jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2202278 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | CAMPBELL-BOULOGNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 mars 2022, M. A B, représenté par Me Campbell-Boulogne, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations primitives d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015 et des droits de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'activité d'achat et de revente de voitures américaines anciennes à laquelle il s'est livré ne revêt pas un caractère habituel et n'a pas été réalisée dans un but lucratif de sorte que les sommes qu'il en a retirées ne peuvent pas être considérées comme des bénéfices industriels et commerciaux au sens de l'article 34 du code général des impôts ;
- la proposition de rectification est insuffisamment motivée, en méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;
- en tout état de cause, la reconstitution des résultats par le service est erronée et incohérente ;
- l'une des ventes ayant fait l'objet d'une annulation judiciaire, le prix restitué à l'acquéreur ne saurait être taxé ni à la taxe sur la valeur ajoutée, ni à l'impôt sur le revenu ;
- le taux de marge calculé a été fluctuant et a été finalement déterminé en retenant de potentielles cessions qui seraient intervenues au cours de l'année 2013, ce qui a radicalement vicié la méthode de reconstitution.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2022, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 11 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de commerce ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Courtois,
- et les conclusions de M. Huguen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a fait l'objet d'une procédure de vérification de comptabilité à l'issue de laquelle le service vérificateur, considérant qu'il s'était livré à une activité commerciale d'achat et de revente de voitures américaines anciennes, l'a assujetti à des cotisations primitives d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2014 et 2015 et mis à sa charge des droits de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015. M. B demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions, ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions. () ".
3. D'une part, il résulte de l'instruction et notamment de la notification des bases imposables du 20 juillet 2017 que M. B, qui n'a déposé aucune déclaration de bénéfices industriels et commerciaux au titre des exercices clos en 2014 et 2015 et aucune déclaration de taxe sur la valeur ajoutée au titre de cette même période, a fait l'objet d'une procédure d'imposition d'office. Par suite, M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales.
4. D'autre part, et en tout état de cause, il résulte de l'instruction que, dans la notification des bases imposables adressée à M. B le 20 juillet 2017, le service a indiqué les bases servant au calcul des impositions en litige, ainsi que leurs modalités de détermination, avec une précision suffisante pour satisfaire aux exigences des dispositions précitées de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales. La circonstance que le service se soit fondé sur des éléments de la procédure pénale pour considérer que le contribuable s'était livré de manière habituelle à de la vente de véhicules d'occasion, reconstituer le chiffre d'affaires taxable et liquider les droits de taxe sur la valeur ajoutée est à cet égard sans incidence. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la notification des bases imposables est insuffisamment motivée.
Sur le bien-fondé des impositions en litige :
5. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 34 du code général des impôts : " Sont considérés comme bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par les personnes physiques et provenant de l'exercice d'une profession commerciale, industrielle ou artisanale. / () ". Aux termes de l'article L. 110-1 du code de commerce : " La loi répute acte de commerce : 1° tout achat de biens meubles pour les revendre, soit en nature, soit après les avoir travaillés et mis en œuvre ; / () ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que si l'accomplissement habituel d'opérations ayant le caractère d'actes de commerce, tels que l'achat en vue de la revente de biens meubles, caractérise l'exercice d'une profession commerciale dont les bénéfices sont, sauf disposition législative spécifique, soumis à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux en application de l'article 34 du code général des impôts, le seul fait de procéder à la vente de biens meubles, fût-ce de manière répétée, ne suffit pas à traduire l'exercice d'une telle profession lorsque ces biens n'ont pas été acquis en vue de leur revente.
6. D'autre part, aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens meubles et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. / () ". Aux termes de l'article 256 A de ce code : " Sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques mentionnées au cinquième alinéa, quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention. / () / Les activités économiques visées au premier alinéa se définissent comme toutes les activités (), de commerçant () ".
7. Il résulte de l'instruction, et notamment de la notification des bases imposables du 20 juillet 2017 adressée à M. B, que, dans le cadre d'une procédure judiciaire, ce dernier a reconnu lors d'une audition du 31 mai 2016 avoir importé depuis 2013 huit véhicules Chevrolet Corvette des Etats-Unis d'Amérique, de valeur comprise entre 20 000 et 25 000 euros, ainsi que d'autres lots de véhicules en France, pour les revendre et réaliser une marge unitaire approximative de 3 000 à 4 000 euros. L'intéressé a également précisé qu'il recourait à chaque importation aux services des mêmes sociétés de transport maritime et de transit, procédait aux réparations nécessaires dans un garage dans lequel a été installé à cette fin un pont élévateur, puis vendait les véhicules sur des sites de petites annonces, par l'intermédiaire d'un dépôt-vente à Douai et d'un garage à Bailleul. Dans le cadre des opérations de vérification, M. B a communiqué au service les prix d'achat et de vente de deux véhicules vendus en 2013, de trois véhicules vendus en 2014 et de deux véhicules vendus en 2015. Le service a constaté des encaissements d'un montant total de 156 605 euros en 2014 et 70 565 euros en 2015 sur les comptes courants ouverts au nom de M. B dans les livres de la Caisse régionale de crédit agricole mutuel et du Crédit lyonnais. Dans ces conditions, et alors qu'il est constant que le requérant ne tirait aucun revenu d'aucune autre activité, M. B doit être regardé comme un professionnel de l'achat et de la vente de véhicules pour avoir accompli habituellement des opérations ayant le caractère d'actes de commerce au sens des dispositions de l'article L. 110-1 du code de commerce.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes de l'article R. 193-1 de ce livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ".
9. Il résulte de l'instruction et notamment de la notification des bases imposables du 20 juillet 2017 et de la réponse aux observations du contribuable du 19 septembre 2017, que, pour reconstituer les chiffres d'affaires et les bénéfices de M. B en l'absence de toute comptabilité, le service a retenu les encaissements figurant sur les relevés bancaires des comptes ouverts à son nom dans les livres de la Caisse régionale de crédit agricole mutuel et du Crédit lyonnais, auxquels il a appliqué un taux de marge, déterminé à partir des véhicules pour lesquels le contribuable avait accepté de communiquer au service le prix d'achat et le prix de vente. Le service a également appliqué un pourcentage forfaitaire de frais de 20 %. S'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée, le service a retenu un taux de 20 %. Le requérant, en se bornant à contester la reconstitution au motif que le service n'avait pas recherché véritablement l'origine des encaissements constatés sur son compte courant, alors même qu'il n'a pas répondu à la demande adressée par le service le 15 février 2017 l'invitant à justifier des diverses sommes encaissées, ne rapporte pas la preuve de son caractère exagéré. De même et en tout état de cause, s'il fait valoir que l'une des ventes a fait l'objet d'une annulation judiciaire, il ne l'établit pas. Enfin, en critiquant la circonstance que le service a pris en compte les prix d'achat et de vente de véhicules réalisés antérieurement à la période vérifiée pour déterminer le taux de marge, M. B n'établit pas son caractère erroné ou exagéré. A cet égard, est également sans incidence la circonstance que le service l'ait initialement fixé à 44 % pour retenir, à la suite des observations du contribuable, un taux de marge de 36,52 %. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la reconstitution des bénéfices et chiffres d'affaires par le service est erronée et incohérente.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander la décharge des cotisations primitives d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015 et des droits de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015, ainsi que des pénalités correspondantes. Par suite, ses conclusions à fin de décharge doivent être rejetées, ainsi que, par voir de conséquence, celles qu'il a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Lemaire, président,
- Mme Courtois, première conseillère,
- Mme Célino, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
La rapporteure,
signé
C. COURTOISLe président,
signé
O. LEMAIRE
La greffière,
signé
P. CARPENTIER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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01/06/2026