mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2206215 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | juge unique (6) |
| Avocat requérant | DESFARGES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 août 2022, Mme A B, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la contrainte émise le 3 août 2022 à son encontre par la caisse d'allocations familiales du Nord en tant qu'elle recouvre des indus de prime d'activité d'un montant de 3 559.92 euros (IM3/001) pour la période du 1er juillet 2017 au 28 février 2018 et d'aide personnalisée au logement d'un montant de 858,50 euros (IN5/001) pour la période du 1er janvier au 31 mars 2018 ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer ces sommes ;
3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Nord la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la contrainte litigieuse méconnaît l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration en ce qu'elle ne comporte ni le nom, ni le prénom, ni la qualité de l'auteur de la contrainte ; elle n'est pas signée ;
- la contrainte est insuffisamment motivée ; elle ne comporte pas les bases de liquidation ;
- elle n'avait plus de vie de couple avec son compagnon et donc aucune communauté de toit ni de communauté économique avec celui-ci.
Par un mémoire, enregistré le 18 novembre 2022, la caisse d'allocations familiales du Nord conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la contrainte du 3 août 2022 mentionne le prénom, le nom et la qualité de la directrice par intérim de la caisse d'allocations familiales du Nord ; la circonstance qu'elle ne comporte pas la signature de son auteur est sans incidence ;
- les notifications des indus litigieux précisent la motivation des indus mis à la charge de Mme B ; la contrainte respecte les exigences de l'article R. 133-3 du code de la sécurité sociale;
- Mme B n'a pas formé de recours administratif préalable obligatoire ; ainsi, elle n'est pas recevable à contester le bien-fondé des indus litigieux.
Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 septembre 2022.
Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions dirigées contre la contrainte en tant qu'elle concerne un indu d'allocation de logement ayant fait l'objet d'une notification de payer antérieure au 1er janvier 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'ordonnance n° 2019-770 du 17 juillet 2019 ;
- le décret n° 2015-233 du 27 février 2015, notamment son article 32 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a désigné M. Cotte, vice-président, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Cotte a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, bénéficiaire de prestations versées par la caisse d'allocations familiales du Nord, a fait l'objet d'un contrôle, le 21 janvier 2019 effectué par un agent agréé et assermenté de la caisse. Le rapport d'enquête a conclu que l'allocataire avait déclaré une séparation fictive avec son compagnon. Mme B a en conséquence été informée, le 10 mai 2019, que plusieurs indus étaient mis à sa charge, notamment un indu d'aide personnalisée au logement pour la période allant de janvier à mars 2018, d'un montant de 858,50 euros (IN5/001), ainsi qu'une prime d'activité perçue du 1er juillet 2017 au 28 février 2018 pour la somme de 3 559,92 euros (IN3/001). En raison de la qualification de fraude, une pénalité administrative d'un montant de 1 065 euros (FP1/001) a été décidée le 23 juillet 2019. Des mises en demeure ont été notifiées à l'intéressée les 27 septembre et 10 octobre 2019 pour le recouvrement tant de la pénalité administrative que des indus. Mme B a sollicité le bénéfice d'un échéancier pour le paiement de ces sommes. Toutefois, n'ayant pas respecté l'accord, une nouvelle mise en demeure a été prise le 25 janvier 2022 afin de régler le solde restant dû. Le 3 août 2022, la directrice de la caisse d'allocations familiales lui a délivré une contrainte.
2. Par la présente requête, Mme B forme opposition à la contrainte émise le 3 août 2022 par la caisse d'allocations familiales du Nord en tant qu'elle recouvre des indus de prime d'activité d'un montant de 3 559,92 euros (IM3/001) pour la période du 1er juillet 2017 au 28 février 2018 et d'aide personnalisée au logement d'un montant de 858,50 euros (IN5/001) pour la période du 1er janvier au 31 mars 2018, et demande à être déchargée de ces sommes.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
3. Jusqu'à l'ordonnance du 17 juillet 2019, en vertu de l'article L. 835-4 du code de la sécurité sociale, les différends avec les organismes chargés de statuer sur le droit à l'allocation de logement sociale, de la liquider et d'assurer son versement, étaient réglés conformément aux dispositions concernant le contentieux général de la sécurité sociale prévu à l'article L. 142-1 du même code. L'ordonnance du 17 juillet 2019 a créé l'article L. 825-1 du code de la construction et de l'habitation aux termes duquel : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale qui attribuent au tribunal de grande instance désigné en application de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire la compétence pour connaître des contestations relatives aux pénalités prononcées en cas de fraude, les recours dirigés contre les décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes mentionnés à l'article L. 812-1 sont portés devant la juridiction administrative ".
4. Le II de l'article 23 de cette ordonnance dispose que, par dérogation aux dispositions du I, qui prévoient une entrée en vigueur au 1er septembre 2019 des dispositions de la partie législative du livre VIII du code de la construction et de l'habitation sous réserve de certaines exceptions : " Entrent en vigueur le 1er janvier 2020 : / 1° Les dispositions du chapitre V du titre II du livre VIII du code de la construction et de l'habitation, annexées à la présente ordonnance ; ces dispositions s'appliquent aux décisions des organismes payeurs mentionnées au 1° de l'article L. 825-3 du code de la construction et de l'habitation annexé à la présente ordonnance, prises à partir du 1er janvier 2020, ainsi qu'aux décisions prises, à partir de cette même date, par le directeur de l'organisme payeur sur les demandes de remise de dettes mentionnées au 2° de ce même article. Les décisions prises avant le 1er janvier 2020 en matière d'allocation de logement demeurent soumises aux dispositions applicables en matière de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole prévues aux articles L. 142-1 et suivants du code de la sécurité sociale. () ". Et aux termes de l'article L. 825-3 du code de la construction et de l'habitation : " Le directeur de l'organisme payeur statue, dans des conditions fixées par voie réglementaire, sur : / 1° Les contestations des décisions prises par l'organisme payeur au titre des aides personnelles au logement ou des primes de déménagement ; / 2° Les demandes de remise de dettes présentées à titre gracieux par les bénéficiaires des aides personnelles au logement. ".
5. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que les recours formés contre les décisions des organismes payeurs mentionnées au 1° de l'article L. 825-3 du code de la construction et de l'habitation prises avant le 1er janvier 2020 relèvent du contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale et, dès lors, de la compétence de la juridiction judiciaire. Les oppositions aux contraintes délivrées, y compris après le 1er janvier 2020, par les directeurs des caisses d'allocations familiales sur le fondement des dispositions de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale, pour le recouvrement d'indus d'allocation de logement ayant fait l'objet d'une notification de payer antérieure au 1er janvier 2020, ressortissent donc également à la compétence de la juridiction judiciaire.
6. Il résulte de l'instruction que la contrainte délivrée le 3 août 2022 à Mme B par le directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord pour le recouvrement notamment d'un indu d'aide personnalisée au logement au titre de la période comprise entre le 1er janvier et le 31mars 2018, a été précédée d'une notification d'indu le 10 mai 2019, soit antérieurement au 1er janvier 2020, et d'une mise en demeure datée du 27 septembre 2019. Par suite, les conclusions de la requête de Mme B tendant à l'annulation de la contrainte délivrée le 3 août 2022 en vue du recouvrement d'un indu d'aide personnalisée au logement doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître, le présent contentieux n'étant au demeurant pas relatif à l'admission à l'aide sociale au sens des dispositions de l'article 32 du décret du 27 février 2015 relatif au tribunal des conflits et aux questions préjudicielles.
Sur les conclusions dirigées contre la contrainte en tant qu'elle poursuit le recouvrement de l'indu de prime d'activité :
En ce qui concerne le cadre juridique :
7. D'une part, aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1. / () ".
8. D'autre part, aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : " () le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire. ". Aux termes de l'article R. 133-3 du même code, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Si la mise en demeure ou l'avertissement reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, les directeurs des organismes créanciers peuvent décerner, dans les domaines mentionnés aux articles L. 161-1-5 ou L. 244-9, une contrainte comportant les effets mentionnés à ces articles. () / Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié () par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la notification ou de la signification () ".
9. Il résulte des dispositions précitées qu'un recours contentieux tendant à l'annulation de la décision du directeur d'une caisse d'allocations familiales ordonnant le reversement d'un indu de prime d'activité n'est recevable que si l'intéressé a préalablement exercé un recours administratif auprès de cette caisse. En revanche, les dispositions relatives à l'opposition à une contrainte délivrée en vue de l'exécution d'une telle décision ne subordonnent pas l'exercice de cette voie de droit à l'exercice préalable du même recours administratif. Toutefois, le débiteur ne peut, à l'occasion de l'opposition, contester devant le juge administratif le bien-fondé de l'indu que s'il a exercé le recours administratif dans les conditions citées.
S'agissant du bien-fondé :
10. Il résulte de l'instruction que Mme B n'a pas formé de recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de la décision du 10 mai 2019 ayant prononcé à son encontre un indu de prime d'activité pour la période du 1er juillet 2017 au 28 février 2018. Par suite, ainsi qu'il a été dit au point précédent, elle n'est pas fondée à contester le bien-fondé de cet indu à l'occasion de son recours contre la contrainte.
S'agissant de la régularité :
11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du même code : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ".
12. La contrainte émise le 3 août 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Nord demande à Mme B de rembourser la prime d'activité indument perçue comporte la mention du prénom, du nom et de la qualité d'Audrey Mathon-Debetencourt, directrice par intérim de la caisse, conformément aux dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. En revanche, elle ne comporte pas la signature de son auteur. Par suite, Mme B est fondée à soutenir que la contrainte a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration
13. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la contrainte émise à son encontre le 3 août 2022.
14. En revanche, l'annulation de la contrainte pour un motif de forme n'implique pas l'extinction de la créance. Il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision. Par suite, les conclusions à fin de décharge présentées par Mme B doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les décisions prises par la caisse d'allocations familiales en matière de prime d'activité le sont au nom de l'État. Par suite, les conclusions présentées par Mme B tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de la caisse d'allocations familiales du Nord sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administratives et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sont mal dirigées et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : Les conclusions présentées à l'encontre de la contrainte du 3 août 2022, en tant qu'elle concerne un indu d'aide personnalisée au logement, sont portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Article 2 : La contrainte émise le 3 août 2022 pour le recouvrement d'un indu de prime d'activité est annulée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de Mme B doit être rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Desfarges, au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.
Copie pour information sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
O. Cotte
La greffière,
signé
B. Deltour
La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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