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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2202073

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2202073

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2202073
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELARL LEGIS CONSEILS LENS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société civile immobilière Dupont, représentée par Me Fasquelle, a demandé au Tribunal administratif de Lille, d'une part, de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période couvrant l'année 2012, de la cotisation primitive d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2012 et des pénalités qui lui ont été infligées sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts, et, d'autre part, de mettre à la charge de l'État la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par une ordonnance n° 1906434 du 26 mars 2021, le président de la 4ème chambre du Tribunal administratif de Lille a donné acte du désistement de la requête de la société Dupont.

Par un arrêt n° 21DA01150 du 17 mars 2022, la cour administrative d'appel de Douai, saisie d'un appel présenté par la société Dupont, a annulé l'ordonnance n° 1906434 du 26 mars 2021 et renvoyé l'affaire au tribunal.

Procédure devant le tribunal :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 26 juillet 2019 et 27 février 2020, la société civile immobilière Dupont, représentée par Me Fasquelle, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période couvrant l'année 2012, de la cotisation primitive d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2012 et des pénalités qui lui ont été infligées sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la pénalité infligée au titre de l'article 1759 du code général des impôts a été calculée sur la base d'un montant erroné, M. A ayant remboursé 40 880 euros avant les opérations de contrôle et non 15 883 euros ;

- elle n'est pas une société assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée dès lors qu'elle a été créée par des personnes non-assujetties, en vue de l'acquisition d'un unique immeuble et de la réalisation d'un investissement patrimonial ponctuel, et qu'elle n'a pas agi comme une professionnelle, n'en ayant ni les moyens humains, ni les moyens financiers, ni les moyens matériels ; elle n'exercice pas d'activité économique au sens de l'article 256 du code général des impôts ;

- l'immeuble est achevé depuis plus de 5 ans et ne peut être qualifié d'immeuble neuf au sens de l'article 257 du code général des impôts ;

- elle n'a pas formellement opté pour l'imposition à la taxe sur la valeur ajoutée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2020, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société Dupont ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 23 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 avril 2022.

Des mémoires ont été présentés par le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord les 10 juin 2022 et 14 juin 2022, après la clôture de l'instruction.

En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, l'instruction a été rouverte pour les éléments demandés en vue de compléter l'instruction par lettre du 2 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Courtois,

- et les conclusions de M. Quint, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Dupont, dont l'activité consiste en la location de terrains et d'autres biens immobiliers, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité. À l'issue d'une procédure de taxation d'office, le service l'a assujettie à une cotisation primitive d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos au 31 décembre 2012 et a mis à sa charge des droits de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période couvrant l'année 2012. Le service lui a par ailleurs infligé une pénalité sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts, en l'absence de désignation des bénéficiaires de revenus distribués. La société Dupont demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions, ainsi que des pénalités correspondantes, et de la pénalité infligée sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts.

Sur la taxe sur la valeur ajoutée :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. / () ". Aux termes de l'article 256 A de ce code : " Sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques mentionnées au cinquième alinéa, quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention. / () / Les activités économiques visées au premier alinéa se définissent comme toutes les activités de producteur, de commerçant ou de prestataire de services, y compris les activités extractives, agricoles et celles des professions libérales ou assimilées. () ".

3. Il résulte de l'instruction que la société Dupont a acquis une ancienne brasserie et ses dépendances sises 309, rue du docteur B à Bruay-La-Bussière le 26 janvier 2012 au prix de 185 000 euros, dans le but d'en changer la destination pour les transformer en résidence d'habitation de vingt-quatre logements et construire quatre logements individuels, conformément au permis de construire qu'elle avait obtenu le 21 octobre 2011. Elle a revendu plusieurs lots dès le 29 mars 2012, pour un montant total de 480 000 euros, à ses associés et à des tiers. Par ailleurs, il est constant que le formulaire M0 souscrit à raison de la création de la société mentionne son assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée et que l'acte authentique d'acquisition de l'immeuble, en date du 26 janvier 2012, mentionne également l'assujettissement de la société à la taxe sur la valeur ajoutée. Dans ces conditions, ces cessions doivent être regardées non pas comme relevant de la simple gestion d'un patrimoine privé, mais comme se rattachant à l'exercice d'une activité économique par un assujetti agissant en tant que tel, au sens des dispositions précitées des articles 256 et 256 A du code général des impôts, ce qui justifiait l'assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée.

4. En second lieu, aux termes de l'article 257 du code général des impôts : " I. Les opérations concourant à la production ou à la livraison d'immeubles sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée dans les conditions qui suivent. / () / 2. Sont considérés : / () / 2° Comme immeubles neufs, les immeubles qui ne sont pas achevés depuis plus de cinq années, qu'ils résultent d'une construction nouvelle ou de travaux portant sur des immeubles existants qui ont consisté en une surélévation ou qui ont rendu à l'état neuf : / a. Soit la majorité des fondations ; / b. Soit la majorité des éléments hors fondations déterminant la résistance et la rigidité de l'ouvrage ; / c. Soit la majorité de la consistance des façades hors ravalement ; / d. Soit l'ensemble des éléments de second œuvre tels qu'énumérés par décret en Conseil d'Etat, dans une proportion fixée par ce décret qui ne peut être inférieure à la moitié pour chacun d'entre eux. / () ". Aux termes de l'article 245 A de l'annexe II à ce code : " I. Pour l'application du d du 2° du I de l'article 257 du code général des impôts, les éléments de second œuvre à prendre en compte sont les suivants : / a. les planchers ne déterminant pas la résistance ou la rigidité de l'ouvrage ; / b. les huisseries extérieures ; / c. les cloisons intérieures ; / d. les installations sanitaires et de plomberie ; / e. les installations électriques ; / f. et, pour les opérations réalisées en métropole, le système de chauffage. / II. La proportion prévue au d du 2° du 2 du I de l'article 257 du code général des impôts est fixée à deux tiers pour chacun des éléments mentionnés au I ". Aux termes de l'article 260 du même code : " Peuvent sur leur demande acquitter la taxe sur la valeur ajoutée : / () / 5° bis les personnes qui réalisent une opération visée au 5 de l'article 261 ; / () ". Aux termes de l'article 261 dudit code : " Sont exonérés de la taxe sur la valeur ajoutée : / () / 5. (Opérations immobilières) / () / 2° les livraisons d'immeubles achevés depuis plus de cinq ans. / () ". Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office, la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ".

5. Il résulte de l'instruction que, dans le cadre de son droit de communication exercé auprès de la mairie de Bruay-La-Bussière, le service vérificateur a obtenu une copie du permis de construire accordé à la société Dupont, dont il résulte que le bien immobilier acquis a fait l'objet d'un changement de destination consistant en la transformation d'une ancienne brasserie en résidence d'habitation de vingt-quatre logements, la démolition de ses dépendances représentant une surface hors d'œuvre nette de 415,09 m², la création de quatre logements individuels outre la création de quarante-trois places de stationnement représentant une surface de 535 m2, lesdits travaux ayant impliqué une surélévation d'un bâtiment afin d'augmenter la surface habitable et amenant à la création d'une surface hors œuvre nette de 2 721,71 m². Ces travaux, par leur ampleur, ont nécessairement impliqué une reconstruction interne complète de l'ancienne brasserie et affecté le gros-œuvre. La société requérante n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, conformément à l'article L. 193 du livre des procédures fiscales, que la majorité des éléments hors fondation de l'ancienne brasserie n'ont pas été remis à neuf et que la proportion des éléments de second œuvre remis à neuf est inférieure à deux tiers. Dans ces conditions, et sans qu'y fassent obstacle les mentions des actes de cession régularisés et les circonstances que les cessions ont été soumises aux droits de mutation et que la société Dupont n'a pas opté pour la soumission de ces opérations à la taxe sur la valeur ajoutée, les immeubles livrés par cette société doivent être regardés comme des immeubles neufs, au sens des dispositions précitées du 2° du 2 du I de l'article 257 du code général des impôts, les opérations de livraison de ces immeubles étant soumises de plein droit à la taxe sur la valeur ajoutée.

6. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 5 que la société Dupont n'est pas fondée à demander la décharge des droits de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période couvrant l'année 2012, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur l'impôt sur les sociétés :

7. Aux termes de l'article L. 77 du livre des procédures fiscales : " En cas de vérification simultanée des taxes sur le chiffre d'affaires et taxes assimilées, de l'impôt sur le revenu ou de l'impôt sur les sociétés, le supplément de taxes sur le chiffre d'affaires et taxes assimilées afférent à un exercice donné est déduit, pour l'assiette de l'impôt sur le revenu ou de l'impôt sur les sociétés, des résultats du même exercice () ". Lorsqu'un contribuable a fait l'objet de rectifications en matière d'impôt sur les bénéfices et de taxe sur la valeur ajoutée, ses bases d'imposition à l'impôt sur les sociétés peuvent être rehaussées d'un " profit sur le Trésor " chaque fois que le droit qui lui est ouvert de déduire de ces bases la taxe sur la valeur ajoutée rappelée aboutirait, à défaut de la constatation à due concurrence d'un tel profit, à ce que le contribuable soit imposé à l'impôt sur les sociétés sur une assiette plus réduite que celle sur laquelle il aurait été imposé s'il avait acquitté régulièrement la taxe sur la valeur ajoutée.

8. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 à 6 que l'administration fiscale était fondée, préalablement à la déduction en cascade prévue par les dispositions de l'article L. 77 du livre des procédures fiscales, à rapporter au résultat imposable à l'impôt sur les sociétés de l'exercice clos en 2012 un " profit sur le Trésor " égal au montant de la taxe sur la valeur ajoutée nette due au titre de la période correspondante.

Sur la pénalité infligée sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts :

9. Aux termes de l'article 117 du code général des impôts : " Au cas où la masse des revenus distribués excède le montant total des distributions tel qu'il résulte des déclarations de la personne morale visées à l'article 116, celle-ci est invitée à fournir à l'administration, dans un délai de trente jours, toutes indications complémentaires sur les bénéficiaires de l'excédent de distribution. / En cas de refus ou à défaut de réponse dans ce délai, les sommes correspondantes donnent lieu à l'application de la pénalité prévue à l'article 1759 ". Aux termes de l'article 1759 du code général des impôts : " Les sociétés et les autres personnes morales passibles de l'impôt sur les sociétés qui versent ou distribuent, directement ou par l'intermédiaire de tiers, des revenus à des personnes dont, contrairement aux dispositions des articles 117 et 240, elles ne révèlent pas l'identité, sont soumises à une amende égale à 100 % des sommes versées ou distribuées. Lorsque l'entreprise a spontanément fait figurer dans sa déclaration de résultat le montant des sommes en cause, le taux de l'amende est ramené à 75 % ". Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; () ".

10. Il résulte de l'instruction qu'à l'issue de la procédure d'imposition dont la société Dupont a fait l'objet, le montant total du bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés a été évalué à la somme de 89 513 euros. Le service vérificateur a demandé à la société de désigner les bénéficiaires des revenus distribués correspondants. La société a désigné des bénéficiaires pour un montant total de revenus distribués de 52 696 euros, de sorte qu'aucun bénéficiaire n'a été désigné à concurrence de la somme totale de 36 817 euros. La circonstance, dont elle se prévaut, que la société Dupont ait indiqué, en réponse à la demande de désignation qui lui avait été adressée, que son associé M. A avait bénéficié d'une avance de 40 880 euros, remboursée avant l'engagement des opérations de vérification, n'est pas de nature à remettre en cause le montant du revenu distribué pour lequel aucun bénéficiaire n'a été désigné dès lors qu'il résulte de l'instruction, et notamment de la lettre du 24 juin 2015 adressée à la société, que cette somme n'a pas été regardée par le service vérificateur comme un revenu distribué. La société Dupont n'est dès lors pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration fiscale lui a infligé, sur le fondement des dispositions précitées de l'article 1759 du code général des impôts, une pénalité d'un montant de 36 817 euros.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la société Dupont n'est pas fondée à demander la décharge de la cotisation primitive d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2012 et des droits de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période correspondante, ainsi que des pénalités s'y rapportant et de la pénalité qui lui a été infligée sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts. Par suite, les conclusions à fin de décharge de la société Dupont doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'elle a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la société Dupont est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Dupont et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.

Délibéré après l'audience du 15 mai 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Bergerat, première conseillère,

- Mme Courtois, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

C. COURTOISLe président,

Signé

O. LEMAIRE

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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