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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2205717

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2205717

vendredi 24 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2205717
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formationjuge unique (8)
Avocat requérantSCP AUBERSON DESINGLY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 22 juillet 2022, le 19 octobre 2023 et le 14 novembre 2023, M. C A, représenté par Me Constant Chantrenne, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 3 087,64 euros au titre des arriérés de salaires qui lui sont dus au titre des mois de janvier 2021 à avril 2022 ;

2°) d'enjoindre à l'administration pénitentiaire de régulariser les bulletins de salaires dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a travaillé, entre les mois de janvier 2021 et d'avril 2022, au sein des ateliers du centre de détention de Bapaume ;

- la rémunération qu'il a perçue, au titre des mois de janvier 2021 à avril 2022, n'est pas conforme aux dispositions de l'article D. 432-1 du code de procédure pénale ;

- il est fondé à demander le versement d'une somme supplémentaire de 3 087,64 euros au titre du préjudice financier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut à ce que la somme demandée soit réduite à hauteur de 3 063,70 euros et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- les calculs réalisés par le requérant ne tiennent compte ni de la contribution sociale généralisée (CSG) ni de la contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS) auxquelles il est assujetti ;

- il reconnaît l'existence d'un préjudice financier évalué à hauteur de 3 063,70 euros.

Par une ordonnance du 7 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 décembre 2023 à 14 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'ordonnance n° 96-50 du 24 janvier 1996 ;

- le décret n° 2020-1598 du 16 décembre 2020 ;

- le décret n° 2021-1741 du 22 décembre 2021 ;

- l'arrêté du 27 septembre 2021 relatif au relèvement du salaire minimum de croissance ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les conclusions de M. Christian, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, alors incarcéré au centre de détention de Bapaume, a été classé au sein des ateliers de l'établissement du mois de janvier 2021 au mois d'avril 2022. Par un courrier daté du 7 mai 2022, l'intéressé a adressé au directeur de l'établissement une demande tendant au versement de la somme de 3 354,62 euros, au titre des arriérés de salaires qu'il estime lui être due. Insatisfait de la proposition d'indemnisation à hauteur de la somme de 3 063,70 euros formulée, en réponse à cette demande, par l'administration pénitentiaire, le 12 septembre 2022, M. A demande au tribunal, par la présente requête, de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 3 087,64 euros.

Sur les arriérés de salaire :

2. D'une part, aux termes de l'article 717-3 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " () / La rémunération du travail des personnes détenues ne peut être inférieure à un taux horaire fixé par décret et indexé sur le salaire minimum de croissance défini à l'article L. 3231-2 du code du travail. Ce taux peut varier en fonction du régime sous lequel les personnes détenues sont employées. ". Aux termes de l'article D. 432-1 du même code : " Hors les cas visés à la seconde phrase du troisième alinéa de l'article 717-3, la rémunération du travail effectué au sein des établissements pénitentiaires par les personnes détenues ne peut être inférieure au taux horaire suivant : / 45 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance pour les activités de production ; / () ".

3. L'article 1er des décrets des 16 décembre 2020 et 22 décembre 2021 portant relèvement du salaire minimum de croissance et de l'arrêté du 27 septembre 2021, relatifs au relèvement du salaire minimum de croissance fixent respectivement le montant du salaire minimum de croissance à 10,25 euros l'heure à compter du 1er janvier 2021, à 10,48 euros l'heure à compter du 1er octobre 2021 et à 10,57 l'heure à compter du 1er janvier 2022.

4. D'autre part, aux termes de l'article D. 433-4 du même code : " Les rémunérations pour tout travail effectué par une personne détenue sont versées, sous réserve des dispositions de l'article D. 121, à l'administration qui opère le reversement des cotisations sociales aux organismes de recouvrement et procède ensuite à l'inscription et à la répartition de la rémunération nette sur le compte nominatif des personnes détenues, conformément aux dispositions de l'article D. 434. / Ces rémunérations sont soumises à cotisations patronales et ouvrières selon les modalités fixées, pour les assurances maladie, maternité et vieillesse, par les articles R. 381-97 à R. 381-109 du code de la sécurité sociale. / () ".

5. Aux termes de l'article R. 381-99 du code de la sécurité sociale : " Le taux de la cotisation d'assurance maladie et maternité sur les rémunérations versées aux détenus est fixé à 4,20 % du montant brut de ces rémunérations. Cette cotisation est à la charge de l'employeur. / () ". S'agissant de l'assurance vieillesse, l'article R. 381-104 de ce code prévoit que : " Les cotisations, salariale et patronale, sont fixées au taux de droit commun du régime général. Elles sont assises sur le total des rémunérations brutes des détenus. ". Selon l'article D. 242-4 de ce code, la part salariale du taux de cotisation des assurances vieillesse et veuvage est fixée, à compter du 1er janvier 2017, à 6,90 % de la rémunération dans la limite du plafond prévu au premier alinéa de l'article L. 241-3 et à 0,40 % sur la totalité de la rémunération. Aux termes de l'article R. 381-105 du même code : " Lorsque le travail est effectué pour le compte de l'administration et rémunéré sur les crédits affectés au fonctionnement des services généraux, les cotisations, salariale et patronale, sont intégralement prises en charge par l'administration. / () ". Enfin, aux termes de l'article R. 381-107 de ce code : " La part de cotisation à la charge du détenu est précomptée sur sa rémunération lors de chaque paie, sous réserve de l'application de l'article R. 381-105 ".

6. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que, lorsque le travail est effectué au titre des services généraux de l'établissement pénitentiaire, tant la cotisation pour l'assurance maladie et maternité que les cotisations, salariales et patronales, pour l'assurance vieillesse sont prises en charge par l'employeur. En revanche, lorsque le travail est effectué au titre d'une activité dite de production, seule la cotisation d'assurance maladie et maternité et la cotisation patronale pour l'assurance vieillesse sont prises en charge par l'employeur, à l'exclusion de la cotisation salariale pour l'assurance vieillesse qui reste à la charge de la personne détenue.

7. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 136-1 du code de la sécurité sociale : " Il est institué une contribution sociale sur les revenus d'activité et sur les revenus de remplacement à laquelle sont assujettis : / 1° Les personnes physiques qui sont à la fois considérées comme domiciliées en France pour l'établissement de l'impôt sur le revenu et à la charge, à quelque titre que ce soit, d'un régime obligatoire français d'assurance maladie ; / () ". Aux termes de l'article 14 de l'ordonnance du 24 janvier 1996 relative au remboursement de la dette sociale, dans sa version applicable depuis le 1er septembre 2018 : " I.- Il est institué une contribution assise sur les revenus d'activité et de remplacement mentionnés à la section 1 du chapitre 4 du titre 3 du livre 1 du code de la sécurité sociale perçus par les personnes physiques désignées à ce même article. Cette contribution est soumise aux conditions prévues aux articles L. 136-1-1 à L. 136-4 du même code. / (). ".

8. Il résulte de ces dispositions que la rémunération due aux personnes détenues en contrepartie du travail qu'elles effectuent dans le cadre d'activités de production est assujettie à la contribution sociale généralisée (CSG), ainsi qu'à la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS). En application des dispositions des articles L. 136-1-1, L. 136-2, L. 136-8, L. 412-8, D. 242-2-1 et D. 136-1 du code de la sécurité sociale ainsi que des articles 14 et 19 de l'ordonnance du 24 janvier 1996 relative au remboursement de la dette sociale, la contribution sociale mentionnée à l'article L. 136-1 du code de la sécurité sociale s'élève à 9,2% du montant brut des rémunérations, préalablement réduit de 1,75%, à compter du 1er janvier 2018, et à 9,2% du montant brut des rémunérations sur une assiette de 98,25% de 62% du salaire brut depuis le 1er janvier 2020, tandis que la contribution prévue par l'article 14 de l'ordonnance du 24 janvier 1996 précitée s'élève à 0,5% du montant brut des rémunérations, préalablement réduit de 1,75% jusqu'au 31 décembre 2019, et à 0,5 % du montant brut des rémunérations sur une assiette de 98,25% de 62% du salaire brut depuis le 1er janvier 2020.

9. En l'espèce, M. A soutient qu'il aurait dû percevoir une rémunération totale supplémentaire de 3 087,64 euros au titre des mois de janvier 2021 à avril 2022.

10. Il résulte de l'instruction, et il n'est d'ailleurs pas contesté, que l'intéressé a exercé une activité de production au sein du centre de détention de Bapaume durant cette période. Conformément aux dispositions précitées de l'article D. 432-1 du code de procédure pénale, sa rémunération brute au titre des activités de production ne pouvait être inférieure au taux horaire correspondant à 45 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance.

11. Pour déterminer les rémunérations nettes dont aurait dû bénéficier le requérant, devaient être déduites, de la rémunération brute qui lui était due, les différentes cotisations salariales dont il avait à s'acquitter. À ce titre, concernant les activités de production, il doit être soustrait à la rémunération brute pour ces activités, non seulement les cotisations relatives à la contribution sociale généralisée et à la contribution pour le remboursement de la dette sociale, calculées selon les taux indiqués au point 8, soit un taux de CSG de 9,2 %, et un taux de CRDS de 0,5 %, ces deux contributions étant appliquées sur une assiette de 98,25 % du salaire brut pour les rémunérations perçues avant le 1er janvier 2020 et sur une assiette de 98,25 % de 62 % du salaire brut pour les rémunérations perçues à compter de cette date, mais aussi la cotisation salariale pour l'assurance vieillesse selon les taux mentionnés au point 5, soit 7,3% du montant brut des rémunérations.

12. Eu égard à l'emploi en activité de production occupé par le requérant durant la période citée au point 9, et compte tenu du nombre d'heures travaillées, et des salaires effectivement perçus par l'intéressé au titre de cette période, il sera fait une juste appréciation du préjudice financier subi par l'intéressé du fait des erreurs dans le calcul des salaires qui lui sont dus au titre des mois en litige, en l'indemnisant à hauteur de la somme de 3 092,76 euros.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander la condamnation de l'Etat à lui verser la somme qu'il demande, au titre de son préjudice financier, en l'occurrence de 3 087,64 euros.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement n'implique pas d'enjoindre à l'administration pénitentiaire de régulariser les bulletins de salaires. Par suite, les conclusions, présentées à ce titre par M. A, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A la somme de 3 087,64 euros.

Article 2 : L'Etat versera à Me Chantrenne, conseil de M. A, une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au garde des sceaux, ministre de la justice, et à Me Constant Chantrenne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

D. B

La greffière,

Signé

N. PAULET

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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