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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2207887

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2207887

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2207887
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantTRAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Tran, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, en application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 29 avril 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Roubaix lui a infligé la sanction disciplinaire de l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de six mois, dont cinq avec sursis ;

2°) de mettre à la charge de centre hospitalier de Roubaix le versement d'une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient :

Sur l'urgence, que :

- cette condition est remplie dès lors que la décision en litige a pour effet, d'une part, de le rendre inéligible lors des prochaines élections professionnelles des membres du comité social d'établissement, de la commission administrative paritaire et de la commission consultative paritaire, alors que la liste des candidats doit être transmise au centre hospitalier au plus tard le 19 octobre 2022, et, d'autre part, de faire obstacle à ce qu'il figure sur la liste électorale dressée le 18 octobre 2022, alors que la révision de cette liste pourrait intervenir d'ici le dernier jour du scrutin à sa demande, dans le cas où la sanction en litige serait suspendue ;

- cette condition est également remplie compte tenu de l'atteinte grave et prolongée portée aux conditions d'exercice de sa liberté syndicale sur la période allant du 30 août 2021 au 10 janvier 2022, pendant laquelle il a été affecté sur un poste de contrôleur des passes sanitaires alors qu'il bénéficiait d'une décharge syndicale totale d'activités ;

Sur l'atteinte grave et manifestement illégale à la liberté syndicale, que :

- la sanction en litige vise en réalité, de manière discriminatoire, à le sanctionner à raison de l'exercice de son activité syndicale ;

Sur la légalité externe de la décision en litige, que :

- elle est, ainsi que l'avis émis par le conseil de discipline, insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'incompétence dès lors que signataire s'est borné à retranscrire les griefs énoncés au sein du rapport introductif, sans exercer son pouvoir d'appréciation, ce qui révèle que cette décision a été prise par l'auteur de ce rapport, soit le directeur des ressources humaines ; il en va de même de la décision rejetant le recours gracieux formé contre la sanction, qui a été signée par le directeur des ressources humaines ;

- elle a été édictée au terme d'une procédure irrégulière, le conseil de discipline ne présentant pas les garanties d'impartialité requises par les stipulations du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la procédure d'édiction de la décision en litige est également irrégulière dès lors qu'en dépit des demandes faites en ce sens, il n'a pas eu communication de l'ensemble des pièces de son dossier individuel ;

Sur la légalité interne de la décision en litige, que :

- elle repose sur des faits de violence physique et de menaces verbales qui ne sont pas établis ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans le choix de la sanction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 82-447 du 28 mai 1982 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Robbe, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Par une lettre du 28 janvier 2020, le secrétaire de section du syndicat SUD santé sociaux a proposé au directeur des ressources humaines du centre hospitalier de Roubaix une décharge syndicale à temps plein au bénéfice de M. B, ouvrier principal de deuxième classe. M. B a bénéficié du renouvellement de son placement à temps partiel thérapeutique pour la période allant du 2 novembre 2022 au 1er janvier 2021 inclus. Il a accepté d'exercer, à compter du 30 août 2021, le poste d'agent d'accueil en charge du contrôle du " passe sanitaire ", jusqu'au 10 janvier 2022, date à laquelle il été victime d'un accident de travail. Par une décision du 29 avril 2022, le directeur du centre hospitalier de Roubaix, suivant l'avis émis par le conseil de discipline le 27 avril 2022, lui a infligé la sanction disciplinaire de l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de six mois, dont cinq avec sursis. M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette sanction.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. La possibilité pour le juge des référés d'utiliser les pouvoirs particuliers prévus par l'article L. 521-2 du code de justice administrative est subordonnée notamment à la condition qu'une atteinte grave et manifestement illégale ait été portée à une liberté fondamentale au sens de cet article.

4. La décision, fût-elle illégale, prononçant l'exclusion temporaire d'un agent public pour motif disciplinaire n'est pas, par son seul objet, de nature à porter atteinte à une liberté fondamentale au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Toutefois, les motifs sur lesquels se fonde cette décision peuvent, dans certains cas, révéler une telle atteinte.

5. S'il appartient aux organisations syndicales, titulaires de décharges de service dans les conditions définies par l'article 16 du décret du 28 mai 1982 relatif à l'exercice du droit syndical dans la fonction publique, de désigner ceux de leurs membres qu'elles entendent voir bénéficier de ces décharges et, en sens inverse, ceux des bénéficiaires de ces décharges dont elles souhaitent qu'elles leur soient retirées, l'attribution de ces décharges aux personnes ainsi désignées, ou leur retrait, fait nécessairement l'objet d'une décision de l'autorité administrative. En l'espèce, si par sa lettre précitée du 28 janvier 2020, le syndicat SUD santé sociaux a entendu désigner M. B comme devant bénéficier d'une décharge totale d'activités, il n'est ni établi ni même soutenu qu'une décision accordant cette décharge à l'intéressé aurait été édictée par l'autorité administrative compétente. M. B ne peut donc être regardé comme ayant bénéficié d'une telle décharge par le seul effet de cette désignation.

6. Il résulte des termes mêmes de la sanction en litige que celle-ci a été infligée à M. B au regard, d'une part des " propos inadaptés, injurieux et menaces répétées de Monsieur A B envers une collègue de travail () le 8 décembre 2021, en présence de témoins ", d'autre part de son " comportement non professionnel dans l'exercice de ses fonctions ", et enfin de son " attitude agressive et violente sur le lieu de travail et pendant les heures de travail ". Il résulte de l'instruction que le comportement fautif reproché à M. B se rapporte à sa manière d'accomplir les missions lui incombant en sa qualité d'agent d'accueil en charge du contrôle du " passe sanitaire ", ce poste lui ayant d'ailleurs été confié avec son accord explicite. Ainsi, et à supposer même que M. B aurait dû bénéficier d'une décharge syndicale totale à la suite de sa désignation par la lettre précitée du 28 janvier 2020, la sanction en litige ne peut, contrairement à ce que soutient le requérant, être regardée comme se rapportant à son activité syndicale. Eu égard à ses motifs, exclusivement tirés du comportement adopté par l'intéressé dans le cadre de l'exercice de son poste d'agent d'accueil en charge du contrôle du " passe sanitaire ", cette sanction n'a ainsi pu porter une quelconque atteinte à la liberté syndicale, qui présente le caractère d'une liberté fondamentale au sens des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

7. Par ailleurs, il résulte tant des termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative que du but dans lequel la procédure qu'il instaure a été créée que doit exister un rapport direct entre l'illégalité relevée à l'encontre de l'autorité administrative et la gravité de ses effets au regard de l'exercice de la liberté fondamentale en cause. Ainsi, et compte tenu de ce qui a été indiqué au point précédent, la circonstance que la sanction en litige serait entachée des différentes illégalités alléguées n'est pas davantage, par elle-même, de nature à caractériser une atteinte grave à la liberté syndicale.

8. Par suite, la requête, y compris ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du même code.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Fait à Lille, le 21 octobre 2022.

Le juge des référés,

Signé

J. ROBBE

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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