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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2203543

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2203543

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2203543
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la demande de M. B, qui contestait la remise en cause d’une réduction d’impôt sur le revenu au titre de l’année 2015 pour des investissements réalisés outre-mer via des sociétés en nom collectif. Le tribunal a jugé que le bénéfice de la réduction d’impôt prévue à l’article 199 undecies B du code général des impôts est subordonné au respect, par l’entreprise réalisant l’investissement, de ses obligations fiscales à la date de réalisation de l’investissement. En l’espèce, les sociétés concernées n’étaient pas à jour de leurs déclarations fiscales à cette date, ce qui justifiait le rejet de la demande de décharge des impositions et pénalités.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 mai 2022 et 24 octobre 2022, M. A B demande :

1°) la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2015, et des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros au titre de l'article L761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le service ne pouvait remettre en cause la réduction d'impôt au titre de l'année 2015 liée aux investissements réalisés par les sociétés Kleber E 4, Kleber E 26 et Ternes 17 au motif que celles-ci n'étaient pas à jour de leurs obligations fiscales puisque le respect de ces obligations, condition d'octroi de l'avantage fiscal, pèse sur les sociétés qui exploitent le bien, et non sur celles qui réalisent l'investissement ;

- les sociétés n'ont pas manqué à leurs obligations, n'étant pas tenues au dépôt de leurs déclaration de résultats professionnels au plus tard le 5 mai 2015, chacune clôturant son premier exercice social le 31 décembre 2015

- le dépôt des déclarations a eu lieu le 20 novembre 2015, avant la souscription de

M. B au capital de ces sociétés, le 9 décembre 2015, de sorte qu'à la date de l'investissement, les sociétés étaient à jour de leurs obligations fiscales ;

- tous les investissements en cause ont été réalisés avant le 31 décembre 2015 ;

- le service doit prendre en considération l'ensemble des diligences qu'il a accomplies de bonne foi pour s'assurer du respect, par les sociétés desquelles il est associé, de leurs obligations fiscales.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 août 2022 et 31 octobre 2022, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le motif supplémentaire tiré de l'absence de réalisation des investissements au cours de l'année 2015 remet en cause la réduction d'impôt et que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de commerce ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Riou,

- et les conclusions de Mme Courtois, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, associé des sociétés en nom collectif Kleber E 4, Kleber E 26 et Ternes 17, a imputé sur le montant de son impôt sur le revenu de l'année 2015, sur le fondement des dispositions de l'article 199 undecies B du code général des impôts, une réduction d'impôt, d'un montant de 27 484 euros, du fait d'investissements réalisés dans des départements d'outre-mer. Cette réduction d'impôt ayant été remise en cause, à hauteur de 14 079 euros, par l'administration fiscale, M. B a été assujetti à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2015. Il demande au tribunal la décharge de ces impositions, ainsi que des pénalités correspondantes.

2. D'une part, aux termes de l'article 199 undecies B du code général des impôts, dans sa version applicable à l'année d'imposition en litige : " I.- Les contribuables domiciliés en France au sens de l'article 4 B peuvent bénéficier d'une réduction d'impôt sur le revenu à raison des investissements productifs neufs qu'ils réalisent dans les départements d'outre-mer (), dans le cadre d'une entreprise exerçant une activité agricole ou une activité industrielle, commerciale ou artisanale relevant de l'article 34. () / () / La réduction d'impôt prévue au premier alinéa est pratiquée au titre de l'année au cours de laquelle l'investissement est mis en service. () / () / La réduction d'impôt prévue au présent I s'applique aux investissements productifs mis à la disposition d'une entreprise dans le cadre d'un contrat de location si les conditions mentionnées aux quinzième à dix-huitième alinéas du I de l'article 217 undecies sont remplies et si 66 % de la réduction d'impôt sont rétrocédés à l'entreprise locataire sous forme de diminution du loyer et du prix de cession du bien à l'exploitant. () L'octroi de la réduction d'impôt prévue au premier alinéa est subordonné au respect par les entreprises réalisant l'investissement et, le cas échéant, les entreprises exploitantes de leurs obligations fiscales et sociales et de l'obligation de dépôt de leurs comptes annuels selon les modalités prévues aux articles L. 232-21 à L. 232-23 du code de commerce à la date de réalisation de l'investissement. Sont considérés comme à jour de leurs obligations fiscales et sociales les employeurs qui, d'une part, ont souscrit et respectent un plan d'apurement des cotisations restant dues et, d'autre part, acquittent les cotisations en cours à leur date normale d'exigibilité. () ". Aux termes de l'article 95 Q de l'annexe II au code général des impôts : " La réduction d'impôt prévue au I de l'article 199 undecies B du code général des impôts est pratiquée au titre de l'année au cours de laquelle l'immobilisation est créée par l'entreprise ou lui est livrée ou est mise à sa disposition dans le cadre d'un contrat de crédit-bail () ".

3. Il résulte de ces dispositions que, d'une part, le bénéfice de la réduction d'impôt qu'elles prévoient en faveur des investissements productifs neufs réalisés dans un département d'outre-mer est subordonné au respect, par l'entreprise réalisant l'investissement et, le cas échéant, par l'entreprise exploitante, à la date de réalisation de l'investissement, de ses obligations fiscales et sociales et de l'obligation de dépôt de ses comptes annuels, selon les modalités prévues par le code de commerce, et, d'autre part, le fait générateur de la réduction d'impôt prévue à l'article 199 undecies B est la date de la création de l'immobilisation au titre de laquelle l'investissement productif a été réalisé ou de sa livraison effective dans le département d'outre-mer. Dans ce dernier cas, la date à retenir est celle à laquelle l'entreprise, disposant matériellement de l'investissement productif, peut commencer son exploitation effective et, dès lors, en retirer des revenus.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 232-21 du code de commerce : " I. - Les sociétés en nom collectif dont tous les associés indéfiniment responsables sont des sociétés à responsabilité limitée ou des sociétés par actions sont tenues de déposer au greffe du tribunal, (), dans le mois suivant l'approbation des comptes annuels par l'assemblée ordinaire des associés ou dans les deux mois suivant cette approbation lorsque ce dépôt est effectué par voie électronique : / 1° Les comptes annuels (). ". Aux termes de l'article 175 du code général des impôts, dans sa version applicable à l'année d'imposition en litige, s'agissant des entreprises dont les bénéfices sont imposés dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux : " Les déclarations doivent parvenir à l'administration au plus tard le 1er mars. () Le délai du 1er mars est prolongé jusqu'à une date fixée par décret et au plus tard le deuxième jour ouvré suivant le 1er mai en ce qui concerne les commerçants et industriels, (). ".

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 11 décembre 2018 adressée à M. B, que, pour remettre en cause la réduction d'impôt au titre de l'année 2015 liée aux investissements réalisés par les sociétés Kleber E 4, Kleber E 26 et Ternes 17, le service s'est fondé sur la circonstance qu'aux dates de livraison des investissements, ces sociétés n'étaient pas à jour des obligations de dépôt de leurs déclarations de résultats, n'ayant procédé au dépôt pour l'exercice clos le 31 décembre 2014 que le 20 novembre 2015. M. B soutient que le respect de cette obligation pèse sur les sociétés qui exploitent le bien, et non sur les sociétés qui réalisent l'investissement, de sorte que l'absence de dépôt des comptes annuels par les sociétés Kleber E 4, Kleber E 26 et Ternes 17 n'est pas de nature à remettre en cause la réduction d'impôt dont il a bénéficié. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 3 du présent jugement que le respect de cette condition, prévue par les dispositions précitées du vingt-sixième alinéa du I de l'article 199 undecies B du code général des impôts, en ce qui concerne l'obligation de dépôt des comptes annuels, pèse, lorsque ces entreprises sont différentes, à la fois sur les entreprises qui réalisent l'investissement, et sur les entreprises exploitantes. Il en résulte que l'octroi de la réduction d'impôt prévue par l'article 199 undecies B du code général des impôts précité est conditionné par le respect, par les sociétés Kleber E 4, Kleber E 26 et Ternes 17, des obligations de dépôt des comptes annuels, d'où il suit que le moyen n'est pas fondé.

6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que les statuts des sociétés ont été enregistrés le 4 mars 2014, pour les sociétés Kleber E 4 et Ternes 17, et le 9 avril 2014, pour la société Kleber E 26. Il n'est pas contesté que les sociétés ont été immatriculées les 3 septembre 2014, pour la société Kleber E 4, et 3 octobre 2014, pour les sociétés Kleber E 26 et Ternes 17. M. B soutient que les sociétés n'étaient pas tenues au dépôt de leurs comptes annuels au plus tard le 5 mai 2015, chaque premier exercice social clôturant le 31 décembre 2015. Si les statuts stipulent que " le premier exercice social peut comprendre le temps écoulé depuis l'immatriculation () jusqu'au 31 décembre de l'année qui suit immédiatement celle de sa création. ", il apparaît cependant que les sociétés ont souscrit une déclaration n° 2031, concernant " l'année 2014 ", selon les termes mêmes de la requête, le 20 novembre 2015. Il en résulte que les statuts doivent être interprétés comme prévoyant une simple faculté de clôturer le premier exercice le 31 décembre de l'année qui suit celle de la création, dont il n'a pas été fait usage, les déclarations, relatives à un exercice clos le 31 décembre 2014, ayant été déposées tardivement.

7. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que M. B a souscrit au capital des sociétés Kleber E 4, Kleber E 26 et Ternes 17 le 9 décembre 2015. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 du présent jugement que le respect, par les entreprises, de la condition, prévue par les dispositions précitées du vingt-sixième alinéa du I de l'article 199 undecies B du code général des impôts, en ce qui concerne l'obligation de dépôt de leurs comptes annuels, s'apprécie à la date de réalisation des investissements, soit la date à laquelle l'immobilisation est mise en service ou est mise à la disposition de l'entreprise dans le cadre d'un contrat. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le respect de l'obligation de dépôt des comptes annuels des entreprises qui réalisent l'investissement doit s'apprécier à la date à laquelle il a réalisé sa souscription au capital desdites sociétés. Or il résulte de l'instruction, et il n'est pas contesté par le requérant, que les seuls investissements pour lesquels la réduction d'impôt a été remise en cause ont tous été réalisés antérieurement au 20 novembre 2015. De sorte que la circonstance que les investissements postérieurs à cette date, qui n'ont pas été remis en cause, ont été bien réalisés au cours de l'année 2015 est inopérante. Il n'en résulte pas moins que, lors de la réalisation des investissements antérieurs au 20 novembre 2015, date de dépôt des comptes annuels et des déclarations de résultat, les sociétés Kleber E 4, Kleber E 26 et Ternes 17 ne s'étaient pas conformées à la condition prévue par les dispositions précitées du vingt-sixième alinéa du I de l'article 199 undecies B du code général des impôts. Par suite, et sans qu'y fasse obstacle la circonstance qu'il ait accompli de bonne foi des diligences tendant à s'assurer que ces sociétés étaient à jour de leurs obligations fiscales à la date de sa souscription des parts, M. B n'est pas fondé à soutenir que le service ne pouvait pas remettre en cause la réduction d'impôt sur le revenu dont il a entendu bénéficier au titre de l'année 2015 à raison des investissements réalisés par les sociétés Kleber E 4, Kleber E 26 et Ternes 17.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la demande de substitution de motifs présentée par l'administration en défense, que M. B n'est pas fondé à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu qui ont été mises à sa charge au titre de l'année 2015, ainsi que des pénalités correspondantes. Par suite, ses conclusions à fin de décharge doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'il a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Riou, président,

- Mme Jaur, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

A. JaurLe président-rapporteur,

Signé

J.-M. Riou

La greffière,

Signé

D. Wisniewski

La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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