Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2202079
jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2202079 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 21 mars 2022 et 26 octobre 2022, la société à responsabilité limitée Escape demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de la cotisation primitive d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2014, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de prononcer le rétablissement de ses créances de crédit d'impôt pour dépenses de recherche au titre des années 2015 et 2016 ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle doit être regardée comme une entreprise exerçant une activité industrielle dans le secteur du textile, de l'habillement et du cuir, au sens des dispositions du h) du II de l'article 244 quater B du code général des impôts ;
- elle a justifié de ses dépenses de collections ;
- elle n'a pas commis de manquement délibéré.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2022, la directrice spécialisée de contrôle fiscal Nord conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la société Escape ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 28 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Courtois,
- et les conclusions de M. Huguen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Escape, qui a pour activité la fabrication de textiles, produits finis et semi-finis, celle d'intermédiaire du commerce en textile, produits semi-finis, habillement, accessoires à la personne et produits de beauté, ainsi qu'une activité d'apporteur d'affaires dans le domaine textile et de consultant achat dans l'industrie textile, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur ses déclarations fiscales de crédit d'impôt pour dépenses de recherche sur le fondement des dispositions du h du II de l'article 244 quater B du code général des impôts au titre des exercices clos les 31 décembre 2014, 31 décembre 2015 et 31 décembre 2016, à l'issue de laquelle le bénéfice de ces crédits d'impôt a été remis en cause. La société Escape demande au tribunal de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés mise à sa charge au titre de l'exercice clos en 2014, ainsi que des pénalités correspondantes, et de prononcer la restitution des crédits d'impôt pour dépenses de recherche des années 2015 et 2016.
Sur les conclusions à fins de décharge et de restitution :
2. Aux termes de l'article 244 quater B du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Les entreprises industrielles et commerciales ou agricoles imposées d'après leur bénéfice réel ou exonérées () peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année. () / () / II. - Les dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d'impôt sont : / () / h) Les dépenses liées à l'élaboration de nouvelles collections exposées par les entreprises industrielles du secteur textile-habillement-cuir et définies comme suit : 1° Les salaires et charges sociales afférents aux stylistes et techniciens des bureaux de style directement et exclusivement chargés de la conception de nouveaux produits et aux ingénieurs et techniciens de production chargés de la réalisation de prototypes ou d'échantillons non vendus ; / 2° Les dotations aux amortissements des immobilisations créées ou acquises à l'état neuf qui sont directement affectées à la réalisation d'opérations visées au 1° ; / 3° Les autres dépenses de fonctionnement exposées à raison de ces mêmes opérations ; ces dépenses sont fixées forfaitairement à 75 p. 100 des dépenses de personnel mentionnées au 1° ; / 4° Les frais de dépôt des dessins et modèles. / 5° Les frais de défense des dessins et modèles, dans la limite de 60 000 € par an ; / () ".
3. En adoptant les dispositions précitées, le législateur a entendu soutenir l'industrie manufacturière en favorisant les systèmes économiques intégrés qui allient la conception et la fabrication de nouvelles collections. Il en résulte que le bénéfice du crédit d'impôt pour dépenses de recherche n'est ouvert aux entreprises exerçant une activité industrielle dans le secteur textile-habillement-cuir que lorsque les dépenses liées à l'élaboration de nouvelles collections sont exposées en vue d'une production dans le cadre de cette activité.
4. Il résulte de l'instruction que, pour remettre en cause le bénéfice des crédits d'impôt pour dépenses de recherche déclarés par la société Escape au titre des exercices clos les 31 décembre 2014, 31 décembre 2015 et 31 décembre 2016, le service s'est fondé sur la circonstance que l'activité de cette société ne présentait pas de caractère industriel, au regard de l'effectif de trois salariés et du montant des installations techniques, des matériels et outillages, évalué à la somme de 2 600 euros pour l'exercice clos au 31 décembre 2014 et correspondant à l'achat d'une machine d'une valeur de 1 000 euros le 29 juin 2000 et d'un traceur d'une valeur de 1 600 euros le 13 décembre 2009, la fabrication de vêtements étant sous-traitée. En outre, le service a relevé que le calcul de la cotisation foncière des entreprises effectué par les services des impôts directs locaux précisait que la société ne disposait d'aucun bien industriel pour l'année 2014. La société Escape soutient que son activité revêtait un caractère industriel au cours des exercices en litige. Toutefois, d'une part, il est constant que l'essentiel de la fabrication est sous-traitée, l'activité sise à Cambrai consistant essentiellement à créer des collections de vêtements féminins, à réaliser des prototypes pour chaque modèle proposé aux clients et à répondre aux commandes. D'autre part, si la société requérante produit un extrait de compte de résultat de l'exercice clos le 31 décembre 2014 afin de se prévaloir de l'achat de matières premières et d'auto-approvisionnement pour un montant de 122 144 euros, ainsi que de l'absence d'achats de marchandises, il résulte de ce même extrait que les " autres achats et charges externes " s'élèvent à un montant total de 524 690 euros. Par ailleurs, ni la facture du fournisseur J.L. de Ball du 8 juin 2015, ni le contrat conclu avec la société cliente UJA le 27 janvier 2017, ni l'attestation du maire de la commune de Cambrai du 20 décembre 2018, selon laquelle la société disposait d'un bâtiment industriel sis 2, square du château à Cambrai jusqu'au 31 mai 2017, ni la photo non datée d'un atelier de confection de produits par la société Escape ne permettent de remettre en cause l'appréciation portée par le service vérificateur sur le défaut de caractère industriel de son activité. Enfin, les circonstances que le service des impôts des entreprises de Cambrai ait procédé au remboursement du crédit d'impôt recherche pour dépenses de collections en litige au cours de l'année 2017 alors qu'il a visité les locaux et que la 8ème brigade de vérification, qui a remis en cause le bénéfice de ce même crédit d'impôt pour l'exercice clos le 31 décembre 2009 à l'issue d'une précédente vérification de comptabilité, n'ait pas contesté le caractère industriel de son activité, ne sont pas de nature à l'établir pour les exercices clos les 31 décembre 2014, 31 décembre 2015 et 31 décembre 2016. Dans ces conditions, la société Escape ne peut être regardée comme exerçant une activité industrielle dans le secteur textile-habillement-cuir de sorte qu'elle ne pouvait prétendre au bénéfice des crédits d'impôt recherche pour dépenses de collections déclarés au titre de ces exercices. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le service ne pouvait, pour ce motif, remettre en cause le bénéfice du crédit impôt recherche pour dépenses de collections prévu au h du II de l'article 244 quater bis du code des impôts.
Sur les pénalités :
5. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt () entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; / () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs (), la preuve de la mauvaise foi () incombe à l'administration ".
6. Pour justifier l'application de la majoration prévue par les dispositions précitées de l'article 1729 du code général des impôts à raison de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés mise en recouvrement au titre de l'exercice clos en 2014, l'administration relève que la société Escape a fait l'objet d'un précédent contrôle au titre de l'année 2009, à l'issue duquel le service avait procédé aux mêmes rappels sur la base d'éléments similaires, et que, par un jugement n° 140372 du 23 mars 2017, le tribunal de céans a rejeté la requête de la société Escape. Toutefois, la précédente rectification n'était pas fondée sur l'absence de caractère industriel de son activité et ce critère, aux dates auxquelles la société Escape a souscrit ses déclarations pour les crédits d'impôt pour dépenses de collection en litige, n'était pas établi avec suffisamment de précisions, ni par la doctrine, ni par la jurisprudence, pour considérer que la société Escape, en souscrivant ces déclarations, a intentionnellement cherché à se soustraire à l'impôt. De même, il ne peut être reproché à la société Escape d'avoir fait preuve de mauvaise foi en sollicitant des crédits d'impôt recherche pour dépenses de collection au titre des exercices clos les 31 décembre 2014, 31 décembre 2015 et 31 décembre 2016 en justifiant insuffisamment de ces dépenses alors même que le jugement du tribunal administratif statuant sur la précédente procédure contentieuse est intervenu postérieurement et n'était pas, en tout état de cause, définitif à la date de la déclaration du crédit d'impôt recherche pour dépenses de collection au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016. Par suite, l'administration fiscale ne peut être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, conformément à l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales, de l'intention délibérée de la société Escape de se soustraire à l'impôt et, par suite, du bien-fondé de la pénalité de 40 % pour manquement délibéré qui lui a été infligée sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la société Escape est seulement fondée à demander la décharge de la pénalité de 40 % pour manquement délibéré qui lui a été infligée sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance, le versement à la société Escape de la somme qu'elle demande au titre des frais qu'elle a exposés.
DÉCIDE :
Article 1er : La société Escape est déchargée de la pénalité qui lui a été infligée sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Escape est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Escape et à la directrice spécialisée de contrôle fiscal Nord.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Lemaire, président,
- Mme Courtois, première conseillère,
- Mme Célino, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
C. COURTOISLe président,
Signé
O. LEMAIRE
La greffière,
Signé
S. RANWEZ
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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