jeudi 28 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2207969 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | ROBERVAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 octobre 2022 et 6 novembre 2023, Mme A B, représentée par Me Roberval, demande au tribunal de condamner l'Etablissement public de santé mentale (EPSM) de l'agglomération lilloise à lui verser la somme de 25 000 euros, en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison de sa suspension, ainsi que les intérêts au taux légal à compter de la date de réception de sa demande indemnitaire préalable et de leur capitalisation.
Elle soutient que :
- sa demande indemnitaire est recevable malgré le défaut de contestation de la décision de suspension du 16 septembre 2021 ;
- l'EPSM de l'agglomération lilloise a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en la suspendant alors qu'elle était en congé maladie ;
- elle a subi un préjudice financier et moral à hauteur de 25 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 septembre 2023, l'EPSM de l'agglomération lilloise, représenté par Me Robillard, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme B de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les conclusions tendant à l'allocation de la somme de 19 117 euros sont irrecevables faute pour Mme B d'avoir demandé l'annulation pour excès de pouvoir de la décision de suspension du 16 septembre 2021 dans les délais de recours contentieux, à tout le moins pour la paie du mois d'octobre 2021 versée à tort d'un montant de 757,13 euros qui a fait l'objet d'un titre de recettes du 22 octobre 2021 ;
- les conclusions tendant au dédommagement du préjudice moral et de la perte des autres droits attachés au congé maladie, sont irrecevables à défaut d'une demande indemnitaire préalable ;
- elle a " instrumentalisé " l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 dans le but d'échapper à l'obligation vaccinale contre la covid-19 ;
- elle a exercé une activité professionnelle accessoire pendant sa suspension ;
- en tout état de cause, les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jaur, première conseillère,
- les conclusions de Mme Courtois, rapporteure publique,
- et les observations de Me Robillard pour l'EPSM de l'agglomération lilloise,
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, infirmière titulaire au sein de l'EPSM de l'agglomération lilloise a été suspendue de ses fonctions sans rémunération à compter du 16 septembre 2021 et jusqu'à production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination répondant aux conditions définies par le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021, par une décision de la directrice des ressources humaines et du dialogue social de cet établissement du 16 septembre 2021, alors qu'elle était placée en congé maladie du 14 septembre 2021 au 10 juin 2022 et du 11 août 2022 au 10 septembre 2022. Par courrier du 10 juin 2022, elle sollicitait l'indemnisation de son préjudice. Par courrier reçu le 19 août 2022, l'EPSM refusait de procéder à une indemnisation. Mme B demande au tribunal de condamner l'EPSM de l'agglomération lilloise à lui verser une somme de 25 000 euros en réparation du préjudice subi.
Sur les fins de non-recevoir opposées par l'EPSM de l'agglomération lilloise :
2. En premier lieu, si l'expiration du délai permettant d'introduire un recours en annulation contre une décision expresse dont l'objet est purement pécuniaire fait obstacle à ce que soient présentées des conclusions indemnitaires ayant la même portée, il ressort des termes du III de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire que la suspension d'un agent en raison de son défaut de vaccination à la Covid-19 " s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération " et " ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté ". Par suite, et alors même que, par un article de son dispositif, relatif à l'interruption du traitement, la décision de suspension, qui revêt un caractère indivisible, présente un objet purement pécuniaire, elle ne peut être regardée comme ayant, dans son ensemble, un tel objet. Par suite, l'expiration du délai de recours contentieux contre cette décision, à la supposer établie, ne faisait pas obstacle à la présentation de conclusions indemnitaires sur ses effets.
3. En deuxième lieu, la circonstance que, par décision du 15 octobre 2021, suivie de l'émission d'un titre de recette le 22 octobre 2021 d'un montant de 757,13 euros, le directeur de l'EPSM a demandé à Mme B de reverser la rémunération perçue entre le 16 et le 30 septembre 2021 ne faisait pas obstacle à la présentation de conclusions indemnitaires relatives à cette somme, réclamée du fait de la suspension, laquelle, ainsi qu'il a été dit, ne présente pas un objet purement pécuniaire.
4. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. / () ". Il résulte de ces dispositions que la décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur, quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question. Par suite, la victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage résultant de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'étaient pas mentionnés dans sa réclamation.
5. Il résulte de l'instruction que Mme B a sollicité, dans sa réclamation préalable du 10 juin 2022, l'indemnisation du préjudice résultant de sa suspension au cours de son congé de maladie. Elle a ainsi lié le contentieux pour l'ensemble des dommages causés par cette suspension. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de ce que le contentieux n'est pas lié, faute de demande, dans cette réclamation, relative à son préjudice moral et ou à la perte des autres droits attachés au congé maladie, doit être écartée.
Sur les conclusions indemnitaires
6. D'une part, aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière alors en vigueur : " Le fonctionnaire en activité à droit : / () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 42 ".
7. D'autre part, aux termes de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 : " I. - () / B - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent B, à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'au 15 octobre 2021 inclus, sont autorisées à exercer leur activité les personnes mentionnées au I de l'article 12 qui, dans le cadre d'un schéma vaccinal comprenant plusieurs doses, justifient de l'administration d'au moins une des doses requises par le décret mentionné au II du même article 12, sous réserve de présenter le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 prévu par le même décret. () III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I (). Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit () ".
8. Il résulte des dispositions précitées que si le directeur d'un centre hospitalier peut légalement prendre une mesure de suspension à l'égard d'un agent qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale contre la covid-19 alors que cet agent est en congé de maladie, cette mesure et la suspension de traitement qui lui est associée ne peuvent toutefois entrer en vigueur qu'à compter de la date à laquelle prend fin le congé de maladie de l'agent en question.
9. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme B n'aurait pas été placée en congé maladie du 14 septembre 2021 au 10 juin 2022 et du 11 août 2022 au 10 septembre 2022 alors que la décision de suspension a pris effet à compter du 16 septembre 2021. Par suite, et sans qu'ait d'incidence la circonstance que le congé de maladie ait précédé de seulement deux jours la date d'effet de la suspension, qui ne suffit pas à caractériser une fraude, non établie par l'EPSM défendeur, ce dernier a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne les autres préjudices :
10. Mme B demande au tribunal de condamner l'EPSM de l'agglomération lilloise à lui verser une somme en réparation de son préjudice moral et de la perte des différents droits attachés à l'arrêt maladie. S'il n'est pas justifié du préjudice moral subi, il résulte des dispositions précitées de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 que la suspension prononcée en application de ces dispositions a une incidence sur la durée des congés payés et les droits acquis au titre de l'ancienneté. Il sera fait une juste appréciation de ces préjudices en condamnant l'EPSM de l'agglomération lilloise à verser à Mme B une indemnité de 1 500 euros.
En ce qui concerne le préjudice financier lié à la perte de rémunération :
11. Mme B, qui a été privée de son traitement pendant la période de sa suspension illégale et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait perçu des revenus de substitution pendant cette période, est fondée à solliciter une indemnisation à ce titre. Il y a lieu de condamner l'EPSM de l'agglomération lilloise à verser à Mme B le traitement qu'elle devait percevoir au titre de son placement en congé maladie pour la période comprise entre le 16 septembre 2021 et le 10 juin 2022 et entre le 11 août 2022 et le 10 septembre 2022 ; en conservant l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois et ce traitement étant réduit de moitié pendant les neuf mois suivants, dans la limite de la somme qu'elle a demandée à ce titre, soit 23 500 euros (25 000 - 1 500). L'état de l'instruction ne permettant pas de déterminer précisément la somme due à ce titre, il y a lieu de renvoyer Mme B devant l'EPSM de l'agglomération lilloise afin qu'il soit procédé à la liquidation de cette somme.
En ce qui concerne les intérêts et leur capitalisation
12. Mme B a droit aux intérêts au taux légal correspondant aux sommes mentionnées au point 10 et au point précédent, et ce, à compter du 10 juin 2022, date de réception de sa réclamation indemnitaire par l'EPSM de l'agglomération lilloise.
13. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée pour la première fois lors du dépôt de la requête, le 19 octobre 2022. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 10 juin 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est seulement fondée à demander la condamnation de l'EPSM de l'agglomération lilloise à lui verser le traitement qu'elle devait percevoir au titre de son placement en congé maladie pour la période comprise entre le 16 septembre 2021 et le 10 juin 2022 et entre le 11 août 2022 et le 10 septembre 2022, dans la limite de la somme qu'elle a demandée à ce titre, soit 23 500 euros et une indemnité de 1 500 euros. Cette somme globale sera assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception de sa demande indemnitaire préalable et de leur capitalisation.
DÉCIDE :
Article 1er : L'EPSM de l'agglomération lilloise est condamné à verser à Mme B le traitement qu'elle devait percevoir au titre de son placement en congé maladie pour la période comprise entre le 16 septembre 2021 et le 10 juin 2022 et entre le 11 août 2022 et le 10 septembre 2022, dans la limite d'un montant de 23 500 euros.
Article 2 : L'EPSM de l'agglomération lilloise est condamné à verser à Mme B une indemnité de 1 500 euros.
Article 3 : Les sommes mentionnées aux articles 1er et 2 du présent jugement seront assorties des intérêts au taux légal à compter du 10 juin 2022. Les intérêts échus à la date du 10 juin 2022, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 5 : Les conclusions présentées par l'EPSM de l'agglomération lilloise au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'Etablissement public de santé mentale de l'agglomération lilloise.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Riou, président,
- Mme Jaur, première conseillère,
- Mme Célino, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.
La rapporteure,
Signé
A. JaurLe président,
Signé
J.-M. Riou
La greffière,
Signé
S. Ranwez
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
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01/06/2026