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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2203782

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2203782

jeudi 29 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2203782
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantRIVIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 19 mai 2022 et 23 septembre 2022, M. C A, représenté par Me Rivière, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 avril 2022 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, lui a indiqué qu'à l'expiration de ce délai il pourrait être éloigné à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays dans lequel il établit être légalement admissible et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

- il n'est pas établi que cette décision ait été prise par une personne qui était compétente pour ce faire ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 412-5, L. 421-1 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et eu égard à son parcours personnel et professionnel en France ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que la décision contestée ait été prise par une personne qui était compétente pour ce faire ;

- il excipe, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- il excipe, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- il excipe, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard à sa situation privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 26 septembre 2022 à 23 h 59 par une ordonnance du 9 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fabre, président-rapporteur ;

- et les conclusions de M. Even, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, né le 10 septembre 1996 en Guinée, de nationalité guinéenne, est entré en France le 23 juillet 2013 selon ses déclarations. Après avoir bénéficié pendant plusieurs années d'un titre de séjour temporaire, M. A a sollicité, par un dossier déposé en préfecture le 1er octobre 2021, un changement de statut, de salarié à résident et demandé ainsi la délivrance de ce titre de séjour. Par un arrêté du 14 avril 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, lui a indiqué qu'à l'expiration de ce délai il pourrait être éloigné à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays dans lequel il établit être légalement admissible et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé, pour le préfet du Nord et par délégation, par M. Simon Fetet, secrétaire général de la préfecture du Nord, qui était compétent pour ce faire en vertu d'un arrêté du 25 février 2022 du préfet du Nord, publié au recueil spécial n° 53 du 4 mars 2022 des actes administratifs de la préfecture. Le moyen tiré du vice d'incompétence doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision contestée cite les textes dont elle fait application, en particulier les articles L. 412-5, L. 421-1 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait état des éléments de fait justifiant, selon le préfet du Nord, qu'il ne soit pas fait droit à la demande de titre de séjour présentée par le requérant. Elle est ainsi suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces, en particulier de la décision de refus de séjour, laquelle est suffisamment motivée, que le préfet du Nord, avant de prendre la décision contestée, a procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle.

5. D'une part, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 421-1 du même code : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de lui délivrer une carte de séjour temporaire salarié ou une carte de résident, le préfet du Nord a considéré que l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet de deux condamnations pénales, la première le 16 janvier 2017 à six mois d'emprisonnement avec sursis par le tribunal correctionnel de Lille pour des faits d'acquisition, transport, offre et cession de stupéfiants, en l'espèce, notamment, de la cocaïne et de l'héroïne commis en décembre 2016 ainsi qu'une seconde condamnation, le 6 janvier 2021, par le même tribunal, à dix mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits identiques, commis de septembre 2014 à février 2015. Il ressort également des pièces du dossier que, le 8 août 2021, M. A a été interpelé par les forces de l'ordre après une bagarre devant une discothèque alors que, par ailleurs alcoolisé, il était en possession d'un couteau de cuisine qu'il était parti rechercher à son domicile. Au regard, notamment de la gravité des faits de vente d'héroïne et de cocaïne et du comportement encore récent de l'intéressé ayant justifié son interpellation en août 2021, et nonobstant la circonstance que l'intéressé n'a fait l'objet que d'un rappel à la loi le 3 septembre 2021 pour porte d'arme prohibé de catégorie D, c'est à juste titre que le préfet du Nord a considéré que l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public et qu'il a, pour ce motif, rejeté la demande de titre de séjour présentée par l'intéressé. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 412-5, L. 421-1 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, où à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. C A, né le 10 septembre 1996 en Guinée, de nationalité guinéenne, est entré en France le 23 juillet 2013 selon ses déclarations. Après avoir été pris en charge quelques mois par le service de de l'aide sociale à l'enfance en qualité d'étranger mineur, il a bénéficié de titres de séjour tout d'abord en qualité d'étudiant/élève puis, ensuite, en qualité de salarié. Après avoir été scolarisé en classe de première et terminale générale sans obtenir son baccalauréat au vu des seules pièces produites, il a suivi une formation d' " employé commercial en magasin " et travaille depuis en qualité d'employé libre-service pour un magasin " Carrefour City " de Lille, d'abord dans le cadre d'un contrat de professionnalisation puis en contrat à durée déterminée.

10. Il ressort également des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit précédemment, que M. A, en France depuis juillet 2013, a fait l'objet de deux condamnations pénales à des peines d'emprisonnement avec sursis pour des faits, notamment, de cession de produits stupéfiants, dont de l'héroïne et de la cocaïne et a été interpelé, en août 2021, par la police, devant une discothèque, alors que, alcoolisé et s'étant bagarré, il était porteur d'un couteau de cuisine. Il est célibataire et sans enfant en France. S'il justifie que son père est décédé le 17 décembre 2015 en Guinée, il n'est pas dépourvu de toute famille en Guinée où se trouve sa mère et deux demi-sœurs. Par suite, nonobstant la relative ancienneté de son séjour en France, la décision contestée n'a pas porté au droit du requérant à mener une vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise et n'a, ainsi, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En cinquième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que précédemment énoncés et alors qu'au vu des pièces du dossier, rien ne fait obstacle à ce que l'intéressé poursuive en Guinée l'exercice d'une activité professionnelle similaire à celle exercée en France, la décision contestée n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 2.

14. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision de refus de séjour doit être écarté.

15. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle de l'intéressé doivent être écartés.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

17. En premier lieu, la décision contestée rappelle la nationalité guinéenne de M. A, indique qu'il sera éloigné à destination du pays dont il a la nationalité et précise qu'il n'établit pas que sa vie ou sa liberté sont menacées dans son pays d'origine ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, et alors que le requérant ne soutient ni même n'allègue avoir fait état au préfet du Nord de risques personnels circonstanciés en cas de retour en Guinée et qu'il n'a d'ailleurs, depuis son arrivée en France, jamais présenté de demande d'asile, la décision contestée, qui comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée.

18. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an :

20. En premier lieu, la décision contestée cite les dispositions dont elle fait application, en particulier les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait état des éléments de fait justifiant, selon le préfet du Nord, que l'intéressé fasse l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Cette décision, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est ainsi suffisamment motivée.

21. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

22. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

23. Eu égard à l'absence de toute famille en France de l'intéressé et à la circonstance qu'il a été regardé, à juste titre, par le préfet du Nord, comme constituant une menace pour l'ordre public, le préfet du Nord n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'un an à l'encontre du requérant.

24. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an doivent être rejetées.

25. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles qu'il présente au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent l'être également.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Fabre, président,

- Mme Monteil, première conseillère,

- Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

X. FABREL'assesseur le plus ancien,

Signé

A.-L. MONTEIL

La greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

5

N° 200378

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