lundi 4 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2202867 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP HOUZEAU-TEREA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 avril 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Plaisier Automobiles, représentée par Me Houzeau, demande :
1°) la décharge de rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités correspondantes qui lui ont été réclamés pour la période d'octobre 2016 à septembre 2020 ;
2°) la décharge de l'amende de 1 037 euros qui lui a été appliquée sur le fondement de l'article 1788 A du code général des impôts ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'administration fiscale, en ne l'informant pas de la durée et des conclusions du contrôle auquel elle était soumise, a méconnu l'article 32 de la loi n° 2018-727 du 10 août 2018 et entaché ainsi la procédure d'imposition d'irrégularité ;
-le droit de reprise dont bénéficie l'administration est prescrit, s'agissant des impositions supplémentaires établies au titre de " l'année 2017 et pour les années antérieures ".
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2022, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la SARL Plaisier Automobiles ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin de décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à la charge de la société Plaisier Automobiles au titre de l'année 2016 ainsi que des pénalités correspondantes, faute d'avoir été demandée dans la réclamation préalable du
16 décembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 2018-727 du 10 août 2018 ;
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;
- le décret n° 2018-1019 du 21 novembre 2018 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Célino, première conseillère,
- et les conclusions de Mme Courtois, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Plaisier Automobiles, qui a pour activité la mécanique, la carrosserie, la vente de véhicules d'occasion, le lavage de voitures ainsi que l'activité de grossiste et distributeurs de pièces détachées, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité, à l'issue de laquelle ont été mis à sa charge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2016, 2017, 2018, 2019 et 2020 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période d'octobre 2016 à septembre 2020. Le 30 novembre 2021, l'administration fiscale a mis en recouvrement uniquement les rappels de TVA et l'amende relative à cette imposition infligée sur le fondement de l'article 1788 A du code général des impôts. La société Plaisier Automobiles demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions mises en recouvrement ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article 32 de la loi du 10 août 2018 : " A titre expérimental et pour une durée de quatre ans à compter de la publication du décret prévu au dernier alinéa du présent article, dans les régions Hauts-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes, l'ensemble des contrôles opérés par les administrations mentionnées à l'article L. 100-3 du code des relations entre le public et l'administration à l'encontre d'une entreprise de moins de deux cent cinquante salariés et dont le chiffre d'affaires annuel n'excède pas 50 millions d'euros ne peut dépasser, pour un même établissement, une durée cumulée de neuf mois sur une période de trois ans. / () / Dans le cadre de cette expérimentation, une administration mentionnée au même article L. 100-3, lorsqu'elle a effectué un contrôle à l'encontre d'une entreprise, transmet à l'entreprise concernée les conclusions de ce contrôle et une attestation mentionnant le champ et la durée de celui-ci ". Aux termes de l'article 2 du décret du 21 novembre 2018 : " Les informations et attestations mentionnées aux quatrième et cinquième alinéas de l'article 32 de la loi du 10 août 2018 précitée sont communiquées par tout moyen à l'entreprise ". Selon l'article L. 100-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Au sens du présent code et sauf disposition contraire de celui-ci, on entend par : / 1° Administration : les administrations de l'Etat () ".
3. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification adressée à la SARL Plaisier Automobiles indique en page 2 que les attestations relatives d'une part à la fin de contrôle et d'autre part au champ et à la durée de ce contrôle ont été remises en mains propres. La société requérante allègue, sans l'établir, qu'elle n'a pas eu ces attestations. Par ailleurs, s'agissant des conclusions du contrôle, la proposition de rectification, dont il est constant qu'elle a été réceptionnée par la SARL Plaisier Automobiles, permet de porter à la connaissance du contribuable les conclusions du contrôle réalisé par l'administration fiscale. Par suite, et en tout état de cause, dès lors qu'il n'est même pas allégué que le contrôle, qui a duré un peu plus de trois mois avant la proposition de rectification, aurait eu une durée excessive, le moyen tiré du vice affectant la procédure d'imposition en litige du fait de la méconnaissance de l'article 32 de la loi du 10 août 2018 doit être écarté.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne les rappels de taxe sur la valeur ajoutée :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 176 du livre des procédures fiscales : " Pour les taxes sur le chiffre d'affaires, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année suivant celle au cours de laquelle la taxe est devenue exigible conformément aux dispositions du 2 de l'article 269 du code général des impôts. / () Dans le cas où l'exercice ne correspond pas à une année civile, le délai part du début de la première période sur laquelle s'exerce le droit de reprise en matière d'impôt sur le revenu et d'impôt sur les sociétés et s'achève le 31 décembre de la troisième année suivant celle au cours de laquelle se termine cette période () ". Selon l'article L. 169 du même livre : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due ". Aux termes de l'article L. 189 du même livre : " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification () ".
5. Eu égard à l'objet de ces dispositions, relatives à la détermination du délai dont dispose l'administration pour exercer son droit de reprise, la date d'interruption de la prescription est celle à laquelle le pli contenant la proposition de rectification a été présenté à l'adresse du contribuable. Il en va de même lorsque le pli n'a pu lui être remis lors de sa présentation et que, avisé de sa mise en instance, il l'a retiré ultérieurement ou a négligé de le retirer.
6. D'autre part, aux termes de l'article 10 de l'ordonnance du 25 mars 2020 : " I. Sont suspendus à compter du 12 mars 2020 et jusqu'au 23 août 2020 inclus et ne courent qu'à compter de cette dernière date, s'agissant de ceux qui auraient commencé à courir pendant la période précitée, les délais : 1° Accordés à l'administration pour réparer les omissions totales ou partielles constatées dans l'assiette de l'impôt, les insuffisances, les inexactitudes ou les erreurs d'imposition et appliquer les intérêts de retard et les sanctions en application des articles L. 168 à L. 189 du livre des procédures fiscales ou de l'article 354 du code des douanes lorsque la prescription est acquise au 31 décembre 2020 ".
7. En l'espèce, la SARL Plaisier Automobiles clôture ses exercices au 30 septembre. Dès lors, en matière de taxe sur la valeur ajoutée, la période commencée le 1er octobre 2016 s'est achevée le 30 septembre 2017 et celle commencée le 1er octobre 2017 s'est achevée le
30 septembre 2018.
S'agissant de la période commencée le 1er octobre 2016 qui s'est achevée le
30 septembre 2017 :
8. Il résulte de la combinaison des dispositions citées aux points 6 et 8 que le délai de reprise dont disposait l'administration concernant la TVA, pour la période, correspondant à l'exercice comptable, commencée le 1er octobre 2016 et s'achevant au 30 septembre 2017, qui expirait initialement le 31 décembre 2020, a été suspendu à compter du 12 mars 2020 et jusqu'au 23 août 2020, pour une durée égale à la durée juridiquement protégée de 165 jours. Par suite, l'administration disposait d'un délai courant jusqu'au 14 juin 2021 pour interrompre le délai de reprise par la notification d'une proposition de rectification. Il résulte de l'instruction que le pli contenant la proposition de rectification du 8 juin 2021 adressée à la SARL Plaisier Automobiles au titre de la période d'octobre 2016 à septembre 2020 a été envoyé par courrier recommandé avec accusé de réception et présenté le 11 juin 2021 à l'adresse de son représentant légal, qui a été avisé le même jour de la mise en instance de ce pli au bureau de poste et qui l'a retiré le 15 juin suivant. Le délai de prescription du droit de reprise, prévu par l'article L. 176 précité, a dès lors été valablement été interrompu par la présentation régulière de ce pli le 11 juin 2021.
S'agissant de la période commencée le 1er octobre 2017 qui s'est achevée le
30 septembre 2018 :
9. Il résulte des dispositions citées au point 6 que l'administration fiscale disposait, pour exercer son droit de reprise, d'un délai courant jusqu'à l'expiration de la troisième année suivant celle de la clôture de cet exercice, soit jusqu'au 31 décembre 2021.
10. Il résulte de ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le droit de reprise dont bénéficiait l'administration, s'agissant des impositions supplémentaires établies au titre de " l'année 2017 et pour les années antérieures " est prescrit.
En ce qui concerne l'amende infligée sur le fondement de l'article 1788 A du code général des impôts :
11. Aux termes de l'article 1788 A du code général des impôts : " () 5. Les infractions prévues aux 1 à 3 peuvent être constatées par la direction générale des finances publiques ou la direction générale des douanes et droits indirects. / Les amendes prévues au présent article sont prononcées, dans le même délai de reprise qu'en matière de taxe sur la valeur ajoutée, par l'administration qui constate l'infraction ".
12. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a infligé à la société requérante l'amende prévue par les dispositions citées au point précédent notamment au titre des exercices clos les 30 septembre 2017 et 30 septembre 2018.
13. Au regard de ce qui a été indiqué aux points 8 et 9, l'administration se trouvait dans le délai de reprise lorsqu'elle a, dans sa proposition de rectification, envisagé de prononcer cette amende.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la société Plaisier Automobiles n'est pas fondée à demander la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période d'octobre 2016 à septembre 2020 ainsi que des pénalités correspondantes. Ses conclusions à fin de décharge doivent dès lors être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'elle a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Plaisier Automobiles est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Plaisier Automobiles et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.
Délibéré après l'audience du 14 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
Mme Jaur, première conseillère,
Mme Célino, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2024.
La rapporteure,
Signé
C. Célino
Le président,
Signé
J.-M Riou La greffière,
Signé
S. Ranwez
La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026