lundi 2 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2208591 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | juge unique (6) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 novembre 2022, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 mars 2022, par laquelle la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais lui a notifié un indu de prime d'activité d'un montant de 605,28 euros pour la période allant du 1er juin 2020 au 28 février 2021 ;
2°) d'annuler la décision du 2 mai 2022, par laquelle la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais lui a notifié un indu de prime d'activité d'un montant de 768,78 euros pour la période allant du 1er mars 2021 au 28 février 2022 ;
3°) d'annuler la décision du 17 octobre 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais a refusé de lui accorder une remise des indus précités, d'un montant total de 1 374,06 euros et de lui accorder une remise totale de ces deux dettes.
Il soutient que :
- les sommes qui lui sont réclamées lui étaient bien dues ;
- l'omission porte sur le défaut de déclaration d'un avantage en nature que les formulaires de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais n'indiquaient pas comme étant à déclarer ;
- sa situation financière ne lui permet pas de rembourser la dette en litige.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2023, la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- le trop-perçu a pour origine un manquement déclaratif de M. A ;
- à la date de la demande de remise de dette, le quotient familial du requérant était de 1 050 euros.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Fougères, premier conseiller, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Fougères a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 24 mars 2022, le directeur de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais a notifié à M. A un indu de prime d'activité pour les mois de juin 2020 à février 2021 d'un montant de 605,28 euros. Par ailleurs, par une décision du 2 mai 2022, le directeur de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais a notifié à M. A un indu de prime d'activité pour les mois de mars 2021 à février 2022 d'un montant de 768,78 euros. Par un courriel du 12 juin 2022, M. A a contesté ces deux décisions, déclarant n'avoir fait aucune fausse déclaration et ajoutant que l'information concernant la nécessité de déclarer l'avantage en nature ne lui avait pas été donnée, de sorte que cet allocataire doit être regardé comme ayant formé le recours administratif préalable obligatoire prévu par l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale. Il indiquait en outre être dans l'impossibilité de rembourser la somme demandée. Par une décision du 17 octobre 2022, la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais a refusé de lui accorder une remise gracieuse de la somme totale de 1 374,06 euros (605,28 + 768,78). Par la présente requête, M. A doit être regardé comme contestant tant cette dernière décision que les décisions du 24 mars 2022 et du 2 mai 2022.
Sur le bien-fondé des indus :
2. Aux termes de l'article L. 842-3 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputés être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1° () ". L'article L. 842-4 du même code prévoit que : " Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; / 2° Les revenus de remplacement des revenus professionnels ; / 3° L'avantage en nature qui constitue la disposition d'un logement gratuit, déterminé de manière forfaitaire ; / () / 5° Les autres revenus soumis à l'impôt sur le revenu ".
3. Il résulte de l'instruction, notamment des bulletins de paie du requérant versés aux débats, et n'est pas contesté, que M. A, qui exerce en tant que salarié les fonctions de magasinier cariste, bénéficie d'un avantage en nature, évalué à 300 euros par mois, concernant le logement qu'il occupe. Cet avantage en nature, qui est imposable, doit, en application de l'article L. 842-4 du code de la sécurité sociale précité, être pris en compte pour le calcul des ressources de l'intéressé, sans qu'importe la circonstance que la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais n'en ait pas spécifiquement averti le requérant.
4. Il résulte de ce qui précède que les indus en litige sont bien-fondés et que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 24 mars 2022 et de la décision du 2 mai 2022 doivent donc être rejetées.
Sur les conclusions à fin de remise gracieuse :
5. Aux termes de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service (). La créance peut être remise ou réduite par l'organisme () en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration (). "
6. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de prime d'activité, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une ou l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé à la prime d'activité ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises.
7. En l'espèce, en premier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais avait informé M. A de la nécessité de déclarer les éventuels avantages en nature dont il pouvait bénéficier, ou que le formulaire de déclaration de ressources mentionnait la nécessité d'intégrer les avantages en nature perçus. Il s'ensuit, en dépit de la réitération de l'absence de déclaration de l'avantage en nature relatif à son logement, que le requérant pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises.
8. En second lieu, si M. A fait valoir qu'il n'a pas les moyens de rembourser les indus en litige, son revenu fiscal de référence pour l'année 2023 s'établit à 37 009 euros et son relevé de compte bancaire au 4 septembre 2024 fait état d'un solde disponible de 17 029,30 euros, de sorte que le requérant ne peut être regardé comme étant dans une situation de précarité telle qu'il ne serait pas en mesure de rembourser les sommes indûment perçues. Dans ces conditions, les conclusions de M. A tendant à l'annulation des décisions attaquées et à la remise gracieuse de ses deux dettes doivent être rejetées.
9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
V. Fougères
La greffière,
signé
C. Lejeune
La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026