Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2202150

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2202150
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formationjuge unique (6)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 mars 2022, Mme D B et A C demandent au tribunal d'annuler la décision du 21 février 2022 du président du conseil départemental du Pas-de-Calais portant refus de remise gracieuse d'un indu d'allocation de revenu de solidarité active de 3 167,82 euros.

Ils soutiennent que M. C a agi de bonne foi et pensait pouvoir cumuler ses salaires avec son allocation de revenu de solidarité active, comme ses conseillers de Pôle Emploi le lui avaient indiqué.

La requête a été communiquée au département du Pas-de-Calais qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lançon, première conseillère, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lançon, première conseillère,

- les observations de Mme B et de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. A l'issue d'un contrôle de sa situation, Mme B s'est vu notifier par la caisse d'allocations familiales (CAF) du Pas-de-Calais, un indu d'allocation de revenu de solidarité active dont le montant s'élevait, à la date du 21 février 2022, à 3 167,82 euros. Mme B a demandé, le 10 février 2022 la remise gracieuse de cet indu, ce qui lui a été refusé par une décision du 21 février 2022 du président du conseil départemental du Pas-de-Calais. Par la présente requête, Mme B et M. C, son conjoint, demandent au tribunal d'annuler cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. / () ". Aux termes de l'article L. 262-9 dudit code : " () Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges. Lorsque l'un des membres du couple réside à l'étranger, n'est pas considéré comme isolé celui qui réside en France ". L'article R. 262-37 du même code dispose : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. "

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active (RSA), il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.

4. Il résulte de l'instruction qu'à l'occasion d'un contrôle relatif à la situation du foyer de Mme B, les services de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais ont constaté une disparité entre les ressources que la requérante avait déclarées et celles qu'elle avait réellement perçues. La requérante ne conteste pas ces faits mais soutient que M. C, son conjoint, a agi sur conseil de ses interlocuteurs de Pôle Emploi sans toutefois apporter aucun élément au soutien de ses allégations. En outre, il ressort du formulaire 14129*03 de déclarations des ressources trimestrielles, consultable publiquement sur le site internet service-public.fr, que celui-ci prévoit la catégorie " salaire " parmi les ressources devant être déclarées. Dans ces conditions, Mme B ne peut être regardée comme pouvant de bonne foi ignorer ses obligations déclaratives. Eu égard à la nature des éléments omis, à la présentation du formulaire de déclarations des ressources et à la période concernée, l'omission de déclaration des ressources perçues au cours de la période en cause en méconnaissance de l'article R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles, doit être regardée comme ayant été délibérément commise par Mme B. Cette seule circonstance fait obstacle au bénéfice d'une remise ou d'une réduction de la dette de RSA, quelle que soit la précarité de la situation financière des intéressés.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B et de M. C doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B et de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à M. A C et au département du Pas-de-Calais.

Copie sera adressée, pour information, à la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.

La magistrate désignée,

signé

L.-J. LançonLa greffière,

signé

I. Baudry

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2202150