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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2203206

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2203206

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2203206
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCLEMENT D'ARMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 avril 2022 et 23 juin 2022, Mme A E, représentée par Me Clément, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2022 par lequel le préfet l'a obligée à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre à ce préfet de lui restituer sa carte nationale d'identité dans un délai de huit jours ;

4°) d'enjoindre au même préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) en cas d'admission à l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, contre renonciation de la part dudit conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle ;

6°) en cas de refus d'admission à l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendue préalablement à son édiction ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 235-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions du 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle excipe, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision contestée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 511-3-1 du code de l'entrée et du séjour de étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle excipe, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision contestée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

- elle excipe, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le préfet du Nord a produit des pièces, enregistrées les 3 et 5 mai 2022.

La clôture d'instruction a été fixée au 18 juillet 2022 à 12 h 00 par une ordonnance du 27 juin 2022.

Mme E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu le rapport de Mme B au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A E, ressortissante roumaine née le 27 octobre 1992 à Baia Mare (Roumanie), a été interpelée par les forces de l'ordre le 26 avril 2022 alors qu'elle se trouvait sur le territoire de la commune de Villeneuve d'Ascq. Par un arrêté du 26 avril 2022, le préfet l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdite de circulation sur le territoire français pendant trois ans. Par la présente requête, Mme E demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 23 mai 2022, postérieure à l'introduction de la requête, Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à être admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire est devenue sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Mme D C, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, signataire de la décision attaquée, disposait d'une délégation à l'effet de signer les décisions telles que celle en litige par arrêté du préfet du Nord en date du 30 septembre 2021, publié le même jour au recueil spécial n° 225 des actes administratifs de l'Etat dans le département. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire, qui manque en fait, doit dès lors être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui n'avait par ailleurs pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle et familiale de Mme E, mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement en citant notamment les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en faisant état de ses conditions d'entrée France, de la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre, de sa situation familiale et professionnelle, de ses attaches dans son pays d'origine ainsi que des signalements dont elle a fait l'objet auprès des services de police. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit, dès lors, être écarté.

5. En troisième lieu, eu égard notamment à ce qui vient d'être dit, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord aurait entaché la décision attaquée d'un défaut d'examen particulier de la situation de Mme E. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

6. En quatrième lieu, si la requérante soutient que le préfet du Nord a méconnu son droit d'être entendue préalablement à l'édiction de la décision contestée, il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme E a été auditionnée le 26 avril 2022 à 11 h 00 par les services de police, audition au cours de laquelle elle a notamment été informée de ce que le préfet était susceptible de prendre à son encontre une mesure d'éloignement et a été invitée à formuler des observations sur ce point. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

7.En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes :/1° Ils exercent une activité professionnelle en France ;/2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ;/ () ". L'article L. 232-1 de ce code dispose que : " Tant qu'ils ne deviennent pas une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale mentionné par la directive 2004/38 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relatif au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres, les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille, tels que définis aux articles L. 200-4 et L. 200-5 et accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne, ont le droit de séjourner en France pour une durée maximale de trois mois, sans autre condition ou formalité que celles prévues pour l'entrée sur le territoire français./ () ". Enfin, aux termes de l'article L. 251-1 du même code : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes :/1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ;/ 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ;/ ()/(). L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".

8.Il incombe à l'administration, en cas de contestation sur la durée du séjour d'un citoyen de l'Union européenne dont elle a décidé l'éloignement, de faire valoir les éléments sur lesquels elle se fonde pour considérer qu'il ne remplit plus les conditions pour séjourner en France. Il appartient ensuite à l'étranger qui demande l'annulation de cette décision d'apporter tout élément de nature à en contester le bien-fondé, selon les modalités habituelles de l'administration de la preuve. L'administration peut notamment s'appuyer sur les déclarations préalablement faites par l'intéressé.

9.Si la requérante soutient qu'elle justifie d'un droit au séjour au sens des dispositions du 1° de l'article L. 251-1 précité et conteste notamment être présente sur le territoire français depuis plus de trois mois, elle n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause ses propres déclarations, tenues lors de son audition par les services de police le 26 avril 2022, auxquels elle a indiqué n'avoir fait aucun aller-retour en Roumanie au cours de l'année 2022. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'elle exercerait une activité professionnelle ou qu'elle bénéficierait de ressources suffisantes pour elle-même. Ainsi, à supposer même que la décision portant obligation de quitter le territoire français ait été prise non seulement sur le fondement du 2° de l'article L. 251-1 précité mais également du 1° de ce même article, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté.

10.En sixième lieu, en vertu de l'article L. 235-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre qui ne peuvent justifier d'un droit au séjour en application du présent titre peuvent faire l'objet, selon le cas, d'une décision de refus de séjour, d'un refus de délivrance ou de renouvellement d'une carte de séjour ou d'un retrait de celle-ci ainsi que d'une décision d'éloignement, conformément au titre IV. / () ". Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 9, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 235-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

11.En septième lieu, il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressée sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

12.Il ressort des pièces du dossier que Mme E a fait l'objet de cinq signalements au sein du fichier automatisé des empreintes digitales sous trois alias différents pour des faits de vol commis le 13 juillet 2016, de vol en réunion les 17 novembre 2016 et 17 février 2017, de vol aggravé par deux circonstances le 17 mai 2017 ainsi que pour avoir pénétré sur le territoire français alors qu'elle faisait l'objet d'une interdiction de circuler sur ce même territoire le 6 novembre 2019. La circonstance qu'elle n'ait pas fait l'objet d'une condamnation pénale ne faisait pas obstacle à ce que le préfet tienne compte de ces signalements lors de l'édiction de sa décision. Par ailleurs, elle déclare être célibataire et sans charge de famille, résider depuis 2019 en France mais indique avoir fait plusieurs allers-retours en Roumanie au cours de l'année 2021, n'invoque aucun problème de santé ni aucune intégration sociale ou professionnelle et n'est pas dépourvue de lien dans son pays d'origine où réside sa famille. Dans ces conditions, compte tenu du caractère réitéré des faits, dont certains sont très récents, ainsi que de leur gravité, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Nord a commis une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions du 2°) de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13.En huitième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

14.Il ressort des pièces du dossier que l'intéressée, célibataire et sans enfant, a déclaré, lors de son audition par les forces de police, être arrivée sur le sol français en 2019, sans plus de précision, et avoir fait plusieurs allers-retours entre la France et la Roumanie en 2021. Elle ne fait, en outre, état d'aucune attache en France et a précisé que l'ensemble de sa famille se trouvait en Roumanie où elle a vécu la majeure partie de son existence. Enfin, Mme E, qui a indiqué vivre de la mendicité lors de son audition, ne justifie d'aucune insertion sociale et professionnelle en France. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

15.Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français qu'elle conteste.

En ce qui concerne la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

16.En premier lieu, par le même arrêté du 30 septembre 2021 cité au point 3, Mme D C, signataire de la décision attaquée, bénéficiait d'une délégation à l'effet de signer les décisions telles que celle en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire, qui manque en fait, doit dès lors être écarté.

17.En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement en citant notamment les dispositions de l'article L.251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en faisant état de ce qu'elle représente une menace à l'ordre public de nature à caractériser une situation d'urgence. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit, dès lors, être écarté.

18.En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord aurait entaché la décision attaquée d'un défaut d'examen particulier de la situation de Mme E. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

19.En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

20.En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur depuis le 1er mai 2021, anciennement article L. 511-3-1 du même code : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision./L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".

21.Pour refuser à Mme E l'octroi du délai de départ volontaire, le préfet du Nord a relevé dans sa décision que le comportement de l'intéressée représentait une menace pour l'ordre public et que, dès lors, la condition d'urgence prévue à l'article L. 251-3 précité était satisfaite. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit précédemment, que l'intéressée a fait l'objet de plusieurs signalements sous différents alias pour des faits qui sont de nature à justifier l'urgence à éloigner sans délai Mme E du territoire français, quand bien même ces faits, non sérieusement contestés par la requérante, n'auraient pas donné lieu à des poursuites et condamnations pénales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

22. En sixième et dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 12 et 14 que le moyen tiré de l'erreur manifeste que le préfet aurait commise dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle doit être écarté.

23.Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord n'a assorti la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet d'aucun délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

24.En premier lieu, par le même arrêté du 30 septembre 2021 cité au point 3, Mme D C, signataire de la décision attaquée, disposait d'une délégation à l'effet de signer les décisions telles que celle en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire, qui manque en fait, doit dès lors être écarté.

25.En deuxième lieu, la décision attaquée fait état de la nationalité roumaine de la requérante, indique qu'elle sera éloignée à destination, notamment, du pays dont elle a la nationalité et mentionne que l'intéressée n'allègue pas que sa vie ou sa liberté sont menacées dans son pays d'origine ou qu'elle y serait exposée à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, la décision fixant le pays de destination, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée.

26.En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

27.En quatrième lieu, l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Par ailleurs, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

28.Mme E soutient que la communauté Rom, à laquelle elle déclare appartenir, fait l'objet de persécutions de toute nature en raison de l'origine ethnique de ses membres et se prévaut notamment de rapports de l'organisme non gouvernemental Amnesty International. Toutefois, la requérante n'établit ni même n'allègue qu'elle serait personnellement, directement et actuellement menacée de subir des peines ou traitements dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'elle a déclaré avoir fait plusieurs allers-retours en Roumanie au cours de l'année 2021. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées doivent être écartés.

29.Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français :

30.En premier lieu, la décision attaquée mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement en citant notamment les dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en rappelant le fondement sur lequel est fondé l'obligation de quitter le territoire français prise le même jour et en faisant état de ses liens ainsi que de son intégration en France mais également de la circonstance qu'elle représente une menace à l'ordre public, pour les motifs exposés plus avant dans la décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

31.En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, doit, en tout état de cause, être écarté.

32.En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".

33.Il résulte de ce qui a été dit au point 12 du présent jugement que la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige pouvait être légalement prise sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 251-1 de ce code. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit dès lors être écarté.

34.Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions qu'elle conteste.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

35.En premier lieu, si Mme E demande à ce qu'il soit enjoint au préfet de lui restituer sa carte nationale d'identité, il ressort des pièces du dossier que celle-ci lui a été restituée le 2 mai 2022. De telles conclusions sont, par suite, devenues sans objet.

36.En second lieu, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

37.Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission de Mme E au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et sur celles tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de lui restituer sa carte nationale d'identité.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme E est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E et au préfet du Nord

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

M. Paul Groutsch, premier conseiller,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

C. B

Le président,

Signé

X. FABRE

La greffière,

Signé

M. NICODEME

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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