mardi 29 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2203205 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CLEMENT D'ARMONT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 avril et 19 septembre 2022, M. C B, représenté par Me Clément, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2022 par lequel le préfet l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre à ce préfet de lui restituer sa carte nationale d'identité dans un délai de huit jours ;
4°) d'enjoindre au même préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
5°) en cas d'admission à l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle ;
6°) en cas de refus d'admission à l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- elles ont été signées par des autorités incompétentes ;
- elle sont insuffisamment motivées ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation ;
- elle méconnait les dispositions du 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; à supposer qu'il séjourne en France depuis plus de trois mois, ce qu'il conteste, le préfet n'établit pas qu'il serait une charge déraisonnable et excessive pour le système d'assistance sociale français et d'assurance maladie ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 235-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet n'indique pas la date précise à laquelle il est entré en France et n'établit pas qu'il est présent en France depuis plus de trois mois ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation ;
- la décision attaquée est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 511-3-1 du code de l'entrée et du séjour de étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- la décision attaquée est illégale au motif de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :
- la décision attaquée est illégale en conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Le préfet du Nord a produit des pièces, enregistrées les 9 mai 2022.
La clôture d'instruction a été fixée au 15 octobre 2022 à 23h 59 par une ordonnance du 21 septembre 2022.
M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Après avoir entendu le rapport de Mme A au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant roumain né le 10 mars 1981 à Campia Turzi (Roumanie), a été interpelé par les forces de l'ordre le 26 avril 2022 alors qu'il se trouvait sur le territoire de la commune de Villeneuve d'Ascq. Par un arrêté du 26 avril 2022, le préfet l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de circulation sur le territoire français pendant trois ans. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 23 mai 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à être admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire est devenue sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
3. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Mme D, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, signataire de l'arrêté attaqué, disposait d'une délégation à l'effet de signer les décisions telles que celles en litige, par arrêté du préfet du Nord en date du 30 septembre 2021, publié le même jour au recueil spécial n° 225 des actes administratifs de l'Etat dans le département. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire, qui manque en fait, doit dès lors être écarté.
4. En second lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait par ailleurs pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle et familiale de M. B, mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement en citant notamment les dispositions des articles L.251-1, L. 251-3 et L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en faisant état de ses conditions d'entrée en France, des précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre, de sa situation familiale et professionnelle, de ses attaches dans son pays d'origine ainsi que des signalements dont il a fait l'objet auprès des autorités de police. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cet arrêté doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, eu égard notamment à ce que vient d'être dit au point précédent, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord aurait entaché la décision attaquée d'un défaut d'examen particulier de la situation de M. B. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
6.En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes :/1° Ils exercent une activité professionnelle en France ;/2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ;/ () ". Aux termes de l'article L. 232-1 de ce code: " Tant qu'ils ne deviennent pas une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale mentionné par la directive 2004/38 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relatif au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres, les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille, tels que définis aux articles L. 200-4 et L. 200-5 et accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne, ont le droit de séjourner en France pour une durée maximale de trois mois, sans autre condition ou formalité que celles prévues pour l'entrée sur le territoire français./ () ". Enfin, aux termes de l'article L. 251-1 du même code : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes :/1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ;/ 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".
7. Il incombe à l'administration, en cas de contestation sur la durée du séjour d'un citoyen de l'Union européenne dont elle a décidé l'éloignement, de faire valoir les éléments sur lesquels elle se fonde pour considérer qu'il ne remplit plus les conditions pour séjourner en France. Il appartient ensuite à l'étranger qui demande l'annulation de cette décision d'apporter tout élément de nature à en contester le bien-fondé, selon les modalités habituelles de l'administration de la preuve. L'administration peut notamment s'appuyer sur les déclarations préalablement faites par l'intéressé.
8.Si le requérant soutient qu'il justifie d'un droit au séjour et conteste notamment être présent sur le territoire français depuis plus de trois mois, il n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause ses propres déclarations, tenues lors de son audition par les services de police le 26 avril 2022 auxquels il a indiqué n'avoir fait aucun aller-retour en Roumanie au cours de l'année 2022. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il exercerait une activité professionnelle ou qu'il bénéficierait de ressources suffisantes pour lui et les membres de sa famille. Ainsi, à supposer même que la décision portant obligation de quitter le territoire français ait été prise non seulement sur le fondement du 2° de l'article L. 251-1 précité mais également du 1° de ce même article, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté.
9.En troisième lieu, en vertu de l'article L. 235-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre qui ne peuvent justifier d'un droit au séjour en application du présent titre peuvent faire l'objet, selon le cas, d'une décision de refus de séjour, d'un refus de délivrance ou de renouvellement d'une carte de séjour ou d'un retrait de celle-ci ainsi que d'une décision d'éloignement, conformément au titre IV. / () ". Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 235-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
10.En quatrième lieu, il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet de six signalements au sein du fichier automatisé des empreintes digitales pour des faits de cambriolage commis les 17 et 26 avril 2017, de coups et blessures volontaires le 21 mai 2017, de vol par effraction le 4 septembre 2017, pour avoir pénétré sur le territoire français alors qu'il faisait l'objet d'une interdiction de circuler sur ce même territoire et pour usage de produits stupéfiants le 23 septembre 2019 ainsi que pour des faits de vol aggravé par deux circonstances sans violence le 7 mars 2021. La circonstance qu'il n'ait pas fait l'objet d'une condamnation pénale ne faisait pas obstacle à ce que le préfet tienne compte de ces signalements lors de l'édiction de sa décision, alors au demeurant que l'intéressé n'apporte aucune explication dans le cadre de la présente instance sur les faits qui lui sont reprochés. Dans ces conditions, compte tenu du caractère réitéré des faits, dont certains sont très récents, ainsi que de leur gravité, le requérant n'est pas fondé soutenir que le préfet du Nord a commis une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions du 2°) de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11.En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
12.Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé déclare être en concubinage avec une compatriote, ce qu'il n'établit au demeurant pas. En tout état de cause, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Roumanie, où il a vécu la majorité de sa vie et où résident, selon ses propres déclarations lors de son audition par les services de police, plusieurs membres de sa famille, notamment ses deux filles. Par ailleurs, s'il soutient dorénavant, contrairement à ses premières déclarations, qu'il serait isolé en Roumanie et que sa famille réside à ses côtés en France ou en Angleterre, il n'apporte aucun élément de nature à l'établir. Enfin, M. B n'établit pas être intégré socialement ou professionnellement en France. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
13.Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français qu'il conteste.
En ce qui concerne la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
14.En premier lieu, eu égard notamment à ce qui a été dit au point 4, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord aurait entaché la décision attaquée d'un défaut d'examen particulier de la situation de M. B. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
15.En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.
16.En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur depuis le 1er mai 2021, anciennement article L. 511-3-1 du même code : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision./L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".
17.Pour refuser à M. B l'octroi d'un délai de départ volontaire, le préfet du Nord a relevé dans sa décision que le comportement de l'intéressé représentait une menace pour l'ordre public et que, dès lors, la condition d'urgence prévue à l'article L. 251-3 précité était satisfaite. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été exposé en point 10 du présent jugement, que l'intéressé a fait l'objet de plusieurs signalements pour des faits graves et réitérés, dont la réalité n'est pas sérieusement contestée, qui sont de nature à justifier l'urgence à éloigner sans délai M. B du territoire français, même s'ils n'ont pas donné lieu à des poursuites et condamnations pénales. Par suite, le préfet du Nord a pu, à bon droit, considérer que la condition d'urgence était remplie et refuser à l'intéressé un délai de départ volontaire. Les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont ainsi pas été méconnues.
18.En quatrième et dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 10 et 12 que le moyen tiré de l'erreur manifeste que le préfet du Nord aurait commise dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle doit être écarté.
19.Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord n'a assorti la mesure d'éloignement dont il fait l'objet d'aucun délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
20.En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
21.En deuxième lieu, l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Par ailleurs, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
22.M. B soutient que la communauté Rom, à laquelle il déclare appartenir, fait l'objet de persécutions de toute nature en raison de l'origine ethnique de ses membres et se prévaut notamment de rapports de l'organisme non gouvernemental Amnesty International. Toutefois, le requérant n'établit ni même n'allègue qu'il serait personnellement, directement et actuellement menacé de subir des peines ou traitements dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par ailleurs, contrairement à ce qu'il soutient, il a été mis à même lors de son audition par les forces de l'ordre de présenter ses observations sur d'éventuelles craintes mais n'en a évoquées aucune. Enfin, il ressort des pièces du dossier qu'il a déclaré avoir fait plusieurs allers-retours entre la France et la Roumanie entre 2016 et 2021 et envisageait d'y retourner à l'été 2022. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées, ainsi que d'une erreur d'appréciation commise dans leur application doivent, par suite, être écartés.
23.Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français :
24.En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, doit, en tout état de cause, être écarté.
25.En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".
26.Il résulte de ce qui a été dit au point 10 du présent jugement que la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige pouvait être légalement prise sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 251-1 de ce code. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit dès lors être écarté.
27.En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 12, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
28.En quatrième et dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant n'est assortie d'aucune précision permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Au demeurant, l'intéressé a déclaré que ses enfants résidaient actuellement en Roumanie et non en France à ses côtés lors de son audition par les services de police. Par suite, ce moyen ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.
29.Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français pendant trois ans doivent être rejetée.
30.Il résulte de l'ensemble de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
31.En premier lieu, si M. B demande à ce qu'il soit enjoint au préfet de lui restituer sa carte nationale d'identité, il ressort des pièces du dossier que celle-ci lui a été restituée le 2 mai 2022. De telles conclusions sont, par suite, devenues sans objet.
32.En second lieu, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
33.Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et sur celles tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de lui restituer sa carte nationale d'identité.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Nord.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Fabre, président,
M. Groutsch, premier conseiller,
Mme Piou, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.
La rapporteure,
Signé
C. A
Le président,
Signé
X. FABRE
La greffière,
Signé
M. NICODEME
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026