jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2204205 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | juge unique (5) |
| Avocat requérant | STREAM AVOCATS AND SOLLICITORS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 3 juin 2022, le 16 juin 2023 et le
8 septembre 2023, le préfet du Pas-de-Calais défère au tribunal, comme prévenu d'une contravention de grande voirie, M. A B, armateur du navire " Le Précurseur ", immatriculé BL 899829 à Boulogne-sur-Mer. Il demande au tribunal de condamner M. B à la peine d'amende prévue par le code pénal pour les contraventions de cinquième classe pour avoir déversé des poissons dans les eaux du port de Calais sans procéder à la remise en état du plan d'eau.
Il soutient que :
- sans procéder à l'information préalable obligatoire auprès des autorités portuaires
de ses opérations de débarquement, le navire " Le Précurseur " a rejeté dans les eaux du port de Calais un grand nombre de poissons, constatés flottant en surface auprès du navire et aux abords du quai de la Colonne ; le contrevenant n'a pas procédé au nettoyage du plan d'eau ni informé la capitainerie de Calais ;
- les faits établis par le procès-verbal constituent la contravention prévue par l'article
R. 5333-28 du code des transports et réprimée à l'article R. 5337-1 du même code et aux articles 14 et 28 de l'arrêté n° 18006329 portant application du règlement particulier de police du port de Boulogne-sur-Mer.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 août 2022 et le 21 juillet 2023,
M. A B, représenté par Me Desplanques conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête :
2°) à titre subsidiaire, à la limitation du montant de l'amende ;
3°) à la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la procédure suivie est entachée d'irrégularités dès lors, d'une part, que la notification du procès-verbal de contravention est intervenue au-delà du délai fixé par les dispositions de l'alinéa 1er de l'article L. 774-2 du code de justice administrative et d'autre part, que le tribunal administratif n'a pas été saisi conformément aux dispositions de l'article
L. 774-2 du code de justice administrative, l'autorité administrative ayant omis de dresser acte de la notification ;
- la contravention dressée à son encontre n'est pas matériellement constituée car il n'est pas rapporté la preuve que la présence des poissons lui est imputable ; le préfet procède d'une présomption de culpabilité et opère un renversement de la charge de la preuve ; l'agent assermenté ayant dressé le procès-verbal n'a pas été témoin direct des rejets de poissons qui lui sont imputés ;
- à supposer que la présence de poissons flottant en surface des eaux bordant le quai de la Colonne lui sont imputables, l'élément matériel de l'infraction prévue par l'article
R. 5333-28 du code des transports n'est pas caractérisé ;
- la contravention de grande voierie n'emportant aucune conséquence grave, une dispense de peine devrait être retenue ou, à tout le moins, une condamnation proportionnée.
La clôture d'instruction a été reportée au 12 octobre 2023 par une ordonnance du
8 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénal ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code des transports ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Féménia, vice-présidente, en application de l'article L. 774-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 septembre 2024 :
- le rapport de Mme Féménia,
- et les conclusions de M. Borget, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet du Pas-de-Calais défère au tribunal comme prévenu d'une contravention de grande voirie, M. A B, armateur du navire " Le Précurseur " immatriculé BL 899829 à Boulogne-sur-Mer. Il demande au tribunal de condamner M. B à la peine d'amende prévue par le code pénal pour les contraventions de cinquième classe pour avoir déverser des poissons dans les eaux du port de Calais sans procéder à la remise en état du plan d'eau.
Sur l'action publique :
En ce qui concerne la régularité des poursuites :
2. Aux termes de l'article L. 774-2 du code de justice administrative :
" Dans les dix jours qui suivent la rédaction d'un procès-verbal de contravention, le préfet fait faire au contrevenant notification de la copie du procès-verbal. () La notification est faite dans la forme administrative, mais elle peut également être effectuée par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. / La notification indique à la personne poursuivie qu'elle est tenue, si elle veut fournir des défenses écrites, de les déposer dans le délai de quinzaine à partir de la notification qui lui est faite. / Il est dressé acte de la notification ; cet acte doit être adressé au tribunal administratif et y être enregistré comme les requêtes introductives d'instance ".
3. Les dispositions de l'article L. 774-2 du code de justice administrative, qui imposent que tout procès-verbal constatant une contravention de grande voirie soit transmis dans le délai de dix jours suivant sa rédaction au contrevenant désigné, afin de permettre à ce dernier de présenter ses observations en défense devant le tribunal administratif, sont cependant indissociables du dernier alinéa de cet article qui impose de dresser acte de la notification de ce procès-verbal et de l'adresser au tribunal compétent. Ainsi que le rappelle cet article, seule cette transmission au tribunal est de nature à saisir ce dernier et à engager l'action publique contre le contrevenant. En outre, le délai de dix jours prescrit par l'article L. 774-2 du code de justice administrative pour la notification au contrevenant par le préfet de la copie du procès-verbal de contravention de grande voirie n'est pas prescrit à peine de nullité de la procédure dès lors qu'il n'est pas porté atteinte aux droits de la défense.
4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, le procès-verbal de contravention de grande voirie établi le 17 mai 2022 a été régulièrement notifié à M. B le 2 juin 2022. L'acte de notification précisait que la présentation d'observations en défense était possible dans le délai de quinze jours. Par suite, M. B qui n'a pas été privé de la possibilité de rassembler des éléments de preuves utiles à sa défense, ne peut utilement se prévaloir de ce que cette notification aurait été tardive pour soutenir que la procédure de contravention de grande voirie poursuivie à son encontre serait irrégulière.
5. En second lieu, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet n'a pas dressé acte de notification dès lors qu'il a communiqué au tribunal une copie du procès-verbal du
17 mai 2022 accompagné de l'accusé de notification signé par le contrevenant. Il ne résulte d'aucune disposition législative ou règlementaire que cette transmission doit être effectuée dans un délai précis sous peine d'irrégularité. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 774-2 du code de justice administrative doit être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé de la contravention de grande voirie :
6. Aux termes de l'article R. 5333-28 du code des transports :
" Conformément aux dispositions de l'article L. 5337-1, il est notamment défendu :
1° De porter atteinte au plan d'eau et à la conservation de ses profondeurs :
b) En jetant ou en laissant tomber des terres, des décombres, des déchets ou des matières quelconques dans les eaux du port et de ses dépendances ; () Tout déversement, rejet, chute et généralement tout apport de matériau ou salissure quelle qu'en soit l'origine doit être immédiatement déclaré à la capitainerie. Le responsable des rejets ou déversements, et notamment le capitaine ou le patron du navire, bateau ou engin flottant ou le manutentionnaire, est tenu à la remise en état du domaine public, notamment par le nettoyage du plan d'eau et des ouvrages souillés par ces déversements et, le cas échéant, le rétablissement de la profondeur des bassins ; " Aux termes de l'article L. 5337-1 du même code : " Sans préjudice des sanctions pénales encourues, tout manquement aux dispositions du chapitre V du présent titre, à celles du présent chapitre et aux dispositions réglementant l'utilisation du domaine public, notamment celles relatives aux occupations sans titre, constitue une contravention de grande voirie réprimée dans les conditions prévues par les dispositions du présent chapitre. ".
7. La personne qui peut être poursuivie pour contravention de grande voirie est, soit celle qui a commis ou pour le compte de laquelle a été commise l'action qui est à l'origine de l'infraction, soit celle sous la garde de laquelle se trouvait la chose qui a été la cause du dommage.
8. Il résulte de l'instruction, et notamment des mentions du procès-verbal dressé le 17 mai 2022 par l'officier assermenté du port de Boulogne-sur-Mer, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, qu'il a été constaté à 14h05 la présence d'un grand nombre de poissons rejetés dans les eaux du port aux abords du quai de Colonne, alors que stationnait à ce même endroit le navire " Le Précurseur " immatriculé BL 899829, lequel est entré dans le port de Calais sans avertir au préalable la capitainerie de ses opérations de débarquement.
9. M. B fait valoir que la contravention n'est pas matériellement constituée car d'une part, l'agent assermenté ayant dressé le procès-verbal n'a pas été témoin direct des rejets des poissons qui sont imputés à son navire et d'autre part, que la présence de poissons, produits de la pêche destinés à la vente, ne peut être assimilée à " des terres ",
" des décombres ", " des déchets " ou " des matières quelconques ", dont le rejet est sanctionné par les dispositions de l'article R. 5333-28 du code des transports par une contravention de grande voirie. Toutefois, si M. B soutient que le rédacteur du procès-verbal n'a pas été le témoin oculaire de l'ensemble des faits qu'il a relaté dans le procès-verbal, cette circonstance est sans incidence sur la régularité de la procédure dès lors que les énonciations dudit
procès-verbal sont corroborées par les photographies jointes au procès-verbal, lesquelles établissent que l'agent assermenté a constaté effectivement la présence de poissons aux abords du quai de Colonne alors que stationnait à ce même endroit le navire " Le Précurseur ", ainsi que par la déclaration de capture jointe également au procès-verbal permettant d'établir le rapprochement entre les poissons rejetés à l'eau et les produits de la pêche du navire
" Le Précurseur ". Par ailleurs, ces faits, matériellement établis, constituent une atteinte au plan d'eau et à la conservation de ses profondeurs au sens des dispositions précitées de l'article
L. 5335-28 du code des transports qui n'excluent nullement les rejets de poissons au titre de l'infraction de déversement de déchets dans les eaux d'un port.
10. Il résulte de ce qui précède que l'infraction prévue par les dispositions précitées de l'article L. 5335-28 du code des transports est matériellement constituée à l'égard de
M. B.
Sur l'action domaniale :
11. Dès qu'il est saisi par une autorité compétente, le juge doit se prononcer tant sur l'action publique que sur l'action domaniale, que lui soient ou non présentées des conclusions en ce sens. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'infraction constatée est instantanée et n'a porté aucune atteinte à l'intégrité du domaine public portuaire. Par suite, l'action domaniale est sans objet.
Sur le montant de l'amende :
12. Aux termes de l'article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve des textes spéciaux édictant des amendes d'un montant plus élevé, l'amende prononcée pour les contraventions de grande voirie ne peut excéder le montant prévu par le 5° de l'article 131-13 du code pénal. / Dans tous les textes qui prévoient des peines d'amendes d'un montant inférieur ou ne fixent pas le montant de ces peines, le montant maximum des amendes encourues est celui prévu par le 5° de l'article 131-13. / Dans tous les textes qui ne prévoient pas d'amende, il est institué une peine d'amende dont le montant maximum est celui prévu par le 5° de l'article 131-13. / () ". Selon l'article L. 131-13 du code pénal : " Constituent des contraventions les infractions que la loi punit d'une amende n'excédant pas 3 000 euros. / Le montant de l'amende est le suivant : / () / 4° 750 euros au plus pour les contraventions de la 4e classe ; / 5° 1 500 euros au plus pour les contraventions de la 5e classe () ".
13. Lorsqu'il retient la qualification de contravention de grande voirie s'agissant des faits qui lui sont soumis, le juge est tenu d'infliger une amende au contrevenant, alors même que les dispositions précitées ne prévoient pas de modulation des amendes, le juge, qui est le seul à les prononcer, peut toutefois, dans le cadre de ce contentieux répressif, moduler leur montant dans la limite du plafond prévu par la loi et du plancher que constitue le montant de la sanction directement inférieure, pour tenir compte de la gravité de la faute commise, laquelle est appréciée au regard de la nature du manquement et de ses conséquences.
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner le contrevenant au paiement à l'Etat d'une amende de 750 euros pour l'infraction relevée à son encontre.
Sur les frais liés à l'instance :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est condamné à payer une amende de 750 (sept cent cinquante) euros.
Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur l'action domaniale.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié au préfet du Pas-de-Calais et à M. A B, dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.
Copie sera transmise, pour information, au directeur régional des finances publiques des
Hauts-de-France et du département du Pas-de-Calais.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
La magistrate désignée,
Signé
J. FéméniaLa greffière
Signé
M. C
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026