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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2205751

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2205751

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2205751
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formationjuge unique (6)
Avocat requérantSCP MASSON ET DUTAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 28 juillet 2022 sous le numéro 2205751, Mme C B, représentée par Me Dutat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 septembre 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Nord lui a notifié un indu d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 300 euros pour le mois de mai 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à Me Dutat, son avocate, au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- la décision litigieuse est signée par une personne incompétente ; en outre, elle ne comporte pas le nom du signataire ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la caisse d'allocations familiales du Nord a méconnu les règles relatives à l'exercice du droit de communication ; la décision attaquée a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire, ce qui l'a privée d'une garantie ;

- la procédure est irrégulière, dès lors que l'administration ne justifie pas que le contrôle a été diligenté par un agent assermenté, agréé et porteur d'une délégation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2023, la caisse d'allocations familiales du Nord conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la décision litigieuse comporte les mentions obligatoires imposées par l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale ;

- l'intéressée ne pouvait se voir attribuer une aide exceptionnelle de solidarité pour le mois de mai 2020, dès lors qu'elle n'était pas bénéficiaire de l'aide personnalisée au logement pour les mois d'avril et de mai 2020 ;

- les autres moyens soulevés par l'intéressée doivent être écartés.

Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 novembre 2021.

II. Par une requête, enregistrée le 1er août 2022 sous le numéro 2205851, Mme C B, représentée par Me Dutat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par la caisse d'allocations familiales du Nord sur son recours administratif préalable reçu le 30 septembre 2021, tendant à l'annulation de la décision du 3 septembre 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales lui a notifié un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 6 914,22 euros pour la période de mai 2018 à septembre 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à Me Dutat, son avocate, au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- la caisse d'allocations familiales du Nord a méconnu les règles relatives à l'exercice du droit de communication ; la décision attaquée a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire, ce qui l'a privée d'une garantie ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure, dès lors que l'administration ne justifie pas que le contrôle a été diligenté par un agent assermenté, agréé et porteur d'une délégation ;

- la décision litigieuse méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, faute de communication préalable du rapport d'enquête ; elle a été privée d'une garantie ;

- le directeur de la caisse d'allocations familiales n'a pas saisi la commission de recours amiable de la caisse ; elle a été privée d'une garantie ; à titre subsidiaire, la décision implicite de rejet est illégale en ce qu'elle repose sur un avis illégal, dès lors que la commission n'a pas été composée régulièrement, que l'avis n'est pas motivé au sens de l'article R. 142-2 du code de la sécurité sociale et qu'il ne lui a pas été notifié ;

- la décision litigieuse est insuffisamment motivée alors qu'elle a sollicité la communication des motifs ; de surcroît, la décision initiale est également insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation sur sa situation maritale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2023, la caisse d'allocations familiales du Nord conclut au rejet de la requête ;

Elle fait valoir que :

- Mme B a été informée de la faculté pour la caisse d'allocations familiales de mettre en œuvre le droit de communication ;

- l'agent de contrôle qui a procédé au contrôle est assermenté ;

- l'intéressée n'a jamais demandé le rapport de l'agent à la caisse ; elle a été informée des voies et délais de recours et ne saurait se prévaloir d'une privation d'un droit au recours, dès lors qu'elle a saisi la commission de recours amiable ;

- la décision litigieuse est un rejet tacite du directeur de la caisse ; ce rejet tacite n'implique aucune réunion de la commission de recours amiable ;

- l'agent assermenté a conclu à la vie maritale au vu d'un faisceau d'indices concordants ; le rapport d'enquête fait foi jusqu'à preuve du contraire, qui n'est pas rapportée en l'espèce.

Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 novembre 2021.

III. Par une requête, enregistrée le 1er août 2022 sous le numéro 2205867, Mme C B, représentée par Me Dutat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 mai 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Nord lui a notifié un indu d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 300 euros pour le mois de mai 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à Me Dutat, son avocate, au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- la décision litigieuse est signée par une personne incompétente ; en outre, elle ne comporte pas le nom du signataire ;

- la décision litigieuse méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales faute de communication préalable du rapport d'enquête ; elle a été privée d'une garantie ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la caisse d'allocations familiales du Nord a méconnu les règles relatives à l'exercice du droit de communication ; la décision attaquée a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire, ce qui l'a privée d'une garantie ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure en ce que l'administration ne justifie pas que le contrôle a été diligenté par un agent assermenté, agréé et porteur d'une délégation ;

- la décision litigieuse est entachée d'une erreur d'appréciation sur sa vie maritale.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 et 7 février 2023, la caisse d'allocations familiales du Nord conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la décision indique à tort le mois de mai 2020 au lieu du mois de novembre 2020, et la référence INQ/003 au lieu de INQ/002 ;

- l'indu du mois de novembre 2020 a été annulé à la suite de la régularisation du dossier de l'intéressée et aucune décision rectificative ne sera émise.

Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55 % par une décision du 26 septembre 2022.

IV. Par une requête, enregistrée le 2 août 2022 sous le numéro 2205895, Mme C B, représentée par Me Dutat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par la caisse d'allocations familiales du Nord sur le recours administratif préalable reçu le 29 juillet 2021, tendant à l'annulation de la décision du 28 mai 2021 mettant à sa charge un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 9 464,22 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à Me Dutat, son avocate, au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- la caisse d'allocations familiales du Nord a méconnu les règles relatives à l'exercice du droit de communication ; la décision attaquée a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire, ce qui l'a privée d'une garantie ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'administration ne justifie pas que le contrôle a été diligenté par un agent assermenté, agréé et porteur d'une délégation ;

- la décision litigieuse méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales faute de communication préalable du rapport d'enquête ; elle a été privée d'une garantie ;

- le directeur de la caisse d'allocations familiales n'a pas saisi la commission de recours amiable de la caisse ; elle a été privée d'une garantie ;

- à titre subsidiaire, la décision implicite de rejet est illégale en ce qu'elle repose sur un avis illégal dès lors que la commission n'a pas été composée régulièrement, que l'avis n'est pas motivé au sens de l'article R. 142-2 du code de la sécurité sociale, et qu'il ne lui a pas été notifié ;

- la décision litigieuse est insuffisamment motivée alors qu'elle a sollicité la communication des motifs ; de surcroît, la décision initiale est également insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation sur sa situation maritale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2023, la caisse d'allocations familiales du Nord conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- Mme B a été informée de la faculté pour la caisse d'allocations familiales de mettre en œuvre le droit de communication ;

- l'agent de contrôle qui a procédé au contrôle est assermenté ;

- l'intéressée n'a pas demandé le rapport de l'agent à la caisse ; elle a été informée des voies et délais de recours et ne saurait se prévaloir d'une privation d'un droit au recours, dès lors qu'elle a saisi la commission de recours amiable de la caisse ;

- la décision litigieuse est un rejet tacite du directeur de la caisse ; ce rejet tacite n'implique aucune réunion de la commission de recours amiable ;

- l'agent assermenté a conclu à la vie maritale au vu d'un faisceau d'indices concordants ; le rapport d'enquête fait foi jusqu'à preuve du contraire, qui n'est pas rapportée en l'espèce.

Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55 % par une décision du 12 septembre 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2020-519 du 5 mai 2020 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Cotte, vice-président, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Cotte a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Un contrôle effectué par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales du Nord, en décembre 2019, a conclu que Mme B, bénéficiaire de prestations sociales qui s'était déclarée célibataire avec trois enfants, se trouvait en situation maritale avec M. A entre octobre 2016 et septembre 2020. La caisse d'allocations familiales a informé Mme B, le 28 mai 2021, d'un indu d'aide personnalisée au logement pour un montant de 9 464,22 euros, avant que, par une nouvelle décision du 3 septembre 2021, cet indu soit ramené à un montant de 6 914,22 euros. En conséquence de cette suppression de l'aide personnalisée au logement, Mme B ne remplissait plus les conditions pour percevoir l'aide exceptionnelle de solidarité. Ainsi, la caisse d'allocations familiales du Nord lui a notifié le 28 mai 2021, rectifié le 3 septembre 2021, un indu d'aide exceptionnelle de solidarité de 300 euros pour le mois de mai 2020. Mme B a demandé la révision de ses dettes par courriels des 29 juillet et 3 septembre 2021 adressés à la caisse d'allocations familiales. Le dossier de la requérante a été présenté à la commission de la fraude le 10 septembre 2021 qui a décidé de retenir la fraude et d'appliquer une pénalité de 1 714 euros. La fraude lui a été notifiée par courrier le 5 novembre 2021 et la pénalité, le 4 janvier 2022.

2. Par les présentes requêtes, Mme B demande au tribunal d'annuler, en premier lieu, la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par la caisse d'allocations familiales du Nord sur le recours administratif préalable qu'elle lui a adressé le 29 juillet 2021, reçu le jour même, et tendant à l'annulation de la décision du 28 mai 2021 mettant à sa charge un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 9 464,22 euros (requête n° 2205895), en deuxième lieu, la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par la caisse d'allocations familiales du Nord sur son recours administratif préalable obligatoire qu'elle lui a adressé le 28 septembre 2021, reçu le 30 septembre 2021, et tendant à l'annulation de la décision du 3septembre 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales lui a notifié un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 6 914,22 euros (requête n° 2205851), en troisième lieu, la décision du 28 mai 2021 par laquelle la caisse lui a notifié un indu d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 300 euros pour le mois de mai 2020 (requête n° 2205867) et, en dernier lieu, la décision du 3 septembre 2021 par laquelle la caisse lui a notifié un indu d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 300 euros pour le mois de mai 2020 (requête n° 2205751).

Sur la jonction :

3. Les requêtes présentées pour Mme B, qui concernent la situation d'un même allocataire, présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur l'office du juge :

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'aide personnalisée au logement et d'aide exceptionnelle de solidarité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision.

Sur l'étendue du litige :

5. Il résulte de l'instruction que la décision du 3 septembre 2021 portant indu d'allocation personnalisée au logement, contestée dans la requête n° 2205751, s'est substituée à la décision du 28 mai 2021 ayant le même objet, contestée dans la requête n° 2205895. De même, la décision du 3 septembre 2021 portant indu d'aide exceptionnelle de solidarité pour le mois de mai 2020, contestée dans la requête n° 2205751, a rectifié la décision du 28 mai 2021 ayant le même objet, contestée dans la requête n° 2205867. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par Mme B sous les nos 2205895 et 2205867.

Sur l'indu d'aide personnalisée au logement :

6. Aux termes de l'article R. 825-1 du code de la construction et de l'habitation : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. () ". Aux termes de l'article R. 825-2 de ce code : " Le directeur de l'organisme payeur statue sur les recours administratifs mentionnées à l'article R. 825-1, après l'avis de la commission de recours amiable. Ses décisions sont motivées. ".

7. À défaut pour la caisse d'allocations familiales d'établir qu'elle aurait donné suite à la demande de saisine de la commission de recours amiable, laquelle constitue une garantie pour les bénéficiaires des aides au logement, Mme B est fondée à soutenir que la décision implicite née du silence gardé par le directeur sur son recours administratif reçu le 30 septembre 2021 est intervenue au terme d'une procédure irrégulière.

Sur l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité du mois de mai 2020 :

8. Aux termes de l'article 1er du décret du 5 mai 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à l'urgence sanitaire aux ménages les plus précaires : " I.- Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, au titre des mois d'avril ou de mai 2020 et dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins l'une des allocations suivantes : / () / 3° L'une des aides personnelles au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation susvisé ; () ". Aux termes du III de l'article 2 du même décret : " I. - Les bénéficiaires du revenu de solidarité active mentionné au 1° de l'article 1er du présent décret ont droit, au titre de l'aide exceptionnelle de solidarité, à un versement de 150 euros sous réserve que le montant de leur allocation dû au titre du mois d'avril ou de mai ne soit pas nul. () / IV. - Les bénéficiaires de l'une des allocations mentionnées aux 1°, 2°, 4°, 5° et 6° de l'article 1er du présent décret ont également droit, au titre de l'aide exceptionnelle de solidarité, à un versement de 100 euros par enfant à charge, sauf lorsque ce versement est déjà dû pour le foyer au titre d'une des aides personnelles au logement. () ". Aux termes de l'article 3 de ce décret : " L'aide exceptionnelle de solidarité prévue par le présent décret est à la charge de l'Etat. Elle est versée directement aux foyers des bénéficiaires par les organismes débiteurs des prestations mentionnées à l'article 1er ".

9. La décision du 3 septembre 2021 a été signée par C. Carlier, technicien conseil, dont il n'est pas établi qu'il ait reçu délégation du directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord à l'effet de signer les décisions d'indus d'aide exceptionnelle de solidarité. Par suite, Mme B est fondée à soutenir que cette décision est entachée d'incompétence.

10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes, que les deux décisions du 3 septembre 2021 mettant à la charge de Mme B un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 6 914,22 euros et un indu d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 300 euros doivent être annulées.

11. L'annulation des décisions du 3 septembre 2021, résultant seulement de vices de régularité formelle, ne fait toutefois pas obstacle à ce que l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, reprenne régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, de nouvelles décisions.

Sur les frais liés aux litiges :

12. D'une part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme au titre des frais liés au litige dans les instances nos 2205867 et 2205895.

13. D'autre part, Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans les instances nos 2205751 et 2205851. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Dutat, dans chacune de ces instances, de la somme de 1 200 euros.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B dans les requêtes nos 2205895 et 2205867.

Article 2 : La décision implicite de rejet résultant du silence gardé par la caisse d'allocations familiales sur le recours administratif présenté, le 28 septembre 2021, par Mme B à l'encontre de l'indu d'aide personnalisée au logement, est annulée.

Article 3 : La décision du 3 septembre 2021 de la caisse d'allocations familiales du Nord relative à l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité, est annulée.

Article 4 : L'État versera à Me Dutat une somme de 1 200 euros, dans chacune des instances n° 2205751 et n° 2205851, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus des conclusions présentées par Mme B est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Dutat, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie pour information sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

O. Cotte

La greffière,

signé

B. Deltour

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

Nos 2205751 - 2205851 - 2205867 - 2205895

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