LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2203199

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2203199

lundi 9 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2203199
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème chambre
Avocat requérantCABINET SELURL CHIFFERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 29 avril 2022, 17 octobre 2022 et 31 janvier 2023, M. D G, Mme H B, épouse G, M. E G, représentés par Me Koné, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer à verser à M. D G la somme de 113 947,83 euros ou à titre subsidiaire la somme de 6 236,25 euros en réparation des préjudices qu'il a subis en raison de sa prise en charge dans cet établissement ;

2°) de condamner le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer à verser à Mme H G la somme de 3 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de la prise en charge de son époux, M. D G ;

3°) de condamner le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer à verser à M. E G la somme de 3 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de la prise en charge de son père, M. D G ;

4°) d'assortir les condamnations prononcées des intérêts de retard au taux légal à compter du 4 février 2022 et d'ordonner la capitalisation des intérêts ;

5°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le fait pour le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer d'avoir procédé le 15 mai 2019 à une opération chirurgicale sur M. D G non justifiée par son état de santé, de ne pas l'avoir informé de la nature de cette intervention et des conséquences possibles de celle-ci, ainsi que le délai trop long pour décider par la suite d'un pontage fémoro-poplité réalisé que le 17 juin 2019, constituent des fautes de nature à engager sa responsabilité ;

- si un protocole transactionnel a été conclu avec l'assureur du centre hospitalier afin d'indemniser les préjudices subis, deux préjudices n'ont pas été couverts :

- le préjudice d'agrément qui peut être fixé à 5 160 euros ;

- les frais d'adaptation du logement qui s'élèvent à 108 787,83 euros ; à tout le moins, l'installation d'un siège dans la douche et de rampes dans les escaliers représente un coût de 1 076,25 euros ;

- ces fautes ont entrainé pour Mme H G, un préjudice de 3 000 euros au titre de son préjudice d'affection ;

- ces fautes ont entrainé pour M. E G, un préjudice de 3 000 euros au titre de son préjudice d'affection.

Par un mémoire enregistré le 12 mai 2022, la société MMA Iard Assurances Mutuelles indique que sa créance s'élève à 3 860 euros, correspondant aux frais qu'elle a engagés pour son assuré, M. D G.

Par un acte enregistré le 8 novembre 2022, la société MMA Iard Assurances Mutuelles déclare se désister de ses conclusions.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 novembre 2022 et 20 février 2023, le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer, représenté par Me Chiffert, qui s'en rapporte à l'appréciation du tribunal quant à sa responsabilité, conclut dans le dernier état de ses écritures :

1°) à ce qu'il soit donné acte du désistement de la société MMA ;

2°) à la limitation de l'indemnité versée à M. D G à la somme de 237 euros ;

3°) à la limitation de l'indemnité versée à Mme H G à la somme de 2 000 euros ;

4°) à la limitation à la somme de 1 500 euros de la demande des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) au rejet du surplus des conclusions des requérants.

Il soutient que :

- la demande de M. D G d'indemniser son préjudice d'agrément est irrecevable, dès lors que le protocole transactionnel conclu avec lui comporte une clause de renonciation à toute démarche contentieuse relative à sa prise en charge du 14 au 16 mai 2019 par le centre hospitalier et aux complications qui en ont découlé, à l'exception de l'indemnisation des frais d'adaptation du domicile ; par ailleurs, ce préjudice n'est pas établi par le requérant ;

- M. D G ne peut demander, au titre des frais d'adaptation de son logement, que la prise en charge de rampes d'escalier et d'un siège de douche pour un montant maximal de 237 euros ;

- la prétention indemnitaire de Mme H G au titre de son préjudice d'affection doit être ramenée à 2 000 euros ;

- les conclusions indemnitaires de M. E G sont irrecevables, en l'absence de demande indemnitaire préalable effectuée par ce dernier.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois, qui exerce l'activité contre tiers pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte d'Opale, et qui n'a pas produit de mémoire.

Vu :

- l'ordonnance n° 2005196 du 23 octobre 2020, par laquelle le juge des référés a ordonné une expertise ;

- le rapport d'expertise établi par le docteur C et déposé au greffe du tribunal le 31 décembre 2020 ;

- l'ordonnance de taxation n° 2005196 du 12 janvier 2021 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Goujon,

- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lechêne, substituant Me Chiffert, représentant le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer.

Considérant ce qui suit :

1. M. D G, né le 7 novembre 1947, a subi en 1991 une amputation de la jambe gauche au niveau de la cuisse. Début 2019, il a constaté une claudication intermittente de sa jambe droite. Après plusieurs examens, il a été orienté par le docteur F, praticien du centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer, vers le docteur A, autre praticien de l'établissement, pour réaliser une angioplastie sur l'artère fémorale superficielle droite avec implantation de deux stents et une angioplastie simple de l'artère poplitée. Ces opérations ont été effectuées le 15 mai 2019. Quelques jours après, il s'est plaint d'une perte de sensibilité au niveau du pied droit et le 20 mai 2019, il lui a été diagnostiqué une thrombose de l'artère fémorale superficielle droite. Il a alors été hospitalisé du 20 au 24 mai 2019 au centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer pour un traitement médical associant anticoagulant et double anti-agrégation plaquettaire, puis du 16 juin au 3 juillet 2019 afin de réaliser, en raison de la persistance des troubles, un pontage fémoro-poplité droit. Après un examen de contrôle réalisé le 16 juillet 2019, M. G est de nouveau hospitalisé du 1er au 2 août 2019 au centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer pour subir une angioplastie avec pose d'un stent. Malgré ces interventions, M. G reste gêné par des troubles sensitifs, avec une sensation de perte de l'équilibre et l'obligation de s'aider d'une canne pour marcher.

2. Saisi par M. G, le juge des référés du tribunal administratif de Lille a, dans une ordonnance du 23 octobre 2020, désigné un expert qui a établi son rapport le 27 décembre 2020. Une demande indemnitaire préalable a été adressée par M. et Mme G au centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer le 4 février 2022. En l'absence de réponse, M. D G, son épouse, Mme H G et son fils, M. E G, ont saisi le tribunal pour demander la condamnation du centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer à réparer leurs préjudices.

Sur le désistement de la société MMA :

3. La société MMA, mutuelle de M. G, déclare se désister de l'ensemble de ses conclusions. Ce désistement étant pur et simple, rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur la responsabilité du centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer :

4. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. ". Aux termes de l'article L. 1110-5 du même : " Toute personne a, compte tenu de son état de santé et de l'urgence des interventions que celui-ci requiert, le droit de recevoir, sur l'ensemble du territoire, les traitements et les soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l'efficacité est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire et le meilleur apaisement possible de la souffrance au regard des connaissances médicales avérées. Les actes de prévention, d'investigation ou de traitements et de soins ne doivent pas, en l'état des connaissances médicales, lui faire courir de risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté. () ".

En ce qui concerne l'opération chirurgicale du 15 mai 2019 :

5. Il résulte de l'instruction qu'avant l'opération, M. D G souffrait d'une claudication intermittente de sa jambe droite lorsqu'il marchait sur une distance d'environ un kilomètre. Ces symptômes avaient pour origine le rétrécissement des artères de ses membres inférieurs ainsi que des lésions sur celles-ci. Il ressort des conclusions du rapport d'expertise médicale du 27 décembre 2020 que le choix d'un traitement invasif n'est préconisé qu'en cas de claudication intermittente importante, dit " stade II fort ", c'est-à-dire lorsque le périmètre de marche du sujet est inférieur à 200 - 300 mètres, car le risque d'échec de ce type d'opération est important et peut se solder par l'aggravation de la situation antérieure. Il est au contraire préconisé par la littérature médicale, lorsque le périmètre de marche du patient est supérieur à 300 - 400 mètres, dit " stade II faible ", de s'en tenir à un traitement médical non invasif. Par suite, le choix de procéder, le 15 mai 2019, à une intervention chirurgicale alors que le problème de marche de M. G relevait du " stade II faible " n'était pas justifié et est constitutif d'une faute de la part du centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer qui n'a pas agi conformément aux données de la science.

En ce qui concerne le défaut d'information :

6. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique, dans sa version applicable à la date des faits : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. / Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel () En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé dans les conditions prévues au présent article. Cette preuve peut être apportée par tout moyen ".

7. En application de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique, qui prévoit un droit d'information sur les " risques fréquents ou graves normalement prévisibles ", doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence. Il suit de là que la circonstance qu'un risque de décès ou d'invalidité répertorié dans la littérature médicale ne se réalise qu'exceptionnellement ne dispense pas les médecins de le porter à la connaissance du patient.

8. Il ressort de l'instruction que M. G n'a reçu aucune information de la part du médecin qui a effectué l'opération chirurgicale du 15 mai 2019, puisqu'il ne l'a pas rencontré en consultation. Il n'a pas davantage été reçu par un autre médecin qui lui aurait indiqué la nature de l'intervention et les conséquences possibles de celle-ci, et notamment les risques encourus, notamment l'aggravation des troubles. Il s'ensuit que le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer a manqué à son devoir d'information envers M. G.

9. Il résulte de tout ce qui précède que le CH de Boulogne-sur-Mer a commis des fautes en faisant le choix le 15 mai 2019 d'une intervention chirurgicale non justifiée en raison des risques qu'elle comporte et en ne respectant pas son obligation d'information de son patient de ceux-ci, de nature à engager sa responsabilité.

En ce qui concerne la prise en charge de M. D G du 20 mai 2019 au 11 juin 2019 :

10. Il ressort de l'instruction que des examens médicaux ont permis de constater le 20 mai 2019 que M. G présentait une thrombose de l'axe fémoral droit. Un pontage fémoro-poplité ne sera réalisé sur M. G que le 11 juin 2019. Si l'expert médical indique dans son rapport que la réalisation plus précoce de cette opération aurait pu permettre de réduire le dommage subi, d'une part, il ne s'agit que d'une hypothèse présentant un caractère incertain, et d'autre part, la décision du centre hospitalier d'attendre était motivée par l'état clinique non critique de M. G et l'efficacité apparente de son traitement médical antithrombotique qui n'a été contredite que par le résultat de l'angioscanner du 3 juin 2019. Il s'ensuit que le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer n'a pas commis de faute lors de la prise en charge de M. G du 20 mai au 11 juin 2019.

Sur l'évaluation des préjudices :

En ce qui concerne M. D G :

S'agissant de la fin de non-recevoir opposée en défense à M. D G :

11. En premier lieu, aux termes de l'article 2044 du code civil : " La transaction est un contrat par lequel les parties, par des concessions réciproques, terminent une contestation née, ou préviennent une contestation à naître. Ce contrat doit être rédigé par écrit. ". Aux termes de l'article 2052 du même code : " La transaction fait obstacle à l'introduction ou à la poursuite entre les parties d'une action en justice ayant le même objet. ". Aux termes de l'article 2048 de ce code : " Les transactions se renferment dans leur objet : la renonciation qui y est faite à tous droits, actions et prétentions, ne s'entend que de ce qui est relatif au différend qui y a donné lieu ". Aux termes de l'article 2049 de ce code : " Les transactions ne règlent que les différends qui s'y trouvent compris, soit que les parties aient manifesté leur intention par des expressions spéciales ou générales, soit que l'on reconnaisse cette intention par une suite nécessaire de ce qui est exprimé. ".

12. Il résulte de l'instruction que dans le cadre du litige qui l'oppose au centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer, M. D G a signé, en cours d'instance, un protocole transactionnel avec l'assureur de l'hôpital. Il ressort des stipulations de ce document, notamment de son article trois, qu' " en contrepartie des concessions consenties () M. G se déclare intégralement remplie de tous ses droits et actions, et renonce expressément et irrévocablement à l'ensemble de ses prétentions ainsi qu'à toute instance et/ou action à naître, aussi bien à l'encontre du Centre Hospitalier de Boulogne-sur-Mer, que [de son assureur], fondée sur la prise en charge [dont] il a bénéficié au sein du Centre Hospitalier de Boulogne-sur-Mer du 14 au 16 mai 2019 et les complication qui en ont découlé, à l'exception de l'indemnisation des frais d'adaptation du domicile ". Ce protocole doit ainsi être regardé comme réglant l'indemnisation de l'ensemble des préjudices subis par M. G du fait de sa prise en charge dans cet établissement, y compris ceux qui n'auraient pas été expressément visés dans ce document, à la seule exception des frais d'adaptation de son logement. Par suite, M. G n'est pas fondé à demander, dans le cadre de la présente instance, la réparation de son préjudice d'agrément.

S'agissant des frais d'adaptation au logement :

13. M. G sollicite la somme de 108 787, 83 euros pour construire une extension de son logement avec une nouvelle chambre et une nouvelle salle de bain, aménager sa cuisine et remplacer son portail par un nouveau portail motorisé. Il ressort toutefois du rapport d'expertise, non contesté par les parties, que d'une part son logement disposait déjà d'un certain nombre d'aménagement en raison de son amputation de la jambe gauche en 1991, et que, d'autre part, si la faute commise par le CH de Boulogne-sur-Mer lui a causé des séquelles neurologiques sensitives au niveau de son pied réduisant ainsi son périmètre de marche et générant une sensation d'instabilité nécessitant l'usage d'une canne, elle n'a toutefois pas entrainé de déficit moteur qui justifierait les travaux préconisés dans le bilan situationnel d'ergothérapie produit par le requérant. Ainsi, il ne sera retenu, comme aménagements rendus nécessaires par les suites de l'opération chirurgicale du 15 mai 2019, que la mise en place de rampes pour les marches à franchir et l'installation d'un siège pour la douche, qui figurent tous deux dans le rapport d'expertise contradictoire. Au coût du matériel doit être ajouté le coût de la main d'œuvre. Il sera fait une juste appréciation de ces dépenses en lui octroyant la somme de 750 euros.

En ce qui concerne Mme H G :

14. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par Mme G en raison des séquelles subies par son mari en lui octroyant une indemnité de 3 000 euros.

En ce qui concerne M. E G :

15. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ".

16. La demande indemnitaire préalable qui a été adressée le 4 février 2022 au centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer a pour objet la réparation des préjudices de M. D G et de son épouse, Mme H G. Il ne résulte pas de l'instruction, ainsi que le fait valoir l'établissement hospitalier en défense, que M. E G aurait adressé, antérieurement ou postérieurement à l'introduction de sa requête, une demande indemnitaire préalable de nature à lier le contentieux. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par M. E G sont irrecevables pour défaut de liaison du contentieux et la fin de non-recevoir opposée en défense doit être accueillie.

Sur les intérêts :

17. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité.

18. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'assortir les sommes de 750 euros et 3 000 euros versées respectivement à M. D G et à Mme H G, des intérêts au taux légal à compter du 4 février 2022, date de réception de leur recours préalable par l'établissement de santé.

Sur la capitalisation des intérêts :

19. Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.

20. La demande de capitalisation des intérêts a été présentée le 29 avril 2022. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 4 février 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année entière d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

21. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

22. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. et Mme G et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions de la société MMA.

Article 2 : Le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer est condamné à verser à M. D G la somme de 750 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 4 février 2022. Les intérêts échus à la date du 4 février 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 3 : Le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer est condamné à verser à Mme H G la somme de 3 000 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 4 février 2022. Les intérêts échus à la date du 4 février 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 4 : Le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer versera à M. D G et Mme H G la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. D G, à Mme H G, à M. E G, à la société MMA, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois et au centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer.

Copie en sera adressée au docteur C, expert.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cotte, président,

M. Fougères, premier conseiller,

M. Goujon, conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

J.-R. Goujon

Le président,

signé

O. CotteLa greffière,

signé

J. Vandewyngaerde

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Décisions similaires

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

← Retour aux décisions