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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2209516

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2209516

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2209516
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formationjuge unique (2)

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lille a examiné la requête de M. B A contestant la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que plusieurs décisions de retraits de points. Le tribunal a d'abord écarté la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête, faute pour l'administration de prouver la présentation effective du pli recommandé contenant la décision 48 SI. Ensuite, il a jugé irrecevables les conclusions dirigées contre les retraits de points pour les infractions des 9 et 25 février 2022, celles-ci n'ayant pas donné lieu à retrait.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 8 décembre 2022 et 3 février 2023, M. B A, représenté par Me Régley, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision 48 SI par laquelle le ministre de l'intérieur l'a informé de la perte de validité de son permis de conduire pour défaut de points ;

2°) d'annuler les décisions de retraits de points afférentes aux infractions commises les 5 février 2020, 3 juillet 2020, 22 novembre 2021, 30 décembre 2021, 9 février 2022, 22 février 2022 et 25 février 2022 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés sur son permis de conduire dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 20 000 euros au titre d'une résistance abusive ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête n'est pas tardive ;

- il n'a pas bénéficié, à l'occasion de chaque infraction, des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- l'article L. 223-1 du code de la route est méconnu, s'agissant de la réalité de l'infraction du 22 novembre 2021, dès lors qu'il produit un courriel de l'officier du ministère public de Meaux qui lui indique avoir annulé les titres exécutoires concernant cette infraction.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

La clôture d'instruction a été fixée au 13 mars 2023 à 12 h 00 par une ordonnance du 13 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la route ;

- le code des postes et télécommunications ;

- l'arrêté du 7 février 2007 pris en application de l'article R. 2-1 du code des postes et des communications électroniques et fixant les modalités relatives au dépôt et à la distribution des envois postaux ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné M. Fabre pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Sur sa proposition, le rapporteur public a été dispensé de prononcer ses conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative par le président de la formation de jugement.

A été entendu au cours de l'audience publique du 24 septembre 2024 le rapport de M. Fabre, président-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 7 avril 1984 à Roubaix, a commis une série d'infractions au code de la route, répertoriées dans le relevé d'information intégral. Il a fait l'objet de retraits de points afférentes à différentes infractions. Par une décision 48 SI le ministre de l'intérieur l'a informé de la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul. Par la requête dont le tribunal est saisi, M. A demande l'annulation de la décision 48 SI ainsi que des décisions de retraits de points afférentes aux infractions commises les 5 février 2020, 3 juillet 2020, 22 novembre 2021, 30 décembre 2021, 9 février 2022, 22 février 2022 et 25 février 2022.

Sur la recevabilité de la requête :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de la route : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 1-1-6 du code des postes et télécommunications : " Lorsque la distribution d'un envoi postal recommandé relevant du service universel est impossible, le destinataire est avisé que l'objet est conservé en instance pendant quinze jours calendaires. A l'expiration de ce délai, l'envoi postal est renvoyé à l'expéditeur lorsque celui-ci est identifiable ". Par ailleurs, aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 7 février 2007 susvisé : " En cas d'absence du destinataire à l'adresse indiquée par l'expéditeur lors du passage de l'employé chargé de la distribution, un avis du prestataire informe le destinataire que l'envoi postal est mis en instance pendant un délai de quinze jours à compter du lendemain de la présentation de l'envoi postal à son domicile ainsi que du lieu où cet envoi peut être retiré. / () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision 48 SI a été adressée au domicile du requérant, connu du ministre de l'intérieur. Si le requérant soutient que cette adresse n'était plus une adresse effective en faisant état de différents documents justifiant d'une nouvelle adresse à Hénin-Beaumont, il n'est pas établi que l'adresse située à Roubaix ne constituait plus une adresse effective de l'intéressé dès lors qu'il ne fournit aucun document, tel par exemple entre autres, qu'un état des lieux de sortie, attestant que cette adresse ne constituait plus une résidence effective. Pour autant, s'il apparaît que le pli, contenant la décision 48 SI contestée a bien été retourné à l'expéditeur, le document produit en défense ne permet pas de s'assurer que, même si le pli a bien été retourné, il a été effectivement présenté par le facteur au domicile de M. A, la case contenant la date de présentation du pli n'étant pas visible. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.

Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre les retraits de points afférents aux infractions commises les 9 février 2022 et 25 février 2022 :

5. Il ressort des pièces du dossier que l'infraction commise le 9 février 2022 à 14 h 05 Creil et celle commise le 25 février 2022 à 10 h 49 à Puteaux n'ont pas donné lieu à retrait de points. Par suite, le requérant n'est pas recevable à demander l'annulation de décisions de retraits de points qui n'existent pas, comme cela ressort expressément du relevé d'information intégral qu'il a lui-même produit.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de retrait de points afférente à l'infraction du 22 novembre 2021 :

6. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " () / La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. / () ".

7. Il résulte des dispositions de l'article 530 du code de procédure pénale qu'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, lorsqu'elle est formée dans les délais et dans les formes prévues par cet article et par l'article 529-10 du même code, entraîne l'annulation du titre exécutoire. Il appartient à l'officier du ministère public d'apprécier la recevabilité de la réclamation, sous le contrôle de la juridiction pénale, devant laquelle l'auteur de la réclamation dispose d'un recours. Si le titulaire du permis de conduire peut utilement faire valoir devant le tribunal administratif, à l'appui d'une contestation relative au retrait de points, que la réalité de l'infraction n'est pas établie compte tenu de l'annulation du titre exécutoire du fait d'une réclamation, il ne saurait se borner à justifier de la présentation de cette réclamation mais doit établir qu'elle a été regardée comme recevable et a, par suite, entraîné l'annulation du titre.

8. Il ressort suffisamment du courrier, daté du 3 février 2023, adressé par l'officier du ministère public près le tribunal judiciaire de Beauvais, que la réclamation de M. A adressée par son conseil le 13 décembre 2022 a été considérée comme recevable, justifiant l'annulation de l'amende forfaitaire majorée et la présentation prochaine du dossier devant la juridiction de police du tribunal de police de Beauvais. Le requérant est donc fondé à soutenir que la réalité de l'infraction n'est pas établie. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision de retrait de 3 points afférente à l'infraction commise le 22 novembre 2021 à 08 h 20 à Auneuil.

En ce qui concerne les autres infractions :

9. En premier lieu, en ce qui concerne les infractions commises le 5 février 2020 à 07 h36 à Curgies, le 3 juillet 2020 à 01 h 21 à Noyelles sous Lens et le 30 décembre 2021 à 12 h 57 à Mont L'évêque, il ressort des attestations de paiement produites en défense, que le requérant s'est acquitté des amendes forfaitaires majorées afférentes respectivement les 29 novembre 2022, le 1er mars 2021 et le 2 décembre 2022. Il a donc nécessairement reçu des avis comportant les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, l'intéressé n'établissant pas que ces avis étaient inexacts ou incomplets.

10. En second lieu, M. A a fait l'objet d'un retrait de trois points pour une infraction commise le 22 février 2022 à 15 h 34 à L'Hay les Roses pour franchissement d'une ligne continue. La mention, sur le relevé d'information intégral, de l'émission d'un titre exécutoire ne permet pas de considérer que l'amende forfaitaire majorée correspondante a été acquittée. La mention AM sur le relevé intégral ne justifie que de l'émission du titre et non du paiement de l'amende forfaitaire majorée. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces produites en défense que le requérant a reçu un titre exécutoire comportant l'information préalable requise par le code de la route. Il n'est pas non plus établi que le contrevenant a fait l'objet d'un procès-verbal de l'infraction comportant l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, au vu des pièces du dossier, l'administration ne peut être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe de la délivrance à M. C de cette information à l'occasion de cette infraction. Pour autant, il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé a bénéficié à l'occasion d'autres infractions de l'ensemble des informations légalement exigées, y compris celle relative au traitement automatisé des points.

En ce qui concerne la décision 48 SI :

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que, en rajoutant les trois points illégalement retirés, le solde de points du permis de conduire de l'intéressé n'est pas nul. Par suite, la décision 48 SI contestée doit être annulée.

Sur les conclusions indemnitaires :

12. Il ne résulte pas de l'instruction que l'Etat aurait fait preuve de " résistance " abusive, caractérisant ainsi un comportement fautif du défendeur. Par suite, et alors au demeurant que ces conclusions n'ont fait l'objet d'aucune réclamation préalable et que le préjudice moral n'est en tout état de cause pas démontré, les conclusions indemnitaires présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de retrait de 3 points afférente à l'infraction commise le 22 novembre 2021 à 08 h 20 à Auneuil est annulée.

Article 2 : La décision 48 SI par laquelle le ministre de l'intérieur a informé M. A de la perte de validité de son permis de conduire pour défaut de points est annulée.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

X. FABRE

Le greffier,

Signé

A. DEWIERE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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