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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2203675

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2203675

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2203675
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLETELLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 17 mai et 5 décembre 2022, M. C A, représenté par Me Letellier, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler le courrier du 11 janvier 2022 du président de l'Université de Lille en tant qu'il l'a informé de la cessation du versement d'une prime mensuelle de 210 euros bruts et du remboursement d'un trop-perçu de 840 euros bruts dont les modalités lui seront communiquées ultérieurement ;

2°) d'annuler la décision du 18 mars 2022 du président de l'Université de Lille rejetant ses recours gracieux dirigés contre la cessation de versement de la prime mensuelle de 210 euros bruts et la retenue de 840 euros sur son traitement de janvier 2022 ;

3°) d'enjoindre au président de l'Université de Lille de lui verser la somme de 840 euros bruts qui a été retenue sur son salaire du mois de janvier 2022 ainsi que, à compter de ce mois, une somme de 210 euros bruts mensuels jusqu'au terme du contrat de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Université de Lille une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées méconnaissent l'avenant n°5 du contrat de recrutement ;

- les primes mensuelles versées en application de l'avenant n°5 du contrat de recrutement sont définitivement acquises ;

- elles méconnaissent le principe selon lequel nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude ;

- il n'a pas été informé des modalités de remboursement de la somme de 840 euros brut contrairement à ce qui lui a été annoncé dans le courrier du 11 janvier 2022 ;

- la retenue sur traitement de janvier 2022 n'a été précédée d'aucune information et n'a pas été autorisée ;

- elle n'a pas été précédée de l'émission d'un titre de recette comportant la nature des rémunérations versées à tort, le montant des sommes à recouvrer, le mois de prélèvement et la référence du texte ou du fait générateur justifiant le prélèvement, suivi d'un avis de somme à payer ou d'un titre exécutoire

- la décision du 18 mars 2022 rejetant le recours gracieux contre la retenue de 840 euros ne pouvait légalement se fonder sur la circonstance que la retenue a déjà été effectuée.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 novembre 2022, l'Université de Lille conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un courrier du 20 novembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation du courrier du 11 janvier 2022 en tant qu'il informe M. A du remboursement de la somme de 840 euros brut indûment versée, dès lors qu'il n'a pas de caractère décisoire et ne peut par suite faire l'objet d'un recours en excès de pouvoir.

Des observations en réponse au moyen d'ordre public ont été produites le 29 novembre 2023 par M. A et communiquées le même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;

- le code du travail ;

- la délibération du conseil d'administration de l'Université de Lille du 20 mai 2021 n°CA-2021-061 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Horn,

- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,

- et les observations de M. B, représentant l'université de Lille.

Considérant ce qui suit :

1. Le 3 décembre 2021, M. C A a été recruté par contrat à durée déterminée pour assurer des fonctions de conseiller à la formation à l'Institut Centre Université-Economie d'Education Permanente de l'Université des Sciences et Technologies de Lille (Lille I). Le 2 juillet 2007, il a été recruté par cette même Université par contrat à durée indéterminée pour assurer des fonctions d'ingénieur en formation. Par un avenant n°5 à ce contrat, signé le 30 juin 2021, il a été prévu que M. A bénéficie d'une prime mensuelle de 210 euros bruts à compter du 1er septembre 2021. Par un courrier du 11 janvier 2022, le président de l'Université de Lille a informé M. A de l'irrégularité de cet avenant n°5, au motif qu'il ne pouvait bénéficier de cette prime en raison de ce qu'il ne remplissait pas la condition de plafond de rémunération fixé à l'indice net majoré 723 par la délibération n° 2021-061 du conseil d'administration de l'Université de Lille du 20 mai 2021 ayant institué cette prime, lui a indiqué que les sommes afférentes, versées indûment, feront l'objet d'un remboursement dont les modalités lui seront communiquées ultérieurement, et que la prime ne lui sera plus versée à compter du mois de janvier 2022. Le 28 janvier 2022, M. A a formé un recours gracieux contre ce courrier du 11 janvier 2022. Un trop-perçu de 840 euros a été retenu sur son traitement mensuel de janvier 2022. Par un courrier adressé le 10 février à l'Université de Lille, il a formé un autre recours gracieux contre le courrier du 11 janvier 2022 et la retenue de 840 euros sur son traitement de janvier 2022.

Sur l'étendue du litige :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. Il résulte de ce qui précède que M. A, qui demande l'annulation de la décision du 18 mars 2022 par laquelle le président de l'Université de Lille a implicitement rejeté son recours gracieux contre la retenue de 840 euros sur son traitement de janvier 2022, doit être regardé comme demandant également l'annulation de la retenue de 840 euros sur son traitement de janvier 2022.

Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre le courrier du 11 janvier 2022 en tant qu'il informe du remboursement à venir des sommes indûment versées :

4. La lettre par laquelle l'administration informe un agent public qu'il doit rembourser une somme indûment payée et qu'en l'absence de paiement spontané de sa part, un titre de perception lui sera notifié, est une mesure préparatoire de ce titre, qui n'est pas susceptible de recours. La lettre par laquelle l'administration informe cet agent qu'il doit rembourser une somme indûment payée et que cette somme sera retenue sur son traitement est, en revanche, une décision susceptible de faire l'objet d'un recours de plein contentieux.

5. Par un courrier du 11 janvier 2022, le président de l'Université de Lille a notamment informé M. A de l'irrégularité de l'avenant contractuel n°5, au motif qu'il ne pouvait bénéficier de cette prime en raison de ce qu'il ne remplissait pas la condition de plafond de rémunération fixé par la délibération n° CA-2021-061 du conseil d'administration de l'Université de Lille du 20 mai 2021 ayant institué cette prime, et lui a indiqué que les " sommes indûment versées depuis le 1er septembre 2021 feront l'objet d'une procédure de remboursement dont les détails [lui] seront communiqués ultérieurement par le service compétent ". Ce courrier, en tant qu'il informe du remboursement à venir des sommes indûment versées, n'a pas précisé selon quelles modalités le remboursement des sommes allait être effectué de sorte qu'il constitue une mesure préparatoire qui n'est pas susceptible de recours. Les conclusions tendant à l'annulation du courrier du 11 janvier 2022 en tant qu'il informe du remboursement à venir des sommes indûment versées sont ainsi irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 11 janvier 2022 mettant fin au versement de la prime mensuelle ensemble le rejet du recours gracieux contre cette décision :

6. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 dans sa version applicable au présent litige : " Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive. () ".

7. Il résulte de ces dispositions qu'une somme indûment versée par une personne publique à l'un de ses agents au titre de sa rémunération peut, en principe, être répétée dans un délai de deux ans à compter du premier jour du mois suivant celui de sa date de mise en paiement sans que puisse y faire obstacle la circonstance que la décision créatrice de droits qui en constitue le fondement ne peut plus être retirée. En outre, l'administration n'est pas tenue de verser les sommes dues en application d'une décision illégale attribuant un avantage financier qu'elle ne peut plus retirer dès lors qu'elle pourrait les répéter dès leur versement en application des dispositions de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000.

8. D'autre part, lorsque le contrat de recrutement d'un agent contractuel de droit public est entaché d'une irrégularité, notamment parce qu'il méconnaît une disposition législative ou réglementaire applicable à la catégorie d'agents dont relève l'agent contractuel en cause, celui-ci ne saurait toutefois prétendre à la mise en œuvre des stipulations illégales de son contrat. Et aux termes du 4. de la délibération du conseil d'administration de l'Université de Lille du 20 mai 2021 n°CA-2021-061 relative à la mise en œuvre d'un régime indemnitaire pour les contractuels BIATSS en CDI et CDD sur besoin permanent : " Sont exclus du régime indemnitaire défini par la présente délibération, les agents contractuels dont la rémunération mensuelle brute (hors prime) est supérieure ou égale à la rémunération correspondant à l'INM 723 , c'est-à-dire l'indice immédiatement supérieur à l'indice le plus élevé de la grille des IGR contractuels de l'Université de Lille (soit une rémunération supérieure ou égale à 3.388 euros bruts mensuels - 2.750 euros nets mensuels) ".

9. Il ressort des pièces du dossier que par avenant n°5 à son contrat à durée indéterminée, signé le 30 juin 2021, il a été prévu que M. A bénéficie d'une prime mensuelle de 210 euros bruts à compter du 1er septembre 2021 en application de l'article L. 954-2 du code de l'éducation et de la délibération du conseil d'administration du 20 mai 2021. Il ressort également des pièces du dossier que la décision du 11 janvier 2022 ne procède pas expressément à l'abrogation des stipulations de l'avenant n°5 octroyant la prime mensuelle de 210 euros brut à M. A et doit être regardée comme manifestant seulement l'intention de l'administration de cesser, pour l'avenir, le versement à l'intéressé de la prime mensuelle, dont l'administration considère qu'il était illégal dès l'origine en raison du dépassement du plafond de rémunération fixé par la délibération du 20 mai 2021. Or, il n'est pas contesté que M. A percevait, dès la date de signature de l'avenant n°5, une rémunération supérieure à 3 388 euros bruts mensuels de sorte qu'en application de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 précité, l'administration pouvait légalement refuser d'appliquer l'avenant n°5, cesser de verser la prime mensuelle et récupérer les sommes correspondant aux primes illégalement versées et ce alors même que, ayant le caractère d'une décision créatrice de droits, l'attribution de cette prime ne pouvait plus être ni retirée ni abrogée. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance de l'avenant n°5 du contrat de recrutement et de ce que les primes mensuelles versées de septembre à décembre 2021 inclus étaient définitivement acquises ne peuvent qu'être écartés.

10. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du principe selon lequel nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude étant sans incidence sur la légalité des décisions attaquées, le moyen tiré de sa méconnaissance est inopérant et doit également être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 11 janvier 2022 mettant fin au versement de la prime mensuelle ensemble le rejet du recours gracieux contre cette décision doivent être rejetées.

En ce qui concerne la retenue de 840 euros sur le traitement de janvier 2022, ensemble le rejet du 18 mars 2022 du recours gracieux contre cette retenue :

S'agissant de la retenue de 840 euros sur le traitement de janvier 2022 :

12. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 9 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance de l'avenant n°5 du contrat de recrutement et de ce que les primes mensuelles versées entre septembre et décembre 2021 inclus étaient définitivement acquises ne peuvent qu'être écartés.

13. En deuxième lieu, en l'absence de textes faisant obstacle à ce que des retenues soient effectuées sur les traitements des agents publics dans la limite de la part saisissable de ces traitements, l'Etat est en droit de compenser, à due concurrence de cette part saisissable, le traitement dû à agent public avec les sommes dont ce dernier est redevable. En l'espèce, il est constant que l'indu contesté a été répété par retenue sur rémunération et non par émission d'un titre exécutoire. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'administration aurait dû adresser à M. A un avis des sommes à payer comportant l'indication de la nature des rémunérations versées à tort, le montant des sommes à recouvrer, le mois de prélèvement et la référence du texte ou du fait générateur justifiant le prélèvement ne peut qu'être écarté comme inopérant. Il en va de même du moyen tiré de la méconnaissance du principe selon lequel nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude, lequel doit être écarté.

14. En troisième et dernier lieu, le moyen tiré de ce que la retenue sur traitement de janvier 2022 n'a été précédée d'aucune information et n'a pas été autorisée, ainsi que celui tiré de ce que les sommes qui font l'objet de retenues sur salaire dépassent la quotité saisissable, ne sont pas assortis de précisions permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé de sorte qu'ils doivent être écartés.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la retenue de 840 euros sur le traitement de janvier 2022 doivent être rejetées.

S'agissant du rejet du recours gracieux contre la retenue de 840 euros :

16. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 9 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance de l'avenant n°5 du contrat de recrutement et de ce que les primes mensuelles versées entre septembre et décembre 2021 inclus étaient définitivement acquises ne peuvent qu'être écartés.

17. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que la retenue sur traitement de janvier 2022 n'a été précédée d'aucune information et n'a pas été autorisée, ainsi que celui tiré de ce que les sommes qui font l'objet de retenues sur salaire dépassent la quotité saisissable, ne sont pas assortis de précisions permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé de sorte qu'ils doivent être écartées.

18. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du principe selon lequel nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude étant sans incidence sur la légalité des décisions attaquées, le moyen tiré de sa méconnaissance est inopérant et doit être écarté.

19. En quatrième et dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 2 que le moyen tiré de ce que la décision contestée ne pouvait légalement se fonder sur la circonstance que la retenue a déjà été effectuée, constituant un vice propre du rejet du recours gracieux, est inopérant.

20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 18 mars 2022 de rejet du recours gracieux contre la retenue de 840 euros sur le traitement de janvier 2022 doivent être rejetées.

21. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à l'Université de Lille.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- M. Bourgau, premier conseiller,

- M. Horn, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

Le rapporteur,

signé

J. HORNLa présidente,

signé

J. FÉMÉNIA

La greffière,

signé

S. DEREUMAUX

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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