 avril 2013, avec une accentuation au cours de la nuit du 18 au 19 avril 2013 puis des épisodes de pneumonies nosocomiales et plusieurs interventions chirurgicales, que morales au regard des conséquences de l'infection nosocomiale, en particulier de la paraplégie avec incontinence compliquée d'escarres, entraînant une perte d'autonomie, et de la durée des hospitalisations, avec une longue période de dépression en 2013, selon le compte-rendu du 2 septembre 2013. Ces problèmes de santé se sont produits dans un contexte où sa compagne l'a par ailleurs quitté après la manifestation de cette paraplégie en 2013, de sorte qu'il a été conduit à quitter le département du Nord, où il avait jusqu'alors vécu et exercé une activité professionnelle, afin de pouvoir bénéficier de l'aide familiale dont il avait désormais besoin. Il sera fait une juste appréciation du préjudice que Philippe F a subi en allouant à ses ayants droit une somme de 28 000 euros au titre des souffrances endurées.
23. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que l'infection nosocomiale a notamment entraîné une paraplégie, des escarres, la nécessité d'être sondé et de subir une trachéotomie au cours de la période du 13 avril 2013 au 3 novembre 2015, veille de consolidation. Il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique temporaire subi par Philippe F en allouant à ses ayants droit une somme de 6 500 euros.
24. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment de ce qui a été dit précédemment, que Philippe F a conservé des séquelles de l'épidurite nosocomiale en litige. Complètement paraplégique au niveau de la vertèbre T6, il conservait une bonne mobilisation articulaire des deux membres supérieurs avec des amplitudes articulaires à la limite de la normale ainsi que le relevait le docteur M O du centre Bouffard-Vercelli, dans le courrier précité du 19 novembre 2015, de sorte qu'il ne saurait être regardé comme ayant été quasiment tétraplégique comme le soutiennent les requérants. Par référence au barème d'évaluation des taux d'incapacité des victimes d'accidents médicaux, d'affections iatrogènes ou d'infections nosocomiales mentionné à l'article D. 1142-2 du code de la santé publique, barème figurant en annexe 11-2 du décret du 21 mai 2003 relatif aux dispositions réglementaires des parties I, II et III du code de la santé publique, le taux de déficit fonctionnel permanent de Philippe F sera fixé à 75 %, dont 3 % liés à son état antérieur, du fait de la prothèse de hanche. Il résulte cependant de l'instruction, et notamment du courrier de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault du 2 janvier 2018, qu'à la suite d'un accident survenu le 29 octobre 2007, Philippe F avait été placé en invalidité, catégorie 2, ce qui signifie que la caisse primaire d'assurance maladie a considéré qu'il était incapable d'exercer une profession quelconque. Il présentait en effet, selon le courrier du docteur N K du 16 janvier 2013, notamment un syndrome parkinsonien et une ostéoporose sévère avec tassements vertébraux, qu'il était porteur d'une prothèse de la hanche et qu'il se déplaçait avec une canne. Au regard de ces antécédents et de la circonstance que Philippe F, presque âgé de 53 ans à la date de consolidation, fixée la veille de son anniversaire, est décédé le 24 février 2020, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel permanent subi par la victime directe en allouant à ses ayants droit une somme de 36 400 euros.
25. En cinquième lieu, si les requérants invoquent l'existence d'un préjudice d'agrément pour leur père, au motif qu'il aurait pratiqué la pêche et la conduite d'une motocyclette avant l'infection nosocomiale litigieuse, par les pièces qu'ils produisent, ils ne rapportent pas l'existence de ce préjudice, de sorte que la demande présentée à ce titre doit être rejetée.
26. En sixième lieu, il résulte de l'instruction, notamment des écritures des requérants et du dossier médical de Philippe F, que celui-ci a subi un préjudice esthétique permanent provenant des mêmes causes que le préjudice de même nature avant consolidation. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en mettant à la charge de l'ONIAM une somme de 10 000 euros.
27. En septième lieu, il résulte de l'instruction, au regard de la paraplégie engendrée par l'infection nosocomiale en litige, ainsi que des escarres et de l'incontinence, que Philippe F, âgé de presque 53 ans au moment de la consolidation, a subi un préjudice sexuel jusqu'à son décès, dont il sera fait une juste appréciation en mettant à la charge de l'ONIAM une somme de 4 500 euros.
28. En dernier lieu, Philippe F était divorcé et père de quatre enfants, mais de nouveau en couple au moment de l'infection nosocomiale en litige. Sa compagne a toutefois mis fin à leur relation au cours de l'année 2013 et il n'est pas sérieusement contesté que les conséquences de l'infection nosocomiale ne lui ont pas permis de réaliser normalement un projet de vie familiale entre la date de consolidation et son décès, l'empêchant en particulier d'exercer pleinement son rôle de père, alors qu'il avait des enfants encore mineurs. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'établissement subi par Philippe F en allouant à ses enfants une somme de 5 000 euros.
29. Il résulte de tout ce qui précède qu'une somme totale de 155 784,09 euros (5 000 + 4 500 + 10 000 + 36 400 + 6 500 + 28 000 + 14 025 + 38 315,61 + 1 077,50 + 6 227,07 + 84,93 + 5 653,98) doit être mise à la charge de l'ONIAM au titre des préjudices subis par Philippe F, montant dont il conviendra de déduire la provision d'un montant de 115 200 euros accordée par l'ordonnance susvisée rendue le 20 mars 2020 par le président de la cour administrative d'appel de Douai.
En ce qui concerne les préjudices des victimes indirectes :
30. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme C a exposé une somme de 16,80 euros au titre des frais de reprographie et d'envoi en recommandé d'une copie du dossier médical de son père détenu par le centre hospitalier de Narbonne. Elle est par suite fondée à solliciter le remboursement de cette somme dans son intégralité.
31. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment de la facture des pompes funèbres Crabol, que Mme C a exposé une somme de 2 531,50 euros pour les obsèques de son père. Après application du taux de perte de chance précédemment retenu, une somme de 1 265,75 euros sera mise à la charge de l'ONIAM.
32. En troisième lieu, il résulte du jugement du juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Valence rendu le 18 mars 2008 qu'une pension alimentaire de 100 euros par mois et par enfant a été mise à la charge de Philippe F, la résidence habituelle des enfants étant fixée chez la mère. Il ne résulte pas de l'instruction que le défunt contribuait au moment des faits litigieux au-delà de cette somme de 100 euros par enfant. Il résulte des relevés de prestations de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Aude que M. D F et Mme E F ont chacun perçu un capital-décès de 865,65 euros.
33. D'une part, le préjudice économique de Mme E F, née le 31 janvier 2004, s'étend de la date du décès de son père, le 24 février 2020, à la veille de son vingt-cinquième anniversaire, soit une période de 107 mois, de sorte que son préjudice s'élève à la somme de 10 700 euros, soit 5 350 euros après application du taux de perte de chance précité (0,5 x 10 700). Déduction faite du capital-décès perçu, une somme de 4 484,35 euros sera mise à la charge de l'ONIAM (5 350 - 865,65).
34. D'autre part, le préjudice économique de M. D F, né le 31 janvier 2001, s'étend de la date du décès de son père, le 24 février 2020, à la veille de son vingt-cinquième anniversaire, soit une période de 71 mois, de sorte que son préjudice s'élève à la somme de 3 550 après application du taux de perte de chance précité. Déduction faite du capital-décès perçu, une somme de 2 684,35 euros sera mise à la charge de l'ONIAM ((0,5 x 7 100) - 865,65).
35. En dernier lieu, il résulte, d'une part, de l'instruction que Mme E F, qui était mineure au moment du décès de son père sans toutefois vivre à son domicile, a subi un préjudice d'affection en raison du décès prématuré de son père, à l'âge de 57 ans. Dans les circonstances de l'espèce, ce préjudice doit être évalué, après application du taux de perte de chance retenu, à la somme de 7 000 euros. Il résulte, d'autre part, de l'instruction que les trois autres requérants, enfants majeurs ne résidant pas au domicile de Philippe F au moment de son décès, ont subi un préjudice d'affection en raison du décès prématuré de leur père. Dans les circonstances de l'espèce, ce préjudice doit être évalué après application du taux de perte de chance retenu, à la somme de 4 000 euros pour chacun d'eux.
36. Ainsi, seront mises à la charge de l'ONIAM : la somme totale de 5 282,55 euros (16,80 + 1 265,75 + 4 000) au titre des préjudices personnels de Mme C, la somme de 4 000 euros au titre du préjudice d'affection de M. L F, la somme totale de 6 684,35 euros (2 684,35 + 4 000) au titre des préjudices personnels de M. D F et la somme totale de 11 484,35 euros (4 484,35 + 7 000) au titre des préjudices personnels de Mme E F.
Sur les intérêts :
37. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité.
38. La somme allouée aux requérants au titre des préjudices personnels de Philippe F sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 22 juillet 2014, date de la saisine de la CCI par leur père, valant demande préalable. En revanche, les sommes qui leur seront allouées au titre de leurs préjudices personnels, en tant que victimes indirectes, consécutivement au décès de Philippe F survenu le 24 février 2020, seront assorties des intérêts au taux légal à compter du 14 mars 2022, date de réception par l'ONIAM de leur demande préalable.
Sur les frais liés au litige :
39. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : L'ONIAM versera aux ayants droit de Philippe F, au titre des préjudices personnels de ce dernier, la somme de 155 784,09 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 22 juillet 2014, sous déduction de la provision d'un montant de 115 200 euros accordée par une ordonnance du président de la cour administrative d'appel de Douai du 20 mars 2020.
Article 2 : L'ONIAM versera à Mme C la somme de 5 282,55 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 14 mars 2022.
Article 3 : L'ONIAM versera à M. L F la somme de 4 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 14 mars 2022.
Article 4 : L'ONIAM versera à M. D F la somme de 6 684,35 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 14 mars 2022.
Article 5 : L'ONIAM versera à Mme E F la somme de 11 484,35 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 14 mars 2022.
Article 6 : L'ONIAM versera aux consorts F une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme A F épouse C, M. L F, M. D F, Mme E F, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) et à la caisse primaire d'assurance maladie de Carcassonne.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cotte, président,
M. Fougères, premier conseiller,
M. Goujon, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.
Le rapporteur,
signé
V. Fougères
Le président,
signé
O. Cotte La greffière,
signé
J. Vandewyngaerde
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026