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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2203699

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2203699

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2203699
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGUEY-BALGAIRIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 17 mai 2022 et 26 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Guey-Balgairies, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2016 et des cotisations primitives d'impôt sur le revenu et supplémentaires de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2017, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les sommes reprises au débit de son compte courant d'associé relèvent par nature du a de l'article 111 du code général des impôts et non du 2° du 1 de l'article 109 de ce code, en l'absence de mise à disposition définitive ;

- en soumettant les sommes inscrites au débit du compte courant aux dispositions du 2° du 1 de l'article 109, au lieu du a de l'article 111 de ce code, l'administration le prive de la possibilité de restitution de l'imposition dans le cadre d'un remboursement intervenant dans le délai de réclamation ;

- les pénalités pour manquement délibéré qui lui ont été infligées sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts ne sont pas justifiées, l'existence d'un compte courant d'associé débiteur dans une société civile n'étant pas de nature à démontrer une intention d'éluder l'impôt ;

- il entend se prévaloir du " droit à l'erreur " instauré par la loi du 10 août 2018 pour un État au service d'une société de confiance.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2022, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Courtois,

- les conclusions de M. Huguen, rapporteur public,

- et les observations de Me Guey-Balgairies, avocat de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. A l'issue de la vérification de la comptabilité de la société civile immobilière A, dont M. A est associé, le service a taxé entre les mains de celui-ci à l'impôt sur le revenu, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, la variation du solde débiteur de son compte courant d'associé ouvert dans les livres de la société. M. A demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2016 et des cotisations primitives d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2017 auxquelles il a été assujetti, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur le bien-fondé des impositions en litige :

2. D'une part, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / () / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices ". D'autre part, aux termes de l'article 111 de ce code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / a. Sauf preuve contraire, les sommes mises à la disposition des associés directement ou par personnes ou sociétés interposées à titre d'avances, de prêts ou d'acomptes. / Nonobstant toutes dispositions contraires, lorsque ces sommes sont remboursées (), à la personne morale qui les avait versées, la fraction des impositions auxquelles leur attribution avait donné lieu est restituée aux bénéficiaires ou à leurs ayants cause dans des conditions et suivant des modalités fixées par décret ; / () ".

3. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 3 septembre 2019, que le service, lors des opérations de vérification de comptabilité de la société A, a constaté que le compte courant d'associé ouvert dans les écritures cette société au nom de M. A présentait un solde débiteur les 1er janvier 2016, 31 décembre 2016 et 31 décembre 2017. Il a donc considéré que les différences entre le solde débiteur au jour de la clôture des exercices et l'écriture d'à-nouveau du premier jour des exercices, d'un montant de 5 400 euros pour l'année 2016 et 63 175 euros pour l'année 2017, constituent des sommes mises à la disposition de M. A et non prélevées sur les bénéfices et par suite des revenus distribués sur le fondement des dispositions précitées du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. Si M. A soutient que les revenus distribués doivent être regardés comme des sommes dont la mise à disposition n'est pas définitive et qu'elles relèvent " par nature " des dispositions précitées du a de l'article 111 du code général des impôts, il ne conteste ni la mise à disposition de ces sommes à son profit, ni la circonstance qu'elles n'ont pas été prélevées sur les bénéfices. Au surplus, il n'apporte aucun élément permettant de regarder ces sommes comme des avances, des prêts ou des acomptes et il n'établit pas, ni même n'allègue qu'il entendait rembourser les sommes mises à sa disposition. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le service a fondé à tort sa rectification sur les dispositions du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts.

Sur les pénalités :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt () entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; / () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs (), la preuve de la mauvaise foi () incombe à l'administration ".

5. L'administration fiscale se prévaut de l'importance des sommes appréhendées, lesquelles représentent plus du tiers des revenus de M. A pour l'année 2016 et la quasi-totalité du revenu imposable de son foyer fiscal pour l'année 2017, et de la répétition des prélèvements non déclarés en 2016 et 2017. Dans ces conditions, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales, de l'intention délibérée du requérant de se soustraire à l'impôt, et par suite, du bien-fondé des pénalités pour manquement délibéré de 40 % qui lui ont été infligées sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration, créé par la loi du 10 août 2018 pour un État au service d'une société de confiance : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. / La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou de fraude. / () ". Aux termes de l'article L. 123-2 de ce code : " Est de mauvaise foi, au sens du présent titre, toute personne ayant délibérément méconnu une règle applicable à sa situation. / () ".

7. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que M. A, qui a délibérément entendu se soustraire au paiement de l'impôt sur le revenu dû, n'est pas fondé à se prévaloir du " droit à l'erreur instauré " par la loi du 10 août 2018.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2016 et des cotisations primitives d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2017 auxquelles il a été assujetti, ainsi que des pénalités correspondantes. Par suite, ses conclusions à fin de décharge doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'il a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Courtois, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

C. COURTOISLe président,

signé

O. LEMAIRE

La greffière,

signé

P. CARPENTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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