Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2204044

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2204044
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formationjuge unique (6)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 juin 2022, Mme B A demande au tribunal d'annuler la décision du 14 avril 2022, notifiée par courrier du 6 mai 2022, par laquelle la caisse d'allocations familiales du Nord a refusé de lui accorder une remise d'un indu d'aide personnelle au logement pour la période allant de janvier 2021 à août 2021, s'élevant à la somme de 798 euros, et de lui accorder une remise de cette dette.

Elle soutient que sa situation financière ne lui permet pas de rembourser la dette en litige.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2022, la caisse d'allocations familiales du Nord conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- Mme A a déclaré seulement le 15 septembre 2021 qu'elle vivait en concubinage depuis le 23 décembre 2020 ;

- le quotient familial de la requérante ne justifie pas une remise de la dette en litige.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Fougères, premier conseiller, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Fougères a été entendu au cours de l'audience publique à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 30 septembre 2021, le directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord a notifié à Mme A un indu d'allocation de logement sociale pour les mois de janvier 2021 à août 2021 inclus d'un montant de 798 euros. Mme A a alors sollicité de la caisse d'allocations familiales du Nord une remise gracieuse de sa dette, demande rejetée par décision du 14 avril 2022, notifiée par courrier du 6 mai 2022. Par la présente requête, Mme A conteste cette décision.

2. D'une part, l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation dispose : " Les aides personnelles au logement () sont régies par le présent livre. / Les aides personnelles au logement comprennent / () 2° Les allocations de logement : () ; b) l'allocation de logement sociale. ". Aux termes de l'article L. 823-9 du même code : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ". Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable à la cause : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré, (). Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 823-3 du code de la construction et de l'habitation : " Les changements survenus, au cours de la période de paiement de l'aide, dans la situation du bénéficiaire ou du ménage font l'objet de justifications fournies avec la demande de révision du montant de l'aide ". L'article R. 823-12 de ce code dispose que : " Les aides personnelles au logement cessent d'être dues à partir du premier jour du mois civil au cours duquel les conditions d'ouverture du droit cessent d'être réunies. / () ". L'article R. 823-13 du même code ajoute : " Tout changement de nature à modifier les droits aux aides personnelles au logement, en particulier tout changement de la composition familiale, prend effet et cesse de produire ses effets selon les règles prévues pour l'ouverture et pour l'extinction des droits définies, respectivement, au premier alinéa de l'article R. 823-10 et au premier alinéa de l'article R. 823-12, sauf en cas de décès du conjoint du bénéficiaire ou d'une personne à charge, où le changement prend effet le premier jour du mois civil suivant celui au cours duquel survient le décès. / () ".

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide personnelle au logement, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.

5. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.

6. En l'espèce, la requérante soutient que sa situation financière ne lui permet pas de rembourser l'indu mis à sa charge, même dans le cadre d'un échéancier. Il résulte de l'instruction, notamment de l'attestation de la caisse d'allocations familiales du Nord du 2 mai 2024, que le quotient familial de la requérante s'élevait à 701 euros en janvier 2023, mais que l'allocataire n'a pas actualisé son dossier, notamment quant à ses ressources, depuis. Invitée par courrier du 6 mai 2024 à justifier de ses ressources et charges actuelles dans un délai de quinze jours, Mme A n'a pas déféré à cette invitation dans le délai imparti, ni même ultérieurement. Il s'ensuit qu'elle n'établit pas se trouver, à la date du présent jugement, dans une situation de précarité financière telle qu'elle ne serait pas en mesure de s'acquitter totalement de sa dette d'allocation de logement sociale, dont le solde restant dû s'élevait à la somme de 478 euros à la date du 6 mai 2022, alors qu'il lui est loisible de solliciter un échéancier de paiement adapté à sa situation financière. Dans ces conditions, sans qu'il soit besoin d'examiner la bonne foi de la requérante, les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de la décision attaquée et à la remise gracieuse de sa dette doivent être rejetées.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.

Le magistrat désigné,

signé

V. Fougères

La greffière,

signé

I. Baudry

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,