Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2204538
mercredi 5 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2204538 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | juge unique (6) |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 juin 2022 et 18 avril 2024, Mme A B, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais a refusé de lui accorder une remise de sa dette de prime d'activité correspondant à un trop-perçu de 3 533,43 euros pour la période du 1er janvier 2021 au 31 décembre 2021 ;
2°) de lui accorder la remise de sa dette.
Elle soutient que :
- elle ignorait son obligation de déclaration et est donc de bonne foi ;
- son quotient familial a diminué du fait de la fin du versement de la pension de réversion à compter du mois d'avril 2022 ;
- sa situation financière actuelle ne lui permet pas de rembourser sa dette.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2023, la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que la requérante ne peut bénéficier d'une remise de sa dette compte tenu de ses omissions de déclarations de ressources et de son quotient familial qui s'élevait alors à la somme de 844 euros.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lançon, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, le rapport de Mme Lançon a été entendu et, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Après un contrôle sur pièces de la situation personnelle de Mme B, la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais a procédé à la révision de ses droits à la prime d'activité et lui a notifié un indu de 3 533,43 euros pour la période du 1er décembre 2021 au 31 décembre 2021, résultant de l'omission de déclaration du montant de la pension de réversion perçue sur la période. Par une décision du 1er juin 2022, la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais a refusé de lui accorder la remise gracieuse de cette dette. Par la présente requête, Mme B conteste cette décision et demande que lui soit accordée la remise de la dette de prime d'activité précitée.
2. Aux termes de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. () La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".
3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de prime d'activité, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.
4. D'une part, il résulte de l'instruction que Mme B, née le 14 avril 2001, était bénéficiaire, à compter du 7 avril 2019, d'une pension de réversion du fait du décès de sa mère, qu'elle a omis de déclarer trimestriellement au titre de la période courant du mois de janvier 2021 au mois de décembre 2021. Cependant, elle a procédé, tardivement mais spontanément, au signalement de cette erreur auprès de la CAF du Pas-de-Calais et a procédé, en janvier 2022, aux déclarations rectificatives correspondantes. Pour écarter la bonne foi de la requérante et lui refuser la remise gracieuse de sa dette, la CAF du Pas-de-Calais a retenu que les déclarations de l'intéressée portant sur la pension de réversion étaient tardives de plus de six mois. En défense, l'organisme se borne à soutenir que le trop-perçu de prime d'activité a pour origine le comportement de l'allocataire en raison de " l'erreur commise lors de la déclaration initiale des ressources trimestrielles ". Dans ces conditions, et eu égard à la nature des ressources ainsi omises et au formulaire de déclaration qui comprend les rubriques " salaires ", " indemnités chômage ", " pensions alimentaires ", " si autres ressources précisez " et " argent placé ", Mme B doit être regardée comme pouvant raisonnablement ignorer qu'elle était dans l'obligation de déclarer la pension de réversion reçue du fait du décès de sa mère. Dès lors, la requérante doit être regardée comme de bonne foi.
5. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction, compte tenu du quotient familial communiqué par la caisse le 23 avril 2024, non contesté, de 774 euros, dernière date d'actualisation, et de la situation de Mme B, qui vit seule, est bénéficiaire de l'allocation d'aide au retour à l'emploi, que cette dernière présenterait une situation de précarité telle qu'il y ait lieu de lui accorder une remise de dette. Dans ces circonstances, sa demande de remise de dette doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Copie sera adressée, pour information, à la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.
La magistrate désignée,
signé
L.-J. LançonLa greffière,
signé
I. Baudry
La République mande et ordonne la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2204538
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