mardi 11 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2208430 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP GROS-HICTER ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 novembre 2022 et 12 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Denys, demande au tribunal :
1°) d'enjoindre au syndicat intercommunal de distribution d'eau de la région de Brimeux de procéder à ses frais à l'enlèvement de la canalisation d'eau potable située sur son terrain dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
2°) de condamner le syndicat intercommunal de distribution d'eau de la région de Brimeux à prendre en charge l'intégralité des frais de remise en état de son terrain à la suite de l'enlèvement de la canalisation d'eau potable ;
3°) de mettre à la charge du syndicat intercommunal de distribution d'eau de la région de Brimeux la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la canalisation d'eau potable située sur son terrain est irrégulièrement implantée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2022, le syndicat intercommunal de distribution d'eau de la région de Brimeux, représenté par la SCP Gros, Hicter et associés, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'un sursis à statuer soit prononcé jusqu'à l'obtention par M. A de l'autorisation d'urbanisme nécessaire à la réalisation de son projet et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable car tardive en raison de l'expiration du délai de recours de deux mois et du délai raisonnable d'un an ;
- la requête est irrecevable car prématurée en l'absence d'autorisation d'urbanisme préalable à a construction envisagée ;
- la canalisation d'eau potable est régulièrement implantée.
La clôture de l'instruction a été fixée au 28 décembre 2023 à 12 heures 00 par une ordonnance du 13 décembre 2023.
Le syndicat intercommunal de distribution d'eau de la région de Brimeux a été invité, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire des éléments ou des pièces en vue de compléter l'instruction.
Des pièces, enregistrées le 20 janvier 2025, ont été produites par le syndicat intercommunal de distribution d'eau de la région de Brimeux mais non communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lemée,
- les conclusions de M. Even, rapporteur public,
- et les observations de Me Chavda représentant le syndicat intercommunal de distribution d'eau de la région de Brimeux.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A est propriétaire d'un terrain situé 35, rue de la Fontaine sur le territoire de la commune de Marles-sur-Canche, sur lequel se trouve une canalisation d'eau potable. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'enjoindre au syndicat intercommunal de distribution d'eau de la région de Brimeux de procéder à l'enlèvement de cette canalisation et de condamner le syndicat à prendre en charge les frais de remise en état de son terrain à la suite de l'enlèvement de la canalisation.
Sur les fins de non-recevoir opposés par le syndicat intercommunal de distribution d'eau de la région de Brimeux :
2. En premier lieu, en l'espèce, la première demande de M. A tendant à l'enlèvement de la canalisation d'eau potable située sur son terrain est datée du 15 décembre 2020 et a été adressée à la société Suez qui l'a transmise au syndicat intercommunal de distribution d'eau de la région de Brimeux. Par un courrier du 5 juillet 2021, le syndicat a indiqué à M. A l'informer des suites réservées à sa demande. Par un courrier du 9 mai 2022, réceptionné le lendemain, M. A a envoyé une nouvelle demande au syndicat. Par un courrier du 8 septembre 2022, réceptionné le lendemain, le syndicat a indiqué à M. A les conditions de naissance d'une décision implicite de rejet qui est née le 9 novembre 2022 et qui constitue la seule décision faisant grief. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée par le syndicat tirée de la tardiveté de la requête ne peut qu'être écartée.
3. En second lieu, la requête de M. A tend non à l'annulation d'une décision lui refusant d'aménager son terrain, mais à ce qu'il soit enjoint au syndicat intercommunal de distribution d'eau de la région de Brimeux de procéder à l'enlèvement de la canalisation d'eau potable située sur son terrain. Dès lors, sa requête n'est pas prématurée en l'absence d'autorisation d'urbanisme. La fin de non-recevoir soulevée par le syndicat en défense doit donc être écartée.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
4. Lorsqu'il est saisi d'une demande tendant à ce que soit ordonnée la démolition d'un ouvrage public dont il est allégué qu'il est irrégulièrement implanté par un requérant qui estime subir un préjudice du fait de l'implantation de cet ouvrage et qui en a demandé sans succès la démolition à l'administration, il appartient au juge administratif, juge de plein contentieux, de déterminer, en fonction de la situation de droit et de fait existant à la date à laquelle il statue, si l'ouvrage est irrégulièrement implanté, puis, si tel est le cas, de rechercher, d'abord, si eu égard notamment à la nature de l'irrégularité, une régularisation appropriée est possible, puis, dans la négative, en tenant compte de l'écoulement du temps, de prendre en considération, d'une part les inconvénients que la présence de l'ouvrage entraîne pour les divers intérêts publics ou privés en présence, notamment, le cas échéant, pour le propriétaire du terrain d'assiette de l'ouvrage, d'autre part, les conséquences de la démolition pour l'intérêt général, et d'apprécier, en rapprochant ces éléments, si la démolition n'entraîne pas une atteinte excessive à l'intérêt général.
En ce qui concerne la régularité de l'implantation de la canalisation d'eau :
5. Il ne résulte pas de l'instruction, et n'est pas soutenu, que la canalisation d'eau potable située sur le terrain de M. A a fait l'objet d'une servitude d'utilité publique. La circonstance que M. A a accepté le changement du compteur d'eau ne peut être regardée comme valant accord de sa part quant à l'implantation de cet ouvrage, alors que cette intervention n'a concerné que le compteur d'eau et non la canalisation d'eau. Par suite, la canalisation d'eau doit être regardée comme irrégulièrement implantée.
En ce qui concerne la régularisation de l'implantation de la canalisation d'eau :
6. Le juge ne peut déduire le caractère régularisable d'un ouvrage public irrégulièrement implanté, qui fait obstacle à ce que soit ordonnée sa démolition, de la seule possibilité pour son propriétaire, compte tenu de l'intérêt général qui s'attache à l'ouvrage en cause, de le faire déclarer d'utilité publique et d'obtenir ainsi la propriété de son terrain d'assiette par voie d'expropriation, mais est tenu de rechercher si une procédure d'expropriation avait été envisagée et était susceptible d'aboutir.
7. Il ne résulte pas de l'instruction qu'une procédure d'expropriation a été envisagée au profit du syndicat intercommunal de distribution d'eau de la région de Brimeux, ni qu'une convention afin d'établir une servitude a été proposée par ce syndicat.
8. En outre, le caractère régularisable ne peut être déduit de la seule possibilité pour son propriétaire, compte tenu de l'intérêt général qui s'attache à l'ouvrage en cause, de le faire déclarer d'utilité publique et d'obtenir ainsi la propriété de son terrain d'assiette par voie d'expropriation.
9. Il résulte de ce qui précède que la régularisation de l'implantation irrégulière de la canalisation d'eau potable n'apparaît pas envisageable à la date du présent jugement.
En ce qui concerne le bilan des intérêts en présence :
10. D'une part, M. A soutient, sans être contesté, que la présence de la canalisation d'eau potable sur son terrain fait obstacle à ce qu'il réalise des travaux d'aménagement de sa cour et de son jardin pour permettre l'accès de son épouse en situation de mobilité réduite à son véhicule et porte atteinte à son droit de propriété.
11. D'autre part, en dépit de la mesure d'instruction adressée en ce sens par un courrier du 22 novembre 2024 au syndicat intercommunal de distribution d'eau de la région de Brimeux, ce dernier n'a fait état d'aucun élément justifiant de l'impossibilité d'enlever cette canalisation que ce soit en raison notamment de la complexité de l'opération, de son coût ou de l'absence d'emplacement disponible à proximité.
12. Dans ces conditions, l'enlèvement de la canalisation d'eau potable n'entraîne pas une atteinte excessive à l'intérêt général.
13. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander à ce qu'il soit enjoint au syndicat intercommunal de distribution d'eau de la région de Brimeux d'enlever la canalisation d'eau potable située sur son terrain dans un délai de dix-huit mois à compter du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives à la remise en état :
14. Le présent jugement implique nécessairement que les frais de remise en état du terrain de M. A soient pris en charge par le syndicat intercommunal de distribution d'eau de la région de Brimeux. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre à ce dernier de procéder à la remise en état du terrain de M. A dans le même délai que celui fixé au point 13 du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par le syndicat intercommunal de distribution d'eau de la région de Brimeux au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du syndicat intercommunal de distribution d'eau de la région de Brimeux une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il est enjoint au syndicat intercommunal de distribution d'eau de la région de Brimeux de procéder à l'enlèvement de la canalisation d'eau située sur le terrain de M. A et à la remise en état du terrain de M. A dans un délai de dix-huit mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 2 : Le syndicat intercommunal de distribution d'eau de la région de Brimeux versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par M. A est rejeté.
Article 4 : Les conclusions du syndicat intercommunal de distribution d'eau de la région de Brimeux présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au syndicat intercommunal de distribution d'eau de la région de Brimeux.
Délibéré après l'audience du 21 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Fabre, président,
Mme Monteil, première conseillère,
M. Lemée, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2025.
Le rapporteur,
Signé
M. LEMÉE
Le président,
Signé
X. FABRE
Le greffier,
Signé
A. DEWIÈRE
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026