vendredi 19 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2203478 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | COULON AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 mai 2022 et 10 octobre 2022, la société en nom collectif (SNC) Grande Pharmacie de Saint-Amand, représentée par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Sapone-Blaesi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 mars 2022 par lequel le directeur général de l'Agence régionale de santé Hauts-de-France a autorisé le transfert d'officine de la SELARL Pharmacie A et B du 14 rue Thiers à Saint-Amand-les-Eaux vers les parcelles cadastrées AL 430, 431 et 433 chemin de l'Empire à Saint-Amand-les-Eaux (59230) ;
2°) d'enjoindre à l'Agence régionale de santé Hauts-de-France de procéder à la fermeture de la pharmacie à l'emplacement du transfert dès lors que celui-ci sera rendu effectif ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 8 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable dès lors qu'elle a été déposée dans le délai de deux mois à compter de la date de publication de l'arrêté attaqué au recueil des actes administratifs de la Région Hauts-de-France ;
- elle a un intérêt à agir en raison du nouveau lieu d'implantation de la SELARL Pharmacie A et B ;
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- le dossier de demande d'autorisation de transfert d'officine était incomplet et les insuffisances ont été de nature à fausser l'appréciation que l'autorité administrative devait porter sur la conformité du projet à la réglementation applicable ; d'une part, la promesse de bail fournie est affectée d'une condition suspensive de sorte que le titre de jouissance ne satisfait pas aux exigences de l'arrêté du 30 juillet 2018 ; d'autre part, le permis de construire fourni était caduc lors de la présentation du dossier de demande de transfert et l'incomplétude du dossier demeure dès lors que la SELARL Pharmacie A et B n'a pas informé l'ARS de la prorogation du permis ; enfin, les plans de l'architecte fournis ne sont pas visés par le tampon officiel de la Mairie, le guichet de garde ne figurait pas sur les plans déposés à l'appui de la demande de permis de construire et la SELARL Pharmacie A et B n'a pas produit l'autorisation d'urbanisme nécessaire pour le positionnement d'un guichet de garde ;
- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article R. 5125-2 du code de la santé publique et est ainsi entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il appartient à l'ARS de démontrer que l'Union des Syndicats de Pharmaciens d'Officine a été rendu destinataire du dossier de transfert de la SELARL Pharmacie A et B ;
- la décision attaquée méconnait les dispositions des articles L. 5125-3 et suivants du code de la santé publique dès lors que le transfert n'est pas de nature à répondre de manière optimale aux besoins en médicaments de la population résidente du quartier d'accueil ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 5125-3-1 du code de la santé publique pour la détermination du quartier d'accueil ; d'une part, la zone retenue, trop vaste et composée de différentes zones totalement disparates, ne présente pas d'unité géographique et la limite sud du quartier est une limite dite "naturelle" au regard des terres agricoles et naturelles non construites ; d'autre part, le choix d'une délimitation aussi vaste permet de contourner l'application du régime dérogatoire prévu par l'article L. 5125-3-3 du code de la santé publique ; enfin, la route départementale 169 (également appelée Rocade Nord), difficilement franchissable, constitue une infrastructure de transport délimitant le quartier au sens des dispositions précitées et est accidentogène ;
- la décision attaquée méconnait les dispositions du premier alinéa de l'article L. 5125-3-2 du code de la santé publique dès lors que les aménagements piétonniers sont insuffisants, que l'accès en bus est très malaisé et que les places de stationnement n'apportent aucune plus-value à la desserte ;
- l'ARS a commis une erreur dans l'appréciation de la détermination de la population résidente, laquelle n'est pas suffisante pour justifier le transfert d'officine et dont les besoins en termes de desserte n'ont pas été pris en compte ; la population de passage ne peut être prise en compte et la présence d'une seconde officine se justifie lorsque le chiffre de population recensée atteint 7 000 habitants.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2023, l'agence régionale de santé Hauts-de-France conclut au rejet de la requête et à ce que la société requérante lui verse la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la société en nom collectif Grande Pharmacie de Saint-Amand ne sont pas fondés.
Par un mémoire, enregistré le 11 juillet 2022, la SELARL Pharmacie A et B, représentée par Me Dumortier, conclut au rejet de la requête et à ce que la société requérante lui verse la somme de 10 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la société en nom collectif Grande Pharmacie de Saint-Amand ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 5 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 29 mai 2023.
Les parties ont été informées de ce que, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, la décision était susceptible d'être fondée sur un moyen d'ordre public tiré de ce que la SELARL Pharmacie A et B n'ayant pas la qualité de partie mais ayant été appelée à l'instance en tant qu'observateur, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dont l'application est réservée aux parties, sont irrecevables.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de l'urbanisme ;
- l'arrêté du 30 juillet 2018 fixant la liste des pièces justificatives accompagnant toute demande de création, de transfert ou de regroupement d'officines de pharmacie ;
- le décret n° 2018-671 du 30 juillet 2018 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Célino,
- les conclusions de Mme Dang, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lacheny, avocat substituant Me Dumortier, représentant la SELARL Pharmacie A et B.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A et M. F B, co-gérants de la SELARL Pharmacie A et B, exploitent une pharmacie au 14 rue Thiers sur la commune de Saint-Amand-les-Eaux. Le 19 novembre 2021, ils ont demandé au directeur général de l'agence régionale de santé (ARS) Hauts-de-France l'autorisation de transférer cette officine dans un local situé dans la même commune, sur les parcelles cadastrées AL 430, 431 et 433 chemin de l'Empire. Par un arrêté en date du 11 mars 2022, le directeur général de l'ARS Hauts-de-France a autorisé ce transfert. La SNC Grande Pharmacie de Saint-Amand demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le cadre juridique applicable au litige :
2. Aux termes de l'article L. 5125-3 du code de la santé publique : " Lorsqu'ils permettent une desserte en médicaments optimale au regard des besoins de la population résidente et du lieu d'implantation choisi par le pharmacien demandeur au sein d'un quartier défini à l'article L. 5125-3-1, d'une commune ou des communes mentionnées à l'article L. 5125-6-1, sont autorisés par le directeur général de l'agence régionale de santé, respectivement dans les conditions suivantes : / 1° Les transferts et regroupements d'officines, sous réserve de ne pas compromettre l'approvisionnement nécessaire en médicaments de la population résidente du quartier, de la commune ou des communes d'origine. L'approvisionnement en médicaments est compromis lorsqu'il n'existe pas d'officine au sein du quartier, de la commune ou de la commune limitrophe accessible au public par voie piétonnière ou par un mode de transport motorisé répondant aux conditions prévues par décret, et disposant d'emplacements de stationnement ; () ".
3. Aux termes de l'article 1er du décret n° 2018-671 du 30 juillet 2018 pris en application de l'article L. 5125-3, 1° du code de la santé publique définissant les conditions de transport pour l'accès à une officine en vue de caractériser un approvisionnement en médicament compromis pour la population : " Le " mode de transport motorisé ", mentionné à l'article L. 5125-3,1° du code de la santé publique s'entend comme toute offre de transport collectif qui répond aux conditions du second alinéa. L'offre de transport disponible permet d'assurer au moins un trajet aller-retour par jour ouvrable entre le quartier ou la commune d'origine et le lieu d'implantation envisagé par l'officine dont le transfert ou le regroupement est demandé, ou celui d'une officine existante située au maximum dans les limites des communes limitrophes. Elle assure un arrêt à proximité de l'une ou l'autre de ces officines. ".
4. Aux termes de l'article L. 5125-3-1 du même code : " Le directeur général de l'agence régionale de santé définit le quartier d'une commune en fonction de son unité géographique et de la présence d'une population résidente. L'unité géographique est déterminée par des limites naturelles ou communales ou par des infrastructures de transport. / Le directeur général de l'agence régionale de santé mentionne dans l'arrêté prévu au cinquième alinéa de l'article L. 5125-18 le nom des voies, des limites naturelles ou des infrastructures de transports qui circonscrivent le quartier. ".
5. L'article L.5125-3-2 du même code précise : " Le caractère optimal de la desserte en médicaments au regard des besoins prévu à l'article L. 5125-3 est satisfait dès lors que les conditions cumulatives suivantes sont respectées : / 1° L'accès à la nouvelle officine est aisé ou facilité par sa visibilité, par des aménagements piétonniers, des stationnements et, le cas échéant, des dessertes par les transports en commun ; / 2° Les locaux de la nouvelle officine remplissent les conditions d'accessibilité mentionnées à l'article L. 111-7-3 du code de la construction et de l'habitation, ainsi que les conditions minimales d'installation prévues par décret. Ils permettent la réalisation des missions prévues à l'article L. 5125-1-1 A du présent code et ils garantissent un accès permanent du public en vue d'assurer un service de garde et d'urgence ; / 3° La nouvelle officine approvisionne la même population résidente ou une population résidente jusqu'ici non desservie ou une population résidente dont l'évolution démographique est avérée ou prévisible au regard des permis de construire délivrés pour des logements individuels ou collectifs. ".
6. Aux termes de l'article L. 5125-3-3 du code de la santé publique : " Par dérogation aux dispositions de l'article L. 5125-3-2, le caractère optimal de la réponse aux besoins de la population résidente est apprécié au regard des seules conditions prévues aux 1° et 2° du même article dans les cas suivants : / 1° Le transfert d'une officine au sein d'un même quartier, ou au sein d'une même commune lorsqu'elle est la seule officine présente au sein de cette commune ; () ".
7. Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier les effets du transfert envisagé sur l'approvisionnement en médicaments du quartier d'origine et du quartier de destination de l'officine qui doit être transférée ainsi que, le cas échéant, des autres quartiers pour lesquels ce transfert est susceptible de modifier significativement l'approvisionnement en médicaments. La population résidente, au sens des mêmes dispositions, doit s'entendre, outre éventuellement de la population saisonnière, de la seule population domiciliée dans ces quartiers ou y ayant une résidence stable. L'administration peut toutefois tenir compte, pour apprécier cette population, des éventuels projets immobiliers en cours ou certains à la date de sa décision. Enfin, le caractère optimal de la réponse apportée par le projet de transfert ne saurait résulter du seul fait que ce projet apporte une amélioration relative de la desserte par rapport à la situation d'origine.
En ce qui concerne les moyens de légalité externe :
8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 5125-4 du code de la santé publique : " Toute création d'une nouvelle officine, tout transfert d'une officine d'un lieu dans un autre et tout regroupement d'officines sont subordonnés à l'octroi d'une licence délivrée par le directeur général de l'agence régionale de santé () ".
9. Par une décision du 28 février 2022, publiée le 1er mars suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture de la région Hauts-de-France n° R32-2022-086, le directeur général de l'ARS Hauts-de-France a donné délégation à M. D, sous-directeur de la performance, de l'efficience, de la qualité de l'offre de soins et des produits de santé / biologie, signataire de la décision attaquée, à l'effet de signer, notamment, en cas d'absence ou d'empêchement de M. E et de Mme G, la décision en litige. La SNC Grande Pharmacie de Saint-Amand n'apporte aucun élément de nature à établir que M. E et Mme G n'étaient ni absents ni empêchés à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, qui manque en fait, doit être écarté.
10. En dernier lieu, aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 5125-18 du code de la santé publique : " Lorsqu'il est saisi d'une demande de création, de transfert ou de regroupement, le directeur général de l'agence régionale de santé consulte les organisations professionnelles mentionnées à l'article L. 5125-6-1 () ". Aux termes de l'article R. 5125-2 du code de la santé publique : " Le directeur général de l'agence régionale de santé du lieu où l'exploitation est envisagée transmet pour avis le dossier complet de la demande prévue au I de l'article R. 5125-1 au conseil compétent de l'ordre national des pharmaciens, ainsi qu'au représentant régional désigné par chaque syndicat représentatif de la profession au sens de l'article L. 162-33 du code de la sécurité sociale. () ". () / A défaut de réponse dans un délai de deux mois à compter de la date de réception de la demande d'avis, l'avis est réputé rendu. ".
11. La SNC Grande Pharmacie de Saint-Amand soutient qu'il appartient à l'ARS de démontrer que l'Union des Syndicats de Pharmaciens d'Officine a été rendue destinataire du dossier de transfert de la SELARL Pharmacie A et B.
12. Il ressort des pièces du dossier que, s'agissant de la saisine de l'Union des syndicats de pharmaciens d'Officine, la demande de transfert en litige lui a été adressée par courriel par le directeur général de l'ARS Hauts-de-France le 22 novembre 2021, réception confirmée par le co-président de cette instance. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure de consultation ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne les moyens de légalité interne :
13. En premier lieu, aux termes des dispositions du I de l'article R. 5125-1 du code de la santé publique : " () La demande est accompagnée d'un dossier comportant : () 3° Les éléments de nature à justifier les droits du demandeur sur le local proposé () ". Aux termes du 3° de l'article 3 de l'arrêté du 30 juillet 2018 fixant la liste des pièces justificatives accompagnant toute demande de création, de transfert ou de regroupement d'officines de pharmacie, pris pour l'application de l'article R. 5125-1 du code de la santé publique : " Tout document établissant que le ou les pharmaciens ou la société seront, au moment de l'octroi de la licence, propriétaires ou locataires du local et justifiant que celui-ci est destiné à un usage commercial. Ces documents renseignent notamment l'adresse géographique du local ou, à défaut, le numéro de cadastre du lot. Ils ne doivent pas être soumis à des conditions suspensives ou résolutoires de nature à compromettre les droits du demandeur sur le local à l'issue du délai prévu à l'article R. 5125-3 du code de la santé publique ".
14. S'il appartient à l'autorité administrative saisie d'une demande de création ou de transfert d'officine de pharmacie, présentée au titre des dispositions mentionnées ci-dessus, de s'assurer du caractère complet du dossier présenté à l'appui de cette demande, la circonstance que ce dossier ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de la santé publique pour l'examen de cette demande, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité l'autorisation accordée que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation que l'autorité administrative devait porter sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
15. La SNC Grande Pharmacie de Saint-Amand soutient que les droits de propriété sur le futur local n'étaient pas certains et que le dossier de demande de transfert était incomplet, la promesse de bail étant affectée d'une condition suspensive. En l'espèce, le dossier déposé par la SELARL Pharmacie A et B comporte une promesse de bail, conclue le 11 avril 2018 avec la SCI de la Tour, ces deux sociétés ayant au demeurant les mêmes gérants. Ce document, qui mentionne que le bailleur s'engage vis-à-vis du preneur à donner à bail le local "dès que le bâtiment aura été construit en conformité avec les dispositions du permis de construire", ne comporte aucune stipulation de nature à compromettre les droits de la SELARL Pharmacie A et B sur le local. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que les travaux nécessaires à la nouvelle installation de l'officine de pharmacie de la SELARL Pharmacie A et B ont été autorisés par un permis de construire portant le numéro PC 059526 17 E0043, délivré le 10 novembre 2017. Il n'est pas contesté que ces travaux avaient débuté lors du dépôt de la demande de transfert. Ainsi, la SNC Grande pharmacie de Saint-Amand n'est pas fondée à soutenir que l'autorisation accordée à la SELARL Pharmacie A et B aurait été prise sur la base d'un dossier de demande incomplet et serait, à ce titre, entachée d'un vice de procédure, faute pour le demandeur de justifier de ses droits sur le local proposé. Par suite, le moyen doit être écarté.
16. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme: " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir est périmé si les travaux ne sont pas entrepris dans le délai de trois ans à compter de la notification mentionnée à l'article R. 424-10 ou de la date à laquelle la décision tacite est intervenue ". Aux termes du 4° de l'article 3 de l'arrêté du 30 juillet 2018 fixant la liste des pièces justificatives accompagnant toute demande de création, de transfert ou de regroupement d'officines de pharmacie, pris pour l'application de l'article R. 5125-1 du code de la santé publique : " a) Pour un local situé dans un bâtiment à construire, le permis de construire de l'immeuble () ".
17. La SNC Grande Pharmacie de Saint-Amand soutient que le permis de construire fourni était caduc lors de la présentation du dossier de demande de transfert et que l'incomplétude du dossier demeure dès lors que la SELARL Pharmacie A et B n'a pas informé l'ARS de la prorogation du permis.
18. Il est constant que la SELARL Pharmacie A et B bénéficiait d'un permis de construire datant du 10 novembre 2017 et que celui-ci a fait l'objet d'une prorogation jusqu'au 10 novembre 2021, par un arrêté du maire de la commune de Saint-Amand les Eaux du 4 septembre 2020. Il ne ressort pas des dispositions citées au point 16 que la prorogation du permis de construire fasse partie des pièces justificatives à fournir à l'ARS. En tout état de cause, dès lors que la prorogation dudit permis a été obtenue, la société requérante n'établit pas que l'absence de ce document a été de nature à fausser l'appréciation que l'autorité administrative devait porter sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
19. En troisième lieu, aux termes du 4° de l'article 3 de l'arrêté du 30 juillet 2018 fixant la liste des pièces justificatives accompagnant toute demande de création, de transfert ou de regroupement d'officines de pharmacie, pris pour l'application de l'article R. 5125-1 du code de la santé publique : " a) Pour un local situé dans un bâtiment à construire, le permis de construire de l'immeuble, ainsi que le plan fourni à l'appui de ce permis ".
20. La SNC Grande Pharmacie de Saint-Amand soutient que les plans de l'architecte fournis ne sont pas visés par le tampon officiel de la Mairie, que le guichet de garde ne figurait pas sur les plans déposés à l'appui de la demande de permis de construire et que la SELARL Pharmacie A et B n'a pas produit l'autorisation d'urbanisme nécessaire pour le positionnement d'un guichet de garde.
21. Il ne résulte d'aucune disposition de l'arrêté du 30 juillet 2018 que le tampon officiel de la Mairie doit figurer sur le plan fourni. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, en particulier des plans accompagnant la demande de permis de construire et de l'attestation de l'architecte du 5 juillet 2021, que les aménagements prévus du local d'accueil prévoyaient l'installation d'un guichet de garde. Enfin, la SELARL Pharamacie A et B ayant bénéficié d'un permis de construire, il ne peut lui être reproché de ne pas avoir produit d'autorisation d'urbanisme spécifique au positionnement d'un guichet de garde.
22. En quatrième lieu, il incombe au directeur général de l'agence régionale de santé de définir les limites des quartiers, indépendamment du propre découpage proposé par le demandeur ou de tout autre découpage administratif ou statistique du territoire communal, même si ces éléments peuvent toutefois lui fournir des indications. En outre, un quartier est une zone qui présente une homogénéité géographique, urbanistique et humaine.
23. Il ressort de l'arrêté attaqué que le directeur général de l'ARS Hauts-de-France a délimité le quartier d'accueil au nord par les terres agricoles devançant la limite communale, à l'ouest par la Scarpe, au sud et à l'est par la lisière de la forêt devançant les limites communales. Il est constant que le directeur général de l'ARS Hauts-de-France a notamment pris en compte deux IRIS à savoir la zone Thermal-Mont-des-Bruyères et la zone Moulin des Loups. Il est exact qu'au sein du périmètre ainsi délimité, coexistent des secteurs résidentiels ainsi que des terres agricoles et naturelles, comme l'autorisent les dispositions précitées de l'article L. 5125-3-1 du code de la santé publique. Il en résulte que rien ne faisait obstacle à ce que le directeur de l'ARS Hauts-de-France regarde le quartier dont il s'agit comme constituant un ensemble suffisamment cohérent correspondant à une unité géographique au sens de l'article L. 5125-3-1 du code de la santé publique.
24. En cinquième lieu, il est constant que le transfert autorisé de la SELARL Pharmacie A et Pelsa s'effectue dans un quartier distinct du quartier d'origine. Par suite, la SNC Grande Pharmacie de Saint-Amand ne peut utilement soutenir que la délimitation retenue par le directeur général de l'ARS Hauts-de-France permet de contourner l'application du régime dérogatoire prévu par les dispositions de l'article L. 5125-3-3 du code de la santé publique, lesquelles n'ont vocation à s'appliquer que s'agissant de transferts au sein d'un même quartier.
25. En sixième lieu, la SNC Grande Pharmacie de Saint-Amand soutient que la route départementale 169 (également appelée Rocade Nord), difficilement franchissable, constitue une infrastructure de transport délimitant le quartier au sens des dispositions précitées et est accidentogène.
26. D'une part, concernant le caractère difficilement franchissable de la route en litige, il n'est pas contesté que ladite rocade est une route à deux sens de circulation comprenant une voie dans chaque sens, constat qui ressort du procès-verbal de constat d'huissier établi le 9 avril 2020 à la demande de la SELARL Pharmacie A et B. Au soutien de son argumentation, la SNC Grande pharmacie de Saint-Amand produit un procès-verbal d'huissier, daté du 7 juillet 2020, dont il ressort notamment que des aménagements piétonniers sont insuffisants sur une partie longeant la rue Basse et que le passage protégé permettant de traverser la route en litige en direction du Pasino n'est pas sécurisé par des ralentisseurs ou des feux de circulation. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment du courrier du maire de la commune de Saint-Amand-les-eaux du 13 septembre 2018 que la rocade nord a désormais une fonction de boulevard urbain et que de nombreux projets structurants se sont développés. Le maire ajoute que des aménagements (nombreux giratoires et passages piétons) jalonnent ce boulevard urbain. Par ailleurs, il ressort du procès-verbal d'huissier des 23 et 26 octobre 2018 produit par la SELARL Pharmacie A et B, qu'à partir du parking de la brasserie " Au Bureau ", il existe une piste cyclable Chemin de l'Empire qui permet de rejoindre l'Avenue Ernest Couteaux, la rue Henri Durre et la rue de Valenciennes d'un côté et l'avenue du Collège et la route de Thermal de l'autre côté. La route est doublée d'une voie spécialement dédiée aux piétons avec passages protégés qui se continue par des trottoirs ordinaires. L'arrière du site, au niveau du n° 650 chemin de l'Empire, se situe sur une rue avec trottoirs. La rue Basse est accessible depuis le site par une voie bitumée le long de la route et un passage protégé pour les piétons, ladite voie s'arrêtant à hauteur de la rue Basse. En outre, le procès-verbal d'huissier du 29 juin 2021, produit par la SELARL Pharmacie A et B, rappelle que l'accès au site en litige peut se faire depuis le chemin de l'Empire ou depuis la Rocade. S'agissant de la Rocade, la ligne de bus n° 121 permet d'accéder à la pharmacie suivant un trajet de douze minutes pour une distance de 670 mètres et que le chemin est orné d'une voie piétonne bitumée, de passages protégés et d'un feu tricolore. Enfin, il ressort de l'article de la Voix du Nord daté du 23 février 2021 que des feux tricolores ont été mis en place sur la route départementale 169, juste au croisement avec la rue Basse, face au Casino " pour sécuriser le passage pour piétons ", situation non contestée par la SNC Grande pharmacie de Saint-Amand. Il s'ensuit que c'est à bon droit que le directeur général de l'ARS Hauts-de-France n'a pas retenu comme limite du quartier d'accueil la route départementale 169.
27. D'autre part, la SNC Grande pharmacie de Saint-Amand allègue, sans l'établir, que la route départementale 169 serait accidentogène.
28. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation et par une exacte application des dispositions de l'article L. 5125-3-1 du code de la santé publique, que le directeur général de l'ARS Hauts-de-France a défini le quartier d'accueil de la SELARL Pharmacie A et B.
29. En septième lieu, la SNC Grande pharmacie de Saint-Amand soutient que la décision attaquée méconnait les dispositions du premier alinéa de l'article L. 5125-3-2 du code de la santé publique dès lors que les aménagements piétonniers sont insuffisants, que l'accès en bus est très malaisé et que les places de stationnement n'apportent aucune plus-value à la desserte. Toutefois, d'une part, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les aménagements piétonniers sont suffisants aux abords du nouveau lieu d'implantation. Par ailleurs, l'existence de ces aménagements ressort des photographies illustrant le chemin de l'empire produites par l'ARS. D'autre part, l'ARS établit, sans être sérieusement contestée, que quatre arrêts de bus desservis par cinq lignes de bus permettent de rejoindre le nouveau lieu d'implantation par le biais de plusieurs allers-retours quotidiens, du lundi au samedi et que les arrêts de bus sont situés à des distances comprises entre 300m et 800m, distance qui n'apparaît pas excessive. Enfin, il ressort du plan masse avec vue aérienne produit par la SELARL Pharmacie A et B que vingt places de stationnement sont prévues à l'intérieur du terrain d'assiette de la pharmacie et lui sont spécifiquement réservées. Ces places de parking, apportent inéluctablement une plus-value dès lors qu'elles permettent aux clients se déplaçant en véhicule de se garer à proximité de l'établissement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 1er alinéa des dispositions de l'article L. 5125-3-2 du code de la santé publique doit être écarté.
30. En huitième lieu, aux termes de l'article 25 de la délibération de l'assemblée de la Polynésie française du 20 octobre 1988 relative à certaines dispositions concernant l'exercice de la pharmacie : " Les créations () d'officines de pharmacie ouvertes au public doivent permettre de répondre de façon optimale aux besoins en médicaments de la population résidant dans les quartiers d'accueil de ces officines. () ". Aux termes de l'article 26 de la même délibération : " () L'ouverture d'une nouvelle officine dans une commune de plus de 5 000 habitants où une licence a déjà été accordée peut être autorisée par voie de création à raison d'une autorisation par tranche entière supplémentaire de 5 000 habitants recensés dans la commune pour la deuxième officine et à raison d'une autorisation par tranche entière supplémentaire de 7 000 habitants pour les suivantes, à l'exception de la commune de Papeete. () ".
31. Pour autoriser le transfert sollicité, le directeur général de l'ARS a pris en compte la présence de nombreuses habitations et notamment une large zone pavillonnaire au sein du quartier d'accueil. Il a précisé que ce quartier est actuellement desservi par une seule officine de pharmacie. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du courrier de la directrice générale des services de la commune de Saint-Amand-les-Eaux du 22 octobre 2018 que 132 permis de construire de maisons individuelles ont été délivrés, depuis 2010, dans le secteur du Mont des Bruyères-Croisette. Aux termes du courrier du maire de cette commune, daté du 31 janvier 2019, la population du quartier d'accueil est composée de 2 977 habitants. En outre, si la SNC Grande Pharmacie de Saint-Amand soutient que la présence d'une seconde officine se justifie selon les quotas retenus par la loi uniquement lorsque la population atteint le seuil de 7 000 habitants, aucune disposition légale ne prévoit cette condition s'applique ailleurs que sur le territoire de la Polynésie Française conformément aux articles 25 et 26 de la délibération de l'assemblée de la Polynésie française du 20 octobre 1988 relative à certaines dispositions concernant l'exercice de la pharmacie. Par suite, en considérant que le transfert litigieux permettrait une desserte en médicaments optimale au regard des besoins de la population résidente, le directeur général de l'ARS n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
32. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été indiqué précédemment que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 5125-3 et suivants du code de la santé publique doit être écarté.
Sur les frais liés au litige :
33. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
34. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'agence régionale de santé Hauts-de-France, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement à la SNC Grande Pharmacie de Saint-Amand d'une somme à ce titre.
35. D'autre part, l'ARS Hauts-de-France, qui n'a pas eu recours à un avocat, ne justifie pas avoir engagé de frais spécifiques à la présente instance, de sorte que ses conclusions présentées sur le fondement des mêmes dispositions doivent être rejetées.
36. Enfin, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SNC Grande Pharmacie de Saint Amand une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SELARL Pharmacie A et B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SNC Grande Pharmacie de Saint-Amand est rejetée.
Article 2 : La SNC Grande Pharmacie de Saint-Amand versera à la SELARL Pharmacie A et B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de l'agence régionale de santé Hauts-de-France présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société en nom collectif Grande Pharmacie de Saint-Amand, à l'agence régionale de santé Hauts-de-France et à la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Pharmacie A et B.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Paganel, président,
Mme Célino, première conseillère,
Mme Barre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.
La rapporteure,
Signé
C. CELINO
Le président,
Signé
M. PAGANELLa greffière,
Signé
A. BEGUE
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 509363
Le Conseil d’État refuse d’admettre le pourvoi de M. B... contre l’ordonnance rejetant sa demande d’hébergement d’urgence et d’allocation pour demandeur d’asile. Le moyen unique de dénaturation, tiré de l’absence d’urgence particulière, est jugé insuffisant pour permettre l’admission. Cette décision confirme le rejet de la requête en référé-liberté.
09/04/2026