lundi 22 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2208075 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | juge unique (3) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2022, Mme A B demande au tribunal de lui accorder la remise totale de deux indus de prime d'activité (IM3/001 et IM3/002) d'un montant de 1 489,38 euros pour la période de septembre 2020 à octobre 2021 et de 1 694,47 euros pour la période d'août 2020 à septembre 2021.
Elle soutient que :
- elle est de bonne foi et ignorait devoir déclarer sa vie maritale ;
- elle ne dispose pas des moyens de s'acquitter du montant de sa dette, compte tenu de ses difficultés financières et de la précarité de sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2022, la caisse d'allocations familiales du Nord conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bourgau pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Bourgau, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite de la déclaration par Mme B de sa vie maritale et du réexamen de ses droits qui s'en est suivi, la caisse d'allocations familiales du Nord lui a notifié son intention de recouvrer deux indus de prime d'activité (IM3/001 et IM3/002) d'un montant de 1 489,38 euros pour la période de septembre 2020 à octobre 2021 et de 1 694,47 euros pour la période d'août 2020 à septembre 2021. L'indu IM3/001 ayant fait l'objet d'un recouvrement partiel sur prestations, son montant a été ramené à la somme de 467,39 euros. Par décisions du 26 août 2022, le directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord a rejeté les demandes de remise de dette de Mme B. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de ces décisions et la remise de la totalité de sa dette de 2 161,86 euros.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 842-3 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°. / () ". Aux termes de l'article R. 842-3 du même code : " Le foyer mentionné au 1° de l'article L. 842-3 est composé : / 1° Du bénéficiaire ; / 2° De son conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité ; / () ". Aux termes de de l'article R. 843-1 de ce code : " I.-Le montant dû au foyer bénéficiaire de la prime d'activité est égal à la moyenne des primes calculées conformément à l'article L. 842-3 pour chacun des trois mois précédant l'examen ou le réexamen périodique du droit. / II. Pour chacun des trois mois mentionnés au I, la composition du foyer et la situation d'isolement mentionnée à l'article L. 842-7 retenues pour la détermination du montant forfaitaire sont celles du foyer au dernier jour du mois considéré, sous réserve des dispositions des 1° et 2° ci-dessous : / () 2° Le conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité du bénéficiaire lors du dépôt de la demande ou lors du réexamen périodique est réputé avoir appartenu au foyer tout au long des trois mois précédents. / () ". Et aux termes de l'article L. 845-3 dudit code : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. / () La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. / () ".
3. D'autre part, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée mais de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise gracieuse totale ou partielle. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé à la prestation ou à l'allocation ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.
4. Il résulte de l'instruction que l'indu dont le remboursement est demandé à Mme B résulte de l'omission par cette dernière de la déclaration de sa vie maritale à compter du 13 juillet 2020, laquelle n'a été portée à la connaissance de la caisse d'allocations familiales que le 27 octobre 2021, lors de la déclaration de son pacte civil de solidarité par la requérante, alors que la situation familiale du demandeur a une incidence sur le droit à la prime d'activité et sur son montant. De plus, alors que le formulaire de demande de prime d'activité, dans sa rubrique relative à la situation personnelle du demandeur, prévoit expressément le cas de la vie maritale et, dans sa rubrique relative aux revenus du demandeur, prévoit la déclaration des ressources du demandeur et de son conjoint, partenaire pacsé ou concubin, la requérante s'est néanmoins déclarée célibataire. En outre, Mme B n'a jamais signalé de modification de sa situation s'agissant de sa vie maritale alors même que l'engagement de l'allocataire à signaler toute modification de sa situation personnelle est rappelé dans le formulaire de demande qu'elle a signé. Dans ces conditions, eu égard à la nature des éléments de sa situation personnelle non déclarés ainsi qu'au caractère public d'attribution de la prestation en cause, Mme B ne peut être regardée comme ayant pu raisonnablement ignorer qu'elle était tenue de déclarer sa vie maritale. Cette omission déclarative s'est, par ailleurs, reproduite pendant plus d'un an de sorte que, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, elle ne peut être regardée comme étant de bonne foi. Dans ces conditions, elle doit être regardée comme ayant effectué de fausses déclarations. Cette seule circonstance fait obstacle, conformément aux dispositions rappelées au point 2, à la remise gracieuse, partielle ou totale, des indus de prime d'activité mis à la charge de la requérante, quelle que soit la précarité de sa situation financière.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de remise gracieuse doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Copie en sera adressée, pour information, à la caisse d'allocations familiales du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
T. BOURGAULe greffier,
Signé
A. COUET
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
No 2208075
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026