Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2202626
mercredi 5 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2202626 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | juge unique (6) |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 avril 2022, Mme B A demande au tribunal d'annuler la décision du 17 février 2022, notifiée par courrier du 3 mars 2022, par laquelle la caisse d'allocations familiales du Nord a refusé de lui accorder une remise d'un indu d'aide personnelle au logement pour la période allant du 1er décembre 2020 au 31 août 2021, notifié par courrier du 7 septembre 2021, dont le solde s'élevait, à la date de cette décision à la somme de 1 431,70 euros, et de lui accorder une remise de cette dette.
Elle soutient que :
- elle a toujours réalisé de manière honnête ses déclarations, ayant simplement commis une erreur par ignorance de la démarche à suivre ;
- sa situation financière ne lui permet pas de rembourser la dette en litige.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2022, la caisse d'allocations familiales du Nord conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que Mme A l'a informée le 7 septembre 2021 de son changement d'adresse intervenu en date du 1er décembre 2020 et que le quotient familial de la requérante au 5 août 2022 est de 1 262 euros.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Fougères, premier conseiller, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Fougères a été entendu au cours de l'audience publique à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier du 7 septembre 2021, le directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord a notifié à Mme A un indu d'aide personnelle au logement (allocation de logement sociale) d'un montant de 2 109,70 euros pour la période allant du 1er décembre 2020 au 31 août 2021. Mme A a alors sollicité de la caisse d'allocations familiales du Nord une remise gracieuse de sa dette, exposant qu'elle ignorait qu'elle devait, en cas de déménagement, formuler une nouvelle demande d'aide au logement. Par décision du 17 février 2022, notifiée par courrier du 3 mars 2022, sa demande a été rejetée, du fait de la déclaration tardive de son changement de domicile et d'un quotient familial de 1 095 euros, alors que le montant restant dû s'élevait à la date de cette décision à la somme de 1 431,70 euros. Par la présente requête, Mme A conteste cette décision.
2. D'une part, l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation dispose : " Les aides personnelles au logement () sont régies par le présent livre. / Les aides personnelles au logement comprennent / () 2° Les allocations de logement : () ; b) l'allocation de logement sociale. ". Aux termes de l'article L. 823-9 du même code : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ". Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable à la cause : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré, (). Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations ".
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 823-3 du code de la construction et de l'habitation : " Les changements survenus, au cours de la période de paiement de l'aide, dans la situation du bénéficiaire ou du ménage font l'objet de justifications fournies avec la demande de révision du montant de l'aide ". L'article R. 823-7 du même code ajoute : " Lorsque le bénéficiaire s'installe dans un nouveau logement au cours de la période de paiement, le montant de l'aide personnelle au logement est révisé sur la base du loyer principal effectivement payé pour le premier mois de location du nouveau logement. / () ". Enfin, l'article D. 823-15 de ce code prévoit que : " Le signalement par le bailleur du déménagement du bénéficiaire et de la résiliation de son bail a lieu dans un délai d'un mois à compter de la date de déménagement ou de la résiliation du bail. / Ce délai peut être prolongé d'un mois supplémentaire si le bailleur apporte la preuve qu'il n'était manifestement pas en mesure de signaler ces évènements dans le délai d'un mois. / () ".
4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide personnelle au logement, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.
5. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.
6. En l'espèce, en premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme A a omis jusqu'au 6 septembre 2021 inclus de déclarer son changement d'adresse, intervenu le 1er décembre 2020, alors que son bailleur n'avait manifestement pas prévenu la caisse d'allocations familiales du Nord comme l'impose l'article D. 823-15 du code de la construction et de l'habitation cité au point 3. Il ne résulte cependant pas de l'instruction, en l'absence de pièces transmises par la caisse d'allocations familiales du Nord, que Mme A était informée de la nécessité de signaler tout changement d'adresse. Il s'ensuit que la condition de bonne foi doit être regardée comme satisfaite.
7. En second lieu, la requérante soutient que sa situation financière ne lui permet pas de rembourser l'indu mis à sa charge, elle n'apporte toutefois aucune pièce permettant de justifier de la précarité de sa situation, alors que son quotient familial s'élève à 1 026 euros selon le courrier de la caisse d'allocations familiales du Nord du 2 mai 2024. Par suite, la requérante ne démontre pas que sa situation de précarité serait telle qu'elle ne puisse rembourser le solde de l'indu laissé à sa charge de 1 431,70 euros, alors qu'il lui est loisible de solliciter un échéancier de paiement adapté à sa situation financière. Dans ces conditions, les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de la décision attaquée et à la remise gracieuse de sa dette doivent être rejetées.
8. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.
Le magistrat désigné,
signé
V. Fougères
La greffière,
signé
I. Baudry
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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