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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2209227

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2209227

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2209227
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formationjuge unique (6)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille, statuant en juge unique sur un recours de plein contentieux, a accordé la remise totale de la dette de revenu de solidarité active (RSA) de Mme B. La requérante contestait une décision du président du conseil départemental du Pas-de-Calais qui n'avait accordé qu'une remise partielle de l'indu. Le tribunal a estimé que Mme B était de bonne foi, l'indu résultant d'un retard de la CARSAT, et qu'elle se trouvait dans une situation de précarité financière l'empêchant de rembourser sa dette. La décision se fonde sur l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, qui permet une remise en cas de bonne foi ou de précarité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 novembre 2022, Mme A B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 octobre 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Pas-de-Calais ne lui a accordé qu'une remise partielle de sa dette portant sur un indu de revenu de solidarité active ;

2°) de lui accorder la remise totale de cette dette.

Elle soutient que :

- l'indu réclamé trouve son origine dans le retard pris par la caisse d'assurance retraite et de la santé au travail (CARSAT) à lui verser sa pension de retraite ;

- elle avait reçu la garantie de la caisse d'assurance retraite qu'elle continuerait à percevoir le revenu de solidarité active tant que sa pension de retraite n'était pas liquidée ;

- elle ne perçoit pas d'autres revenus pour payer ses charges fixes que le revenu de solidarité active dans l'attente du versement de sa pension de retraite.

La requête a été communiquée au département du Pas-de-Calais qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le décret n° 2024-396 du 29 avril 2024 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Cotte, vice-président, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Cotte a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. À la suite du réexamen de la situation de Mme B, la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 641 euros. Par une décision du 28 octobre 2022, le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a partiellement fait droit à la demande de remise gracieuse de cette dette et a ramené l'indu à la somme de 480,75 euros. Par la présente requête, Mme B demande la remise totale de sa dette de revenu de solidarité active, réduite au montant de 480,75 euros.

2. En vertu de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, la créance du département à l'égard d'un bénéficiaire du revenu de solidarité active, résultant du paiement indu de ce revenu, " peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation que si, tout à la fois, d'une part, il est de bonne foi, l'indu ne devant pas trouver sa cause dans une manœuvre frauduleuse ou une fausse déclaration procédant d'une volonté de dissimulation de sa part, et, d'autre part, la précarité de sa situation, appréciée par le département à la date de sa décision, justifie l'octroi d'un remise.

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.

4. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé à la prime d'activité ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.

5. En premier lieu, la requérante fait valoir que sa dette provient d'un retard de traitement par la CARSAT de sa demande de versement de pension de retraite et que la caisse d'assurance retraite lui avait assuré qu'elle continuerait à percevoir le revenu de solidarité active tant que sa retraite n'était pas liquidée. Ainsi, au regard des écritures de la requérante, et en l'absence de défense, Mme B doit être considérée comme étant de bonne foi et non comme ayant procédé à une manœuvre frauduleuse ou à une fausse déclaration motivée par une volonté de dissimulation.

6. En second lieu, il résulte de l'instruction, notamment de l'attestation de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais du 16 septembre 2024, mentionnant en avril 2022 un quotient familial de 462 euros, que Mme B se trouve, à la date du présent jugement, dans une situation de précarité financière telle, qu'elle n'est pas en mesure de s'acquitter totalement de sa dette de revenu de solidarité active sans compromettre durablement l'équilibre de son budget ni menacer la satisfaction des besoins élémentaires de son foyer. Dès lors, il y a lieu d'accorder à Mme B une remise gracieuse totale de l'indu de revenu de solidarité active d'un montant total de 480,75 euros mis à sa charge.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 28 octobre 2022 et la remise totale du solde de sa dette de revenu de solidarité active.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 28 octobre 2022 du département du Pas-de-Calais est annulée.

Article 2 : Il est accordé à Mme B une remise totale de sa dette de revenu de solidarité active d'un montant de 480,75 euros.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au département du Pas-de-Calais.

Copie pour information sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

O. Cotte

La greffière,

signé

B. Deltour

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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