lundi 17 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2204947 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | juge unique (6) |
| Avocat requérant | AXONE DROIT PUBLIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 30 juin 2022, le 15 janvier 2024 et le 26 janvier 2024, la société à responsabilité limitée (SARL) TFAM et la société anonyme (SA) Helvetia Assurances, représentées par Me Lootgieter, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner l'établissement public Voies Navigables de France à verser à la société Helvetia Assurances la somme de 1 847,70 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 25 avril 2022 et avec capitalisation des intérêts, en réparation du préjudice matériel subi par le bateau " Le Lutèce " le 21 juin 2019 sur le canal du Nord ;
2°) de condamner Voies Navigables de France à verser à la société TFAM la somme totale de 6 851,84 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 25 avril 2022 et avec capitalisation des intérêts, en réparation du préjudice matériel par le bateau " Le Lutèce " le 21 juin 2019 sur le canal du Nord ;
3°) de mettre à la charge de Voies Navigables de France une somme de 1 000 euros à verser à chacune de ces sociétés au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la responsabilité de Voies Navigables de France est engagée, dès lors que le dommage s'est produit à l'occasion de la bassinée à l'intérieur de l'écluse pilotée à distance et qu'il n'est pas justifié du bon entretien de l'écluse en litige ;
- l'établissement Voies Navigables de France n'a fait réaliser une expertise qu'en date du 17 juillet 2019, bien qu'avisé dès le 21 juin 2019 du démontage de l'inverseur-réducteur endommagé le 25 juin 2019 et de la possibilité d'examiner le bateau à cette occasion ;
- le rapport d'expertise du cabinet Tech Flu n'est pas impartial et doit être écarté ;
- les préjudices de la société TFAM comprennent le remboursement de la somme de 3 758, 84 euros au titre des frais de remise en état de son bateau et la somme de 3 093 euros au titre de la perte d'exploitation subie du fait du dommage ; l'impossibilité d'embrayer à la suite de l'accident et l'existence d'un sifflement démontrent que l'inverseur-réducteur avait bien été endommagé ;
- la société Helvetia Assurances est subrogée dans les droits de son assuré à hauteur de la somme de 1 847,70 euros, au titre des dépenses qu'elle a pris en charge comprenant notamment la facture de la société LM Diving pour un montant de 1 027,70 euros,
Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 octobre 2022 et le 25 janvier 2024, Voies Navigables de France, établissement public administratif, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 500 euros soit mise à la charge des sociétés TFAM et Helvetia Assurances au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la présence d'une anode dans le sas de l'écluse de Sains-les-Marquion n'est pas établie ; la déclaration d'avarie s'est bornée à relater les propos du conducteur du bateau de la société TFAM ; l'accident aurait dû être signalé par radio à l'éclusier dès le choc ; la circonstance que les plongeurs aient remonté une anode de l'hélice du bateau ne permet pas d'établir le lieu de l'accident ni le lien de causalité avec l'ensemble des dommages invoqués ;
- une surveillance régulière de l'écluse en litige a été réalisée, au moyen de caméras de surveillance et, à supposer que l'accident ait eu lieu au niveau de l'écluse de Sains-les-Marquion, l'anode était immergée et ne pouvait être détectée ;
- en adressant le matériel endommagé aux Pays-Bas, moins de quatre jours après le dommage, la société TFAM n'a pas permis à l'expert d'assurer sa mission, faisant obstacle à la détermination de l'origine du dommage ;
- l'expert, spécialisé dans le domaine fluvial, a établi ses conclusions après avoir échangé avec la société en charge des réparations et a conclu que les dommages étaient dus à une usure normale de l'hélice et à un défaut de jeu du réducteur-inverseur.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des transports ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Fougères, premier conseiller, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fougères, magistrat désigné ;
- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 21 juin 2019, alors qu'il naviguait sur le canal du Nord en direction de Gand pour livrer de l'orge, le conducteur du bateau " Lutèce ", appartenant à la société TFAM qui l'exploite, a signalé lors de son passage à l'écluse de Palluel au personnel de Voies Navigables de France (VNF) avoir ressenti un choc vers 10h30 à la sortie de l'écluse de Sains-lès-Marquion ayant entraîné l'arrêt du moteur situé à bâbord. Après avoir fait intervenir une société spécialisée, qui a sorti une anode de l'hélice du bateau en début d'après-midi, il a été constaté que l'inverseur-réducteur de l'arbre à bâbord était endommagé et devait être changé, ce qui a été réalisé le 27 juin 2019. L'assureur de Voies Navigables de France a fait réaliser une expertise le 17 juillet 2019. La société Helvetia Assurances a indemnisé son assuré à hauteur de 1 847,70 euros. Par courrier recommandé du 25 avril 2022, reçu le lendemain, cette compagnie d'assurances a sollicité, tant pour son compte que pour le compte de son assuré, le versement par VNF d'une somme de 8 699,10 euros. Par la présente requête, la société TFAM et la société Helvetia Assurances demandent au tribunal de les indemniser des préjudices qu'elles estiment avoir subis du fait du défaut d'entretien du canal du Nord.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne la responsabilité de VNF :
2. Aux termes de l'article L. 4311-1 du code des transports : " L'établissement public de l'Etat à caractère administratif dénommé " Voies navigables de France " : / 1° Assure l'exploitation, l'entretien, la maintenance, l'amélioration, l'extension et la promotion des voies navigables ainsi que de leurs dépendances () ".
3. Il appartient à l'usager d'un ouvrage public qui demande réparation d'un préjudice qu'il estime imputable à cet ouvrage de rapporter la preuve de l'existence d'un lien de causalité entre le préjudice invoqué et l'ouvrage. Le maître de l'ouvrage ne peut être exonéré de l'obligation d'indemniser la victime qu'en rapportant, à son tour, la preuve soit de l'entretien normal de l'ouvrage, soit que le dommage est imputable à une faute de la victime ou à un cas de force majeure.
4. En l'espèce, si les sociétés requérantes soutiennent que le dommage dont elles se prévalent s'est produit à la sortie de l'écluse de Sains-lès-Marquion, il résulte de l'instruction que celui-ci est en tout état de cause intervenu au niveau du canal du Nord, ouvrage public dont l'entretien incombe à VNF, entre les écluses de Sains-lès-Marquion et Palluel, où une anode, coincée au niveau de l'hélice à bâbord, a été remontée par les plongeurs de la société belge LM Service. De son côté, VNF, en invoquant la circonstance que le canal est emprunté quotidiennement par de nombreux navires et qu'une caméra de vidéo-surveillance est située au niveau de l'écluse de Sains-lès-Marquion, n'établit pas que l'anode en litige aurait été projetée dans le canal peu de temps avant l'accident au point de se trouver dans l'incapacité d'enlever ou de signaler en temps utile cet objet dangereux pour les navires. Cet établissement public ne produit en outre aucun élément tendant à attester qu'il procèderait, ne serait-ce qu'épisodiquement, à des inspections propres à déceler les éventuels obstacles à la circulation en vue d'assurer au public un usage de l'ouvrage conforme à sa destination. Ainsi, VNF ne rapporte pas la preuve de l'entretien normal de l'ouvrage qui lui incombe.
En ce qui concerne l'indemnisation des préjudices :
5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la société Helvetia Assurances a pris en charge la facture du 29 juin 2019, d'un montant de 1 027,70 euros, correspondant aux frais exposés pour faire intervenir des plongeurs afin de dégager l'anode de l'hélice du bateau. VNF sera en conséquence condamnée au remboursement de cette facture.
6. En deuxième lieu, si une anode bloquait l'hélice située à bâbord du " Lutèce ", le rapport d'expertise de la société Tech-Flu du 17 juillet 2019 ne mentionne que de légères déformations compatibles avec un usage normal d'exploitation. Dès lors que les sociétés requérantes ne rapportent pas la preuve que ces déformations n'existaient pas antérieurement aux faits du 21 juin 2019, alors que le bateau " Le Lutèce " a été construit en 1964 et qu'il n'est pas allégué, ni justifié, de ce que cette hélice aurait récemment été changée avant le 21 juin 2019, les légères déformations de cette hélice ne peuvent être imputées à l'anode en litige. Les sociétés requérantes ne sont donc pas fondées à solliciter le remboursement de la facture établie par la société Moordtgat située à Anvers, en Belgique. Par ailleurs, il est sollicité le remboursement de la facture de la société EscoPower, d'un montant de 2 783,40 euros, au titre du changement de l'inverseur-réducteur de l'arbre à bâbord. Cependant, il résulte du rapport d'expertise de la société Tech-Flu, corroboré par les mentions figurant sur cette facture, que ce changement a été rendu nécessaire par un défaut de jeu d'origine et non par un choc à la chaîne cinématique, de sorte que les sociétés requérantes ne sont pas fondées à en solliciter le remboursement.
7. En dernier lieu, il résulte, d'une part, de ce qui a été dit précédemment que l'anode a été dégagée dans les heures ayant suivi le blocage constaté au niveau de l'hélice et, d'autre part, qu'il n'est pas établi que les légères déformations au niveau de l'hélice ont été causées par cette anode et qu'elles la rendaient impropre à son usage, tandis que le changement de l'inverseur-réducteur n'est pas davantage en lien avec les faits du 21 juin 2019. En conséquence, la société TFAM n'est pas fondée solliciter de Voies Navigables de France l'indemnisation d'une perte d'exploitation, laquelle n'apparaît pas en relation avec le dommage.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
8. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que, d'une part, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité, et, d'autre part, que la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.
9. La somme allouée à la société Helvetia Assurances sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 25 avril 2022, date de réception de sa demande préalable. Les intérêts échus à la date du 25 avril 2023 à minuit, puis à chaque échéance annuelle ultérieure à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates afin de produire eux-mêmes intérêts.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Helvetia Assurances, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Voies Navigables de France demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société TFAM, la somme que Voies Navigables de France demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Voies Navigables de France la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la société Helvetia Assurances et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : L'établissement Voies Navigables de France est condamné à verser à la société Helvetia Assurances une somme de 1 027,70 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 25 avril 2022. Les intérêts échus à la date du 25 avril 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : Voies Navigables de France versera à la société Helvetia Assurances la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée (SARL) TFAM, à la société anonyme (SA) Helvetia Assurances et à l'établissement public administratif Voies Navigables de France.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2025.
Le magistrat désigné,
signé
V. Fougères
La greffière,
signé
B. Deltour
La République mande et ordonne au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026