Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2207129

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2207129
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formationjuge unique (6)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 septembre 2022, M. C Gumez conteste devant le tribunal la décision du 24 août 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Nord a confirmé, à la suite de son recours administratif préalable obligatoire, la suspension de son allocation de revenu de solidarité active du 1er août 2022 au 31 août 2022.

Il soutient que :

- il a signé un contrat d'engagements réciproques ;

- les emplois proposés qu'il a refusés ne correspondaient pas à son expérience professionnelle de 25 années dans le secteur de la mécanique ;

- il a suivi une formation du 2 mai 2021 au 29 juillet 2021 ;

- il avait informé en juillet 2022 l'association INSTEP de l'inadéquation des postes proposés avec sa formation professionnelle ;

- la décision en litige compromet sa situation personnelle en ce qu'il n'a pu payer son loyer, son abonnement de transports en commun et ses besoins alimentaires.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2023, le département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- M. Gumez n'a pas souscrit de contrat d'engagements réciproques et ne justifie d'aucun motif légitime qui l'aurait empêché de le faire, méconnaissant ainsi ses obligations prévues à l'article L. 262-28 du code de l'action sociale ; dès lors, la décision de suspension du versement de l'allocation de revenu de solidarité active est fondée en vertu du 1° de l'article L. 262-37 du code précité ;

- il ne justifie de la régularisation de sa situation qu'à compter du 1er septembre 2022 ; il ne peut dès lors pas prétendre à l'allocation de revenu de solidarité active pour la période antérieure.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lançon, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Lançon a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. Gumez, allocataire du revenu de solidarité active, a été orienté vers Pôle Emploi. Ayant constaté que l'intéressé n'avait pas souscrit de contrat d'engagements réciproques, le président du conseil départemental du Nord l'a invité, par un courrier du 5 juillet 2022, à régulariser sa situation. A défaut pour M. Gumez d'avoir procédé à la souscription demandée, par une décision du 17 août 2022, le président du conseil départemental du Nord lui a notifié la suspension du versement de l'allocation de revenu de solidarité active à compter du mois d'août 2022 pour une durée de quatre mois. M. B a justifié, le 1er septembre 2022, de la régularisation de sa situation. Par une décision du 24 août 2022, statuant sur le recours administratif préalable obligatoire de M. Gumez, le président du conseil départemental a suspendu le versement, à ce dernier, de l'allocation de revenu de solidarité active du mois d'août 2022, levant la suspension à compter du 1er septembre 2022. Par la présente requête, M. Gumez conteste la décision précitée du 24 août 2022.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. () ". Aux termes de l'article L. 262-27 du même code : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active a droit à un accompagnement social et professionnel adapté à ses besoins et organisé par un référent unique. Pour l'application de la présente section, les mêmes droits et devoirs s'appliquent au bénéficiaire et à son conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité, qui signent chacun le projet ou l'un des contrats mentionnés aux articles L. 262-34 à L. 262-36. / () ". L'article L. 262-8 de ce code dispose : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu, lorsqu'il est sans emploi ou ne tire de l'exercice d'une activité professionnelle que des revenus inférieurs à une limite fixée par décret, de rechercher un emploi, d'entreprendre les démarches nécessaires à la création de sa propre activité ou d'entreprendre les actions nécessaires à une meilleure insertion sociale ou professionnelle. / () ". Selon l'article L. 262-29 de ce code, dans sa version applicable au litige : " Le président du conseil départemental oriente le bénéficiaire du revenu de solidarité active tenu aux obligations définies à l'article L. 262-28 : / 1° De façon prioritaire, lorsqu'il est disponible pour occuper un emploi au sens des articles L. 5411-6 et L. 5411-7 du code du travail ou pour créer sa propre activité, soit vers l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du même code, soit, si le département décide d'y recourir, vers l'un des organismes mentionnés à l'article L. 5311-4 du code du travail ou encore vers un des réseaux d'appui à la création et au développement des entreprises mentionnés à l'article 200 octies du code général des impôts, en vue d'un accompagnement professionnel et, le cas échéant, social ; / () ". L'article L. 262-35 du même code prévoit : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active orienté vers un organisme participant au service public de l'emploi autre que l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du code du travail conclut avec le département, représenté par le président du conseil départemental, sous un délai d'un mois après cette orientation, un contrat librement débattu énumérant leurs engagements réciproques en matière d'insertion professionnelle. / Ce contrat précise les actes positifs et répétés de recherche d'emploi que le bénéficiaire s'engage à accomplir. / Il précise également, en tenant compte de la formation du bénéficiaire, de ses qualifications, de ses connaissances et compétences acquises au cours de ses expériences professionnelles, de sa situation personnelle et familiale ainsi que de la situation du marché du travail local, la nature et les caractéristiques de l'emploi ou des emplois recherchés, la zone géographique privilégiée et le niveau de salaire attendu. Le bénéficiaire ne peut refuser plus de deux offres raisonnables d'emploi ainsi définies. / Le contrat retrace les actions que l'organisme vers lequel il a été orienté s'engage à mettre en œuvre dans le cadre du service public, notamment en matière d'accompagnement personnalisé et, le cas échéant, de formation et d'aide à la mobilité. / Lorsque le bénéficiaire ne respecte pas une stipulation de ce contrat, l'organisme vers lequel il a été orienté le signale au président du conseil départemental. "

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-37 du même code, dans sa version applicable au litige : " Sauf décision prise au regard de la situation particulière du bénéficiaire, le versement du revenu de solidarité active est suspendu, en tout ou partie, par le président du conseil départemental : / 1° Lorsque, du fait du bénéficiaire et sans motif légitime, () l'un des contrats mentionnés aux articles L. 262-35 et L. 262-36 ne sont pas établis dans les délais prévus ou ne sont pas renouvelés ; / Cette suspension ne peut intervenir sans que le bénéficiaire, assisté à sa demande par une personne de son choix, ait été mis en mesure de faire connaître ses observations aux équipes pluridisciplinaires mentionnées à l'article L. 262-39 dans un délai qui ne peut excéder un mois. / Lorsque, à la suite d'une suspension de l'allocation, l'organisme payeur procède à une reprise de son versement et, le cas échéant, à des régularisations relatives à la période de suspension, il en informe le président du conseil départemental en précisant le nom de l'allocataire concerné et en explicitant le motif de la reprise du versement de l'allocation. / Lorsqu'il y a eu suspension de l'allocation au titre du présent article, son versement est repris par l'organisme payeur sur décision du président du conseil départemental à compter de la date de conclusion de l'un des contrats mentionnés aux articles L. 262-35 et L. 262-36 ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi. "

4. Il résulte des articles L. 262-28, L. 262-35, L. 262-36 et L. 262-37 du code de l'action sociale et des familles (A) que le président du conseil départemental est chargé d'orienter le bénéficiaire du revenu de solidarité active (RSA) dans le cadre des démarches qui lui incombent en vertu de l'article L. 262-28 du A. Afin de déterminer les engagements réciproques du département et du bénéficiaire en matière d'insertion, il conclut un contrat avec cette personne, sauf si elle est titulaire d'un revenu de remplacement au titre de l'indemnisation des travailleurs involontairement privés d'emploi ou est orientée vers Pôle emploi. Le président du conseil départemental est en droit de suspendre le versement du RSA lorsque le bénéficiaire, sans motif légitime, soit fait obstacle à l'établissement ou au renouvellement de ce contrat par son refus de s'engager à entreprendre les actions nécessaires à une meilleure insertion, soit ne respecte pas le contrat conclu. En revanche, il ne peut légalement justifier une décision de suspension par la circonstance que le bénéficiaire n'aurait pas accompli des démarches d'insertion qui ne correspondraient pas aux engagements souscrits dans un contrat en cours d'exécution.

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. Gumez, disponible pour occuper un emploi au sens de l'article L. 262-29 du code de l'action sociale et des familles précité, a été orienté vers un organisme participant au service public de l'emploi par le président du conseil départemental du Nord. Si M. Gumez soutient avoir effectué des démarches de recherches d'emploi et entend justifier ses refus des postes proposés par l'inadéquation avec sa formation et son expérience professionnelles, il ne justifie pas avoir souscrit le contrat d'engagements réciproques dans le délai prévu par les dispositions de l'article L. 262-35 du code de l'action sociale et des familles citées au point 2 ni ne justifie d'un motif légitime l'ayant empêché de respecter ses obligations. En outre, il ne résulte pas de l'instruction qu'il aurait, avant le 1er septembre 2022, conclu avec le département un contrat d'engagements réciproques.

6. En second lieu, si M. Gumez soutient que la décision en litige le place dans l'impossibilité de payer son loyer, son abonnement aux transports en communs, et sa nourriture, ces circonstances sont sans incidence sur la légalité de la décision en litige.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. Gumez doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. Gumez est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C Gumez et au département du Nord.

Copie sera adressée, pour information, à la caisse d'allocations familiales du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.

La magistrate désignée,

signé

L.-J. LançonLa greffière,

signé

I. Baudry

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2207129