lundi 2 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2209361 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | juge unique (6) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 5 décembre à 11h22, à 12h36, à 14h40, les 6 décembre et 28 décembre 2022, les 4 janvier, 9 janvier, 10 janvier et 11 janvier 2023 et les 3 avril et 3 mai 2024 et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1, enregistré le 18 juin 2024, M. B A demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 novembre 2022 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Nord ne lui a pas accordé une remise de son indu de revenu de solidarité active d'un montant de 697,53 euros ;
2°) d'annuler les décisions du 23 décembre 2022 par lesquelles la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Nord ne lui a accordé qu'une remise partielle de ses dettes portant sur des indus de prime d'activité et d'aide personnalisée au logement ;
3°) de lui accorder la remise totale de ses dettes.
Il soutient que sa situation financière ne lui permet pas de rembourser ces indus.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 janvier 2023, la caisse d'allocations familiales du Nord conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- l'indu de revenu de solidarité active relève de la compétence du département du Nord ;
- l'indu de prime d'activité a fait l'objet d'une remise partielle d'un montant de 261,32 euros ramenant le solde de l'indu à 783,97 euros ;
- l'indu d'aide personnalisée au logement a fait l'objet d'une remise partielle d'un montant de 147,50 euros ramenant le solde de l'indu à 442,49 euros ;
- les moyens d'ordre gracieux ne sauraient permettre de revenir sur les décisions prises qui tiennent compte du motif de l'indu, des conditions de sa détection et du quotient familial de l'intéressé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2024, le département du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les indus résultent des déclarations tardives de l'allocataire de ses pensions de retraite et d'invalidité, ainsi que des revenus de son épouse ;
- l'allocataire a un quotient familial élevé ne justifiant pas de lui accorder une remise de sa dette.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le décret n° 2024-396 du 29 avril 2024 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a désigné M. Cotte, vice-président, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Cotte a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. À la suite d'un contrôle mené par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales du Nord, M. A a vu ses droits révisés pour la période du 1er janvier au 31 octobre 2022. Le 27 octobre 2022, il lui a été notifié une dette d'un montant total de 2 299,15 euros pour des indus de revenu de solidarité active, de prime d'activité et d'aide personnalisée au logement, pour des montants respectifs de 978,87 euros, 1 045,29 euros, et 625,99 euros.
2. M. A a sollicité de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales une remise de dette pour ces indus. Par une décision du 25 novembre 2022, la commission de recours amiable a refusé de lui accorder une remise de dette pour son indu de revenu de solidarité active, d'un montant de 697,53 euros à la date de son recours. Par des décisions du 23 décembre 2022, elle lui a accordé une remise partielle pour les indus de prime d'activité et d'aide personnalisée au logement, à des montants respectifs de 261,32 euros et 147,50 euros, soit un solde restant de 783,97 euros et de 442,49 euros.
3. Par la présente requête, M. A doit être regardé comme demandant, d'une part, la remise gracieuse de sa dette de revenu de solidarité active d'un montant de 978,87 euros mise à sa charge et, d'autre part, la remise gracieuse de ses dettes de prime d'activité et d'aide personnalisée au logement, réduites aux montants de 783,97 euros et de 442,49 euros mis à sa charge.
4. D'une part, en vertu de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, la créance du département à l'égard d'un bénéficiaire du revenu de solidarité active, résultant du paiement indu de ce revenu, " peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. () La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".
6. Enfin, l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation dispose : " () / Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement ; () ". Aux termes de l'article L. 823-9 du même code : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ". L'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale dispose que : " () par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations () ". Enfin, l'article L. 812-1 du code de la construction et de l'habitation prévoit que les aides personnelles au logement sont liquidées et payées, pour le compte du fonds national d'aide au logement, c'est-à-dire au nom de l'Etat, par les organismes chargés de gérer les prestations familiales et l'article L. 825-3 du même code dispose que : " Le directeur de l'organisme payeur statue () sur : / () 2° Les demandes de remise de dettes présentées à titre gracieux par les bénéficiaires des aides personnelles au logement ".
7. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, de prime d'activité et d'aide personnalisé au logement, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.
8. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration
des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.
9. La bonne foi de M. A, qui a d'ailleurs bénéficié d'une remise partielle de sa dette liée aux indus de prime d'activité et d'aide personnalisée au logement, n'est pas mise en doute. En outre, il résulte de l'instruction, sans que cela soit remis en cause par les documents du dossier ou par les défendeurs, que les indus sont dus à un retard dans le versement de sa pension de retraite et à une suspension des paiements de sa pension d'invalidité suivie de plusieurs rappels. Dans ces conditions, il n'est pas démontré d'omissions déclaratives suggérant une volonté manifeste de dissimulation de sa part.
10. En second lieu, il résulte de l'instruction, après une mesure diligentée par le tribunal, que le quotient familial de M. A, qui vit en couple, s'élève à 870 euros. Si le décret du 29 avril 2024, visé ci-dessus, fixe le montant forfaitaire du revenu de solidarité active, revalorisé au 1er avril 2024, à la somme de 635,71 euros pour une personne seule, il ressort du barème de la caisse d'allocations familiales, librement accessible sur son site internet, que le montant forfaitaire pour un couple est de 953,57 euros. Dans ces conditions, l'intéressé doit être regardé comme étant en situation de précarité. Par suite, il y a lieu d'accorder à M. A une remise gracieuse totale de son indu de revenu de solidarité active d'un montant de 663,87 euros, ainsi que des indus de prime d'activité d'un montant de 783,97 euros et d'aide personnalisée au logement d'un montant de 442,49 euros.
11. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé demander l'annulation de la décision du 25 novembre 2022 et des décisions du 23 décembre 2022, ainsi que la remise de ses dettes.
D É C I D E :
Article 1er : Les décisions de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Nord en date des 25 novembre et 23 décembre 2022 sont annulées.
Article 2 : Il est accordé à M. A une remise totale de ses dettes de revenu de solidarité active, de prime d'activité et d'aide personnalisée au logement d'un montant respectif de 697,53 euros, de 783,97 euros et de 442,49 euros.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au département du Nord, au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.
Copie pour information sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Nord
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
O. Cotte
La greffière,
signé
C. Lejeune
La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026