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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2207161

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2207161

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2207161
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formationjuge unique (6)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de Mme C contestant la décision du 12 août 2022 du président du conseil départemental du Nord confirmant la suppression de son revenu de solidarité active (RSA). La requérante n’a pas justifié d’un motif légitime pour ne pas s’être inscrite à Pôle emploi et n’avoir pas élaboré un projet personnalisé d’accès à l’emploi, comme l’exigent les articles L. 262-28, L. 262-34 et L. 262-37 du code de l’action sociale et des familles. Le tribunal a considéré que la suspension puis la radiation du RSA étaient légalement fondées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2022, Mme A C demande au tribunal d'annuler la décision du 12 août 2022, prise sur recours administratif préalable obligatoire, par laquelle le président du conseil départemental du Nord a confirmé la décision du 27 juillet 2022 de la caisse d'allocations familiales du Nord la privant du bénéfice du revenu de solidarité active.

Elle soutient que :

- elle n'a jamais reçu de lettre de la caisse d'allocations familiales l'informant de la suppression de son revenu de solidarité active ;

- elle n'a plus de logement ;

- elle est atteinte d'une maladie grave ;

- elle a transmis tous les documents réclamés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2024, le département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- en l'absence de motif légitime l'ayant empêché, Mme C ne s'est pas inscrite à Pôle Emploi ;

- l'absence de souscription d'un projet personnalisé d'accès à l'emploi a justifié la suspension du revenu de solidarité active pour quatre mois et la radiation de Mme C de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Cotte, vice-président, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Cotte a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, en tant qu'allocataire du revenu de solidarité active, a été orientée par le président du conseil départemental du Nord vers Pôle emploi, devenu France Travail. En l'absence d'inscription auprès de cet organisme, le président du conseil départemental a, par un courrier du 4 février 2022, rappelé à Mme C que le versement de sa prestation sociale est lié à son engagement dans un parcours d'insertion professionnelle. A la suite de l'examen de sa situation par l'équipe pluridisciplinaire du 17 mars 2022, il a été constaté qu'elle n'avait pas régularisé sa situation. Devant l'impossibilité d'orienter l'intéressée vers une démarche de recherche d'emploi, le président du conseil départemental du Nord lui a, par un courrier du 29 mars 2022, notifié la suspension de son allocation pour une durée de quatre mois, pour la période du 1er mars au 30 juin 2022. Par une décision du 27 juillet 2022, la caisse d'allocations familiales du Nord a mis fin aux droits de Mme A C à l'allocation de revenu de solidarité active. Par un recours administratif préalable obligatoire, l'intéressée a contesté cette décision. Par une décision du 12 août 2022, le président du conseil départemental a confirmé la décision de la caisse d'allocations familiales. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de cette dernière décision.

2. Aux termes de l'article L. 262-27 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active a droit à un accompagnement social et professionnel adapté à ses besoins et organisé par un référent unique. () ". L'article L. 262-28 du même code dispose que : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu, lorsqu'il est sans emploi ou ne tire de l'exercice d'une activité professionnelle que des revenus inférieurs à une limite fixée par décret, de rechercher un emploi, d'entreprendre les démarches nécessaires à la création de sa propre activité ou d'entreprendre les actions nécessaires à une meilleure insertion sociale ou professionnelle. / () ". L'article L. 262-29 dispose que : " Le président du conseil départemental oriente le bénéficiaire du revenu de solidarité active tenu aux obligations définies à l'article L. 262-28 : / 1° De façon prioritaire, lorsqu'il est disponible pour occuper un emploi au sens des articles L. 5411-6 et L. 5411-7 du code du travail ou pour créer sa propre activité, soit vers l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du même code [code du travail] () "

3. Aux termes de l'article L. 262-34 du code de l'action sociale et des familles, dans sa version applicable au litige : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active orienté vers l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du code du travail élabore conjointement avec le référent désigné au sein de cette institution ou d'un autre organisme participant au service public de l'emploi le projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du même code. ". L'article L. 5411-6-1 du code du travail dispose que : " Un projet personnalisé d'accès à l'emploi est élaboré et actualisé conjointement par le demandeur d'emploi et Pôle emploi ou, lorsqu'une convention passée avec Pôle emploi le prévoit, un organisme participant au service public de l'emploi. Le projet personnalisé d'accès à l'emploi et ses actualisations sont alors transmis pour information à Pôle emploi. / () ".

4. Aux termes de l'article L. 262-37 du code de l'action sociale et des familles : " Sauf décision prise au regard de la situation particulière du bénéficiaire, le versement du revenu de solidarité active est suspendu, en tout ou partie, par le président du conseil départemental : / 1° Lorsque, du fait du bénéficiaire et sans motif légitime, le projet personnalisé d'accès à l'emploi ou l'un des contrats mentionnés aux articles L. 262-35 et L. 262-36 ne sont pas établis dans les délais prévus ou ne sont pas renouvelés ; / () ".

5. Il appartient au juge administratif, saisi de conclusions dirigées contre une décision de radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active prononcée, à la suite d'une décision de suspension prise au titre de l'article L. 262-37 du code de l'action sociale et des familles, sur le fondement de l'article L. 262-38 du même code, laquelle ne présente, pas davantage que la mesure de suspension qui l'a précédée, le caractère d'une sanction, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et notamment des pièces justificatives le cas échéant produites en cours d'instance par le requérant. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé pour la période courant à compter de la date de suspension des droits et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.

6. En l'espèce, il résulte de la décision attaquée que la caisse d'allocations familiales du Nord a interrompu le versement du revenu de solidarité active au motif que l'intéressée, Mme C, n'était pas inscrite à Pôle emploi. Cette situation constitue son second manquement à ses obligations contractuelles. Elle a été informée le 4 février 2022 que son dossier serait examiné par une équipe pluridisciplinaire. À la suite de l'avis de cette équipe, le président du conseil départemental a décidé de suspendre son allocation de revenu de solidarité active à partir du 1er mars 2022, pour une durée de quatre mois, soit jusqu'au 30 juin 2022. Par la suite, il est établi dans la décision contestée que Mme C, n'ayant pas régularisé sa situation après la suspension de son allocation en s'inscrivant à Pôle emploi, a été radiée de la liste des bénéficiaires par le président du conseil départemental. Mme C se borne à indiquer qu'elle n'a jamais reçu de lettre des organismes concernés pour les périodes mentionnées dans la décision contestée. Cette allégation n'est pas de nature à remettre en cause le bien-fondé de la décision attaquée, y compris son absence de logement. Enfin, bien que Mme C, soutenue par une attestation du docteur B, affirme que son état de santé est à l'origine de ses difficultés à trouver un emploi, cette attestation ne justifie pas à elle seule son manquement à ses obligations contractuelles. En outre, les attestations et les factures d'hôpital prouvant une aggravation de son état de santé sont postérieures à la décision contestée, ce qui ne justifie pas son non-respect des obligations liées à son projet personnalisé d'accès à l'emploi. Dans ces conditions, la décision du 12 août 2022 doit être considérée comme justifiée, et sa requête doit donc être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au département du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

O. Cotte

La greffière,

signé

C. Lejeune

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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