mercredi 26 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2204188 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | FABRE & ASSOCIEES, SOCIÉTÉ D'AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 3 juin 2022, le 2 janvier 2023 et le 20 février 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Artois, représentée par Me de Berny, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Lens et la société Am Trust France au versement de la somme de 13 977,84 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 23 mars 2022 au titre de ses débours exposés pour le compte de son assuré, M. E D ;
2°) de mettre à la charge solidaire du centre hospitalier de Lens et de la société Am Trust France la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ;
3°) de mettre à la charge solidaire du centre hospitalier de Lens et de la société Am Trust France la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité du centre hospitalier de Lens est engagée sans faute en raison de la survenue d'une infection nosocomiale au cours de la prise en charge de M. D au sein de ce centre et ayant causé un déficit fonctionnel permanent de 25 % ;
- elle a pris en charge les frais découlant des conséquences médicales de cette infection à hauteur de la somme totale de 13 999,84 euros se décomposant comme suit, avant soustraction d'une franchise d'un montant de 22 euros :
* 12 280,32 euros au titre des frais hospitaliers ;
* 1 079,84 euros au titre des frais médicaux ;
* 360,68 euros au titre des frais pharmaceutiques ;
* 125,70 euros au titre des frais de transport ;
* 153,30 euros au titre des frais futurs ;
- le relevé de ses débours et l'attestation d'imputabilité sont de nature à établir l'imputabilité des sommes demandées à l'infection litigieuse ;
- M. D était affilié au régime général durant la période au cours de laquelle elle a pris en charge ses dépenses de santé.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 juillet 2022, la société Relyens, nouvelle dénomination de la Société Hospitalière d'Assurances Mutuelles (SHAM) représentée par Me Vandenbussche, conclut à sa mise hors de cause dans la présente instance et à ce que soit mise à la charge de la CPAM de l'Artois la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'elle n'assurait pas le centre hospitalier de Lens à la date à laquelle M. D a été infecté.
Par des mémoires enregistrés le 1er septembre 2022, le 10 novembre 2022 et le 14 février 2023, le centre hospitalier de Lens, représenté par Me Tordjman, doit être regardé comme concluant :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à la mise à la charge de la CPAM de l'Artois de la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) à titre subsidiaire, à ce qu'une mesure d'expertise aux fins d'évaluation du déficit fonctionnel permanent subi par M. D soit ordonnée ;
4°) à titre infiniment subsidiaire, à la limitation de la somme sollicitée par la CPAM de l'Artois au titre de ses débours à hauteur de 13 611,40 euros ;
5°) au rejet du surplus des conclusions de la CPAM de l'Artois.
Il fait valoir que :
- sa responsabilité n'est pas engagée dès lors que l'infection nosocomiale subie par M. D au cours de son hospitalisation au sein de ce centre lui a causé un déficit fonctionnel permanent supérieur à 25 % impliquant une prise en charge de ses préjudices au titre de la solidarité nationale ;
- le rapport de l'expertise diligentée par la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) est insuffisant concernant l'évaluation du taux du déficit fonctionnel permanent subi par M. D de telle sorte qu'une nouvelle expertise est nécessaire ;
- M. D n'était pas affilié auprès de la CPAM de l'Artois au cours de la prise en charge des suites de son infection mais auprès de la mutualité sociale agricole (MSA) Nord Pas-de-Calais ;
- la CPAM de l'Artois ne produit aucune attestation d'imputabilité et certaines sommes dont elle sollicite le remboursement figure déjà parmi la créance de la MSA Nord Pas-de-Calais ;
- les prétentions de la CPAM de l'Artois doivent être réduites à une somme de 13 611,40 euros se décomposant comme suit, avant soustraction d'une franchise de 22 euros :
* 12 280,32 euros au titre des frais hospitaliers ;
* 866,70 euros au titre des frais médicaux ;
* 360,68 euros au titre des frais pharmaceutiques ;
* 125,70 euros au titre des frais de transport ;
- la société Am Trust France n'était pas son assureur mais seulement le représentant de celui-ci sur le sol français.
M. D, la société Am Trust France et la MSA Nord Pas-de-Calais ont été mis en cause dans la présente instance mais n'ont pas produit de mémoire.
Par une ordonnance du 5 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Riou, président-rapporteur,
- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,
- les observations de Me Laseraz, substituant Me Fabre, représentant le centre hospitalier de Lens et la société AM Trust France et de Me Lalieu, substituant Me Vandenbussche, représentant la société Relyens.
Considérant ce qui suit :
1. Le 18 septembre 1989, M. D a chuté d'un échafaudage et a présenté un traumatisme complexe des deux coudes ayant nécessité la pose de deux implants en silicone. En raison d'un enraidissement douloureux ressenti à la fin de l'année 2008 au niveau du coude gauche, le patient a bénéficié de la mise en place le 17 février 2009 d'une prothèse totale au niveau de ce coude. Une réintervention a toutefois été réalisée le 29 décembre 2009 en raison d'un descellement de cette prothèse. Ayant de nouveau subi des douleurs au niveau du coude gauche à la fin de l'année 2012, M. D a bénéficié d'une radiographie le 4 janvier 2013 et d'un scanner le 26 janvier suivant qui ont permis de diagnostiquer un descellement bipolaire de la prothèse et une fracture osseuse avec un risque de fracture de l'ulna. Le patient a donc été hospitalisé du 11 au 16 avril 2013 au sein du centre hospitalier de Lens afin que soit réalisé le 12 avril un changement de prothèse totale. Cependant, le 13 mai 2013, M. D a présenté un écoulement citrin au niveau de la cicatrice avec un phénomène inflammatoire. Une antibiothérapie préventive a en conséquence été mise en place. Le 17 juin 2013, une ponction sur un abcès du coude a été réalisée et a permis de diagnostiquer la présence d'un staphylococcus epidermis. M. D a été hospitalisé du 2 au 11 juillet 2013 afin que soit réalisé un lavage à ciel ouvert de la prothèse du coude gauche puis durant plusieurs semaines en centre de rééducation. Une nouvelle antibiothérapie a en outre été mise en place. Le 25 septembre 2014, il a été noté au cours d'une consultation médicale un descellement massif de la prothèse du coude gauche ainsi qu'une suppuration chronique au niveau de la cicatrice. L'antibiothérapie débutée en 2013 a été stoppée le 20 mai 2015 en vue de la réalisation d'une biopsie. M. D a été hospitalisé du 16 au 30 juin 2015 afin que soit réalisée le 17 juin cette biopsie, l'ablation de la prothèse, une décortication et la mise en place d'une nouvelle prothèse. Les prélèvements réalisés au cours de cet acte chirurgical ont permis de confirmer la présence d'un staphylococcus epidermidis résistant à de nombreux antibiotiques. Une nouvelle antibiothérapie a donc été mise en place et arrêtée le 4 août 2015. Le patient a de nouveau été hospitalisé pour une ablation partielle du fixateur externe de la prothèse du coude du 19 au 21 août 2015. Ce fixateur a été totalement retiré au cours d'une hospitalisation du 4 au 6 novembre 2015.
2. Le 24 décembre 2015, M. D a saisi la CCI qui a confié le 12 septembre 2016 une mission d'expertise au Dr A, infectiologue, et au Dr C, chirurgien orthopédiste. Sur la base du rapport d'expertise établi le 26 février 2017, la CCI a estimé par un avis du 29 mars suivant, rectifié le 28 avril 2017, que la responsabilité du centre hospitalier de Lens était engagée. Par un courrier du 21 mars 2022, la CPAM de l'Artois a présenté auprès du centre hospitalier de Lens une demande indemnitaire préalable tendant au remboursement des débours qu'elle indique avoir exposés pour le compte de M. D en raison de l'infection subie par celui-ci. Par une décision du 18 mai 2022, le centre hospitalier de Lens a rejeté la demande de la caisse. Par sa requête, la CPAM demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Lens à lui rembourser le montant de ses débours.
Sur le recours subrogatoire de la CPAM de l'Artois :
3. La CPAM de l'Artois exerce sur les réparations dues au titre des préjudices subis par M. D le recours subrogatoire prévu par les dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
En ce qui concerne l'identité de l'assureur du centre hospitalier de Lens :
4. D'une part, si la CPAM de l'Artois a initialement demandé au tribunal de condamner solidairement la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), devenue la société Relyens à lui verser le montant de ses débours, il résulte de l'instruction que cette société n'assure le centre hospitalier que depuis le 1er janvier 2018 en application d'un marché public conclu le 19 janvier 2018. Le germe pathogène à l'origine de l'infection subie par la victime ayant été introduit dans l'organisme de celle-ci au décours d'une intervention réalisée le 12 avril 2013, la société Relyens, qui n'était pas à cette date l'assureur du centre hospitalier défendeur, est fondée à solliciter sa mise hors de cause dans la présente instance.
5. D'autre part, il résulte de l'instruction, que par lettre du 17 août 2017 présentant " AM Trust international " comme sa marque commerciale (" trading style of AM Trust France SAS ") et se désignant comme représentante en France de " AM Trust international ", assureur du centre hospitalier, la SAS Am Trust France a informé l'ONIAM de ce qu'elle refusait d'adresser à M. D une offre d'indemnisation. Ayant refusé elle-même de présenter une offre d'indemnisation dans la procédure engagée en application de l'article L. 1142-14 du code de la santé publique, elle doit être regardée comme ayant la qualité d'assureur, au sens de ces dispositions, du centre hospitalier. Il ne résulte en outre pas de l'instruction que, comme il le soutient, le centre hospitalier aurait contracté avec la compagnie AM Trust international underwriters DAC et non avec la société AM Trust France. Le centre hospitalier ne produit à ce titre aucun contrat d'assurance qui le lierait, pour la période en cause, à une autre société que la société AM Trust France qui doit donc, en sa qualité d'assureur, faire l'objet d'une condamnation solidairement avec le centre hospitalier de Lens.
En ce qui concerne l'existence d'une subrogation de la CPAM de l'Artois :
6. Il résulte de l'instruction que par un courrier du 26 septembre 2019, la MSA Nord Pas-de-Calais, indiquant que M. D était son assuré, a demandé au centre hospitalier de Lens de lui rembourser le montant des débours qu'elle a exposé pour son compte. Il résulte cependant de l'instruction, et en particulier du relevé des débours définitifs produit par la CPAM et de l'attestation d'imputabilité de son médecin-conseil, qui constituent des éléments de preuve suffisants, que la caisse a pris à sa charge avant l'enregistrement de sa requête, une somme globale de 13 977,84 euros au titre de ses débours pour le compte de M. D qu'elle présente comme étant son assuré. En outre, la MSA Nord Pas-de-Calais, mise en cause dans la présente instance, n'a présenté aucune conclusion aux fins de recouvrement de ses éventuelles propres débours et n'a, en conséquence, nullement remis en cause les créances de la CPAM de l'Artois. Par suite, le courrier de la MSA du 26 septembre 2019 produit par le centre hospitalier de Lens en défense n'est pas de nature à renverser le faisceau d'indice tendant à établir l'existence d'une subrogation de la caisse requérante. Le moyen tiré de l'absence de subrogation de cette caisse à l'égard de M. D doit dès lors être écarté.
En ce qui concerne le principe de la responsabilité du centre hospitalier de Lens :
7. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. / () ". Aux termes de l'article L. 1142-1-1 du même code : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : / 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales ; / () ". Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.
8. Il résulte de l'instruction et en particulier du rapport de l'expertise diligentée par la CCI qu'à la suite de l'intervention chirurgicale du 12 avril 2013 au sein du centre hospitalier de Lens, M. D a présenté dès le 13 mai suivant les symptômes d'une infection par un staphylococcus epidermidis dont la présence au niveau du site opératoire a été diagnostiquée le 17 juin 2013 et dont il ne résulte pas de l'instruction qu'il était présent ou en incubation avant la prise en charge au sein de ce centre. Eu égard à la localisation du germe pathogène au niveau de la zone opératoire et de l'apparition des symptômes infectieux un peu plus d'un mois après l'intervention, l'infection subie par M. D doit être regardée comme étant survenue au décours de cette intervention. Par suite, l'infection subie par la victime doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial, caractère au demeurant non remis en cause par le centre hospitalier défendeur qui ne se prévaut d'aucune cause de cette infection étrangère à l'hospitalisation dans le cadre de la présente instance.
9. Il résulte en outre de l'instruction que par leur rapport, les experts ont estimé que le déficit fonctionnel permanent subi par M. D doit être évalué à 30 %, dont 15 % sont liés au caractère ballant du coude gauche, coude du bras non dominant et qui peut faire l'objet d'un appareillage, et dont 15 % sont liés à un déficit de l'épaule correspondant à une limitation de l'élévation et de l'antépulsion à 80° essentiellement liée au déficit du coude. Les experts estiment cependant qu'eu égard aux antécédents présentés pas la victime, le changement de la prothèse du coude gauche réalisé le 12 avril 2013 ne lui aurait pas permis, même en l'absence d'infection, de recouvrer le plein usage de ce coude et que le déficit fonctionnel permanent lié à l'infection subie doit être en conséquence évalué à hauteur de 20 %. Si, pour remettre en cause cette évaluation, le centre hospitalier de Lens se prévaut du barème indicatif d'évaluation des taux d'incapacité du concours médical, il résulte de ce barème qu'un coude ballant appareillable au niveau du membre non dominant occasionne un déficit fonctionnel qu'il y a lieu d'évaluer entre 10 et 15 % et qu'une limitation du mouvement antérieur de l'épaule non dominante de 85° et 60° occasionne un déficit qu'il y a lieu d'évaluer respectivement à 15 et 20 %. Par conséquent, contrairement à ce que fait valoir le centre défendeur, l'évaluation des experts apparaît conforme à ce barème. Ce centre se prévaut également de l'avis de son médecin-conseil, le Dr B, selon lequel les experts auraient dû ne pas prendre en compte la possibilité d'un appareillage du coude. Une telle méthode d'évaluation n'apparaît cependant pas conforme au barème mentionné plus haut qui effectue une distinction d'évaluation selon la possibilité de mettre en place ou non un appareillage, un coude non appareillable se trouvant nécessairement dans un état plus dégradé qu'un coude pouvant faire l'objet d'un appareillage. De plus, si ce médecin-conseil soutient que le déficit subi par la victime à l'épaule gauche doit être réévalué à 20 %, il n'apporte aucun élément notamment de la littérature médicale de nature à renverser l'appréciation portée par les experts sur ce point. Si le Dr B relève également que les experts n'ont pas tenu compte de l'état psychologique et psychiatrique de la victime dans le cadre de leur évaluation, il résulte de l'instruction et de leur rapport que la victime s'est plainte d'un syndrome dépressif lié aux mycoses subies du fait du traitement antibiotique, aux difficultés à dormir avec le fixateur externe de la prothèse et aux douleurs chroniques. Un tel syndrome trouverait ainsi en partie son origine dans l'état antérieur de la victime. Il résulte cependant de ce rapport que la victime n'a fait l'objet d'aucune prise en charge psychologique ou psychiatrique et que si un antidépresseur lui a été prescrit ainsi que le relève le médecin-conseil, cette thérapie avait en réalité une visée antalgique. La réalité du syndrome dépressif dont se prévaut le centre hospitalier de Lens n'est par suite pas établie et ne doit donc pas être prise en considération dans l'évaluation du déficit fonctionnel permanent. Enfin, le médecin-conseil relève que les experts n'ont pas pris en considération le déficit subi par la victime au niveau de son poignet gauche. Il résulte en effet de l'instruction, à savoir du rapport d'expertise, que la mobilité du poignet était de 20/60 en flexion-extension alors qu'il résulte du barème du concours médical que la mobilité dans le secteur utile est de 0 à 60° pour la flexion du poignet. M. D présente ainsi un déficit que les experts n'ont pas pris en compte dans leur évaluation globale du déficit fonctionnel permanent telle que présentée plus haut. Il ne résulte cependant pas de l'instruction, en particulier pas de l'avis du médecin-conseil du centre défendeur, que le déficit subi par M. D au niveau du poignet, dont la date d'apparition ne ressort d'aucune des pièces du dossier, trouverait son origine en tout ou partie dans l'infection subie par la victime, notamment eu égard à ses antécédents médicaux. Il y a lieu, par conséquent, d'évaluer le déficit fonctionnel permanent subi par M. D en lien avec l'infection litigieuse à hauteur de 20 % ainsi que l'ont fait les experts.
10. Il résulte de ce qui précède que la responsabilité du centre hospitalier de Lens se trouve engagée sur le fondement des dispositions précitées du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique. Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Lens à titre subsidiaire tendant à ce qu'une mesure d'expertise relative au déficit fonctionnel permanent subi par M. D soit ordonnée doivent par conséquent être écartées, une telle expertise n'ayant pas un caractère d'utilité.
En ce qui concerne l'évaluation des débours :
11. Il résulte du rapport des experts missionnés par la CCI, non contesté par les parties sur ce point, que la date de consolidation de l'état de santé de M. D doit être fixée au 30 juin 2016, soit un an après la fin de l'hospitalisation au cours de laquelle la prothèse infectée a été remplacée.
S'agissant des débours avant consolidation :
12. En premier lieu, la caisse requérante justifie, en ce qui concerne les frais hospitaliers, avoir pris en charge l'hospitalisation du 2 au 11 juillet 2013 intervenue à la suite de la découverte du germe pathogène et au cours de laquelle la prothèse du coude gauche a fait l'objet d'un lavage à ciel ouvert pour une somme totale de 12 280,32 euros. Cette hospitalisation étant nécessairement en lien avec l'infection litigieuse ainsi que cela ressort de l'attestation d'imputabilité produite par la caisse requérante, celle-ci est fondée à demander le remboursement de cette somme dont le montant n'est pas remis en cause par le centre hospitalier de Lens.
13. En deuxième lieu, la CPAM justifie avoir exposé des frais médicaux pour un montant global de 1 079,66 euros. Il résulte tout d'abord de l'instruction, à savoir du relevé détaillé des débours de la caisse que la victime a bénéficié de soins infirmiers et de la venue d'un auxiliaire médical entre le 17 juillet 2013 et le 13 novembre 2015 pour des sommes globales respectives de 121,20 euros et 37,50 euros non remises en cause en défense. Ces soins ayant été réalisés au cours d'une période où la victime subissait les effets handicapants de l'infection nosocomiale et les répercussions des interventions réalisées pour son traitement, ils doivent être regardés comme étant en lien avec l'infection. La caisse est par conséquent fondée à obtenir le remboursement des sommes exposées à ce titre. Il résulte par ailleurs de l'instruction que la CPAM a exposé une somme de 212,96 euros au titre de séances de kinésithérapie réalisées entre le 25 août et le 2 novembre 2015. Si le centre hospitalier défendeur, s'appuyant sur un compte rendu d'une consultation du 28 mai 2013 retranscrit dans le rapport d'expertise faisant état à cette date d'un arrêt de la kinésithérapie, fait valoir que le lien de causalité entre ces consultations postérieures et l'infection n'est pas établi, il résulte cependant de l'instruction que le germe pathogène responsable de l'infection litigieuse n'a été isolé que postérieurement à cette consultation de telle sorte que le choix à cette date de stopper la kinésithérapie ne saurait être regardé comme ayant été définitif. Il résulte en outre de l'instruction que les séances dont la CPAM demande le remboursement ont été réalisées entre l'hospitalisation au cours de laquelle la prothèse a été remplacée et l'hospitalisation au cours de laquelle le fixateur externe de la nouvelle prothèse a été retiré. La kinésithérapie réalisée au cours de cet intervalle doit par suite être regardée comme trouvant son origine dans l'infection litigieuse. La CPAM de l'Artois est par conséquent fondée à demander le remboursement de la somme qu'elle sollicite sur ce point. Il résulte aussi de l'instruction, à savoir du relevé détaillé des débours et de l'attestation d'imputabilité que la caisse requérante a pris en charge en raison de la survenue de l'infection litigieuse des consultations chirurgicales les 26 août 2013, 9 septembre 2013, 23 septembre 2013 et 11 octobre 2013 pour une somme globale de 124 euros (26 x 3 + 46). La CPAM est par suite fondée à obtenir le remboursement de cette somme non remise en cause par le centre hospitalier défendeur. Enfin, si la CPAM se prévaut de divers frais médicaux exposés entre le 17 avril 2014 au 16 juin 2016 pour une somme totale de 609 euros (24 x 23 + 57), elle n'en allègue pas la nature qui ne résulte pas de l'attestation d'imputabilité ou du relevé détaillé de ses débours. En l'absence de tout lien établi entre ces frais et l'infection subie, la victime subissant d'autres affections sans lien avec cette infection, la CPAM n'est pas fondée à en obtenir le remboursement. Dès lors, la CPAM est fondée à obtenir, au titre des frais médicaux, une somme totale de 495,66 euros.
14. En troisième lieu, la CPAM justifie avoir exposé des frais pharmaceutiques pour un montant total de 360,68 euros correspondant, ainsi que cela ressort de l'attestation d'imputabilité qui les liste, à la prescription d'antibiotiques, d'antalgiques et de pansements liés à l'infection, principalement de janvier à août 2015. La CPAM de l'Artois est par suite fondée à obtenir le remboursement de cette somme non remise en cause en défense.
15. En quatrième et dernier lieu, la CPAM justifie avoir exposé des frais de transports pour une somme totale de 125,70 euros correspondant aux coûts des transports réalisés à l'entrée et à la sortie de l'hospitalisation du 2 au 11 juillet 2013 occasionnée en raison de l'infection litigieuse ainsi que cela a été exposé plus haut. Ce transport étant ainsi imputable à l'infection nosocomiale, la CPAM est fondée à obtenir le versement de cette somme dont le montant n'est pas remis en cause par le centre hospitalier de Lens.
16. Il résulte de ce qui précède que la CPAM de l'Artois est fondée à solliciter au titre de ses débours avant consolidation le versement de la somme de 13 262,36 euros (12 280,32 + 495,66 + 360,68 + 125,70).
S'agissant des débours futurs :
17. La CPAM sollicite au titre de ses débours futurs une somme de 153,30 euros. Il résulte de l'instruction, à savoir du rapport d'expertise, que la prescription d'antalgiques à la suite de la date de consolidation est imputable à l'infection litigieuse. Il résulte en outre de l'instruction, à savoir de l'attestation d'imputabilité, que la CPAM de l'Artois a pris en charge la prescription d'un gramme de paracétamol par jour pendant trois ans après la consolidation. La somme sollicitée par la caisse quant à ses débours futurs doit être regardée comme correspondant, eu égard à son montant, à ces frais pharmaceutiques. Ces frais étant liés à l'infection litigieuse, la CPAM est fondée à en obtenir le remboursement.
18. Il résulte de tout ce qui précède que la CPAM de l'Artois est fondée à obtenir la condamnation du centre hospitalier de Lens à lui verser, déduction faite d'une franchise constante de 22 euros, la somme de 13 393,66 euros ((13 262,36 + 153,30) - 22). Les conclusions présentées à titre principal en défense par ce centre et tendant au rejet de la requête doivent par suite être elles-mêmes rejetées. Toutefois, le centre hospitalier de Lens acceptant à titre infiniment subsidiaire de verser à la CPAM de l'Artois une somme supérieure de 13 611,40 euros, il y a lieu de condamner ce centre à verser cette somme.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
19. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que, d'une part, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité, et, d'autre part, que la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.
20. Eu égard à ce qui vient d'être exposé, la somme allouée à la CPAM de l'Artois au titre de ses débours exposés pour le compte de M. D sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 23 mars 2022, date de réception par les services du centre hospitalier de Lens de sa demande indemnitaire préalable. Ces intérêts seront capitalisés à compter du 23 mars 2023 à minuit, date à laquelle était due une année entière d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de celle-ci.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :
21. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () / En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 visé ci-dessus : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 115 € et 1 162 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2023. "
22. En application des dispositions précitées, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Lens la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
23. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la CPAM de l'Artois, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse au centre hospitalier de Lens la somme qu'il sollicite au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de ce centre une somme de 1 000 euros sur le fondement de ces dispositions.
24. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la CPAM de l'Artois la somme sollicitée par la société Relyens au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La société Relyens est mise hors de cause dans la présente instance.
Article 2 : Le centre hospitalier de Lens et la société AM Trust France sont condamnés solidairement à verser à la CPAM de l'Artois la somme de 13 611,40 euros au titre de ses débours, assortie des intérêts au taux légal à compter du 23 mars 2022. Les intérêts échus à la date du 23 mars 2023 à minuit, puis à chaque échéance annuelle ultérieure à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates afin de produire eux-mêmes intérêts.
Article 3 : Le centre hospitalier de Lens et la société AM Trust France verseront solidairement à la CPAM de l'Artois la somme globale de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 4 : Le centre hospitalier de Lens et la société AM Trust France verseront solidairement à la CPAM de l'Artois la somme globale de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois, au centre hospitalier de Lens, à la société Relyens, à la société par actions simplifiée Am Trust France, à la mutualité sociale agricole Nord Pas-de-Calais et à M. E D.
Délibéré après l'audience du 5 juillet 2023 à laquelle siégeaient :
M. Jean-Michel Riou, président-rapporteur,
M. Vincent Fougères, premier conseiller,
Mme Marjorie Bruneau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2023.
Le président-rapporteur,
signé
J.-M. RIOU
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
signé
V. FOUGÈRES
La greffière,
signé
I. BAUDRY
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026