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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2205619

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2205619

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2205619
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formationjuge unique (3)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de Mme A Franchomme contestant le refus du département du Nord de lui accorder l'aide sociale à l'hébergement. Le juge a d'abord déclaré la juridiction administrative incompétente pour statuer sur le montant de l'obligation alimentaire, cette question relevant du juge judiciaire en vertu des articles L. 134-3 et L. 132-6 du code de l'action sociale et des familles. Sur le fond, statuant en plein contentieux, le tribunal a examiné les droits de l'intéressée en application des articles L. 132-1 et L. 132-3 du même code, ainsi que des articles 205 et 208 du code civil. La solution retenue n'est pas explicitement mentionnée dans l'extrait fourni, mais le tribunal a conclu au rejet de la requête, confirmant ainsi la légalité de la décision du département.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 juillet 2022 et 2 août 2022, Mme A Franchomme, assistée de sa fille Mme C B, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 juin 2022, confirmant celle du 6 avril 2022, par laquelle le président du conseil départemental du Nord a rejeté sa demande d'aide sociale à l'hébergement à compter du 26 octobre 2021 ;

2°) d'accorder la prise en charge de ses frais d'hébergement au titre de l'aide sociale ;

3°) de modifier le montant dû au titre de l'obligation alimentaire.

Elle soutient que :

- elle n'est pas en mesure de payer les sommes mises à sa charge;

- il convient de mettre à contribution ses deux enfants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2024, le département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître de la question relative au montant de l'obligation alimentaire ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique à l'issue de laquelle l'instruction a été close en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A Franchomme, qui a intégré un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes le 26 octobre 2021, a demandé son admission au bénéfice de l'aide sociale à l'hébergement auprès des services du département du Nord. Par deux décisions des 6 avril 2022 et 22 juin 2022, le président du conseil départemental du Nord a rejeté cette demande et le recours administratif préalable obligatoire formé par Mme C B, fille et obligée alimentaire de Mme A Franchomme. Par sa requête, Mme Franchomme demande au tribunal d'annuler la décision du 22 juin 2022.

Sur l'exception d'incompétence :

2. Aux termes de l'article L. 134-3 du code de l'action sociale et des familles : " Le juge judiciaire connaît des litiges : 1° Résultant de l'application de l'article L. 132-6 ". Il résulte de ces dispositions, combinées à celles, susmentionnées, de l'article L. 132-6 du même code, que relèvent de la compétence de la juridiction judiciaire les recours des obligés alimentaires contestant les décisions prises par le département pour obtenir le remboursement des sommes avancées par la collectivité. Par suite, les conclusions tendant à ce que le juge modifie le montant dû par Mme B au titre de l'obligation alimentaire doivent être rejetées comme présentées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur le droit de Mme Franchomme à l'aide sociale à l'hébergement :

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide sociale, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.

4. D'une part, aux termes de l'article L. 132-1 du code de l'action sociale et des familles : " Il est tenu compte, pour l'appréciation des ressources des postulants à l'aide sociale, des revenus professionnels et autres et de la valeur en capital des biens non productifs de revenu, qui est évaluée dans les conditions fixées par voie réglementaire ". Aux termes de l'article L. 132-3 du même code dans sa rédaction alors en vigueur : " Les ressources de quelque nature qu'elles soient à l'exception des prestations familiales, dont sont bénéficiaires les personnes placées dans un établissement au titre de l'aide aux personnes âgées ou de l'aide aux personnes handicapées, sont affectées au remboursement de leurs frais d'hébergement et d'entretien dans la limite de 90 %. Toutefois les modalités de calcul de la somme mensuelle minimum laissée à la disposition du bénéficiaire de l'aide sociale sont déterminées par décret. () ". Il résulte de ces dispositions que les personnes âgées hébergées en établissement au titre de l'aide sociale doivent pouvoir disposer librement de 10 % de leurs ressources et que la somme ainsi laissée à leur disposition ne peut être inférieure à 1 % du montant annuel du minimum vieillesse. Ces dispositions doivent être interprétées comme devant permettre à ces personnes de subvenir aux dépenses qui sont mises à leur charge par la loi et sont exclusives de tout choix de gestion, telles que les sommes dont elles seraient redevables au titre de l'impôt sur le revenu ou des frais de tutelle.

5. D'autre part, aux termes de l'article 205 du code civil : " Les enfants doivent des aliments à leurs père et mère ou autres ascendants qui sont dans le besoin ". L'article 208 du code civil dispose quant à lui que : " Les aliments ne sont accordés que dans la proportion du besoin de celui qui les réclame, et de la fortune de celui qui les doit. ". Aux termes de l'article L. 132-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les personnes tenues à l'obligation alimentaire instituée par les articles 205 et suivants du code civil sont, à l'occasion de toute demande d'aide sociale, invitées à indiquer l'aide qu'elles peuvent allouer aux postulants et à apporter, le cas échéant, la preuve de leur impossibilité de couvrir la totalité des frais. () La proportion de l'aide consentie par les collectivités publiques est fixée en tenant compte du montant de la participation éventuelle des personnes restant tenues à l'obligation alimentaire. La décision peut être révisée sur production par le bénéficiaire de l'aide sociale d'une décision judiciaire rejetant sa demande d'aliments ou limitant l'obligation alimentaire à une somme inférieure à celle qui avait été envisagée par l'organisme d'admission. () ". Aux termes de l'article L. 132-7 du même code : " En cas de carence de l'intéressé, le représentant de l'Etat ou le président du conseil départemental peut demander en son lieu et place à l'autorité judiciaire la fixation de la dette alimentaire et le versement de son montant, selon le cas, à l'Etat ou au département qui le reverse au bénéficiaire, augmenté le cas échéant de la quote-part de l'aide sociale. ".

6. Il résulte des dispositions précitées que l'aide sociale est subsidiaire, que son montant est fixé en tenant compte de la participation des personnes tenues à l'obligation alimentaire, qu'elle intervient donc après l'aide possible apportée par les obligés alimentaires ou en complément de celle-ci.

7. Il résulte de ces dispositions et des articles L. 134-1 et L. 134-3 du code de l'action sociale et des familles que le juge administratif, à qui il appartient de déterminer dans quelle mesure les frais d'hébergement dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes sont pris en charge par les collectivités publiques au titre de l'aide sociale, est compétent pour fixer, au préalable, le montant de la participation aux dépenses laissée à la charge du bénéficiaire de l'aide sociale et, le cas échéant, de ses débiteurs alimentaires. En revanche, il n'appartient qu'à l'autorité judiciaire d'assigner à chacune des personnes tenues à l'obligation alimentaire le montant et la date d'exigibilité de leur participation à ces dépenses ou, le cas échéant, de décharger le débiteur de tout ou partie de la dette alimentaire lorsque le créancier a manqué gravement à ses obligations envers celui-ci. Dans le cas où cette autorité a, par une décision devenue définitive, statué avant que le juge administratif ne se prononce sur le montant de la participation des obligés alimentaires, ce dernier est lié par la décision de l'autorité judiciaire. S'agissant de la période antérieure à la date à laquelle la décision de l'autorité judiciaire contraint les obligés alimentaires à verser une participation, il revient au juge administratif, en sa qualité de juge de plein contentieux, de s'assurer qu'il ne résulte pas manifestement des circonstances de fait existant à la date à laquelle il statue que la contribution postulée par le département n'a pas été ou ne sera pas versée spontanément par les obligés alimentaires.

8. Il n'est pas contesté qu'à la date de sa demande d'admission à l'aide sociale, Mme Franchomme percevait des revenus mensuels, composés de pensions de retraite à hauteur de 900 euros et de l'aide personnalisée au logement à hauteur de 76 euros, soit un montant cumulé de 976 euros. Les frais d'hébergement mensuels de Mme Franchomme s'élèvent à 2 387 euros. L'intéressée règle 776 euros mensuels. Pour refuser l'aide sociale à l'hébergement de Mme Franchomme, le président du conseil départemental du Nord a estimé que les revenus nets des deux obligées alimentaires pouvaient permettre de couvrir l'intégralité du montant de la différence entre le coût d'hébergement et les ressources de l'intéressée.

9. Toutefois, il résulte de l'instruction, et plus particulièrement de l'extrait d'acte de naissance produit au dossier, que la demi-sœur de Mme B, que le département du Nord a identifié comme obligée alimentaire, est décédée le 7 novembre 2020. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que la contribution de Mme Franchomme à ses frais d'hébergement et la participation de Mme B, obligée alimentaire, suffisent à couvrir l'intégralité des frais d'hébergement de l'intéressée.

10. Il résulte de ce qui précède que la requérante est fondée à soutenir que c'est à tort que, par la décision attaquée, le président du conseil départemental du Nord a rejeté sa demande d'aide sociale à l'hébergement. Il y a donc lieu d'annuler cette décision et de renvoyer Mme Franchomme devant le président du conseil départemental du Nord pour le calcul de ses droits à compter du 26 octobre 2021.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 22 juin 2022 rejetant la demande d'aide sociale à l'hébergement de Mme Franchomme est annulée.

Article 2 : Mme Franchomme est renvoyée devant le président du conseil départemental du Nord pour le calcul de ses droits à compter du 26 octobre 2021, conformément aux motifs de la présente décision.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A Franchomme et au département du Nord.

Copie, pour information, en sera adressée à Mme C B.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

M. DLa greffière,

Signé

S. DEREUMAUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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