Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2207699
lundi 22 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2207699 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | juge unique (3) |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 octobre 2022, Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal de lui accorder la remise totale d'un indu de prime d'activité (IM3/002) d'un montant de 438,45 euros pour la période de novembre 2018 à avril 2019 et d'un indu d'aide personnalisée au logement (IN5/002) d'un montant ramené à 207,72 euros après remise de la moitié de la créance pour la période d'août à décembre 2021.
Elle soutient que :
- elle est de bonne foi et ignorait devoir déclarer, au titre de ses ressources, la participation de son employeur à sa protection complémentaire ainsi que le remboursement partiel de ses frais de transport ;
- elle ne dispose pas des moyens de s'acquitter du montant de sa dette, compte tenu de ses difficultés financières.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2023, la caisse d'allocations familiales du Nord conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme A a produit, à la demande du tribunal, des pièces, enregistrées le 13 juin 2024, qui ont été communiquées.
La caisse d'allocations familiales du Nord a produit, à la demande du tribunal, une pièce, enregistrée le 13 juin 2024, qui a été communiquée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bourgau pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Bourgau, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'un contrôle de la situation de Mme A et du réexamen de ses droits qui s'en est suivi, la caisse d'allocations familiales du Nord lui a notifié, d'une part, par courrier du 3 juin 2020 son intention de recouvrer un indu de prime d'activité (IM3/002) d'un montant de 438,45 euros pour la période de novembre 2018 à avril 2019 et, d'autre part, par courrier du 3 février 2022 son intention de recouvrer un indu d'aide personnalisée au logement (IN5/002) d'un montant de 415,43 euros pour la période d'août à décembre 2021. Par décision du 3 octobre 2022, le directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord a rejeté sa demande de remise de dette concernant l'indu IM3/002. Par décision du 6 février 2023, le directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord a accordé à la requérante une remise de la moitié de l'indu d'aide personnalisée au logement. Par la présente requête, Mme A doit être regardée comme demandant l'annulation de ces décisions et la remise de la totalité de ses dettes.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 845-1 du code de la sécurité sociale : " Les directeurs des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 procèdent aux contrôles et aux enquêtes concernant la prime d'activité et prononcent, le cas échéant, des sanctions selon les règles, procédures et moyens d'investigation prévus aux articles L. 114-9 à L. 114-17, L. 114-19 à L. 114-22, L. 161-1-4 et L. 161-1-5. ". Aux termes de l'article L. 845-3 du même code : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. / () La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. / () ". Et aux termes de l'article aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale, rendu applicable par l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation aux aides personnelles au logement, dont fait partie l'aide personnalisée au logement : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré, sous réserve que l'allocataire n'en conteste pas le caractère indu, par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution. A défaut, l'organisme payeur peut, dans des conditions fixées par décret, procéder à la récupération de l'indu par retenues sur les échéances à venir dues soit au titre des aides personnelles au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation, soit au titre des prestations mentionnées à l'article L. 168-8 ainsi qu'aux titres II et IV du livre VIII du présent code, soit au titre du revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles. () / Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations. ".
3. D'autre part, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée mais de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise gracieuse totale ou partielle. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé à la prestation ou à l'allocation ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.
4. Il résulte de l'instruction, d'une part, que si l'indu de prime d'activité dont le remboursement est demandé à Mme A résulte de l'absence de déclaration par cette dernière, au titre de ses ressources, de la participation de son employeur à sa protection complémentaire ainsi que du remboursement par ce dernier de ses frais de transport, la caisse d'allocations familiales lui a toutefois reconnu le bénéfice du droit à l'erreur. D'autre part, s'agissant de l'indu d'aide personnalisée au logement, la caisse d'allocations familiales a reconnu que le versement indu résultait d'une erreur de sa part et a accordé à Mme A une remise de la moitié de sa dette. Ainsi, la bonne foi de Mme A n'est pas en cause, de sorte que c'est au seul regard de la situation de précarité financière de la requérante et de son foyer que doit être examinée sa demande de remise gracieuse.
5. En l'espèce, Mme A vit seule à la date du présent jugement. De plus, Mme A justifie, d'une part, de ressources mensuelles nettes avant impôt d'un montant de 1 756,28 euros et, d'autre part, de charges incompressibles mensuelles constituées de son loyer, de son assurance, de sa prévoyance, de son abonnement de transport, de sa mutuelle, de son abonnement de téléphonie ainsi que de ses factures d'eau et d'électricité, dont le montant total de 751,77 euros s'impute sur ses ressources. Il en résulte que Mme A dispose, chaque mois, d'une somme d'environ 1 004,51 euros pour financer ses dépenses quotidiennes. Enfin, son quotient familial actualisé à la date du présent jugement est de 978 euros. Dans ces conditions, Mme A n'établit pas se trouver dans une situation de précarité telle qu'elle ne pourrait pas s'acquitter du remboursement de ses dettes d'un montant total de 646,17 euros.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de remise gracieuse doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée, pour information, à la caisse d'allocations familiales du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
T. BOURGAULe greffier,
Signé
A. COUET
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chacun en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
No 2207699
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