Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2203904

mercredi 12 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2203904
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formationjuge unique (1)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une saisine, enregistrée le 24 mai 2022, l'établissement public Voies Navigables de France (VNF) défère au tribunal, comme prévenue d'une contravention de grande voirie, la société LMRA et conclut à ce que le tribunal :

1°) ordonne à la société LMRA de retirer les bennes entreposées sur le domaine public fluvial sur le chemin de halage, entre les PK 48,000 et 48,135, en rive gauche sur le canal de la Haute-Deûle, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 40 euros par jour de retard ;

2°) de condamner la société LMRA au paiement d'une amende de 300 euros ;

3°) de mettre à la charge de la société le versement d'une somme de 400 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'établissement public soutient qu'une infraction aux dispositions de l'article L. 2132-10 du code général de la propriété des personnes publiques a été constatée par un procès-verbal de contravention de grande voirie dressé le 7 mars 2022.

La saisine a été communiquée à la société LMRA qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été fixée au 19 juillet 2023 par une ordonnance du 18 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code des transports ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Leguin, vice-présidente, en application de l'article L. 774-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leguin,

- et les conclusions de Mme Grard, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

Sur l'atteinte au domaine public fluvial :

1. Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous. ". Aux termes de l'article L. 2132-10 du même code : " Nul ne peut procéder à tout dépôt ni se livrer à des dégradations sur le domaine public fluvial, les chemins de halage et francs-bords, fossés et ouvrages d'art, sur les arbres qui les bordent, ainsi que sur les matériaux destinés à leur entretien. Le contrevenant est passible d'une amende de 150 à 12 000 €. Il est également tenu de remettre les lieux en état ou de rembourser les frais d'enlèvement ou de remise en état d'office acquittés par l'autorité administrative compétente ".

2. Ces dispositions visent à maintenir le domaine public fluvial dans un état permettant qu'il en soit fait un usage conforme à sa destination et à assurer la sécurité de la navigation. Elles s'appliquent à tout objet qui fait obstacle à un tel usage. Elles imposent à la personne qui a commis l'action qui est à l'origine de l'infraction de procéder à l'enlèvement de l'objet qui a été la cause de la contravention et, à défaut, mettent à sa charge les frais de l'enlèvement auquel l'administration gestionnaire du domaine public fluvial peut procéder d'office.

3. Il résulte de l'instruction, et notamment des mentions du procès-verbal de contravention de grande voirie dressé le 7 mars 2022, par un agent commissionné et assermenté de Voies Navigables de France (VNF), à l'encontre de la société LMRA, que de nombreuses bennes lui appartenant sont installées entre les points kilométriques 48,000 et 48,135 en rive gauche sur le canal de la Haute-Deûle, sur le territoire de la commune de Pont-à-Vendin. Il apparaît que ces bennes occupent sans droit ni titre le domaine public fluvial. Ces faits constituent la contravention prévue et réprimée par les dispositions précitées de l'article L. 2132-10 du code général de la propriété des personnes publiques, qui interdisent le dépôt d'objet sur les chemins de halage.

Sur l'action publique :

4. Lorsqu'il retient la qualification de contravention de grande voirie s'agissant de faits qui lui sont soumis, le juge est tenu d'infliger une amende au contrevenant. Même si les textes ne prévoient pas de modulation des amendes, le juge, qui est le seul à les prononcer, peut moduler leur montant dans la limite du plafond que constitue le montant de l'amende prévu par ces textes et du plancher que constitue le montant de la sanction directement inférieure, pour tenir compte de la gravité de la faute commise, laquelle est appréciée au regard de la nature du manquement et de ses conséquences.

5. Dans les circonstances de l'espèce et eu égard à la nature de la contravention de grande voirie en cause, il y a lieu de condamner la société LMRA au paiement d'une amende de 1 000 euros.

Sur l'action domaniale :

6. Lorsqu'il qualifie de contravention de grande voirie des faits d'occupation irrégulière d'une dépendance du domaine public, il appartient au juge administratif, saisi d'un procès-verbal accompagné ou non de conclusions de l'administration tendant à l'évacuation de cette dépendance, d'enjoindre au contrevenant de libérer sans délai le domaine public et, s'il l'estime nécessaire et au besoin d'office, de prononcer une astreinte. Celle-ci court à compter de la date d'effet de l'injonction, sauf à ce que le juge diffère le point de départ de l'astreinte dans les conditions qu'il détermine.

7. En l'espèce et ainsi qu'il a été dit au point 3 du présent jugement, la présence de bennes appartenant à la société LMRA entre les points kilométriques 48,000 et 48,135 en rive gauche sur le canal de la Haute-Deûle, sur le territoire de la commune de Pont-à-Vendin est constitutive d'une contravention de grande voirie. Par ailleurs, il n'apparaît pas au vu des pièces versées au dossier que ces faits auraient cessé à la date du présent jugement. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre à la société LMRA de procéder, sans délai et à ses frais, à l'évacuation de ces bennes, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par VNF sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La société LMRA est condamnée à payer une amende de 1 000 (mille) euros.

Article 2 : Il est enjoint à la société LMRA de procéder, sans délai et à ses frais, à l'évacuation des bennes lui appartenant du domaine public fluvial, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : Les conclusions présentées par Voies Navigables de France sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera adressé à Voies navigables de France pour notification à la société LMRA dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.

Copie sera transmise au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.

La magistrate désignée,

Signé

AM. LEGUINLa greffière

Signé

S. SING

La République mande et ordonne au ministre des transports en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,