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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2205690

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2205690

lundi 24 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2205690
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème chambre
Avocat requérantSARL COMPRENDRE ET DEFENDRE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lille a été saisi par Mme F J et M. C J, agissant en qualité d'ayants droit de D J, décédé, afin d'obtenir la condamnation du centre hospitalier de Lens pour une infection nosocomiale contractée en juin 2008. Le tribunal a retenu la responsabilité sans faute de l'établissement sur le fondement de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, mais a limité cette responsabilité à 40 % en raison de fautes commises par des professionnels de santé libéraux. Il a ainsi condamné le centre hospitalier à verser aux consorts J une somme totale de 8 563,84 euros en réparation des préjudices subis par D J, et a rejeté leurs demandes au titre de leurs préjudices d'affection, l'infection n'étant pas la cause du décès. Les frais d'expertise ont été mis à la charge de l'établissement à hauteur de 40 %.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 juillet 2022 et le 19 septembre 2023, Mme F J et M. C J, représentés par Me Penet, demandent au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier de Lens à leur verser une somme de 82 138,08 euros, ainsi que les intérêts au taux légal à compter du 27 avril 2022 et la capitalisation de ces intérêts, en réparation du préjudice qu'ils estiment que D J, leur époux et père, a subi en raison de sa prise en charge dans cet établissement en juin 2008 ;

2°) de condamner le centre hospitalier de Lens à verser à Mme F J une somme de 10 000 euros, ainsi que les intérêts au taux légal à compter du 27 avril 2022 et la capitalisation de ces intérêts, en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison de la prise en charge de son époux dans cet établissement en juin 2008 ;

3°) de condamner le centre hospitalier de Lens à verser à M. C J une somme de 8 000 euros, ainsi que les intérêts au taux légal à compter du 27 avril 2022 et la capitalisation de ces intérêts, en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi en raison de la prise en charge de son père dans cet établissement en juin 2008 ;

4°) de mettre les dépens à la charge du centre hospitalier de Lens, en ce compris les frais d'expertise judiciaire ;

5°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Lens le verseement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- D J a été victime d'une infection nosocomiale engageant la responsabilité sans faute du centre hospitalier de Lens sur le fondement de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ;

- le rapport d'expertise judiciaire établit le lien de causalité entre cette infection et les séquelles présentées par leur époux et père ;

- les préjudices de D J s'élèvent à un montant global de 82 138,08 euros, se décomposant comme suit :

* 5 600 euros au titre de l'assistance par tierce personne temporaire ;

* 10 838,08 euros en raison de la perte de gains professionnels futurs jusqu'au décès de D J ;

* 6 000 euros au titre de l'incidence professionnelle ;

* 7 700 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;

* 20 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;

* 30 000 euros en raison du déficit fonctionnel permanent de la victime directe ;

* 2 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;

-Mme F J et M. C J ont chacun subi un préjudice d'affection à raison de l'infection nosocomiale précitée, évalué respectivement à 10 000 euros et à 8 000 euros ;

- les frais de l'expertise judiciaire ordonnée par la présidente du tribunal de grande instance de Béthune se sont élevés à la somme de 3 880 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2022, le centre hospitalier de Lens, représenté par Me Vandenbussche, conclut à la limitation des prétentions indemnitaires des requérants à la somme de 8 563,84 euros et à la limitation des frais exposés et non compris dans les dépens à la somme de 1 000 euros.

Il soutient que :

- le rapport d'expertise réalisé à la demande de la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) et l'avis de cette commission établissent qu'en raison des fautes commises par plusieurs professionnels libéraux, la responsabilité du centre hospitalier de Lens doit être limitée à 40 % ;

- les préjudices de D J peuvent être évalués à la somme totale de 21 409,60 euros, avant partage de responsabilité, se décomposant ainsi :

* 3 640 euros au titre de l'assistance par tierce personne temporaire ;

* 4 160 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;

* 13 000 euros au titre des souffrances endurées ;

* 425,30 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;

* 184,30 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;

- dès lors que D J était déjà en arrêt de travail depuis 2006 au moment du dommage, l'incidence professionnelle et la perte de gains professionnels ne sont pas imputables à l'infection nosocomiale en litige ;

- l'infection nosocomiale litigieuse n'ayant entraîné qu'un déficit fonctionnel permanent de 3 % et n'étant pas la cause du décès de D J, les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir d'un préjudice d'affection.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois, qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fougères,

- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique,

- et les observations de Me Cousin, substituant Me Penet, représentant les consorts J.

Considérant ce qui suit :

1. M. D J, né le 23 novembre 1959, qui présentait d'importants antécédents médicaux dont un rétrécissement aortique connu depuis 2003, compliqué d'une fibrillation auriculaire, et en dernier lieu, au début de l'année 2008 une angine de poitrine à l'effort, a été admis le 18 juin 2008 au centre hospitalier de Lens, au sein de l'unité de chirurgie cardiaque de l'Artois dépendant du Groupement de coopération sanitaire de cardiologie interventionnelle de l'Artois, en vue du remplacement, réalisé le lendemain, de l'aorte par un tube porteur valvé par un praticien libéral de la polyclinique de Bois Bernard. Le 24 juin 2008, il a présenté une hyperthermie avec des frissons. Les hémocultures ont révélé la présence d'une infection par le germe staphyloccocus aureus résistant à la méticilline. Une antibiothérapie lui a donc été prescrite. Le 7 juillet 2008, D J a été transféré dans un centre de réadaptation, avant d'être à nouveau admis au centre hospitalier de Lens à compter du 19 juillet 2008 en raison d'un nouvel épisode d'hyperthermie constaté à partir du 15 juillet 2008. Le 21 juillet 2008, D J a été réopéré pour remplacer le tube aortique. En raison de la persistance de l'infection, il a été transféré le 20 août 2008 au service des maladies infectieuses du centre hospitalier de Tourcoing où il est resté hospitalisé jusqu'au 11 octobre 2008. En raison d'une décompensation cardiaque, D J a de nouveau été hospitalisé à compter du 17 août 2009 et a été opéré le 7 septembre 2009 au centre hospitalier régional universitaire de Lille pour le changement du matériel prothétique. Il a regagné son domicile le 6 octobre 2009, après l'implantation le 16 septembre 2009 d'un stimulateur cardiaque.

2. D J a saisi le 16 juin 2009 la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI), laquelle a ordonné une expertise et désigné le docteur A H, chirurgien cardiaque et vasculaire, et le docteur K E, infectiologue, pour y procéder. Les experts ont déposé leur rapport le 18 juillet 2010. Par un avis du 14 septembre 2010, la CCI a conclu à l'apparition d'une endocardite infectieuse dans les suites de la chirurgie du 19 juin 2008 qualifiée d'infection nosocomiale, imputable, selon la commission, à la Polyclinique de Bois-Bernard. D J a sollicité et obtenu de la présidente du tribunal de grande instance de Béthune une mesure d'expertise médicale judiciaire. Les experts, le professeur D G, cardiologue, et le docteur I B, spécialiste en pathologies infectieuses et tropicales, ont déposé leur rapport le 13 septembre 2012. D J a alors assigné l'Hôpital privé Bois-Bernard, venant aux droits de la société Polyclinique Bois Bernard, en responsabilité devant le tribunal de grande instance de Béthune. D J est décédé le 21 janvier 2015 et ses ayants droit ont repris l'instance. Par un arrêt du 1er décembre 2016, la cour d'appel de Douai a rejeté les demandes de ces derniers ainsi que celles de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois. Par un arrêt n° 17-13.561 du 3 mai 2018, la Cour de cassation a rejeté le pourvoi formé par la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois à l'encontre de la décision précitée de la cour d'appel de Douai, au motif que, même lorsqu'un groupement de coopération sanitaire a été conclu entre deux établissements de santé, seul celui dans lequel les soins ont été réalisés peut être responsable de plein droit des dommages résultant d'infections nosocomiales sur le fondement du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique. Après le rejet implicite de leur demande préalable reçue le 27 avril 2022 par le centre hospitalier de Lens, M. C J et Mme F J, demandent au tribunal de condamner cet établissement à leur verser une somme totale de 82 138,08 euros au titre des préjudices subis par D J avant son décès ainsi qu'à les indemniser de leur préjudice d'affection.

Sur la responsabilité du centre hospitalier de Lens :

3. Aux termes du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. "

4. Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.

5. Il résulte de l'instruction que cinq jours après l'intervention chirurgicale du 19 juin 2008, M. J, alors qu'il était encore hospitalisé au centre hospitalier de Lens, a présenté les symptômes d'une infection. Le germe Staphulococcus aureus sensible à la méticilline a été retrouvé dans les hémocultures qui ont été réalisées. En dépit de l'antibiothérapie prescrite, une résurgence de cette infection a été constatée le 19 juillet 2008. Les deux rapports d'expertise réalisés concluent à l'absence de lien entre cette infection et l'état de santé antérieur de M. J et à l'absence de cause étrangère. Il s'ensuit que cette infection présente un caractère nosocomial de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier de Lens, lieu de la prise en charge, sans qu'importe la circonstance que des praticiens soient intervenus à titre libéral dans le cadre du groupement de coopération sanitaire conclu entre l'établissement public hospitalier et la polyclinique de Bois Bernard.

6. Il résulte de l'instruction, notamment des rapports d'expertise, que l'infection nosocomiale contractée par D J au cours de l'opération du 19 juin 2008 a nécessité deux reprises chirurgicales, les 21 juillet 2008 et 7 septembre 2009, plusieurs traitements antibiotiques et la pose d'un pacemaker le 16 septembre 2009. D J a présenté des gênes temporaires en rapport strict avec la complication infectieuse du 18 juin 2008 au 7 septembre 2010. Si les experts relèvent plusieurs manquements dans la prise en charge de l'infection nosocomiale effectuée au centre hospitalier de Lens et si ce dernier fait valoir que ces manquements justifient une limitation de sa responsabilité à hauteur de 40 % du dommage, il résulte du rapport d'expertise judiciaire qu'au regard de l'existence d'une endocardite sur prothèse, de nature par elle-même à entraîner un risque fort de devoir remplacer le matériel prothétique, compliquée par ailleurs d'une infection du site opératoire avec médiastinite et d'une infection périprothétique, ces fautes étaient sans incidence sur la réalisation du dommage. Il s'ensuit que le dommage corporel demeure tout entier en lien direct avec l'infection et ses conséquences, eu égard au taux de déficit fonctionnel permanent retenu à ce titre par les experts, doivent être prises en charge en totalité par l'établissement de santé.

Sur l'évaluation des préjudices :

7. Alors qu'il n'est pas contesté que le décès de M. J n'est pas en lien avec l'infection nosocomiale et dès lors qu'aucune récidive n'a été constatée entre le 1er janvier et le 7 septembre 2010, il y a lieu de retenir, ainsi que l'ont préconisé les experts missionnés par la CCI, la date du 1er janvier 2010 comme la date de consolidation de son état de santé en lien avec cette infection.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux de M. J :

8. En premier lieu, lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel nécessitant de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.

9. En l'espèce, les experts judiciaires retiennent que l'état de santé de M. J a nécessité l'assistance d'une tierce personne du 11 octobre 2008 au 17 octobre 2009 à raison de trois heures par semaine, du 6 au 19 octobre 2009 à raison d'une heure par jour et du 22 octobre 2009 au 1er mars 2010, à raison d'une heure par jour. Compte tenu de la date de consolidation précédemment retenue et des périodes d'hospitalisations de M. J, pendant lesquelles ses besoins en assistance par tierce personne étaient assurés par les établissement hospitaliers, il y a lieu de retenir un besoin d'assistance par tierce personne temporaire du 12 octobre 2008, lendemain de la sortie d'hospitalisation de M. J, au 16 août 2009, la victime étant ré-hospitalisée à compter du lendemain, soit pendant une période comportant 309 jours, puis du 7 octobre 2009, lendemain de la sortie d'hospitalisation, au 18 octobre 2009, veille de son admission au centre hospitalier de Tourcoing, période comportant 12 jours, puis du 23 octobre 2009, lendemain du retour à domicile, au 31 décembre 2009, veille de consolidation, période comportant 70 jours. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours, ainsi que sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche, fixé à 15 euros pour une aide active non spécialisée. Par suite, l'indemnisation due au titre de l'assistance par une tierce personne temporaire doit être fixée à la somme globale de 3 630,60 euros.

10. En deuxième lieu, alors que les experts désignés par la CCI n'ont retenu aucun besoin d'assistance par tierce personne pour la période postérieure au 31 décembre 2009 et dans ces circonstances, compte tenu de la date de consolidation fixée au 1er janvier 2010 et en l'absence d'élément en faveur d'une évolution postérieurement à cette date, il y a lieu de limiter à cette date l'indemnisation du besoin d'assistance par tierce personne.

11. En troisième lieu, les frais d'une expertise ordonnée par la juridiction judiciaire n'entrent pas dans les dépens de l'instance si celle-ci se poursuit finalement devant le juge administratif. En revanche, dès lors que l'expertise en question a été utile à la solution du litige devant le juge administratif, les frais d'expertise sont susceptibles d'être pris en compte comme un préjudice à part entière.

12. En l'espèce, et dès lors que l'expertise judiciaire réalisée par le professeur D G et par le docteur I B a été utile à la solution du litige, les frais et honoraires correspondants, liquidés et taxés à la somme de 3 880 euros, par ordonnance de la présidente du tribunal de grande instance de Béthune du 6 juillet 2011, doivent être inclus dans les préjudices dont les requérants sont fondés à demander l'indemnisation par le centre hospitalier de Lens.

13. En dernier lieu, l'article L. 341-4 du code de la sécurité sociale dispose : " En vue de la détermination du montant de la pension, les invalides sont classés comme suit : / 1°) invalides capables d'exercer une activité rémunérée ; / 2°) invalides absolument incapables d'exercer une profession quelconque ; / 3°) invalides qui, étant absolument incapables d'exercer une profession, sont, en outre, dans l'obligation d'avoir recours à l'assistance d'une tierce personne pour effectuer les actes ordinaires de la vie. "

14. Il résulte de l'instruction que si M. J a été embauché en qualité de vendeur automobile à compter du 1er avril 2006, il a été placé en arrêt maladie à compter du 22 novembre 2006 et il a été mis fin à son contrat de travail au 28 février 2007. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir de l'inclusion, dans le préjudice indemnisable, d'une perte de gains professionnels futurs ou d'une incidence professionnelle.

En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux de M. J :

15. En premier lieu, il résulte tout d'abord de l'instruction que M. J a subi un déficit fonctionnel total du 18 juin au 11 octobre 2008, période comportant 116 jours, puis du 17 août au 6 octobre 2009, période comportant 51 jours, et du 19 au 22 octobre 2009, période comportant quatre jours. Il résulte par ailleurs du rapport d'expertise judiciaire qu'en l'absence d'infection nosocomiale, il aurait subi un déficit fonctionnel total pendant 21 jours. Sur la base d'un taux journalier d'indemnisation de 15 euros, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire subi durant ces périodes d'hospitalisation et imputable à l'infection nosocomiale en litige en l'évaluant à une somme de 2 250 euros.

16. Il résulte également du rapport d'expertise judiciaire, en excluant les journées d'admission et de sortie d'établissement hospitalier, déjà comptabilisées au point qui précède au titre du déficit fonctionnel total, que M. J a subi un déficit fonctionnel de 50 % du 7 au 18 octobre 2009, période comportant douze jours, et un déficit fonctionnel temporaire de 25 % du 12 octobre 2008 au 16 août 2009, période comportant 309 jours, et enfin du 23 octobre au 31 décembre 2009, veille de la consolidation précédemment retenue, période comportant 70 jours. Sur la base d'un taux journalier de 15 euros pour une incapacité totale, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire partiel subi par M. J en l'évaluant à une somme de 1 511,25 euros.

17. En deuxième lieu, il résulte des conclusions expertales que M. J a subi des souffrances physiques et psychiques du fait de son infection nosocomiale, évaluées à 5 sur une échelle de 1 à 7 en raison notamment des deux interventions chirurgicales subies, des séjours en réanimation, des explorations réalisées et des traitements antibiotiques prolongés. Il sera fait une juste appréciation de son préjudice en allouant à ses ayants droit une somme de 14 000 euros à ce titre.

18. En troisième lieu, si les experts désignés par la CCI ont retenu un déficit fonctionnel permanent de 18 % en raison de l'implantation d'un pacemaker, d'une majoration du stress post-traumatique pour M. J et d'une contrainte thérapeutique particulière impliquant une surveillance régulière, il résulte du rapport d'expertise judiciaire, d'une part, que la contrainte thérapeutique avec surveillance régulière aurait existé indépendamment des complications infectieuses, de sorte qu'elle n'est pas imputable à l'infection en litige, et d'autre part, que l'implantation d'un pacemaker est sans incidence sur le taux de déficit fonctionnel permanent. Dans ces circonstances, il y a lieu de retenir un déficit fonctionnel permanent de 3 %, ainsi que l'ont évalué les experts judiciaires. Au regard de l'état antérieur de M. J et de la circonstance que celui-ci, âgé de 50 ans à la date de consolidation, est décédé le 21 janvier 2015, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel permanent subi par la victime directe en allouant à ses ayants droit une somme de 700 euros.

19. En dernier lieu, il résulte des conclusions expertales que M. J a subi, entre la date de consolidation et son décès, un préjudice permanent, évalué à 1,5 sur une échelle allant de 1 à 7, l'infection nosocomiale ayant majoré les éléments cicatriciels liés à l'intervention initiale. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en allouant à ses ayants droit une somme de 300 euros à ce titre.

20. Il résulte de ce qui a été dit aux points 9, 12 et 15 à 19, que le centre hospitalier de Lens doit être condamné à verser aux ayants droit de M. J la somme totale de 26 271,85 euros.

En ce qui concerne les préjudices personnels de M. C J et Mme F J :

21. Au regard des faits décrits au point 1, Mme F J a subi un préjudice d'affection du fait des différentes hospitalisations et examens subis par son époux en raison de l'infection nosocomiale, quand bien même le déficit fonctionnel de celui-ci après consolidation a été évalué à 3%. Cependant, il ne résulte pas de l'instruction que les arrêts de travail et prescriptions de médicaments, postérieurs au décès de M. J, seraient en lien avec l'infection en litige, alors que ce décès n'est lui-même pas imputable à cette infection. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par la requérante en lui allouant une somme de 1 500 euros.

22. Par ailleurs, M. C J, qui était âgé de 13 ans au moment des faits litigieux, a subi un préjudice d'affection du fait des différentes hospitalisations et examens subis par son père en raison de l'infection nosocomiale, indépendamment du taux de déficit fonctionnel permanent retenu. Dans les circonstances de l'espèce, au regard de la période liée à l'infection nosocomiale et alors qu'ainsi qu'il a été dit, le décès de M. J au centre hospitalier de Lens n'est pas en relation avec celle-ci, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en condamnant le centre hospitalier de Lens à lui verser la somme de 1 200 euros.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

23. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que, d'une part, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité, et, d'autre part, que la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.

24. Il résulte de ce qui précède que les sommes allouées aux requérants doivent être assorties des intérêts au taux légal à compter du 27 avril 2022, date de réception de leur demande par le centre hospitalier de Lens. La capitalisation des intérêts ayant été demandée le 27 juillet 2022, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 27 avril 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

En ce qui concerne les dépens :

25. La présente instance n'a pas donné lieu à des dépens, tels qu'énumérés à l'article R. 761-1 du code de justice administrative et par suite, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :

26. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Lens le versement aux requérants d'une somme globale de 1 600 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier de Lens est condamné à verser à Mme F J et M. C J, ayants droit de M. D J, la somme de 26 271,85 euros avec intérêts au taux légal à compter du 27 avril 2022. Les intérêts échus à la date du 27 avril 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : Le centre hospitalier de Lens est condamné à verser à Mme F J la somme de 1 500 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 27 avril 2022. Les intérêts échus à la date du 27 avril 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 3 : Le centre hospitalier de Lens est condamné à verser à M. C J la somme de 1 200 euros avec intérêts au taux légal à compter du 27 avril 2022. Les intérêts échus à la date du 27 avril 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 4 : Le centre hospitalier de Lens versera à Mme F J et M. C J, la somme globale de 1 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme F J, à M. C J, au centre hospitalier de Lens et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois.

Délibéré après l'audience du 3 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Kolbert, président,

M. Fougères, premier conseiller,

M. Goujon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2025.

Le rapporteur,

signé

V.Fougères

Le président,

signé

E. Kolbert La greffière,

signé

J. Vandewyngaerde

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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