Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2206968
mercredi 26 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2206968 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | juge unique (6) |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 septembre 2022, M. C B demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 août 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais lui a notifié un indu de prime exceptionnelle de fin d'année (ING 001) ;
2°) de lui accorder une remise de sa dette de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 503,80 euros.
Il soutient que :
- la procédure de contrôle est entachée d'irrégularités dès lors, d'une part, que son épouse a signé le procès-verbal de contrôle de situation alors que son état de santé ne lui permettait pas de disposer des facultés physiques et de discernement nécessaires pour le faire, d'autre part, que l'agent de contrôle l'a induite en erreur quant à la portée de sa signature, l'obligeant à signer le document ;
- les constatations de l'agent de contrôle figurant dans le rapport sont ambigües quant à la société concernée par l'absence de versement de cotisations ;
- la décision attaquée s'appuie sur des constatations entachées d'erreurs de fait et d'erreurs d'appréciation suivantes :
• la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) qu'il a créée n'a jamais eu d'activité, il n'a donc jamais perçu de rémunération en provenance de celle-ci et n'a pas pu verser de cotisations sociales pour cette raison ;
• il avait le statut d'assimilé salarié et non de salarié au sein de la SASU ;
• l'intégralité des cotisations sociales de la société par actions simplifiée (SAS) Atelier Gravure A de son épouse au titre des années 2018 et 2019 ont été déclarées et payées auprès de l'Union de recouvrement des cotisations sociales et d'allocations familiales (URSSAF) et celles au titre de l'année 2020 ont été déclarées et ont été partiellement versées en raison de l'état de santé de son épouse qui ne lui permettait plus d'exercer son activité ; en conséquence, les salaires ne peuvent être considérés comme des " autres revenus " ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le caractère frauduleux des déclarations ne peut être retenu et qu'il a toujours procédé aux déclarations trimestrielles selon les indications que lui avait données la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais ;
- la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais a manqué à son devoir de conseil ;
- le défaut de déclarations relatives à la SASU est sans incidence sur le montant des prestations dès lors qu'il n'a perçu aucun salaire ;
- les modalités de calcul de ses droits réexaminés ne sont pas justifiées.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 juillet 2023, la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la remise de dette ne peut être accordée dès lors que le caractère frauduleux des déclarations est établi et non contesté.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 ;
- le décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 ;
- le décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lançon, première conseillère, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel des affaires, le rapport de Mme Lançon a été entendu et, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. A l'issue d'un contrôle de la situation de Mme A B, M. et Mme B se sont vu notifier un courrier du 3 août 2022 par lequel la caisse d'allocations familiales (CAF) du Pas-de-Calais, des indus (INK 005/ IN1 008/ IM4 010/ ING001) d'allocations de complément familial, d'allocation de logement familiale, de prime de Noël et de revenu de solidarité active pour la période du mois de novembre 2019 au mois de juin 2022, pour un montant total de 9 840,30 euros, l'organisme de sécurité sociale ayant considéré que Mme B avait procédé à de fausses déclarations qualifiées de fraude aux prestations sociales. Par un courrier daté du 1er septembre 2022, la CAF du Pas-de-Calais lui demandait le remboursement de la somme de 503,80 euros correspondant à l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 3 août 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais lui a notifié un indu de prime exceptionnelle de fin d'année et de lui accorder la remise gracieuse de sa dette de 503, 80 euros.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, il résulte de l'article 3 des décrets du 10 décembre 2019, du 29 décembre 2020 et du 15 décembre 2021 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite, qu'une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2019 ou, à défaut, du mois de décembre 2019, au titre du mois de novembre 2020 ou, à défaut, du mois de décembre 2020, au titre du mois de novembre 2021 ou, à défaut, du mois de décembre 2021, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul.
3. D'autre part, il ressort de l'article 6 de ces trois décrets cités précédemment que tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle l'aide exceptionnelle a été perçue. Aux termes de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles : " () / L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat (). ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. / () ".
4. Enfin, aux termes de l'article L. 262-40 du code de l'action sociale et des familles : " () Les organismes chargés de son versement réalisent les contrôles relatifs au revenu de solidarité active selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale. () ". Selon le premier alinéa de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale, les directeurs de ces organismes " confient à des agents chargés du contrôle, assermentés et agréés () le soin de procéder à toutes vérifications ou enquêtes administratives concernant l'attribution des prestations (). Ces agents ont qualité pour dresser des procès-verbaux faisant foi jusqu'à preuve du contraire ".
5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
6. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'enquête établi le 4 mai 2022 et du document de constatations de l'agent de contrôle assermenté du 11 avril 2022, dont les constatations font foi jusqu'à preuve du contraire, que l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année trouve son origine dans la circonstance que M. B a été déclaré sans activité depuis avril 2018 alors qu'il a créé la société Cabinet Horus Conseil le 9 avril 2018, qu'il a été embauché le 13 mars 2020 par la SASU L'Atelier de gravure de A dont Mme B est la présidente salariée, que des virements bancaires en provenance de cette société ont été effectués en 2018, 2019, 2020 et de novembre 2020 à janvier 2022 au profit du couple ne correspondant pas aux montants figurant sur les bulletins de salaire, que les cotisations dues par cette société n'avaient pas été versées ni à l'URSSAF ni à Pôle Emploi, conduisant la caisse à considérer les montants déclarés en " autres revenus " et non en " salaires ", enfin, que le couple était gérant d'une société civile immobilière (SCI) du Castel, laquelle a vendu les murs de la société l'atelier de A dont elle était propriétaire, et que le produit de cette vente, perçu par les allocataires, n'a pas été déclaré.
7. En premier lieu, si M. B soutient que son épouse aurait signé un procès-verbal de constatations sans disposer de ses facultés mentales en ayant été induite en erreur par la portée d'un tel document, le requérant ne produit pas un tel document, le seul document produit au dossier étant un relevé de constatations signé du seul agent de contrôle assermenté. Il ressort de ce document que Mme B, épouse du requérant, a confirmé les constatations précitées ainsi que la circonstance que les virements bancaires effectués par la société L'atelier de A ne correspondaient pas aux montants figurant sur les bulletins de salaire, ce qui est conforme aux constatations figurant dans le rapport de contrôle précité du 4 mai 2022, non contredit par des éléments probants produits par le requérant. Les irrégularités de procédure ainsi invoquées par le requérant ne sont donc pas établies.
8. En deuxième lieu, contrairement aux affirmations du requérant, l'agent de contrôle relevait sans ambiguïté que les cotisations sociales dues par la société L'atelier de A n'avaient pas été versées.
9. En troisième lieu, si le contrôleur a relevé que M. B avait créé la SASU Cabinet Horus Conseil, il a cependant considéré qu'elle ne lui procurait aucun revenu et qu'aucun salaire n'était fixé mais a seulement retenu que l'intéressé ne pouvait être considéré comme sans activité, ce que le requérant ne conteste pas. Les rectifications apportées aux déclarations trimestrielles de revenu de solidarité active, lequel sert à la détermination des droits en matière de prime exceptionnelle d'activité, ont pris en compte le montant nul des revenus de M. B à ce titre. En outre, la circonstance qu'il ait le statut d'" assimilé salarié " et non de salarié au sein de cette SASU, affirmation par ailleurs non démontrée, est sans incidence sur les rectifications auxquelles a procédé l'agent de contrôle. Par suite, les constatations de ce dernier ne sont pas erronées.
10. En quatrième lieu, et en tout état de cause, si le requérant soutient que l'ensemble des déclarations de cotisations de sécurité sociale dues par la société L'Atelier Gravure de A ont été effectuées au titre des années 2018, 2019 et 2020 et que les sommes correspondantes ont été versées en totalité pour ces deux premières années, il ne l'établit pas par la production d'extractions du site internet de l'URSSAF relatives à des déclarations faites par une société qui n'est pas identifiée et dont il ressort seulement que des déclarations ont été établies pour le mois de décembre 2018 pour un montant de salaire de 2 639 euros, pour les mois de janvier à mars 2019 pour un montant de salaire de 8 616 euros, de mars à décembre 2020 pour un montant de 8 861 euros, et de janvier à mars 2021 pour un montant nul.
11. En cinquième lieu, le détail des sommes perçues par les membres du foyer de M. B figure, par année, dans le rapport précité du 4 mai 2022 dont le requérant ne soutient pas ne pas avoir reçu communication, et qui comprend, en annexe, la nature des sommes rectifiées trimestriellement entre le mois d'octobre 2018 et le mois de janvier 2022 ainsi que leur montant. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir que les modalités de calcul de ses droits, après réexamen de sa situation, ne sont pas justifiées.
12. En sixième lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'apporte aucun élément à l'appui de sa contestation du bien-fondé de l'indu mis à sa charge, permettant de remettre en cause les constatations de la CAF du Pas-de-Calais telles qu'énoncées au point 6. Ainsi, eu égard aux fausses déclarations relatives à la situation professionnelle de M. B et aux revenus perçus par le foyer pour la période du 1er janvier 2019 au 31 janvier 2022, c'est sans commettre d'erreur de fait ni d'erreur d'appréciation que la caisse d'allocations familiales du Nord a demandé à M. et Mme B de rembourser l'indu versé au titre de la prime exceptionnelle d'activité.
Sur les conclusions à fin de remise de dette :
13. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. / () ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.
14. Ainsi qu'il a été dit aux points 2 à 12, il résulte de l'instruction que l'indu en litige trouve son origine dans les omissions déclaratives répétées concernant le foyer de M. B, lesquelles constituent, compte tenu des circonstances dans lesquelles elles sont intervenues, de fausses déclarations. Ces fausses déclarations font obstacle, en vertu des dispositions citées au point précédent, à la remise gracieuse, partielle ou totale, du solde de l'indu de revenu de solidarité active restant à la charge du requérant.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Copie pour information au préfet du Pas-de-Calais et à la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.
La magistrate désignée,
signé
L.-J. LançonLa greffière,
signé
I. Baudry
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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