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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2204491

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2204491

lundi 29 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2204491
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formationjuge unique (3)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 juin 2022 et le 20 juin 2024, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. C B, représenté par Me Defrennes, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 mars 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Nord lui a infligé une amende administrative d'un montant de 3 531 euros au titre de l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles, ensemble la décision explicite du 18 mai 2022 rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge du département du Nord la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'un vice de procédure dès lors que d'une part les faits retenus par le rapport d'enquête sont erronés ou insuffisants ;

- l'auteur du rapport d'enquête a fait preuve de partialité en retenant qu'il n'a pas été coopératif ;

- elles sont entachées d'erreur d'appréciation dès lors que :

- la communauté de vie et la communauté d'intérêt financier avec Mme A ont définitivement cessé ;

- il n'a pas exercé d'activité dans le cadre de la création de sa société et ne peut être qualifié de travailleur indépendant ;

- ses revenus fonciers sont pris en compte sans déduire le déficit foncier dont il bénéficie ;

- ses revenus étant nuls, aucune fraude n'est avérée ;

- elles sont entachées de détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense enregistrés les 1er mars et 10 juin 2024, le département du Nord conclut, dans le dernier état de ses écritures, au non-lieu à statuer.

Il fait valoir que, par un certificat du 21 mai 2024, il a annulé l'amende dont était redevable M. B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Horn pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Horn, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un contrôle de la situation de M. B et du réexamen de ses droits qui s'en est suivi, la caisse d'allocations familiales du Nord a décidé de récupérer auprès de l'intéressé, le 7 mai 2021, un indu de solidarité active (INK/001) d'un montant de 17 658,81 euros pour la période de mai 2018 à avril 2021 et des indus de prime exceptionnelle de fin d'année (ING/001 ; ING/002 ; ING/003) et d'aide exceptionnelle de solidarité (INQ/001 ; INQ/002) d'un montant total de 757,35 euros. Par un courrier du 12 juillet 2021, M. B a formé un recours administratif préalable auprès du président du conseil départemental du Nord contre l'indu de solidarité active (INK/001). Par un courrier du même jour, reçu le 13 juillet 2021, M. B a formé un recours administratif auprès de la caisse d'allocations familiales du Nord contre les indus de prime exceptionnelle de fin d'année (ING/001 ; ING/002 ; ING/003) et d'aide exceptionnelle de solidarité (INQ/001 ; INQ/002). Le 6 septembre 2021, son recours administratif dirigé contre l'indu de solidarité active a été expressément rejeté par le président du conseil départemental du Nord. Par un courrier du 15 décembre 2021, le président du conseil départemental du Nord a informé M. B qu'il envisage de lui infliger une amende administrative d'un montant de 3 531 euros au titre de l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles. Par un courrier du 28 mars 2022, le président du conseil départemental du Nord a infligé cette amende. Par un courrier du 6 mai 2022, reçu le 10 mai suivant, M. B a formé un recours gracieux contre cette décision, lequel a été explicitement rejeté par le président du conseil départemental du Nord le 18 mai 2022. Par sa requête, M. B demande d'annuler la décision du 28 mars 2022 ainsi que la décision explicite de rejet de son recours administratif.

Sur l'exception de non-lieu à statuer soulevée en défense :

2. Le département du Nord fait valoir en défense que suite à l'annulation, par un jugement du tribunal administratif de Lille n° 2108723 du 18 avril 2024, de l'indu revenu de solidarité active (INK/001) d'un montant de 17 658,81 euros relatif à la période de mai 2018 à avril 2021, les services départementaux ont par certificat administratif du 21 mai 2024 annulé l'amende dont était redevable M. B. Il résulte de l'instruction que, le président du conseil départemental du Nord a attesté de ce que M. B n'est plus redevable de l'amende administrative d'un montant de 3 531 euros. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision comporte la mention des voies et délais de recours ni qu'ait été communiquée au requérant avant le 10 juin 2024, date de la communication du second mémoire en défense du département du Nord. Dans ces conditions, le certificat du 21 mai 2024, qui doit être regardé comme ayant retiré la décision du 28 mars 2022, n'est pas devenu définitif de sorte que l'exception de non-lieu à statuer soulevée en défense doit être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles, dans sa version applicable au litige : " La fausse déclaration ou l'omission délibérée de déclaration ayant abouti au versement indu du revenu de solidarité active est passible d'une amende administrative prononcée et recouvrée dans les conditions et les limites définies, en matière de prestations familiales, aux sixième, septième, neuvième et dixième alinéas du I, à la seconde phrase du onzième alinéa du I et au II de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale. La décision est prise par le président du conseil départemental après avis de l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 262-39 du présent code () ". En vertu de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale, le montant de la pénalité est fixé en fonction de la gravité des faits.

4. D'une part, il résulte de ces dispositions que le président du conseil départemental peut sanctionner, par l'amende administrative qu'elles prévoient, des fausses déclarations ou des omissions délibérées de déclaration ayant abouti à un versement indu du revenu de solidarité active. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.

5. D'autre part, il appartient au juge administratif, saisi d'une contestation portant sur une sanction que l'administration inflige à un administré, de prendre une décision qui se substitue à celle de l'administration. Par suite, compte tenu des pouvoirs dont il dispose ainsi pour contrôler une sanction telle que l'amende infligée, le juge se prononce sur la contestation dont il est saisi comme juge de plein contentieux.

6. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'enquête établi le 22 décembre 2020, que Mme A est connue à l'adresse de résidence de M. B auprès de nombreuses institutions dont la caisse primaire d'assurance maladie, Pôle emploi, les services fiscaux et la préfecture du Nord à compter d'août 2016 et jusqu'à la date d'établissement du rapport d'enquête. Si le requérant a indiqué au contrôleur être célibataire et que Mme A n'était qu'une son amie, il ressort des termes mêmes des écritures du requérant qu'il a eu " un temps " une vie commune avec Mme A et que " cette communauté de vie a définitivement cessé ", sans donner toutefois d'indication concernant la ou les périodes de vie commune. Il résulte également de l'instruction que de juin 2017 à décembre 2018, M. B a procédé à des virements de son allocation de revenu de solidarité active de son compte bancaire vers le compte de Mme A et que M. B a reçu des virements de Mme A en juin et juillet 2020 d'un montant respectif de 100 et 255 euros. Le requérant et Mme A ont également eu un compte commun ouvert de septembre 2018 à mars 2019, soit pendant une partie la période correspondant à l'indu en litige. De plus, il est constant qu'ils sont gérants à part égal des sociétés civiles immobilières SCI MSH Habitat, MS Habitat 2 et MS Habitat 3. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment du procès-verbal de l'assemble générale extraordinaire de la SCI Habitat 3 du 9 juillet 2014, que le requérant est redevable à Mme A de 9 800 euros correspondant au financement de travaux décidé dans le cadre de la société civile immobilière dont ils sont co-associés, ce qui est de nature à expliquer le reversement de son revenu de solidarité active à Mme A pendant 1 an et demi. Il résulte également de l'instruction que Mme A a payé des cotisations de contrat d'assurance habitation de décembre 2018 à novembre 2020 et des mensualités d'un contrat de fourniture d'électricité entre novembre 2017 et novembre 2019, dans les deux cas pour un appartement situé à une autre adresse. En outre, s'agissant des relations financières entre le requérant et Mme A, le montant des virements versés à Mme A ne sont pas connus et ceux au bénéfice de M. B sont d'un montant ne permettant pas de considérer qu'ils mettent en commun leurs ressources et leurs charges. De plus, le requérant justifie que l'ouverture d'un compte commun en septembre 2018 résultait de la volonté de Mme A de profiter de l'occasion de percevoir le versement offert par la banque pour toute ouverture de compte joint associé à un livret. Ainsi, eu égard à ce qui vient d'être dit, la vie de couple de Mme A et de M. B de mai 2018 à avril 2021 ne résulte pas d'un faisceau d'indices concordants. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la décision du 28 mars 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Nord lui a infligé une amende administrative d'un montant de 3 531 euros ainsi que la décision explicite du 18 mai 2022 rejetant son recours gracieux sont entachées d'erreur d'appréciation.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'ensemble des décisions contestés.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu de mettre à la charge du département du Nord la somme de 1 200 euros au profit de M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 28 mars 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Nord lui a infligé une amende administrative d'un montant de 3 531 euros ainsi que la décision explicite du 18 mai 2022 rejetant son recours gracieux sont annulées.

Article 2 : Le département du Nord versera à M. B la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la caisse d'allocations familiales du Nord et au département du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

J. HORNLe greffier,

Signé

A. COUET

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

No 2204491

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